01 mars 2013

Paradoxes de la saga DSK

Un ami soulève hors blog un paradoxe à propos de Dominique Strauss Kahn. Ce n’est pas le moindre des paradoxes dans une affaire qui atteint aujourd’hui un sommet de confusion. J’y reviens car cela concerne des choix de société sur lesquels la réflexion ne peut être que progressive, par étapes, allant dans de nombreuses directions.


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Le premier paradoxe est l’attitude de Marcela Iacub. Elle a toujours revendiqué le droit individuel à vivre librement la sexualité que l’on souhaite. Ce n’est plus la morale ancienne qui fait loi mais le libre consentement. On s’étonne dès lors qu’il y ait dans ses propos des jugements quasi moralisateurs à l’ancienne. Le seul titre, «Belle et Bête», fait référence à un conte fort joli au final puisque la Bête est dominée et transformée par la Belle - entendez que l’homme, arriéré, est amélioré par la femme civilisée - laissant entendre que la relation DSK-Iacub est de type dominante-dominé. Le conte fait apologie également de la «plasticité» de la femme, capable de coucher avec un être repoussant pourvu qu’il ait de bonne manières. Ce que notre Belle du jour ne prête pas précisément à son bestial amant.

On peut penser qu’elle a voulu aller au-delà des clichés qui ternissent la sexualité et que Dominique Strauss Kahn serait réhabilité, puisqu’elle regrette que celui-ci n’assume pas assez sa part de cochon. Elle défend le cochon. En réalité elle use de mots qui l’enfoncent un peu plus - et c’est le paradoxe Iacubien: «Je voulais créer une théorie de l’amour à partir de ma situation : une nonne qui tombe amoureuse d’un cochon. Une nonne qui se détourne de la grandeur de l’amour divin pour se vautrer dans les ordures». C’est bien la chute de l’ange. Et c’est bien le stéréotype classique: la femme, pure, et l’homme, bestial. Au passage, notons que le cochon ne vit pas naturellement dans les ordures: il y est mis par l’éleveur. Le cochon est naturellement propre - plus propre que Sartre qui ne se lavait pas et puait comme un... sartre.

«Les ordures», c’est un mot précis: c’est le déchet, l’inconsommable, le trop, l’inutile, ce qu’il faut éloigner de soi. Je veux bien qu’à trop jouer les anges les humains finissent par se mentir à eux-mêmes. Mais il y a d’autres voies possibles que de parler de sexualité en terme d’ordure. Que dirait-on si l’on parlait de la sexualité d’une femme sauvage comme d’une ordure ou d’un tas d’immondice? On le sait: le simple mot de «salope», dit maladroitement par un policier canadien et sorti de son contexte, a permis au mouvement de la «marche des salopes» d’exhiber des culs et des seins - de loin pas les plus beaux - dans la rue et d’insulter les hommes sans que l’on puisse y redire sous la menace d’être traité de misogyne.


Le fantôme de Nafissatou
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Au-delà du conte de fée et du modèle de domination féminine, on sait que dans notre société la comparaison avec une bête n’est jamais vraiment flatteuse. Malgré cela elle y est allée, Marcela. Elle a partagé cette bestialité sans vraiment dire non. Il semble que cela lui convenait, et son livre aurait pu s’appeler «Truie et cochon». Pourquoi cracher dans la soupe après coup? Son paradoxe est de prétendre faire oeuvre littéraire - donc neutre moralement, au-delà de la mêlée - alors qu’en réalité tout concourt à raviver le jugement négatif du public par le biais de la sexualité. L’amalgame est fait: sexualité, cochon, homme. Iacub participe à réactualiser le vieux stéréotype misandre qui fait de la sexualité masculine quelque chose de mauvais ou sale - tout en montrant au passage que la femme est volontiers prostituée quand son intérêt est en jeu. La prostituée est-elle à ses yeux l’avenir de la femme? Est-elle consciente qu’elle valide le comportement d’une Nafissatou Diallo vénale, acceptant une grosse somme d’argent contre son honneur et son intégrité - si elle a vraiment été forcée et sur quoi il restera toujours un doute?

La société médiatique et intellectuelle en est là, ainsi qu’une partie du public qui va acheter le livre et qui par ailleurs condamnera la pornographie. Alors que l’impudeur d’étaler ainsi la vie privée d’un amant est tellement plus pornographique qu’un film qui montre des sexes en gros plan.

Premier paradoxe donc: sous prétexte de liberté et d’étude psychosociologique d’un sujet qui ne l’a pas demandé, on trouve à la fois la mise à ban d’une sexualité masculine qualifiée de sale et la revendication de cette même sexualité. De deux choses l’une: soit la sexualité de DSK est sale, soit elle est magnifique - même si elle est hors norme.


