17 octobre 2012

Suicide d’une ado au Canada: internet, zone de non-droit

Amanda Todd est cette adolescente qui s’est suicidée pour avoir été harcelée sur Facebook. Anonymous a retrouvé la trace du présumé harceleur et a donné publiquement son nom et son adresse. Ce qui pose une fois de plus la question de la pratique du tribunal d’opinion.


amanda todd,internet,facebook,forum,chat,suicide,adolescente,harcèlement,calomnies,droit,justice,famille,police,far west,arbitraire,anonymous,On sait que le net et Facebook en particulier sont des espaces publics où le droit est appliqué au lance-pierre. C’est même assez clairement des espaces de non-droit. Les harcèlements, le vol, le plagiat, les calomnies, le chantage, la mise en ligne d’images sans l’accord de l’intéressé y sont fréquent. Aujourd’hui les parents doivent impérativement en avertir leurs enfants.

Amanda Todd avait 12 ans quand elle a rencontré sur un forum de discussion un homme avec lequel elle a sympathisé. Enfin, sympathiser est un faible mot: à la demande de cet homme elle a montré sa poitrine à l’écran. Pourquoi a-t-elle fait cela? Que cherchait-elle à 12 ans en faisant cela? On n’en sait rien.

L’homme a gardé l’image et l’a diffusée sur une page Facebook que les amis de l’adolescente pouvaient consulter. Que s’est-il passé? Amanda a été la cible de moqueries, d’insultes et d’humiliations. Ses «amis» se sont lâchés sur elle. Au point où elle a dû changer d’école, à deux reprises. Ses parents voulaient probablement la soustraire au harcèlement. Mais à chaque fois le preneur de photo retrouvait sa trace et diffusait l’image auprès de ses nouveaux amis.

Après trois ans de cette pression Amanda s’est suicidée, après avoir posté une vidéo sur youtube. Anonymous a décidé de la venger en publiant, selon eux, les noms et adresse de l’auteur présumé de la diffusion des images.

La première question est bien sûr à son propos: pourquoi, mais pourquoi bon sang est-elle allé montré sa poitrine à un inconnu sur le net? Je veux bien qu’à 12 ans on ne voie pas tous les dangers, ou que l’on commence à vouloir se lancer des défis. Mais enfin, combien de filles montreraient ainsi leurs seins?

La deuxième question est: pourquoi la police et la justice n’ont rien fait? Si anonymous a réellement trouvé la trace de l’homme, la police pouvait le faire. Une plainte a-t-elle été déposée? Qu’ont fait ses parents, qui devaient être au courant puisqu’ils ont changé plusieurs fois leur fille d’école?

La troisième question est: comment les autres adolescents ont-ils pu s’acharner contre elle alors qu’elle était déjà si mal et subissait ce harcèlement? Où est l’humanité et l’empathie? Personne, pas un adulte, n’a raisonné ce troupeau, cette meute d’ados inconscients et cruels pour qu’Amanda retrouve une place digne parmi eux?

Enfin de quel droit la justice devient-elle une vengeance? La publication faite par anonymous est inacceptable. On ne fait pas la loi soi-même sans se placer du même bord que les criminels que l’on désigne au lynchage populaire. Anonymous ne vaut pas mieux, ne fait pas mieux que le harceleur, même si ses intentions sont autres.

Le tribunal de l’opinion, que je mentionnais déjà hier à propos du procès de Créteil et à d’autres occasions, est une dérive des plus dangereuses. Cela ouvre la porte à tous les abus, sans plus de vérification, sans procès.

Anonymous contribue à faire retourner nos sociétés à l’état de protection de l’individu qui prévalait aux temps du Far-West. C’est-à-dire à une forme d’arbitraire où n’importe qui peut se proclamer justicier et pendre ou faire pendre haut et court sans autre forme de procès.

Autant le suicide de l’adolescente est choquant - même si des éléments de compréhension sur son comportement et celui de son entourage manquent, autant la pratique d’anonymous est tout aussi choquante et malsaine. Elle est même criminelle. Ce n’est pas loin de l’incitation à l’agression, voire au meurtre.



