11 janvier 2013

Courrié de Finlande...

Le quotidien Le Courrier, en avance sur la réforme de l’orthographe, relaie un article du Monde diplomatique. Annoncé en page une de l'édition du 9 janvier cet article met l’accent (grave) sur l’excèlence de l’enseignement finlandais, enseignement qui est en tête des études PISA depuis des années. L’école de 68 aurait-elle réussi?


école,finlande,éducation,compétition,enfants,La société du pays au mille lacs est maternante. Les enfants sont très tôt suivis par des psychologues et médecins, leurs troubles éventuels très tôt dépistés, avant d’être scolarisés dans une école publique qui veut donner sa chance à tous.

Un professeur pour 12,5 élèves: un rêve! Il n’y a pas de notes dans les premières années et pas de redoublement, considéré comme trop coûteux et dévalorisant pour les enfants. Le soutien scolaire est développé et individualisé. Le principe est que chaque enfant est important, et il semble qu’en Finlande ce principe soit réellement appliqué. Le pays a misé sur sa principale richesse naturelle: sa population. La compétence, ou l’excellence, doivent être au bout de la formation. Personne n’est laissé en arrière.

Dans Le Temps du 5 novembre 2010, Marie-Hélène Miauton décrivait déjà ce système original:

«Le système finlandais se veut égalitaire. Il renonce donc à toute sélection ou redoublement et l’assistance aux plus faibles est fournie au sein de l’école par les enseignants eux-mêmes. En revanche, il y a un numerus clausus général pour entrer à l’université qui est le corollaire d’un système bienveillant lors du cursus obligatoire. Il faut bien que la sélection se fasse à un moment ou à un autre et les élèves en sont conscients, ce qui les motive.»

Jusqu’à l’Université les enfants ont donc rigoureusement les mêmes chances. L’école primaire ne connaît pas la compétition. N’était-ce pas un idéal en mai 68? Pas de culture du premier de classe, pas de stress de l’échec. Des profs investis à plein temps, allant jusqu’à donner leur numéro de téléphone privé aux parents au cas où un problème nécessite un contact rapide. Une implication personnelle et une supervision qualitative école,finlande,éducation,compétition,enfantsqu’ils acceptent, en contrepartie d’un statut hautement valorisé dans le pays.

Ce système scolaire, qui met en valeur chaque individu, fonctionne. Certes la compétition existe. On n’est pas dans une société dépourvue d'esprit de gagne, de lutte, de comparaison, de recherche de l’excellence. Mais ici la compétition est introduite quand l’enfance est terminée. En évitant les écueils émotionnels du début de la vie l’école mise sur l’intelligence et les capacités intellectuelles.

Le projet est intéressant. Il fait poser des questions fondamentales sur l’éducation. L’enfant peut-il vraiment se passer de compétition? N’a-t-il pas besoin de se mesurer pour développer une estime de soi? Quel est le rapport au corps? La compétition sportive est-elle absente de l’enfance? Et quelle est l’incidence de cette éducation sur le développement psychologique, sur la faculté de résilience individuelle, sur l’aptitude à solutionner des situations extrêmes ou de crise? Cette dépendance à l’organisation sociale permet-elle à long terme un bon fonctionnement de l’initiative individuelle, qui me paraît être un moteur indispensable à la créativité humaine? Quel est le profil des adultes qui réussissent le mieux une fois entrés dans le monde de la compétition?

Plusieurs générations seront peut-être nécessaires avant d’avoir des certitudes. Par contre on peut supposer qu’en refusant l’échec scolaire des enfants et en mettant les moyens pour leur développement, l’intégration sociale et le sens de la communauté doivent être plus développés que dans les systèmes très compétitifs, qui reproduisent les modèles de clans et de luttes.

07:26 Publié dans Politique, société | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : école, finlande, éducation, compétition, enfants, pisa | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

