15 février 2013

Libéralisme (7): le commerce mondial, source de progrès

Ce n’est pas la faute au capitalisme. Ni à personne. C’est l’humain et ce n’est pas une faute. Le désir d’avoir plus est aussi ancien que l’Histoire connue. Des tablettes du passé racontent la vie de l’époque. Par exemple cette lettre d’une épouse à son mari, un marchand en voyage, citée dans un documentaire sur l'âge de bronze sur la chaîne Planète: «Pendant ton absence les voisins ont construit deux maisons. Quand serons-nous en état de faire de même?»


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Cela vous dit quelque chose? Il y a quelques temps une publicité montrait une famille et sa voiture. Puis elle montrait le voisin avec la même voiture, mais plus grande. La première famille changeait alors sa voiture petite pour une autre encore plus grande. C’est la comparaison sociale. Il y a dans les groupes humains un système inconscient ou conscient de comparaison les uns d’avec les autres. Se sentir plus petit - moins riche, moins bien placés dans la grille sociale, ou avec des biens de moindre valeur - est vécu comme un amoindrissement personnel. Même comme une souffrance psychologique.

Quand en plus celui qui est plus riche, mieux placé ou doté de biens modernes en fait une démonstration de supériorité et affiche son mépris pour le premier, à la souffrance s’ajoute une possible perte d’estime de soi. La sagesse serait d’accepter sa situation sans jalousie et avec équanimité, et de ne produire que selon son besoin avec un léger surplus pour anticiper sur les disettes. Mais le temps de la sagesse n’est pas celui de la reproduction, et la jeunesse dans l’humanité veut d’abord se reproduire et avoir plus avant de devenir sage.

Toujours plus, toujours plus haut, toujours plus loin, toujours mieux: c’est le sens de la marche, semble-t-il.

Cette comparaison entraîne une forme de compétition, toujours visible en nos temps modernes. Le sentiment d’amoindrissement, s’il est compensé, est un puissant moteur de société et de destin personnel. Les humains n’ont pas crû passivement parce qu’ils étaient encombrés d’enfants. Ils ont été actifs. Ils ont été portés par une volonté que l’on ne devrait pas juger mal. Elle contribuait aux stratégies de développement de l’espèce: un moteur fondamental du développement.

Construire deux maisons à l’âge du bronze, disposer d’une voiture plus grande aujourd’hui, procèdent du même besoin de valorisation sociale, lequel besoin implique de travailler pour avoir plus, de faire fructifier ses champs pour dégager un surplus. Ce surplus a très tôt permis d’entretenir un Etat, avec une armée protectrice et une administration coordinatrice des activités, et de développer les échanges commerciaux. Tous les sols et tous les climats ont leurs particularités: la culture de certaines denrées spécifiques d’une région à l’autre rendait indispensables ces échanges.


L’échange c’est la vie
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En quelques milliers d’années Homo Sapiens a «inventé» l’Histoire, celle des civilisations, des échanges et de l’écriture:

«Il y a douze mille ans, l'homme prend un tournant décisif : il sort de la préhistoire et pose les fondations des premières civilisations. En quelques milliers d'années, Homo Sapiens abandonne sa vie de nomade pour s'installer dans les premiers villages. Il se sédentarise, invente l'agriculture, l'élevage, le commerce, les religions, la roue, la métallurgie, l'écriture, l'architecture… Il construit des cités et imagine une société complexe, organisée, hiérarchisée. Il communique grâce à l'écriture, échange ses biens et son savoir à travers les continents. En 8 000 ans, la population de la planète passe de trois millions à cent millions d'habitants.»