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Et de toutes façons elle n’appartient qu’à lui. L’étalage actuel, avec ses séquences de contrition, fait penser à un christianisme terroriste, ou au maoïsme qui exigeait l’aveu public de ses tares bourgeoises. En Europe le couple Sartre-Beauvoir a beaucoup fait pour démolir le sens de l’intime et du privé. Cela faisait déjà vendre. Le féminisme radical a contribué à cette curée contre l’intime en mettant un policier dans le lit du couple et en agissant pour que l’intime soit politisé et pénalisé à outrance - au point d’avoir fait voter des lois sur le viol conjugal, dont la démonstration est la plus difficile à faire, et dont l’ambiguïté est flagrante. Cet étalage, cette démocratisation perverse de l’intime, sans autre véritable intention que de faire vendre du sale aux amateurs de porcherie, est une dérive marxiste-existentialiste.

L’autre paradoxe ici est de constater que la société juge négativement et rejette le comportement sexuel de Dominique Strauss Kahn alors qu’elle revendique la liberté individuelle. Après tout DSK est un modèle de liberté individuelle, et le produit d’une évolution des moeurs. Du point de vue de l’ancienne morale il n’y avait pas fondamentalement de différence entre le fait de coucher sans être marié et coucher avec tout ce qui bouge. Avant on ne couchait qu’une fois marié, et on n’en changeait plus. Aujourd’hui la société - féministes en tête - revendique la liberté, l’union libre, le divorce, le libre choix de sa sexualité et de son orientation. Mais au nom d’un vieux relent de l’ancienne morale on méprise DSK. Est-ce parce que c’est un homme? La liberté individuelle ne s’appliquerait-elle pas à l’identique selon qu’on est femme ou homme?

Pour sortir de ces paradoxes qui confinent à la pure hypocrisie, il faut choisir. Soit on décide que le comportement sexuel libertin est quelque chose de mal et on le condamne socialement sans équivoque, pour les femmes comme pour les hommes. Soit on considère que la liberté individuelle prime sur la pression sociale et l’on applaudit des deux testicules et des deux mamelles aux prouesses d’un DSK conquérant dont la santé libidineuse est digne de celle d’un Rocco Siffredi - acteur porno qui fit les beaux jours du cinéma de cul et dont les mensurations et l’endurance ont fait rêver bien des femmes.

Si l’on veut défendre une morale, c’est d’abord celle du droit à la vie privée. La pornographie est d’étaler en gros plan la vie sexuelle de son ou sa partenaire, qui plus est sans son accord. C’est de plus en plus courant. Mais rappelons-nous que le mépris de la vie privée a toujours été de pair avec des systèmes politiques ou de pensée totalitaires.

 

Commentaires

C'est la composante violente de DSK qui est en cause. Sa sexualité sadienne utilisatrice de l'autre sans avoir besoin de lui demander son avis. DSK a reconnu le caractère inapproprié de sa relation avec N.Diallo, et la plupart des femmes - des prostituées - qu'il fréquente d'habitude ont témoigné de la violence dont il fait preuve. Pour le reste, il pourrait avoir toutes les relations sexuelles qu'il veut, cela n'intéresserait pas grand-monde. Une autre composante que vous oublier : cet homme aurait pu devenir le président de la France. Des moeurs aussi marginales sont dangereuses parce que sujettes à tous les chantages, demandez-le aux prélats homosexuels du Vatican...
A part cela, de Yves Derai : "Intrigante et grosse nouille" plutôt que "belle et bête"...

Écrit par : Géo | 01 mars 2013

coucou Homme Libre,
Sartres puait, on comprends que ça soit l'enfer pour les autres lol et pas une pour faire ça sous la douche avec lui,c'était ptre son odeur qui attirait le plus en fait, il devait sentir le pheromone à 50 km à la ronde, mieux que axe, les tigresses avides arrivaient de toutes part en courant et s’empalaient sur lui, trop pressées pour aller sous la douche, ;)))!!!bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 01 mars 2013

@ Géo

"DSK a reconnu le caractère inapproprié de sa relation avec N.Diallo" Mouais, confession médiatique de circonstance face à la pression tous azimuts. A l'instar de Clinton, où l'on a vu qze le danger de chantage en tant que président était surtout en politique intérieure. Cela n'a pas mis la nation en péril pour autant.

Et ce n'est pas cet aspect violent qui est mis en avant avec Iacub, mais précisément l'aspect "cochon".

Écrit par : aoki | 01 mars 2013

Bon, Aoki ou tous les autres, pour moi ya basta. Ralbol. Plus de commentaire de ma part sur Gros Cochon pour lui-même. Sur le communautarisme millionnaire juif socialiste parisien, je ne me censurerai pas.

Écrit par : Géo | 01 mars 2013

" Sur le communautarisme millionnaire juif socialiste parisien, je ne me censurerai pas."

Nous y voilà :)

"mais je n'ai rien, mais alors rien du tout, d'anti-juif."