J'ai bien sûr lu l'article en question.
Il m'a fait bondir, mais également sourire.
Il est clair que c'est écrit par un Français pour des Français et pas par rapport à une référence suisse ou genevoise.
Certaines choses toutes simples sont présentées comme exotiques. Les parents genevois ont en principe également les numéros de téléphone privés des enseignants et vice-versa.
Les articles successifs sur le système finlandais donnent toujours cette image idyllique et passent sous silence les problèmes qui existent, forcément.
Je lis la presse finlandaise, certes pas tous les jours, mais ce qui transparaît, c'est une certaine souffrance des enseignants. Le métier est perçu comme très pénible et ce qui est énormément mis en avant : la mauvaise éducation des élèves, leur impolitesse. Le mobbing entre élèves est fréquent.
Tout cela fait penser à "l'enfant-roi", mais les enseignants ne sont pas complices de cela, ils le dénoncent. Je ne pense pas qu'ils seraient assez simplets pour accepter que le système scolaire aille dans le sens d'une sanctification des élèves.
Un syndicat a effectué une enquête, il y a quelques années de cela et on a appris que plus de 70% des enseignants avaient songé à changer de métier.
Je pense que le succès mystérieux du système finlandais repose avant tout sur une valorisation du travail, sur une mentalité qui considère que notre valeur personnelle est à prouver par le mérite (éthique protestante exacerbée).
L'idée que l'on doit fournir les conditions optimales pour que l'élève arrive, malgré ses difficultés, à progresser découle de ce postulat de la nécessité de la performance. On est affreusement pragmatiques.
Du moment que la société toute entière exige la réussite, l'école est soutenue dans ses objectifs. Ici à Genève, beaucoup espèrent que l'élève réussisse sans travailler, par la simple force de son intelligence.
L'article donne l'image d'un "Brave New World", dans lequel on aurait anticipé
chaque bobo, où on sur-chouchouterait les élèves. Ca fait peur, vu d'ici, mais c'est une image incomplète.
On ne s'imagine pas très bien combien ce pays est différent de la Suisse, combien sa situation géographique et son histoire ont marqué les mentalités, autrement qu'ici.
J'ai quitté le pays enfant, en 1964, mais suis toujours étonnée de constater comme les valeurs fondamentales sont immuables, malgré une européanisation réelle.
A cause du climat, de la pauvreté séculaire, la peur du Grand Voisin, l'obscurité hivernale incontournable, il est clair pour tous, que jamais rien ne nous tombera dans la bouche tout cuit. Les Finlandais savent très bien qu'ils doivent compter sur eux-mêmes et se battre, même si la situation semble désespérée. Cette caractéristique s'appelle "sisu" en finnois.
"Le cocktail Molotov" a été inventé pendant l'hiver de 1939, par les soldats finlandais se battaient à skis, habillés de blanc. Ils ont réussi à obtenir un cessez-le-feu, à défaut d'une franche victoire. Compte tenu de l'ennemi, c'était vraiment très héroïque...
Selon différentes instances économiques, la Finlande est un des pays les plus compétitifs de la planète. Son école ne peut donc pas être celle de la mollesse.
En Finlande, il y a beaucoup de suicides, beaucoup d'abus d'alcool, beaucoup de cas sociaux.
Il faut arrêter d'idéaliser ce pays, qui a son lot de problèmes.
Les Finlandais ont un complexe d'infériorité atavique, entre autres grâce à leurs voisins si excellents, et ce ne sont pas eux qui se vantent d'être les meilleurs. Ils font de leur mieux, mais qu'est-ce que le chemin est encore long pour arriver à quelque chose qui ressemblerait à de l'auto-satisfaction.

Écrit par : Calendula | 10 janvier 2013

J'attends impatiemment les commentaires de MM. Romain et Duval !

Écrit par : Pierre Jenni | 10 janvier 2013

Calendula,

Merci vivement pour les informations que vous apportez. J'espérais votre intervention vu votre connaissance de la Finlande. Ce que vous dites modère en effet l'image un peu idéale rendue par l'article du Monde.

On sait ici assez peu de choses sur la Finlande, à part les rennes, les lacs, le passé historique en rapport avec la guerre et la survie de la nation.

De plus le finnois est une langue très étrange pour beaucoup d'européens.

Je me demandais s'il y avait une détresse sociale, je pensais qu'elle serait peut-être du côté des adolescents. D'après ce que vous dites elle est plutôt du côté des profs. Je comprends que l'enjeu est énorme. L'égalité est la raison objective mise en avant pour ce système, mais la performance est au final portée par quelqu'un: les profs.

Écrit par : hommelibre | 10 janvier 2013

J'ai passé un peu vite sur les réelles qualités de l'article du Courrier-Monde diplomatique. Il est très fouillé et informatif.
De plus, je ne prétends pas être experte en matière de Finlande d'aujourd'hui.

