06 mars 2013

Le texte révolutionnaire le plus radical de l'Histoire

L'héritage humain contient des pensées assez fortes pour changer le monde aujourd'hui. Elles font appel à une démarche individuelle exigeante. Leur radicalité mène à une rupture presque totale d’avec le comportement habituel. Le changement de l’Histoire est à portée des yeux, au bout de quelques lignes.


matar.jpgLe «Sermon sur la Montagne» est une telle pensée. Son contenu, sa pénétration psychique sans fioritures, sa manière de provoquer par l’antithèse sont redoutables. On peut comprendre qu'une telle exigence radicale ait dérangé les révolutionnaires du XIXe siècle, Marx en tête, pour qui la religion était l’opium du peuple. Condamner la religion dans son ensemble permettait de faire l’économie de ses textes les plus dérangeants. Il est clair que la lutte des classes ne peut s’accommoder de ce qui suit et n'intègre pas l'individu comme responsable de sa vie. La masse y prime sur l'individu, l'économie sur l'éthique.

On peut lire le Sermon et le mettre en pratique sans être obligé d’adhérer à une religion, de même que l’on peut accueillir une pensée philosophique sans être soumis à l’école qui la transmet.

Je tiens compte de deux signes poiur valider une pensée novatrice et bonne:

1. est-ce que cela me parle en direct, me réaligne intérieurement?

2. est-ce que cela me rend meilleur et plus libre?

La référence de ce texte, Jésus, tel qu’il est raconté, plaçait la liberté avant la soumission aux rituels et rejoignait en cela le bouddhisme: «Lequel d'entre vous si sa brebis ou son boeuf tombe dans un puits ne l'en ressortira pas aussitôt le jour du sabbat (note: jour de repos obligatoire)?» Les références à une croyance, qui apparaissent à deux reprises dans le texte, sont peu pesantes et ne devraient pas être un obstacle pour un athée. Elles ne le sont pas pour moi. Ce texte à une histoire et en garde les traces.

Chaque morceau de phrase du sermon sur la montagne, tel qu’il a été transmis par les Philippe_de_Champaigne_1602-1674._Le_Sermon_sur_la_Montagne._jpeg.jpgdisciples de l’enseignement, devrait être analysé, contextualisé et illustré de manière à ce que la radicalité soit absorbable sans détruire tout système de référence personnel. Mais sans en enlever le sel révolutionnaire. Jamais révolution plus forte ne fut proposée aux humains.


Voici ce texte du sermon sur la montagne.



«Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.

Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un prend ton manteau, ne l'empêche pas de prendre encore ta chemise.

Donne à toute personne qui t'adresse une demande et ne réclame pas ton bien à celui qui s'en empare.

Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous aussi de même pour eux.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance en avez-vous? En effet, les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.

Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle estime en avez-vous? En effet, les pécheurs aussi agissent de même.

Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quel gré vous en sait-on? En effet, les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs afin de recevoir l'équivalent.

Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.

Soyez donc pleins de compassion, tout comme votre Père aussi est plein de compassion.

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés; pardonnez et vous serez pardonnés.

matar_painting.jpgDonnez et on vous donnera: on versera dans le pan de votre vêtement une bonne mesure, tassée, secouée et qui déborde, car on utilisera pour vous la même mesure que celle dont vous vous serez servis.»

 


La psychologie pourrait s'inspirer de ce texte. La recherche de l'inconscient, les stades freudiens, ne sont rien s'ils ne sont orientés vers une vision et une pratique de vie éclairante et transformatrice vers le bien. Ce texte pose la liberté et la responsabilité individuelles comme références de comportement. Il fonde une partie des lois qui régissent les sociétés modernes.

Savons-nous à quel point les agressions que nous subissons nous enchaînent et repassent par nous, combien nous les réalimentons nous-mêmes en y répondant? Combien nous sommes tantot le volé et tantôt le malfaiteur de l'histoire? L'histoire repasse par nous, inlassablement. Tant que l'on veut changer l'extérieur, le monde, sans avoir brisé les chaînes en soi, le monde continuera comme avant. Si chacun décidait que l'histoire ne passe plus par lui, là, dès maintenant?! Quel vertige! On ne parlerait plus que de cela.