Commentaires

Droits et non-droit. Zones d'ombres. Les reporters-photographes qui couvrent les conflits et qui parcourent le monde à la recherche de belles photographies ont des droits sur leur production. Souvent ils ne prennent pas le temps de demander l'autorisation aux acteurs de leurs clichés et encore moins proposent de partager les éventuels bénéfices tirés de leurs oeuvres. C'est compliqué. Où commence le droit d'auteur et d'autorisation à faire d'une image un lien universel délivré aux autres humains?

Dans le sujet ci-dessus, vous avez raison de dire que l'on ne peut pas lyncher des personnes et les livrer sans aucun jugement à la vindicte populaire. Cette jeune fille aurait du être protégée en amont. Qu'on fait ses parents, ses amis, tout ce temps pour retrouver le coupable avant qu'elle ne commette l'irréparable? Une jeune fille laissée seule face à un tel harcèlement, il y a de quoi se poser des questions.

Écrit par : pachakmac | 17 octobre 2012

Si vous saviez le nombre de femmes mariées qui ont fini en soins psychiatriques après avoir cru aux bonniments de manipulateurs dès l'ouverture du premier réseau anti-social,l'affreux Caramail.Cela n'épargna pas bien entendu de nombreux hommes c'était le début de la décadence dans les rapports masculins féminins.Il y eut aussi de nombreux suicides mais comme cela affectait principalement des gens plus âgés on pensa que c'était peut-être moins important surtout que c'était le grand boom de l'ADSL, aussi cela passa inaperçu sauf pour les victimes

Écrit par : lovsmeralda | 17 octobre 2012

Pachakmac:

"Cette jeune fille aurait du être protégée en amont. Qu'on fait ses parents, ses amis, tout ce temps pour retrouver le coupable avant qu'elle ne commette l'irréparable?"

C'est au fond aussi ma question. Pourtant si elle a été changée d'école, la chose était connue de ses parents. Il fallait réunir les élèves avec les profs et directeur et les parents et la soutenir à fond! Sa bêtise devait être simplement reconnue comme telle et dédramatisée, déculpabilisée. Il fallait faire un mur autour d'elle.


Lovsmeralda:

Internet a de très bons côtés, mais on y trouve aussi la plus grande cruauté sans modération, malheureusement.

Écrit par : hommelibre | 17 octobre 2012

Ses parents étaient-ils réellement au courant? je n'en suis pas sûr: facebook est aussi un lieu où bien des choses se postent, où la surenchère s'active (photo suggestives etc.) tandis que les parents n'y comprennent mais...

D'accord avec vous sur le "tribunal de l'opinion"; c'est un peu le retour à un passé qui n'est pas le nôtre: les lynchages à l'américaine.

Écrit par : Sérum | 17 octobre 2012

@ Sérum:

D'après l'interview donnée par les parents au Canada, ils étaient au courant. Et le fait de la changer d'école plusieurs fois montre que les parents connaissaient le problème. De plus Amanda serait tombée dans l'addiction à l'alcool et à la drogue, se serait tallaidé les bras: rien de cela ne passe inaperçu. A ce point de détresse il y a un manque dans l'entourage immédiat.

Deux aspects manquent dans l'évocation médiatique de ce suicide: la fragilité psychologique de la jeune fille et une prise en charge dans l'entourage immédiat. La mère est professeur. Selon l'interview les parents des autres élèves recevaient l'image et la vidéo d'Amanda à chaque changement d'école. Il fallait prendre les devant et en parler avec l'école, les élèves, les parents d'élèves.

Écrit par : hommelibre | 17 octobre 2012

le mal a l'air plus profond que 2 noisettes montrées sur facebook, au pire des cas si l'environnement est malsaine, elle aurait pu prendre des cours par correspondance, enfin y'a quand même des zones d'ombres dans cette histoire,
bizzzouxxx Homme Libre!!!

Écrit par : Sarah | 18 octobre 2012

Oui Sarah, c'est aussi ce qu'il me semble.
Bizzzouxxx!!!

Écrit par : hommelibre | 18 octobre 2012

Comme vous le mentionnez justement, elle avait 12 ans. Il s'agit donc de pédophilie. On ne va quand même pas reprocher à une gamine de 12 ans de s'être fait manipuler par un adulte? C'est lui, et lui seul, qui doit porter la responsabilité de ce qui s'est passé.