Vous craignez un égalitarisme nivelant, alors que je pense que l'égalité des chances est un risque à prendre. Elle figure même dans la loi genevoise, mais je ne suis pas sûre qu'on soit très cohérents dans la pratique. L'ascenseur social ne prend pas assez de passagers.
Tout le monde aurait envie que ça se passe mieux, mais contrairement à la Finlande, on n'a pas trouvé ici de consensus assez fort pour que la société soutienne le projet scolaire. On bricole des compromis politiques et on critique les profs. Et tout ça coûte bien trop cher dans ce pays qui dit que la formation est essentielle.
La grande majorité des élèves genevois ont recours à des répétiteurs extra-scolaires. A mon avis, c'est une immense mise-en-cause soit des exigences scolaires, soit du travail fourni pendant le temps scolaire.
Selon moi, rien que ce signal devrait nous alerter. C'est un dysfonctionnement symptomatique.
Les fameux tests PISA ont jeté une lumière très crue sur la capacité de nos élèves à passer des épreuves. On ne comprend pas comment ces élèves finlandais arrivent à être performants, alors que selon nos critères, ils devraient se liquéfier face à un défi.
Et si on développait l'envie de gagner par des méthodes qui ciblent l'aide de façon individuelle, de façon si concrète qu'on n'en sort pas avec l'idée que "de toute façon ça ne sert à rien de travailler"?
Et s'il y a des l'argent facile à l'entour, pourquoi se fatiguer ?
Les élèves ne comprennent souvent pas le lien entre l'investissement personnel et le résultat escompté.

Encore quelques pistes, qui n'apparaissent pas dans l'article :
Il faut savoir que le finnois s'écrit de façon phonétique, car c'est une langue pauvre en sons. Ceux qui savent parler, apprennent très vite à lire et à écrire. On gagne un temps fou, par rapport à des langues à l'orthographe compliquée.
De plus, comme il n'y a que env. 5 millions de locuteurs, on ne peut pas postsynchroniser les émissions à la télé. Ainsi, on apprend à lire les sous-titres très vite et par la même, on apprend gratuitement les langues étrangères, on se forme l'oreille, même si l'accent finlandais est assez tenace. Dans ce cas, un apparent désavantage devient un atout.

Si en France, l'école est en panne et produit des milliers d'élèves quasi illettrés et qu'il y a des zones, dans lesquelles les écoles sont des lieux violents, je comprends que le journaliste français se pose des questions.

Selon moi, la réussite de l'école finlandaise ne repose pas que sur les profs. Ils sont certes un rouage essentiel, mais le sentiment de responsabilité individuelle à l'intérieur du groupe social est prépondérant. Les gens ont l'impression que leur contribution personnelle a un sens dans le fonctionnement de la grande machine. S'ils font bien leur boulot et qu'ils peuvent compter sur le bon boulot des autres, ça roule.
Pour le moment ça a l'air de toujours fonctionner ainsi, puisque selon des statistiques récentes, la Finlande est un des pays les moins corrompus de la planète et la Finnair la compagnie d'aviation la plus sûre.
Ils sont vraiment agaçants !

Écrit par : Calendula | 11 janvier 2013

Oui John, le finnois est une langue qui nous dépasse un peu...
Elle appartient au groupe finno-ougrien, dont les principales sont le hongrois, l'estonien et le finnois justement. Elles sont étrangères aux langues indo-européennes.

...Et ceux qui pensent que le russe, à cause sans doute de son alphabet, est une langue inabordable pour le commun des mortels, devraient se pencher sur le finnois. Ils commenceraient immédiatement l'étude du russe...

"Excèlente" journée

Écrit par : Michel Sommer | 11 janvier 2013

Le finnois est une langue difficile, en effet, mais les réfugiés semblent l'apprendre sans difficultés. Serait-ce à nouveau grâce aux talents pédagogiques miraculeux dans ce pays?

J'ai fait trois années de lycée en Finlande et - ça a peut-être changé depuis - mais l'enseignement n'encourageait pas du tout la réflexion ni l'analyse. Au cours d'anglais, on a lu un (1) Agatha Christie, on le lisait à voix haute en classe et le prof expliquait les mots qu'on ne connaissait pas. Pas de: "quelles sont les motivation réelles de Miss Marple? Décrivez le rapport entre Hercule Poirot et le principal suspect". Au cours de français, nous avons lu Le Grand Meaulnes, selon la même méthode. Le cours d'histoire était du pur par-coeur.

