22 août 2012

Ces entreprises dont les employés sont les patrons

L’idée d’une démocratie économique a le vent en poupe dans les milieux de gauche. La crise a montré la vulnérabilité des employés face aux dirigeants et aux actionnaires. Pourtant, pas d’entreprise sans salariés. Ils sont la force vive.


entreprise1.pngOn peut en effet investir de l’argent mais cela ne fait pas tourner les machines. Par contre on peut mettre de l’huile de coude sans argent au départ et en gagner. C’est ainsi que beaucoup d’entreprises sont nées, petites ou grosses: une idée, avec quelqu’un qui ose, exploite une ressource, propose un produit ou un service. Quand c’est lancé, qu’il s’agisse d’une épicerie ou d’un produit informatique, l’entreprise croît selon le domaine, l’énergie et l’ambition créative de l’entrepreneur, les circonstances économiques et géographiques.

Le fondateur d’Ikea n’a-t-il pas commencé en vendant des meubles au détail avant de créer son entreprise? Et les fondateurs d’Apple ont commencé dans un garage, sans argent mais avec des idées géniales. Aujourd’hui, en environ trente ans, Apple est la plus grosse capitalisation boursière du monde.

Il y a quelques jours le blogueur Adrien Faure proposait un billet sur les sociétés coopératives autogérées, concept pour développer selon lui une société socialiste et une démocratie économique. Le socialisme radical considère le salariat comme non démocratique. Je ne partage pas ce point de vue car je considère le contrat comme un espace de liberté fondamental. Etant indépendant je sais ce qu’il faut de sacrifices et d’énergie pour être son propre maître. Mais rien n’est définitivement acquis et si l’on chute il n’y a pas de parachute. Enfin je constate que tout le monde n’a pas le même niveau d’ambition et de force pour créer son job. Il n’y a pas de jugement de valeur ici: à chacun son chemin selon ses propres ressources.

Je questionnais ce concept d’entreprise autogérée par les employés. Le niveau de connaissance économique, de motivation, d’investissement n’est pas forcément identique entre les employés. Les décisions collectives peuvent être l’objet d’enjeux de pouvoir de majorités sur des minorités. L’Etat central socialiste, soit un groupe d’oligarques sans concurrence, reste le maître suprême du jeu.

Comme en complément au billet d’Adrien Faure et à mes questionnements, France 2 entreprise2.jpgproposait hier un reportage sur les sociétés coopératives de production (Scop), où le salarié devient propriétaire de l’entreprise. Chaque année en France quelques entreprises sont rachetées par les employés pour éviter une faillite. Ils investissent leurs propre argent et prennent les décisions par vote. Dans une Scop chaque actionnaire-salarié a le même pouvoir que les autres, quel que soit le nombre de part qu’il détient. Je ne suis pas le raisonnement démocratique, puisque la représentativité est un fondement de la démocratie. Ici la représentation proportionnelle n’existe pas. Cette représentation proportionnelle, qui est un signe de démocratie politique, ne serait pas un signe de démocratie économique?

Le constat de ce reportage est le suivant: certaines Scop fonctionnent très bien. Mais seule une entreprise sur deux survit au bout de quelques années. La question des licenciements pour réduire les charges et rendre l’entreprise à nouveau compétitive est tabou. De plus, il s’agit de PME de 10 à 30 salariés, où l’on se connaît et où l’on peut s’engager en connaissance de cause sans devoir investir de très gros montants.

La théorie socialiste propose d’introduire cette forme de démocratie économique (que je nommerais plutôt la propriété multiple de l’entreprise, ou une forme de capitalisme dilué) dans les grosses entreprises, pas dans les PME. Mais c’est justement dans celles-ci que cela se concrétise actuellement, pas dans les grosses. A voir les difficultés à gérer collectivement des PME (50% d’échec), comment pourrait-on imaginer la gestion d’une grosse entreprise de 1’000 ou 10’000 employés? Cela paraît irréaliste et suppose qu’il faudra d’une manière ou d’une autre réintroduire un management et une coordination avec des gens compétents en place. Dans un système socialiste, ce sera l’Etat qui organisera la direction. Système connu, malheureusement.

On sera donc très loin d’une démocratie économique mais bien plus dans un néocapitalisme dilué. On découragerait l’envie d’entreprendre puisque tôt ou tard, la PME atteignant une certaine taille, elle sera enlevée à ses fondateurs pour être transmise aux employés. Le libéralisme actuel est une forme mixte d’économie privée et publique et se fonde sur le libre choix du citoyen et la liberté de construire sa propre vie. Le capitalisme dilué (socialisme autogéré) anéantirait le désir individuel. Sans ce moteur je ne donne pas cher de la société de liberté.