Vous pouvez penser ce que vous voulez des méthodes d'Anonymous, mais ils ont déjà révélé à plusieurs reprises des adresses mails et comptes facebook de personnes ayant recours à la pédopornographie. Ce qui montre qu'ils doivent soit être plus doués en informatique que la police, soit y mettre davantage de bonne volonté. Rappelons aussi que les révélations fracassantes de données personnelles sont rares. La majorité du travail d'Anonymous dans ce domaine se fait dans l'ombre: il s'agit d'attaques et de mise hors service de serveurs qui hébergent des sites de pédopornographie.
J'aimerais aussi rappeler que Anonymous n'est pas un groupe défini et organisé. N'importe qui peut mener une action et se réclamer d'Anonymous. Cela n'a donc de ne pas condamner "Anonymous" dans son ensemble; il faut condamner les hackers qui ont mener cette action spécifique.

Les actions d'Anonymous devraient plutôt inciter les pouvoirs publics à s'interroger sur leur attentisme. Selon de nombreux critiques, la loi Loppsi adoptée en France favoriserait en fait les cybercriminels. Elle se contente de rendre la pédopornographie invisible pour le quidam, au lieu de lutter contre les auteurs de ces faits révoltants.

Enfin, vous ne pouvez pas comparer le web avec le monde "réel". De par sa nature, il est un espace différent, soumis à d'autres codes et à d'autres règles. En l'absence de pouvoir central capable de maîtriser l'internet, Anonymous met l'accent sur la responsabilité de chacun à maintenir cet espace aussi "propre" que possible et à s'engager pour la liberté d'expression. Internet est à tout le monde, tout le monde devrait donc s'unir pour en faire l'espace de liberté et de responsabilité qu'il devrait être. Pendant qu'eux s'attaquent, sur internet, aux régimes dictatoriaux (leur rôle dans les révolutions du printemps arabe n'est pas à négliger), que fait le quidam moyen?

Écrit par : Laura | 18 octobre 2012

@ Laura:

Je questionne ce drame parce qu'il est difficilement compréhensible. Il semble y avoir eu des manques à plusieurs endroits, y compris du côté police qui est normalement capable de pister un ordinateur. Mais aussi du côté d'éventuels psy, des profs des écoles, de ses proches. On ne sait jamais tout d'un tel drame mais il questionne quand-même. Par exemple je n'ai lu nulle part qu'elle ait été aidée à assumer son erreur et à se redresser publiquement, ce qui aurait peut-être pu faire cesser les moqueries. Dans les différents témoignages il est dit que dans le dernier collège elle s'est intéressée à un garçon qui était déjà engagé avec une fille, et cela a semble-t-il très mal passé. Comment était-elle entourée pour s'aventurer dans des comportements à risque?

Elle n'est pas du tout responsable des actions criminelles du harceleur, c'est clair. Mais son comportement montre aussi une fragilité, qui n'a peut-être pas été correctement évaluée. D'autres ados sont harcelés sur le net. Temps Présent en a fait un reportage récemment. Toutes ne sombrent pas dans l'alcool ou ne ne suicident pas. Les parents ont mis plusieurs jours à réagir publiquement, alors que son histoire tournait déjà en rond sur le net. Je ne veux ni culpabiliser les proches dont la souffrance se suffit à elle-même ni exonérer l'auteur du harcèlement, et si les parents l'ont changée plusieurs fois d'école c'est qu'ils ont pensé que ce serait la bonne stratégie.

La question est: que faire d'autre dans un pareil cas? Je suggère d'aider à assumer ouvertement son erreur, de parler de son cas en classe avec profs et parents d'élèves en soulignant les dangers d'internet, et lui redonner une place et un soutien public. Assumer une erreur, dédramatiser, positiver sa personnalité, c'est possible à cet âge-là, me semble-t-il.

Pour anonymous, ok j'entends ce que vous dites sur le fait que n'importe qui peut agir sous cette étiquette. C'est à double tranchant. Et vous l'avez compris, je désavoue franchement le tribunal de l'opinion et la miser au lynchage, même pour un criminel avéré.

Écrit par : hommelibre | 18 octobre 2012

Selon la police canadienne l'homme dénoncé par anonymous n'est pas le bon:

http://www.lematin.ch/monde/gendarmerie-canadienne-tacle-anonymous/story/12573426

Écrit par : hommelibre | 18 octobre 2012

Eh ben merde alors!
On dit quoi maintenant: "oups"?