En tant que soeur de Calendula, je confirme entièrement ses dires et j'ajouterais que les Finlandais sont profondément imprégnés, non seulement de lutérianisme (travaille, sois modeste et tais-toi!), mais aussi des Lois de Jante qui ont cours dans tous les pays nordiques:

- Tu ne dois pas croire que tu es quelqu'un de spécial !
- Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous !
- Tu ne dois pas croire que tu es plus malin/sage que nous !
- Tu ne dois pas t'imaginer que tu es meilleur que nous !
- Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous !
- Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous !
- Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit !
- Tu ne dois pas rire de nous !
- Tu ne dois pas croire que quelqu'un s'intéresse/s'inquiète à ton sujet !
- Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose!

Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Jante

Écrit par : Arnica | 11 janvier 2013

Calendula, pourquoi l'ascenseur social fonctionne-t-il mieux en Finlande? Le pays est-il moins différencié socialement que d'autres? Est-ce la loi de Jante, comme le dit Arnica, qui met en pause l'élitisme et la culture du mérite? Je pense difficile d'appliquer une totale égalité des chances. Il faudrait une analyse plus pointue des sociétés, avec moins de biais idéologiques, pour comprendre jusqu'où l'égalité des chances est possible.

Le soutien scolaire individualisé est certainement un bon plan. Mais les différences sont-elles solubles et équalizables par ce genre de mesure? Le concept d'égalité est une bonne chose. Il est une sorte de réponse politique à un débat philosophique sur les raisons de l'inégalité, et permet d'enrichir la société de toutes les compétences.

Mon questionnement est: jusqu'où est-il applicable? Quelles sont les failles de ce concept et comment les "patcher" et par quoi? Comment appliquer à la fois l'égalité des chances et les compétences personnelles, qui à mon avis ne dépendent pas simplement d'une égalité politique ou d'une différenciation de classe, d'éducation, de religion, entre autres? Mais d'accord: l'école ne doit pas amplifier cela.

J'ai une amie très active dans le soutien scolaire, et je suis convaincu de sa raison d'être. L'individualisation de ce soutien montre d'ailleurs que l'égalité n'est pas une réalité "naturelle" mais une volonté politique.

L'équilibre entre cette volonté et le mérite personnel qui suppose en général une forme de compétition ou au moins de comparaison sociale est toujours en mouvement. L'intérêt de notre époque est de débattre de toutes ces questions.

J'ai été longtemps en accord avec un système où les notes ne sont pas le marqueur principal. Aujourd'hui je vois dans cette démarche, en partie du moins, le conflit d'avec le principe d'autorité, conflit non résolu. Je pense maintenant qu'un enseignant doit oser donner dans certains cas une marque claire à l'élève, non négociable, et lui dire s'il correspond bien à ce qui est souhaité. Mais mon besoin de liberté - ou une forme d'insoumission - me fait toujours penser qu'on ne doit pas formater complètement un élève.

C'est à cela entre autres que me fait penser un système sans notes. Je me demande aussi quand et sous quelle forme une évaluation comparative ressurgit (les notes en étant une), comment elle est gérée, comment elle contribue à construire le psychisme, comment elle trouve un équilibre avec la liberté.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2013

A mon avis - pour ce que ça vaut - la Finlande fonctionne un peu comme les Etats-Unis: vous pouvez devenir président(e) même si vous êtes fils de paysan. La Finlande a d'ailleurs eu une présidente qui vivait en concubinage et qui défendait les droits des gays et lesbiennes. Tout le monde se tutoie et il y a beaucoup moins de hiérarchie de classe, de népotisme et de pistonnage qu'en France, par exemple. Les Finlandais sont tous paysans à la base et ont sans doute été très unis entre eux vis-à-vis du royaume de Suède d'une part et l'empire russe d'autre part. Les petits et vaillants bûcherons vis-à-vis des aristocrates.

Cela dit, il y a aussi beaucoup de jalousie: aussitôt que quelqu'un sort de la boue pour devenir "quelqu'un", on lui en veut, on lui reproche de p... plus haut que son cul, etc...

Mais cela a probablement changé de la Finlande d'aujourd'hui qui est bien différente de celle de mon adolescence.

Écrit par : Arnica | 12 janvier 2013

Merci Arnica. Cela confirme que la société finlandaise est moins marquée par les différences de classes ou d'ordres sociaux. La France par exemple a été longtemps pétrie de ces différences, devenues dans le passé la structure même de la société, avec la hiérarchisation de la société que cela suppose. Elle en est encore très imprégnée et les corporations, clans et dynasties s'y reproduisent régulièrement. Il semble que ce soit donc différent en Finlande. Une culture plus naturellement égalitaire semble y prévaloir, de par l'origine plus homogène de la population. Cela facilite peut-être une culture scolaire plus égalitaire.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2013

A propos de différence de classes ou d'ordres sociaux en France : "Quelle différence y a-t-il entre en polytechnicien et un train ? Quand un train déraille, il s'arrête..."

