07 novembre 2012

Amérique: ces étranges Républicains

La victoire d’Obama est aussi celle de la réalité sociale d’une partie des Etats-Unis. Beaucoup d’électeurs démocrates, plutôt urbains, font partie de la classe moyenne intellectuelle, ou sont d’origine hispanique et afro-américaine. L’augmentation de la population non-blanche, dont le nombre dépassera bientôt la population blanche, pourrait à terme renforcer l’assise du parti de Bill Clinton et de JFK.


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Les Républicains, les étranges Républicains, sont eux formés plus généralement d’américains blancs et ruraux. C’est évidemment schématique et la ligne de démarcation est plus mélangée qu’il n’y paraît. Mais cet aspect schématique permet d’illustrer la différence majeure, la mère des différences, entre les deux principaux partis politiques des Etats-Unis. Et de mieux comprendre qui sont ces étranges Républicains.


Etrange pour nous, européens, qui sommes nombreux à ne pas comprendre la puissance de certaines composantes de ce mouvement. Quel groupement aujourd’hui en Europe, atteindrait l’audience des Tea Party en réclamant plus de Dieu et moins d’Etat? Religieux par tradition et mimétisme social, les membres du Tea Party et d’une partie de ce que l’on nomme abusivement l’extrême-droite américaine est forcément contre l’avortement. C’est leur conviction spirituelle. Doit-on aligner les règles d’un Etat sur les préceptes d’une religion? La question est posée de manière aiguë en Europe. Elle est ravivée par la critique de l’islam, qui est autant un système politique monolithique qu’une religion.

L’Europe répond non. Les règles de l’Etat servent à organiser la vie commune et à sanctionner les crimes sur des vivants nés. Le foetus n’est juridiquement pas un humain né. Les partisans de la droite religieuse dénoncent cette interprétation au nom de leur foi. Cet exemple illustre pour une part la différence de vision de l’Etat entre les Républicains et les Démocrates.

Et moins d’Etat? Cette droite se réfère à l’esprit pionnier qui a prévalu lors de la construction de l’Amérique. Les émigrants d’alors ont installé leurs vies, leurs maisons, leurs familles, sur des territoires sans organisation politique. L’Etat n’existait pas. La religion était un lien social fort et une identité commune. Ils se protégeaient des dangers en s’organisant en petites communautés, et s’entraidaient quand il était besoin.



L’individu d’abord
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L’Etat s’est développé comme une délégation des tâches des pionniers à une administration chargé des investissements collectifs: routes, infrastructures, défense. Il n’avait pas pour mission de s’occuper de la santé ni de la marche des entreprises. La philosophie est que chacun se débrouille librement. La privatisation est la règle aux Etats-Unis, et si l’entreprise fait un travail de qualité cela fonctionne. Un exemple fort est illustré par les universités. Grâce à leur privatisation elles peuvent développer leur singularité, faire preuve d’excellence, être en compétition. Grâce à ce système du mérite et de l’excellence on y constate une densité étonnante de chercheurs de pointe et de prix Nobel. En 110 ans de prix, 45 d’entre eux ont été attribués à d’anciens étudiants de L’Université de Harvard dans le Massachusetts!

La tradition de faire reposer la société sur la force des individus créatifs plus que sur l’Etat est donc ancienne et ancrée aux Etats-Unis. Les Républicains sont porteurs de cette traditions fondamentale. Les Démocrates considèrent eux que les tâches de l’Etat sont plus importantes que les missions premières de défense et d’infrastructure. Ils soutiennent l’Etat-providence qui prend en charge les citoyens dans le besoin. Ils sont plus proches des européens. On peut voir en France un exemple d’ancrage dans cet Etat providence. La réforme des universités et la libéralisation d’éléments du service public voulues par Nicolas Sarkozy a fait l’effet d’une guerre de religion. La religion de l’Etat-providence (la providence étant initialement une vertu divine...) a remplacé la religion des églises. Pas toujours à tort: un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. L’Etat, on sait quand il donne. Dieu, on ne sait jamais.

L’esprit des fondateurs de l’Amérique est que, même dans la difficulté, tu dois te débrouiller. Cet individualisme heurte nos esprits européens. Mais la réalité n’est pas si tranchée. Les Républicains admettent que l’Etat puisse soutenir momentanément des citoyens en difficulté. Il aide aussi des entreprises, soutenant ainsi l’activité économique et les postes de travail. Mais les Républicains contestent l’ampleur de ces aides, leur durée, et une assistance qui se poursuit parfois à vie. Ils préfèrent que le volet social de la politique soit pris en charge par les gens eux-mêmes: famille, amis, oeuvres caritatives.



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L’Europe ayant rangé au grenier son esprit pionnier depuis très longtemps, et vivant sur une attente permanente de l’Etat, il nous est difficile de comprendre cet état d’esprit.


Personnellement je pense que dans la société industrielle l’individu ne peut tout solutionner lui-même. Les premiers pionniers étaient maîtres de leur travail, pas les ouvriers et employés actuels. Ils ne peuvent aujourd’hui se relever aisément si une faillite les met au chômage. La part du social dans l’Etat n’est donc pas illégitime à mes yeux.

Mais dans une Europe qui peine à retrouver un rêve et une dynamique positive, l’exemple des pionniers devrait être plus souvent cité. Une société est d’abord fondée sur la force de ses membres, qui cèdent à la collectivité une partie du produit de leur activité. Plus la société-Etat prend le dessus, plus il y a de règles, et moins il y a d’espace pour la créativité individuelle. Les Républicains veulent moins de régulation et plus de liberté. En Europe, le mot «dérégulation» provoque une levée de boucliers.

Les «dérégulateurs» de la droite américaine estiment qu’il faut laisser mourir les activités qui ne sont plus rentables. Ils n’ont cependant pas refusé l’aide du gouvernement quand la crise menaçait de mettre à la rue des dizaines de millions d’américains. L’aide de l’Etat a tempéré le choc. On est ici dans une forme de libéralisme incluant la participation de l’Etat comme un vrai partenaire. Où est la limite de ce partenariat? Jusqu’où l’Etat peut-il s’immiscer dans la vie des gens et des entreprises? La question n’est pas tranchée. Mais à titre d’exemple, je pense que la limite des prérogatives de l’Etat est dépassée quand un projet de loi prévoit, comme en France, d’imposer des quotas de femmes et d’hommes dans les conseils d’administration des entreprises privées. Cela, c’est l’assistanat autoritaire. Autant dire la peste.

Ces étranges Républicains, cette droite américaine, n’est pas fasciste comme on l’entend dire parfois. De même que les Démocrates ne sont pas des collectivistes anti-riches. D’ailleurs la majorité des électeurs républicains n’est pas riche. Les deux formations feraient bien de réactualiser leur corpus idéologique. Je ne saurais adhérer  au puritanisme des Républicains ni à leur religiosité, à quoi je préfère de loin le libéralisme Démocrate. Mais ils veulent privilégier la liberté de l’individu face à l’emprise grandissante de l’Etat.

Rehausser la part de créativité individuelle et de mérite personnel dans la société n’est pas non plus illégitime.

09:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, obama, romney, élection, amérique, démocrates, républicains, pionniers, socialistes, providence, care, individualisme, etat, social | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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