La découverte de minerais et la technologie ont accéléré le développement des civilisations. L’expansion était le fruit soit des échanges commerciaux et de l’enrichissement produit, soit des guerres. Les guerres elles-mêmes ont été gagnées soit par le nombre, soit par la ruse, soit encore par l’intelligence qui créait des technologies nouvelles décisives pour qui en disposait. Les outils et armes en bronze, obtenus grâce à la métallurgie, ont été décisifs dans le développement des civilisations est-méditerranéennes. Plus résistants ils étaient plus efficaces. La roue et le char à chevaux - dont la fabrication et l’entretien supposait d’importants moyens financiers - ont défait pour la première fois la civilisation égyptienne. Or d’où venait l’argent pour payer une armée et une administration, payer des bateaux pour voyager, acheter et vendre? Du commerce des surplus de nourriture initialement, puis de l’artisanat et de l’exportation de minerais ou de technologie.

Ainsi avec la sédentarisation, grâce à l’agriculture et l’élevage qui produisaient une abondance de biens, et avec l’augmentation des échanges en vue de satisfaire les besoins grandissants, l’humanité a fait un bond en avant quantitatif et qualitatif. L’échange, commercial ou intellectuel, local ou mondial, d’amitié ou de services, c’est la vie.


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La sédentarité avait permis l’installation de communautés plus grandes que le clan. La consommation intérieure à crû. Des règles de vie se sont mises en place. Le roi Hammurabi, souverain de Babylone il y a près de 4’000, ans écrivait déjà un code juridique civil et pénal d’une étonnante modernité. La croissance des sociétés n’aurait pu se faire sans les échanges. La civilisation, avec la division du travail et de la production, les règles de vie, une créativité grandissante et les échanges génétiques entre populations distantes, n’aurait sans doute jamais vu le jour si chacun s’était contenté de cultiver son bout de terre sans commencer à échanger avec son voisin. Le commerce mondial, source de progrès social et technologique, d’échanges culturels et d’enrichissement, est la suite logique du marché de village ou des foires du Moyen-Âge, de même que le saut de Félix Baumgartner depuis sa nacelle est la suite logique de l’exploration de la Terre à partir de l’Afrique.

Le commerce est symbole de l’échange par la paix et non par la conquête militaire. Les paysans ont toujours eu besoin de paix pour produire car la guerre ravageait leurs cultures et les appauvrissait. La concurrence commerciale et la division des tâches a été et est encore un moteur de progrès et de performance dans l’évolution: progrès dans les méthodes de cultures, dans les technologies du transport et toutes les infrastructures et sources d’énergie qui vont avec, dans les méthodes de production, dans l’accroissement des connaissances, dans la mise en place d’une économie complexe, dans le développement de hautes technologies, dans les interpénétrations culturelles et linguistiques et la connaissance mutuelle, dans la circulation des populations et la liberté. Dans les années 1950, un tiers de l’humanité souffrait de la faim. Aujourd’hui c’est moins: environ 12% de la population mondiale. C’est encore trop, mais c’est mieux.

Le sentiment d’être perdu dans un mode trop grand et dans la mondialisation est une perception réelle. Mais faut-il le refuser ou s’adapter? Se replier sur le pays, la région, le village? Ou accepter la dimension mondiale et lui donner des règles du jeu pour préserver un équilibre dans la liberté?

La préhistoire et l’Histoire montrent que la mondialisation, ou du moins l’internationalisation du commerce, existait déjà à l’âge du bronze et a été facteur de croissance de l’humanité. Rien de tout cela ne se serait peut-être passé sans la comparaison sociale, sans l’envie de disposer de plus, sans l’émulation, la concurrence et la performance tant décriées aujourd’hui par une partie de la société qui voudrait renier ses fondamentaux. Une société se doit de soutenir ceux qui en ont besoin, pour l’indispensable force que génère la cohésion sociale et parce que de ceux-là peuvent venir de nouvelles idées et inventions décisives. Aucune société ne devrait mépriser le «petit». Mais elle se doit aussi de soutenir et fêter les plus costauds, qui tirent le char en avant. La démocratie n’est pas une médiocratie et le libéralisme n’est pas antisocial.

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