Écrit par : Sérum | 18 octobre 2012

histoire très triste et lamentable.Cependant si je me réfère à la phrase qui signale que l'homme en question n'était pas le vrai,cela montre bien qu'aujourd'hui les humains boivent des histoires sans preuves y croient dur comme fer alors qu'ils ignorent que leur femme ou leur mari les trompe ou qu'un de leur voisin est agonisant.
l'être humain est fabuleux tout de même.Toujours à la recherche de mensonges tellement gros qu'ils sont invisibles pour les plus crédules et les médias forcément ont compris tout l'intérêt qu'il y aurait à re-jouer le rôle de la bible
L'ancien testament lui aussi regorgeait de crimes et autres horreurs et il a fallu des siècles pour que d'autres crédules reviennent sur terre et comprennent qu'ils s'étaient fait posséder,l'humain et le monde ne changeront jamais .Tant mieux pour les Orson Well's en culottes courtes
Gymnasiens et lycéens ont compris tous les avantages à en retirer ,War game's a dû fournir des ailes à leurs idées quitte à les transformer en petits dictateurs Verts ou écologistes

Écrit par : lovsmeralda | 18 octobre 2012

@ Laura:

Je vous livre mon sentiment. Je précise d'abord bien que ce qu'a fait le harceleur est totalement inacceptable. L'adolescente a fait une erreur, soit, mais lui a trahi sa confiance et l'a exposée de manière répétée et insistante au lynchage public. La malveillance est ici clairement criminelle.

Mon sentiment se fonde d'une part sur la vidéo qu'elle a laissé, avec comme message: "Je n'ai personne. J'ai besoin de quelqu'un". D'autre part les jours de silence des parents alors que la nouvelle circulait depuis un moment sur le net; cela montre combien ils ont dû être désemparés et démunis. En troisième l'addiction déclarée à l'alcool et à la drogue sans qu'apparemment elle soit prise en charge sérieusement par un entourage médical et psychologique. Enfin la volonté de la changer d'école pour la soustraire à la vindicte.

Mon sentiment est une immense solitude chez cette adolescente. J'ai l'impression que les parents ont voulu plutôt faire le silence autour de cela probablement pour la soustraire à la pression (je n'accuse pas les parents, ils ont probablement cru bien faire et elle a peut-être préféré ce silence à la honte d'assumer publiquement une erreur de gamine, mais qui à cette âge prend des proportions énormes). Cette hypothèse du silence, si elle se vérifie, n'a pas été la bonne.

De toutes façons, comme le dit Lovsmeralda: histoire très triste et lamentable. Poignante. Mais il faut comprendre le fil pour en tirer un enseignement pour d'autres.


@ Sérum: ... ouaip... assez terrible. Dégâts en chaîne.

Écrit par : hommelibre | 18 octobre 2012

"pourquoi, mais pourquoi bon sang est-elle allé montré sa poitrine à un inconnu sur le net? Je veux bien qu’à 12 ans on ne voie pas tous les dangers, ou que l’on commence à vouloir se lancer des défis. Mais enfin, combien de filles montreraient ainsi leurs seins?"

Probablement parce que c'est dans la nature secrète de chaque femme - pas toutes, mais beaucoup - de se montrer, et dans celle de l'homme, de regarder. Les femmes sont des exhibitionnistes, les hommes sont des mateurs.

Quelle immense tristesse que personne n'ait su pressentir la détresse de cette adolescente, quel monstre que celui qui l'a ainsi livrée à la vindicte et au mépris publics, jusqu'à ce que le drame arrive.

Écrit par : denise | 18 octobre 2012

Dans le même temps dans beau pays qu'est le canada un étudiant c'est suicidé à cause des insultes de ses camarades sur son physique peu avantageux.
Les lieux publics seraient ils des zones de non droit?
Cette étudiant qui n'avait comme seul crime son actif son physique disgracieux, méritait il le suicide, mais au fait ou est l’histoire de cet étudiant dans les médias ?
Quand au harceleur principal de cette fille il va maintenant avoir sa vie bousillé, la cavalerie est arrivé un peu tard mais elle est arrivé.

