04 octobre 2012

Constitution: les affiches de la campagne (2)

Allons-y pour la suite: des non et des oui comme s’il en pleuvait.


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L’affiche des syndicats n’est pas originale mais efficace: «Non à cette constitution». Le fond sombre dramatise légèrement. Le message est bien lisible. Le Non est souligné par la bande claire. Il y a un côté papier à en-tête qui donne au visuel un aspect solide. La grosseur du non montre la détermination mais la partie de phrase «à cette constitution» précise qu’il s’agit moins d’une opposition de principe qu’un refus de cet objet en particulier.

Toutefois cette communication visuelle est affaiblie par les textes d’explications. Quatre lignes qui dénotent des raisons partisanes, ce qui semble en contradiction avec le but d’une Constitution qui est de créer un espace juridique général pour tout le monde. La politisation l’emporte et souligne le problème auquel le canton s’est trouvé confronté: une volonté d’utiliser le texte constitutionnel pour y inscrire les programmes politiques des uns et des autres. Cela ne me semble pas être le but d’une Constitution. Les questions spécifiques à chaque parti devraient faire l’objet de débats et de législations séparées au gré des représentations électorales.

Or cette affiche donne l’impression de voter pour un parti ou un programme et non sur une Constitution. C’est assez caractéristique des appels au «non», c’est aussi leur force et leur manière de dire (à tort ou à raison): «Nous ne nous sentons pas représentés par ce texte». Toutefois le message se brouille ici avec la phrase: «sans garantie d’application». Comment peut-on affirmer qu’une Constitution, loi fondamentale d’une communauté, pourrait ne pas être appliquée? Ce n’est pas vraisemblable. Elle le sera forcément. Le message global perd sa cohérence. Et si le contenu n’est pas bon, qu’importe la garantie d’application. On peut entendre deux messages ici: l’un est que s’il y avait une garantie d’application, le contenu serait peut-être acceptable. L’autre est que si vous votez pour ce texte malgré notre recommandation, cela ne servira à rien car il pourrait ne pas être appliqué. On est dans le procès d’intention.





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Visuel a priori impactant bien que le «non» soit difficilement lisible. Mais le message global n’est pas clair. En principe l’image doit souligner ou renforcer l’idée. Ici on ne sait pas ce que font ces quatre personnages. Trois silencieux dans une direction, bouche fermée par le bandeau, et le quatrième seul à crier non. Le bandeau n’est pas anodin: sa position est un choix. Veut-on faire taire trois personnes sur quatre? Sont-ils une masse informe de citoyens sans identité dont émergerait heureusement un sauveur?

Le problème est que la raison du «non» est le chiffre de 40%. On comprend au bout d’un moment qu’il s’agit des étrangers qui ne peuvent participer au destin de la République par le vote. Les personnages baillonnés seraient éventuellement ces étrangers. Mais 40% d’étrangers, soit 2/5, ne sont pas en rapport avec 4, ni avec 1/4, ni avec 3/4. On peut chercher dans tous les sens: il n’y a pas de lien entre 40% et les 4 personnages.

Au final le «non» ressort mais on ne sait plus pourquoi. Confusion dans le message. Ce qui ne surprend pas quand on voit le logo de l’association «VIVRe»: un e final en minuscule que rien dans le logo ne justifie, et un X au visuel inesthétique dont on voit qu’il est censé représenter un humain content, bras en l’air. Pfff... compliqué, chargé et pas professionnel.






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Même structure globale que l’affiche du MCG (voir précédent billet): tout est centré, texte et image. Manque de relief graphique. L’oeil a besoin de rythme et de contrastes pour bien saisir un message, ou alors il faut mettre moins de signes. Ici il y en a 6: le «non», la nouvelle constitution, le piège, les billets de 1000 francs, le texte et le sigle UDC. Cela fait beaucoup de choses pour au final un message plutôt minimaliste. Comme le MCG également, on trouve une redondance entre le mot «piège» et l’image d’un piège.

Mais en quoi la Constitution sera-t-elle un piège? Où ces millions vont-ils être utilisés? On n’en sait rien. Les électeurs ne sont pourtant pas incultes. Ils savent lire et voir. Soit le mot «piège», soit l’image, cela aurait été explicite, par exemple mettre le mot et utiliser une image qui montre dans quel domaine elle serait un piège à millions. On aurait au moins un argument. Ici il n’y en a pas. L’image et le texte n’en disent rien. On n’en saura pas plus. Affiche un peu trop bricolée et amateuriste. Ou manque d’argument?




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Ici au contraire on joue totalement sur le décalage. C’est le soir, il pleut, et la demoiselle sourit et semble dans un fun extraordinaire. Original. Mais à première vue en quoi la nouvelle Constitution serait-elle liée à la météo? Allons un peu plus loin. Le texte: «La Constitution me protège». Idée donc de protection, représentée par le parapluie. Mais protège de quoi? Des intempéries, du vilain temps auquel le monde est confronté.

On est délibérément dans l’allégorie. On dit une chose en en montrant une autre. Le décalage est dynamique. Il demande un peu de réflexion mais est assez vite saisi: l’affiche ne perd pas d’impact. Le parapluie rouge rappelle la couleur du parti, signe d’identification rapide. Le personnage est urbain: mince, jeune, élégante, mariée (alliance au doigt) et heureuse un soir de pluie! L’individualisme règne: un seul personnage dans l’intimité de la pluie et du parapluie, et le texte: «... me protège». Comme une appropriation de la Constitution. D’une manière générale l’affiche se démarque très nettement de l’ensemble. Bel effort d’originalité et de créativité. Elle parle à quelque chose de plus intérieur que les autres.

Toutefois la dame s’accroche solidement au manche du parapluie. La fermeté des mains est en contradiction avec la légèreté du sourire. Elle trahit l’angoisse du doute: «et si je n’étais pas si bien protégée?» Et il y a un gros inconvénient: c’est une femme qui a besoin d’être protégée. D’un point de vue inconscient c’est assez dans la foulée d’une image victimaire et subordonnée de la femme. Et cette spécificité de genre est contradictoire avec la doxa de ce parti. Mais c’est cohérent avec sa philosophie: l’Etat protège, l’Etat est un surmoi invisible, un parent virtuel.

 

A suivre.

11:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, geneve, votation, constitution, canton, république, nouvelle constitution, gauche, droite, communication | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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