07 novembre 2012

Malheur aux vaincus

Elle est fair play cette petite phrase du candidat battu à l’élection présidentielle américaine: je reconnais ma défaite, je concède la victoire à mon adversaire. C’est un rituel. Tout candidat battu doit prononcer ces quelques mots. C’est un sésame pour le gagnant: maintenant il peut parler en toute légitimité. Il n’est pas contesté.


gagner,perdre,victoire,défaite,vaincu,romney,obama,élection,geneve,barazzone,punition,hollande,france,école,notes,C’est non seulement fair play mais c’est une forme de lucidité et d’honnêteté intellectuelle qui ne prévaut pas partout. Mais alors pas du tout. Rien que dans notre petite bourgade provinciale de Genève, qui a reconnu sa défaite au soir de l’élection complémentaire du 4 novembre? Personne.

Salika Wenger? Silence radio. Son café du Sabre et de l’Amitié réunis a dû couler corps et biens.

Eric Bertinat? Rien. Sur son blog, on parle de lui et pour lui, et l’on refait l’élection perdue en remettant une couche de son programme.

Boney M. - non, Bonny D.? Une petite phrase de gentil garçon, une phrase qui ne demande pas trop de courage, sur son dernier billet auto-consolateur: «Je le lui (le vainqueur de l’élection) ai d’ailleurs écrit aujourd’hui en lui souhaitant le meilleur dans sa fonction de Conseiller administratif.» Mais pas de reconnaissance explicite de sa défaite.

Quel est le problème? N’ont-ils pas la simplicité de la reconnaître? Est-ce trop humiliant pour eux?

Cela me fait penser à la Normalie, pays voisin où François Hollande veut que l’on modifie la notation des élèves à l’école. Les notes seraient cause d’une mauvaise image de soi si elle ne sont pas bonnes. Un élève qui n’a que 10 sur 20 pourrait se sentir dévalorisé, humilié. Cela pourrait le démotiver.

Ainsi on infantilise les élèves. La société refuse d’admettre la défaite et de faire le deuil, ou de donner envie de faire mieux. C’est une régression intellectuelle et affective. Les enfants ne doivent pas être contrariés. Ils ne doivent pas se comparer ni s’émuler. L’école n’est plus un lieu de pédagogie, elle devient un centre de thérapie et de maternage.

Je ne prétends pas que la note zéro ait une valeur pédagogique, surtout s’il n’est pas motivé. D’ailleurs on sait que le zéro est en général une punition et non une appréciation. Mais il faut aussi aider les enfants à évaluer leur niveau, quitte à trouver ensuite les moyens personnalisés pour l’améliorer. Sans reconnaissance du réel on construit sur du sable et on développe des états anxiogènes.

Personne n’aime perdre. C’est évident. Il n’y a pas de plaisir à échouer. Le perdant est historiquement un vaincu. Avec la défaite vont l’humiliation, la non reconnaissance sociale,  le désintérêt  amoureux. Bref, malheur aux vaincus!

Pourtant accepter la défaite, traverser cette forme de souffrance psychologique, est juste une manière d’avancer dans sa vie. Alors que tenter de se trouver des prétextes, ou de se rassurer, est improductif et dépourvu de courage. De plus c’est ne pas reconnaître à l’autre sa victoire. Qui instaurera spontanément cette nouvelle coutume: reconnaître sa défaite, simplement, sans justification, sans blabla? Ce serait bon pour la tête. Il y a une promesse de grandeur dans cette acceptation.

17:21 Publié dans Politique, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : gagner, perdre, victoire, défaite, vaincu, romney, obama, élection, geneve, barazzone, punition, hollande, france, école, notes | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Je propose une autre comparaison que celle d'avec la note scolaire.

En effet, la note est le reflet d'une performance mesurable et relative.
Cette performance a pu être préparée, il y a eu un travail préalable avec un investissement personnel plus ou moins conséquent. On a droit à l'erreur pendant ce processus, on pense même que les erreurs servent à l'acquisition du savoir ou de la technique.
La note sert à mesurer le résultat du processus d'apprentissage. Elle n'est pas scientifiquement très exacte, mais les élèves d'une même classe sont mesurés à la même aune. Plusieurs individus peuvent obtenir la meilleure note, ex-aequo.
Selon moi, une mauvaise note est souvent le signe d'un manque de travail ou de réelle motivation.
La course électorale s'apparente, à mon avis, davantage à une performance sportive. Il y a une préparation, des tours de piste successifs, des victoires et des défaites intermédiaires (comme dans un championnat) puis arrive la finale : on est face à un nombre réduit d'adversaires et il faut les surpasser. Un seul individu ou une seule équipe peut terminer premier sur le podium.
Là aussi, il faut savoir être bon perdant. Se faire traiter de "mauvais perdant" est assez honteux !
En cela, je trouve le rituel américain très sain. Il permet de sauver la face de façon très élégante.

Écrit par : Calendula | 07 novembre 2012

Bonsoir Calendula,

La comparaison avec les notes n'est pas idéale en effet. Pour moi son intérêt est de montrer la difficulté à accepter de n'être pas le meilleur. Dans le cadre scolaire, tenter d'éviter l'évaluation me semble préparer l'élève à ne pas accepter ses contre-performances. La motivation psychologique mise en avant pour justifier l'atténuation du système de la note me paraît aller à rebours d'une utilité pédagogique. Il est sûr qu'être mal noté est désagréable et possiblement dévalorisant. La question est de ne pas s'arrêter là mais de voir ce qui a dysfonctionné et de trouver des manières personnalisées d'améliorer la situation: voir où l'élève a perdu pied, par quelle méthode lui permettre d'acquérir ce qui lui manque, avec du soutien. L'évaluation par les notes est destinée à faire prendre conscience et à stimuler.

Il est vrai que l'élection présidentielle ne donne qu'une seule personne sur le podium alors qu'à l'école elles peuvent être plusieurs. La question est pour moi de ce que l'on fait d'une contre-performance, comment on l'accepte ou non et quelles en sont les conséquences.

Un élève qui a un trou d'acquisition parce qu'il n'a pas compris une donnée importante risque de creuser de plus en plus son trou si ce manque n'est pas notifié et s'il n'est pas comblé.

La problématique est la même pour un sportif qui tenterait de se justifier d'un échec sans en reconnaître la réalité et l'ampleur et sans en prendre les causes ou la solution sur lui-même. Un élève à qui on évite de voir ses lacunes en diluant l'évaluation risque fort de ne pas trouver la sortie de son tunnel!

En politique le rituel américain est très sain comme vous le dites. Je pense à certaines figures françaises, par exemple Ségolène Royal. Le déni de ses échecs est impressionnant et semble l'entraîner dans une spirale où elle ne maîtrise plus rien et perd tout crédit.

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2012

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