Bonne fin de journée à toutes et tous.

Écrit par : Michel Sommer | 12 janvier 2013

Michel:

:-)))!

A propos du finnois, je trouve la forme écrite esthétique avec toutes ses voyelles. C'est visuellement "chantant", si j'ose ce déplacement de sens.

Bon week-end à vous aussi.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2013

@hommelibre,
Je tempère un peu la portée de la "loi de Jante". Je me demande si elle est encore aussi forte actuellement que dans notre jeunesse.
Et, en poussant la logique à l'absurde, la Finlande devrait juste rester dans la même norme que les autres pays nordiques, au lieu de se faire remarquer avec son rang dans PISA !
N'oublions pas que ce qui étonne tout le monde, c'est ce succès répété dans un test à portée internationale.
Ces têtes finlandaises qui dépassent (avec celles des Coréens du Sud, de Singapour, Hong Kong et Shanghai) n'ont pas été nivelées vers le bas. Il est certain que les système des autres pays ou villes à succès doivent être très différents et je me demande donc quelle qualité pourrait être commune aux Finlandais et aux Asiatiques.
J'arrive à: la honte devant l'échec. Réussir est une question d'honneur.

Pourquoi l'ascenseur social fonctionne mieux ? Les étudiants s'endettent tous pour payer leurs études. Cette dette (opintovelka) est une chose que les jeunes adultes trainent avec eux pendant des années, il faut la rembourser. C'est normal, c'est le prix à payer pour obtenir un diplômes.
De plus, la compétition est réelle, car il y a un numerus clausus à l'entrée des universités ou écoles supérieures.
Tous les enfants savent cela, ils sont conscients que seuls les meilleurs auront un job qui rapporte et que la route est longue. Mais c'est pareil pour le plus grand nombre, c'est "normal".
C'est pour toutes ces raisons que j'ai trouvé l'article du "Monde diplomatique" insuffisant. Mais sans doute aurait-il fallu faire une série en 5 numéros et il n'est pas sûr que cela intéresse les lecteurs tant que cela.;-))

Comme il y a désormais beaucoup de nouveaux riches, grâce à cette économie tellement compétitive et beaucoup d'exportation, les choses peuvent changer. On remarque que Helsinki a déjà changé : les gens ne s'y promènent plus en bottes en caoutchouc et en training. Les boutiques de luxe ont fait leur apparition et les jeunes veulent apparaître comme des "continentaux" (comprendre : comme les reste de l'Europe), tout en étant par ailleurs très attachés à leur identité nationale.

Vous écrivez :
"Comment appliquer à la fois l'égalité des chances et les compétences personnelles, qui à mon avis ne dépendent pas simplement d'une égalité politique ou d'une différenciation de classe, d'éducation, de religion, entre autres? Mais d'accord: l'école ne doit pas amplifier cela."

L'égalité des chances est un objectif, un idéal. On devrait tendre vers des réponses concrètes à des problèmes parfois simples, parfois compliqués.
Les problèmes sociaux en Finlande sont souvent liés à l'alcoolisme massif. La majorité des travaux pénibles sont effectués par les autochtones, il n'y a pas beaucoup d'immigration économique. Depuis l'après-guerre et jusqu'à récemment, les Finlandais peu formés émigraient en Suède pour y faire les travaux peu valorisés. Car il y a des Finlandais peu formés, des gens qui restent sur le bas côté.
Pour moi, l'égalité des chances signifie ceci : un enfant dont les parents ne peuvent pas l'aider en cas de difficultés scolaires doit pouvoir bénéficier d'une aide suffisante pour qu'il puisse raccrocher à un rythme moyen.
Actuellement à Genève, un enfant dont les parents sont enseignants ou simplement francophones ou instruits ou disponibles est nettement avantagé face à un enfant dont les parents ne connaissent pas le système, ne savent pas lire le français, sont moins instruits que leur enfant, qui travaillent de sorte à peu voir leurs enfants et qui sont fatigués. On arrive à donner un soutien financier aux familles pour engager des répétiteurs, mais cela ne semble pas suffire, car selon PISA, il y a d'énormes écarts entre les plus performants et les plus faibles.
L'égalité des chances signifierait qu'il n'y a pas de fatalité, que l'échec n'est pas programmé et que l'école donne les moyens concrets à ceux qui veulent réussir. Car il ne faut pas oublier que sans cette motivation à travailler, l'élève n'y arrivera pas, malgré toute la bonne volonté des adultes.