Écrit par : dereck | 20 octobre 2012

"pourquoi, mais pourquoi bon sang est-elle allé montré sa poitrine à un inconnu sur le net? Je veux bien qu’à 12 ans on ne voie pas tous les dangers, ou que l’on commence à vouloir se lancer des défis. Mais enfin, combien de filles montreraient ainsi leurs seins?"

Il est clair que personne ne mérite d'être systématiquement persécuté pour avoir fait une chose idiote, surtout si cette chose n'a porté atteinte à personne d'autre qu'elle-même.
Ceci étant dit, plus je fréquente les adolescents, et plus je me dis que beaucoup d'entre eux ne sont pas capables d'anticiper les dangers, capables de se projeter plus loin que quelques heures. Ils vivent encore au moment présent, comme les enfants, tout en ayant d'autres moyens d'action à disposition.
Ils ont tellement besoin d'être admirés et aimés, qu'ils sont capables d'en oublier le bon sens.
Les modèles proposés de façon insistante par les écrans, affiches et magazines sont de nature à faire perdre le Nord à certains.
Les filles veulent tellement jouer à ressembler à ces beautés irréelles. Les plus fragiles deviennent anorexiques ou se retrouvent p.ex. dans la situation de la jeune canadienne. A trop vouloir se conformer à des modèles quasi virtuels, elles se mettent en danger.
C'est aux adultes de démystifier ces modèles, à casser l'hypnose médiatique.
Beaucoup d'ados ont fait des bêtises avec leur web-cam ou ont été persécutés sur facebook. Pas tous se sont sentis aussi seuls qu'Amanda, mais elle n'est pas la seule à en être morte.
Je trouve hallucinant qu'on en soit arrivé à un tel point de délire collectif.
Après l'histoire d'Amanda, on ne pourra vraiment pas dire qu'on ne savait pas.
Peut-on prétendre que les avantages de facebook valent la mort de plusieurs adolescents ? Quel est donc cet instrument qui cause des problèmes existentiels
dans une certaine partie de la population ?
Poser la question ainsi présuppose la réponse négative. Mais aidez-moi alors à poser la question autrement !

Écrit par : Calendula | 21 octobre 2012

Calendula, ne pensez-vous pas qu'il serait utile qu'un temps soit donné dans les classes des écoles pour parler de ce cas et mettre en garde? Je ne sais pas si cela se fait déjà.

Écrit par : hommelibre | 21 octobre 2012

Si,bien sûr, cela se fait.
Mais ça ne suffit pas toujours.
Les parents doivent être présents, mais ils ne peuvent et ne doivent pas être derrière leurs enfants 24h/24.
Pour les ados, leurs pairs sont d'une grande importance et l'effet de groupe est difficile à contenir.
On fait ce qu'on peut.
Le harcèlement par facebook dépasse de loin le cadre scolaire, mais l'école doit malgré tout faire sa part.
Lorsqu'il y a un gros problème, la collaboration des adultes est primordiale. On doit en appeler au bon sens des ados, à leur capacité d'empathie et être en même temps très ferme quant aux sanctions.
Dans un cas "normal" , on identifie les harceleurs assez facilement.
Nous ne savons pas tout sur le cas d'Amanda. Je ne peux pas imaginer que tous n'aient pas fait leur maximum.

Écrit par : Calendula | 22 octobre 2012

La nudité est devenue banale et les exhibitions via webcam sont monnaie courante. Bien entendu, il ne s'agit pas de gamines de 12 ans. Mais ces gamines ont des télés et franchement, il n'y pas beaucoup de clips musicaux où la chanteuse n'est pas quasi nue ! Pourquoi l'a-t-elle fait ? Il peut y avoir quantité de raisons ... aucune de valable bien entendu mais que sait-on de la vie à 12 ans ? Des adultes se font arnaquer et escroquer tous les jours alors une gamine face à un prédateur car s'en est forcément un ! Cela étant, elle avait tout de même refusé de lui faire un "show" et le prix à payer était la diffusion de la photo ! Il ne faut pas oublier que ce malade la poursuivie pendant des années, un véritable psychopathe. Ce que je ne comprends pas c'est l'inactivité de la police pour retrouver cet individu. Ensuite, les ados peuvent être bêtes et méchants, cruels. Les adultes sont censés les guider. Mais là aussi, y a eu échec. A part lui faire changer d'école, rien n'a été fait. D'ailleurs, c'est elle qui a dû fuir comme si elle était une coupable et non une victime. Je ne comprends non plus pas que lorsque elle se fait tabasser devant l'école, personne ne réagit. Les "agresseurs" sont connus mais on les laisse tranquilles. On ne réagit pas plus aux messages laissés sur facebook souhaitant qu'Amanda meurt et que la prochaine fois elle ne se rate pas .... elle lit ces messages à sa sortie d'hôpital après une tentative de suicide. Et pourquoi diable, ses parents n'ont pas fermé son compte ??!! D'ailleurs, chose choquante, même maintenant qu'elle morte, certains crétins continuent à déverser leur méchanceté en la traitant de pute, disant qu'elle n'a que ce qu'elle mérité, etc etc Et tout le monde s'en fout ! Combien d'Amanda faudra-t-il pour que le monde réagisse ? Personne n'a entendu son appel au secours et tout le monde a failli, la police, les parents, les profs et ses amis. Le monde est de plus en plus moche.

