27 décembre 2012

Théâtre: un pionnier genevois est parti

On apprend que Richard Vachoux est décédé à l’âge de 80 ans. Avec lui c’est tout un pan du théâtre genevois qui s’en va. J’ai eu la chance de connaître cet homme étonnant, mélange de réserve et de jaillissements, de classicisme et d’audace.


richard vachoux,geneve,théâtre,poche,comédie,poésie,Richard Vachoux a participé au développement d’un théâtre tantôt expressif, tantôt dépouillé, mais toujours en quête de sens, d’un sens qui porte le spectateur plus loin que lui-même. Sa foi y était pour quelque chose, mais aussi son sens poétique et sa perception de la scène, lieu d’exhibition qui doit être traité avec d’autant plus de pudeur qu’il est nu sous nos yeux: tout les trucs sont visibles.

A une époque où le «plein les yeux» marchait à fond au théâtre, où le corps envahissait la scène parfois au détriment du texte (Living Theatre), Richard Vachoux privilégiait toujours la parole, ce «plus» du corps. Jamais partisan en théâtre, il était pourtant éminemment politique, du parti de l’humain et de l’intelligence.

Il joua Ionesco à Genève, alors que cet auteur était objet de scandale à Paris: sa fameuse Cantatrice chauve détournait le langage en un hymne surréaliste et désopilant. Je me souviens d’un repas que, très jeune homme, j’avais partagé dans la vieille ville de Genève avec Eugène Ionesco et Richard Vachoux. J’avais obtenu cette faveur en tant que fan de l’auteur roumain. Gravité et légèreté se mélangeaient, comme souvent avec eux.

Monsieur Vachoux aimait les beaux textes et la poésie. Sous son allure de capitaine de navire, un pied sur terre et l'autre en mer, il restait hypersensible et attentif aux frémissements du monde. Il participait à tout ce qui faisait avancer le théâtre à Genève: le Poche, la Comédie renouvelée, le Carouge, l’Orangerie et l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique.

Il proposait également des spectacles poétiques, où les textes les plus étourdissants et les plus provocateurs s’égrenaient dans ses gestes, ses regards et ce ton de voix qui cisaillait l’air.


Pensées pour ses proches.



Sur la tdg en ligne, un très beau portrait de Richard Vachoux par Laurent Guiraud

20:34 Publié dans Art et culture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : richard vachoux, geneve, théâtre, poche, comédie, poésie | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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