Écrit par : Géo | 25/02/2013

Écrit par : Patoucha | 01 mars 2013

Salut John,

Il y a eu intoxication livresque chez Iacub. Cette intoxication, c'est le Marquis de Sade et son oeuvre dont elle s'est empiffrée. Libre de tout jusqu'au cynisme le plus raffiné et le plus éhonté. Cette intoxication absolument perverse (rappelons les scènes d'orgies et de crimes les plus abjectes réalisés à l'intérieur même de lieux saints, les couvents) a contaminé tout le courant de la pensée moderne. Avec la mort de Dieu et la philosophie sadienne, le triomphe du cynisme pouvait s'exposer et s'exprimer en public. Iacub est une victime consentante de cette dérive effrayante vers une société déshumanisée, esclave de tous ses vices. Cette none dont elle nous parle et qui agit en elle, c'est justement cet ordre ancien qu'elle a abandonné au profit d'un absolu libertaire, un ordre qui refait surface quand elle tente de faire la morale au cochon, donc à cet homme "sale" qu'elle illustre dans son livre. Hypocrisie de sa part? Manque flagrant de sincérité? Je ne pense pas. Elle vit en plein paradoxe entre ce qu'elle imagine être le passé révolu de la morale et sa liberté libertaire impossible à saisir et à borner parce qu'elle sait qu'en allant au bout du bout de la philosophie sadienne, ce sont les actes abjectes, sales, orduriers, assassins, qui l'emporteront sur la morale. Jouir du Mal absolu. Elle n'en fera pas le pas ultime puisque déjà, par ce roman-réalité elle est train d'exploser et d'explorer les limites de sa condition et de l'atteinte à la vie privée d'autrui. Atteinte qui la touche de plein fouet par les critiques assassines à son égard.

Elle est un écrivain. Pour avoir osé ce livre, c'est certain. Mais seul l'avenir dira si son écriture se dirigera vers une sorte de rédemption et d'état de grâce poétique de la condition féminine...

Quand on découvre le nombre si diverses de réactions autour de ce livre, on sait qu'elle a marqué un but mais qu'elle en a aussi beaucoup pris. Reste à transformer son unique but (celui de la très forte réaction éditoriale) en future réussite littéraire. Ce qui sera difficile pour elle. Car ce livre restera sur l'estomac de beaucoup de personnes.

Écrit par : pachakmac | 01 mars 2013

Je n'avais pas lu votre billet lorsque j'ai rédigé le mien:
http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2013/03/01/prete-a-tout-pour-sortir-de-l-anonymat-et-faire-du-pognon.html
mais j'applaudis de mes deux mamelles (pour reprendre votre expression)!

Écrit par : Michèle Roullet | 01 mars 2013

Il semble que ce sont les manières qui choquent chez Dominique Strauss Kahn. Je ne me reconnais pas dans sa manière de vivre la sexualité et je ne prends pas parti sur cet aspect. Il n'a certainement pas plu à tout le monde. Mais il a bien dû s'en trouver qui appréciaient cela. Chacun ses goûts.

@ Sarah: Mdr! :-)))) Bizzzouxxx!!!

@ Pachakmac: ce qu'elle qualifie d'ordure, c'est ce à quoi elle a consenti. Le mot ordure est son interprétation, qui est elle-même discutable. Elle donne de la charogne aux charognards. Je l'ai déjà vue plus originale dans ses écrits.

@ Michèle: :-))). J'ai aussi lu votre billet. Nous sommes d'accord: exposer un amant au feu du regard mondial ne me paraît pas acceptable. Peut-être faut-il aller trop loin pour se le rappeler quelques fois.

Écrit par : hommelibre | 01 mars 2013

"mais je n'ai rien, mais alors rien du tout, d'anti-juif."
Encore faut-il confondre "les Juifs" avec "le communautarisme millionnaire juif socialiste parisien". Et je vous fais signe que Jean-François Kahn n'est plus du tout sur cette ligne. Est-ce que vous vous imaginez tous les banquiers genevois protestants se liguer pour bruyamment contester la justice française qui a emprisonné un des leurs dans le sud de la France il y a quelques années ?

Écrit par : Géo | 02 mars 2013

Article extrêmement juste. On regrette de ne pas avoir vu davantage souligné dans la presse française l'obscénité qu'il y a à livrer en pâture publique le présent que vous fait un partenaire amoureux de son intimité. Certains considèrent que DSK l'a bien mérité et qu'envers lui on peut tout se permettre. C'est comme si on considérait qu'un délinquant (qu'il n'est pas jusqu'à jugement contraire) peut être insulté et frappé par la foule, ou privé de droits en matière de défense, ou soumis à des traitements dégradants . Le comportement amoral d'un homme ( qui est pour moi non pas le libertinage mais le fait d'abuser de son statut et de son pouvoir pour s'offrir du libertinage) ne justifie pas toute avanie à son encontre.
Je n'ai jamais aimé cet homme dont je suis certaine que l'amoralité s'étend à bien d'autres domaines, mais je suis scandalisée de ces mauvaises manières.

Écrit par : papagena | 02 mars 2013

On ne peut plus se situer dans un cadre d'ordre moral pour évaluer le comportement de Marcela Iacub.

Car on est bien au-delà.

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2013/03/01/liberte-quel-est-ton-nom.html

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 02 mars 2013

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