Écrit par : Silvija | 26 octobre 2012

Je suis assez d'accord avec Silvija.
Moi il me semble que la plupart des gens se trompent sur cette affaire. Tout le monde condamne le harceleur initial _jusque là je suis entièrement d'accord_ mais on oublie de prendre en compte l'importance qu'on pu avoir les autres harceleurs: ses camarades de classe.

J'ai lu son testament, elle s'est plaint des agressions cruelles qu'elle subissait. Elles ne venaient pas du corbeau, mais de jeunes comme elle, de son age, qui fréquentaient le même bahut.

Cette haine ne provient pas d'internet. Par contre le pervers a bien senti que par ce biais là, il allait pouvoir utiliser toute la bassesse et la méchanceté présente EN CHACUN DE NOUS.

Je n'aime pas cette façon de s'offusquer une fois que la personne est morte en désignant un seul coupable, responsable de A à Z, pour se dédouaner en somme. C'est bizarre maintenant qu'elle s'est suicidée, il n'y a que des gens biens, qui l'auraient aidé, qui ne se seraient pas moqué. Le pervers c'est lui c'est surtout pas nous. Pourtant à sa première tentative de suicide, lorsqu'elle a bu du javel, après s'être fait tabassée par ses camarades caméra à l'appui; certains lui ont conseillé des produits détergents plus efficaces.

Comment se fait-il que le pervers soit celui qui envoie les photos et pas ceux qui les regardent, puis les utilisent pour miner, humilier, avilir? Nous sommes tous tellement bons que de simples clichés ont eu raison de notre gentillesse pour laisser place à notre lâche cruauté.

Ne nous trompons pas, internet est un moyen qui peut s'avérer redoutable, mais le vice à la base de tout ça n'est présent qu'en nous. Cette affaire devrait plutôt nous pousser à nous interroger sur NOUS-MÊME, au lieu de crier encore une fois à la vindicte populaire.

Écrit par : Didier | 29 octobre 2012

@Didier,
Je suis assez d'accord avec vous.
Le problème avec facebook etc, c'est que ça permet d'amplifier de façon démesurée une tendance négative .
Les ados sont très grégaires et ce genre d'histoire peut déraper par simple effet de groupe.

Cette difficulté à assumer ses actes, une fois que le malheur s'est produit, me fait penser à un sondage intéressant, dans un autre domaine et à un autre niveau : On a demandé à des Allemands s'ils pouvaient imaginer que leurs grand-parents aient été actifs dans le système érigé par le national-socialisme. Seuls 10 % des sondés ont répondu par oui.
Le mal, c'est les autres. Par définition.

Écrit par : Calendula | 30 octobre 2012

@ Silvija:

"Combien d'Amanda faudra-t-il pour que le monde réagisse ?" Cette question trouve un petit bout de réponse: un ado s'est suicidé en France après avoir été victime d'un chantage sur internet. La cruauté s'étale ici en plein. Ce n'est pas nouveau. La cruauté sous différentes formes existe depuis toujours. De ce point de vue les humains sont fidèles à eux-mêmes. On peut rêver d'une société solidaire, d'un "aimez-vous les uns les autres": le rêve est encore loin. D'ailleurs ce rêve peut aussi avoir ses mauvais côtés: trop de soutien mutuel pourrait diminuer la capacité à réagir par soi-même. En se vannant les ados apprennent à se blinder un minimum contre le monde. Mais à 12 ou 14 ans ce qu'Amanda a subi n'est plus de la simple vanne. C'est de l'acharnement. Qui à cet âge pourrait résister?