Écrit par : Calendula | 12 janvier 2013

Cependant, Calendula et Arnica sont arrivées à Genève avec des parents qui ne parlaient pas le français et ne connaissaient pas le système et pourtant, elles ont réussi (Arnica arrivant même première de classe en sixième primaire!) (mais elle ne doit pas s'en vanter) sans qu'il soit nécessaire de payer de répétiteurs privés.

Alors c'est quoi le mystère? Soit nous sommes d'une intelligence supérieure à la moyenne ou alors nous avons été nourries au code de l'honneur et de l'obligation de réussite dès notre plus jeune âge. En effet, c'est peut-être ça, la solution au mystère PISA.

Je pense aussi à ces deux jumelles égyptiennes, dont l'une, Myriet Zaki, écrit des livres sur l'économie. Comment ont-elles réussi? Leurs parents sont-ils francophones?

Écrit par : Arnica | 13 janvier 2013

@Arnica,
Notre cas n'est pas une généralité. Pour beaucoup de raisons.
Nos parents étaient instruits et savaient exiger un respect de l'école, effectivement selon la mentalité finlandaise. Ils avaient tellement investi dans leur propre formation, qu'il n'était pas envisageable qu'on ne fasse pas de même. On se serait déconsidérées.
Jamais une excuse de complaisance, pas de chichis, l'école était une valeur absolue, les bonnes notes le minimum syndical à fournir par nous.

Et le monde a beaucoup changé.

Nous n'avions pas encore internet, ni facebook, ni Bluetooth, ni IPhone, ni Pad (je ne citerai pas le MP3 et tous les trucs déjà obsolètes), qui sont tellement plus intéressants que le boulot scolaire...
Ceci dit, il existe toujours beaucoup d'élèves hyper-motivés, qui font des insomnies d'angoisse face à une note qui ne serait pas au moins 5.
Beaucoup d'enfants de parents non-francophones réussissent très bien et beaucoup de Genevois de souche échouent, car il y a plein de facteurs qui entrent en jeu (p.ex. le présence physique des parents et leur vision de l'école, le discours dénigrant étant un poison).
Le problème principal de Genève dans les tests PISA est le grand écart entre les meilleurs et les moins bons, alors qu'en Finlande (Corée, Singapour etc), il y a une homogénéité vers le haut.
Pour moi, cela veut dire qu'il y une volonté de réussir et des moyens mis en place pour que les élèves fassent leur maximum.
Si on accepte PISA comme instrument d'évaluation, force est de constater qu'à Genève, il nous manque quelque chose, une partie de nos élèves ne se sentent pas concernés par la chose scolaire.

Le b-a-ba de la réussite est tout simple : travailler en classe. Ca fait gagner énormément de temps et l'élève comprend ce qui est attendu de lui. Il s'approprie des contenus ou des méthodes nouvelles qui sont généralement parfaitement du niveau de sa classe d'âge. En étant présent mentalement, il peut aller plus loin.
Et après tout, l'école est avant tout faite pour que les enfants apprennent des nouveautés, qu'ils prennent ce qu'on leur propose, quitte à réaliser après coup que ce n'est pas leur truc. Mais au moins essayer, se donner une chance de découvrir quelque chose qui aille au-delà d'un clip, d'un CD ou d'un xième gadget.

Écrit par : Calendula | 13 janvier 2013

Arnica et Calendu: vous êtes très complémentaires!!!
:-)

Merci pour ces commentaires qui affinent l'article cité, et qui permettent de mieux comprendre sur quel terrain le système finlandais a pris racines. Je crois comprendre que le système n'est pas tout, qu'il bénéficie d'une culture favorable et qu'il ne supplante pas l'initiative individuelle de l'élève.

En ce qui concerne le soutien scolaire à Genève, l'amie que je cite plus haut trouvait (il y a 5-6 ans de cela) qu'il n'était pas assez développé. Elle faisait la même remarque que vous Calendula, sur les enfants de parents non francophones. On peut se demander s'il y a une vraie volonté politique dans ce sens à Genève. Poser la question, c'est constater que ce n'est peut-être pas le cas.

Écrit par : hommelibre | 13 janvier 2013

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