Si je peux comprendre le sens de cet enseignement, y voir une pratique radicalematar3.jpg pour briser les liens de peur, de co-dépendance, de soumission et d'agression qui participent aux relations humaines, si je peux en considérer la haute valeur spirituelle, si je pourrais en prendre le risque dans mon corps, j'échoue régulièrement à me maintenir dans cette dynamique. Je m’avoue vaincu par la difficulté de le mettre en pratique, et par les résistances que cela éveille.

Comment vais-je arrêter les guerres? Je voyais en rentrant tard en bus un soir, comment deux garçons excités mettaient le malaise dans le bus, surtout auprès des filles plus jeunes. J'avais une bouteille en verre dans un sac. J'étais prêt à m'en servir comme d'une arme s'il fallait défendre une femme contre la force physique de deux garçons. Cela s'est ensuite apaisé. Mon imaginaire, la prégnance de ces situations déjà vue dans des films, avaient engendré une sorte d'écho trouble. Ce n'était que cela. Tant mieux. Je me demandais comment je tenterais d'abord de discuter, mais j'étais prêt à entrer au besoin dans une forme de violence. Il y a des gens dangereux, environ 1% ou 2% de la société. C'est peu mais suffisant pour nous manger la tête.

Et le Sermon sur la montagne? Je ne suis pas capable d’adopter un tel niveau d'exigence. J'en fais des petits bouts, mais si peu, et j'ai encore des missiles armés dans mon coeur. Les désarmer c'est comme mourir.


Les désarmer c'est comme mourir.


Images: Peintures de Joseph Matar et de Philippe de Champaigne.

09:02 Publié dans Liberté, Philosophie, Politique, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

@homme libre : Les désarmer c'est comme mourir.

J'aurais écrit : les désarmer c'est comme revivre.

Bonne Journée

Écrit par : Mathusalem | 06 mars 2013

"J'aurais écrit : les désarmer c'est comme revivre. Bonne Journée"
Le Christ, à ce qu'il est écrit, détestait les hypocrites...
Aujourd'hui, ils tiennent le haut du pavé...

Écrit par : Géo | 06 mars 2013

Merci pour ce beau texte. Pour ma part, honte à moi, je l'avais oublié et je cherchais chez Confucius (un art de vivre) ....plutôt que dans la religion qui m'a été enseignée. En définitive, le coeur d'une religion "juste" équivaut à toutes les autres.

Écrit par : NIN.À.MAH | 06 mars 2013

"J'étais prêt à m'en servir comme d'une arme s'il fallait défendre une femme contre la force physique de deux garçons."

Allez, ne soyez pas hypocrite..

Écrit par : Patricio | 06 mars 2013

Le chemin vers la liberté est un chemin personnel ascensionnel qui élève et édifie parcourant toute notre vie de notre naissance à notre mort. Les chemins vers la dictature sont nettement plus courts et sans issue. Ils nous amènent tous au précipice de nos existences. Mais ils sont d'abord des boulevards de facilité et de cynisme avant de devenir des gouffres obscurs qui nous éloignent de la lumière. D'où le discours de Jésus du haut d'une montagne.

Écrit par : pachakmac | 06 mars 2013

@ Nin-à-Mah: Confucius a enrichi un livre dont la sagesse est surprenante: le Yi King. Connaissez-vous?

J'ai appris sur la Bible en plongeant dans le zen: il y a beaucoup d'orient dans les écrits bibliques.

Les sagesses ont l'art de nous mettre face à de sévères contradictions...


@ Mathusalem: peut-être... .... A méditer.

Écrit par : hommelibre | 06 mars 2013

coucou Homme Libre
whouhhh j'adore les sermons peace and love,
il était pas monté avec la fille du coupeur de joints sur la montagne ;))) ???
bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 07 mars 2013

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