@ Didier:

D'accord avec vous sur le fait que nous portons en nous les germes de tels comportements. Ils se développent soit quand l'opportunité est là, ou quand l'éducation n'a pas rempli son rôle. Les ados voient l'appartenance à un groupe comme une passerelle entre la famille et le monde adulte. L'instinct grégaire leur fait accepter des codes ou comportements sans y réfléchir personnellement. Etre accepté dans un groupe se paie au prix parfois d'endosser ses règles aveuglément. L'esprit de compétition ou le besoin d'être aimé des dominants et dominantes peut pousser certains assez loin. Mais les tendances que nous voyons ailleurs sont aussi en nous. Le sondage cité par Calendula est significatif. Et aujourd'hui, combien serions-nous à suivre un régime de terreur parce qu'il s'impose comme ce fut le cas? Et combien se rebelleraient? Combien, dans un groupe, sont prêts à dire non à la majorité ou aux dominants s'ils sont en réel désaccord et que ce désaccord peut avoir un coût émotionnel s'il est exprimé? Bonne réflexion que la vôtre.


@ Calendula:

Suite à notre échange le sujet à été opportunément évoqué dans la presse, avec le lancement de la campagne contre le cyberharcèlement des ados en Suisse. La presse a bien relayé la question. J'ai pu lire des positionnements de profs, qui vont aussi dans le sens de ce que vous avez écrit. La question semble prise au sérieux par l'institution.

La réflexion se pose encore plus en amont dans l'éducation: comment élever un enfant pour lui faire comprendre le monde où il va débarquer? Comment naviguer entre l'interdit simple qui n'explicite pas le pourquoi, et le laxisme qui laisse l'enfant à lui-même sans lui donner un minimum de codes?

Écrit par : hommelibre | 30 octobre 2012

Cela ramène au bouc émissaire. En continuant à méditer sur le sort dramatique de cette adolescente, et après avoir lu les informations données plus haut par Silvija, je me dis aujourd'hui qu'Amanda a été un bouc émissaire. Je veux dire qu'elle entre dans ce schéma, et les élèves qui l'ont harcelée et agressée sont eux aussi dans ce mécanisme de rejeter quelqu'un.

Mais pour quelle raison? Dans le mécanisme du bouc émissaire, il y a normalement une raison pour stigmatiser un individu. Ici laquelle est-elle? Qu'elle ait montré sa poitrine à un individu? Mais enfin, toutes les chanteuses à la mode en font bien plus pour faire la une des médias!

Que ce mécanisme de bouc émissaire ait pu se mettre en place à un tel point, sans raison apparente, et qu'il ait pu se mettre en place avec autant de signes visibles et aussi longtemps sans que rien n'ait pu l'enrayer, est une grande interrogation. C'est même pour moi une inquiétude sur l'époque, et un symptôme très aigu d'une maladie dont je n'ai ni le diagnostic ni le traitement.

Écrit par : hommelibre | 30 octobre 2012

Oui, le bouc émissaire, c'est probablement la bonne piste, il y a la composante de la cruauté primitive de la meute.
Toute l'imagerie bling-bling des clips et autres illustrations évoquées par Silvija et l'univers de la communication d'Internet se sont conjugués pour exécuter un rite très cruel.
Nous ne saurons probablement jamais pourquoi cela a pu durer si longtemps et pourquoi Amanda n'a pas pu être protégée.
J'ai assez peu d'expérience dans ce domaine, mais la fois, où j'ai dû agir pour protéger une ado, ça a été vite bouclé : d'autres ados ont su donner tous les renseignements nécessaires aux adultes et ils ont fait leur propre police sur facebook. Dans ce cas, les harceleuses n'ont pas été anonymes et la sanction a été immédiate.
Au-delà du cyber-harcèlement, on aimerait comprendre comment les bourreaux bien réels d'Amanda n'ont pas été stoppés. C'est dérangeant de voir cette impuissance des adultes. Comme s'il y avait une membrane imperméable autour du monde des ados, dans ce cas précis.

Écrit par : Calendula | 30 octobre 2012

Les commentaires sont fermés.