Ce reportage est visible ici au jt du mardi 21, de 19’ à 21’30.


Un autre reportage le suit, très intéressant aussi: le boom économique de l’Estonie, pays à l’économie libérale où la croissance a été de 6,5% en 2011.

Autre reportage sur les Scop sur Arte, où si les employés sont un peu les patrons il y a néanmoins un dirigeant:








15:46 Publié dans Economie, Politique, société | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : entreprise, libéralisme, capitalisme, socialisme, autogestion, entrepreneur, ikea, apple, scop, france2 | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

La ou les théories socialo-marxiste-léninistes sont l’apanage des idiots.

Les coops qui arrivent à fonctionner par exemple, en agriculture reposent sur le copinage et les intérêts communs, ou chacun est à la fois client et fournisseur en général, de l'état qui subventionne à tout va.

Une "SCOP" ne peut fonctionner que si les dirigeants ont un esprit et un comportement entreprenarial, qu'ils soient conscient qu'ils fonctionnent dans l'économie de l'offre (*) et, de la demande, qu'ils connaissent le marcher dans lequel ils veulent ou peuvent fonctionner par des études très pointues, enfin, qu'ils aient la connaissance des moyens humains et financiers à mettre en oeuvre pour faire vivre l'entreprise en prenant une part de ce marché. (il y a d'autres critères, comme la gestion financière, mais je résume pour faire cours)

(*) Etre dans l'économie de l'offre, c'est avoir un produit, un concept, une idée, un process de fabrication, un service etc, ou il n'y a pas ou peu de concurrence. C'est se situer en "Pool" position

Les nouveaux "dirigeants des "SCOP" doivent passer de la mentalité de salarié, à celle de l'entrepreneur capitaliste pour réussir. Une fois qu'il auront réussit à ne pas perdre de l'argent, ce qui aujourd'hui n'est pas une mince affaire, nul doute qu'ils mettront à la poubelle, les états d'âmes, les idées reçues, les idéologie à quatre balles, au rebus.

A. Faure a-t-il créé ne serait-ce qu'une micro entreprise(**) qu'il a pérénisé en appliquant ces belles théories? Ces théories de vieilles bonne femmes ne valent, que si lui même les a mises en application et, tel un scientifique, un professeur, un il peut expliquer aux jeunes, aux vieux, aux ânes en donnant des preuves, des chiffres etc, sinon il rabat son caquet, et cherche du travail comme salarié.

(**) par exemple avoir un petit local pour vendre des crottes socialistes, des crottes de Roms (gisement assuré en Suisse et en France, très gros marché!) afin d'enrichir la terre ?

Écrit par : Pierre NOËL | 22 août 2012

Article interessant. Et que pensez-vous du modele de la Migros, dans lequel ce sont les clients qui forment la base democratique ?

Écrit par : Bassim matar | 23 août 2012

Les SCOP se portent bien dans des domaines peu concurrentiels. Elles se portent encore mieux, dans les secteurs où la concurrence est quasi artificielle.... et contrairement aux sociétés SA ou autres tous le monde en profite ou presque. Elles offrent également une stabilité plus grandes que les société cotées en bourses.

Concernant l'envie d'entreprendre, je reste septique avec notre modèle libéral. Ce dernier vous offre la possibilité de monter votre boîte, mais cela signifie prendre des risques et souvent traverser de grosses galères. Et vu la croissance actuelle.... je connais pas grand monde qui souhaite s'investir à monter sa propre faillite.

Écrit par : Riro | 23 août 2012

@ Bassim:

Je vois plus de liberté dans le système de la Migros que dans les Scop, car les clients peuvent acheter où ils veulent, voire même renoncer à leur actionnariat très facilement. Leur intérêt d'être actionnaires est d'avoir de meilleurs prix sur les produits de consommation. C'est donc très différent des Scop: les clients ne sont pas forcément les employés de la chaîne.

La communauté d'intérêt fonctionne car elle correspond davantage à la nature humaine, alors que les Scop vont demander un effort idéal dont je doute de la persistance sur la durée. On pourrait dire que cela est plutôt égoïste: oui, en considérant que l'égoïsme est une forme naturelle de préservation de ses intérêts et besoins.

On constate aussi que l'assemblée générale des actionnaire élit une équipe pour diriger et que sauf gros problème de gestion l'équipe n'est pas mise en question. D'ailleurs je me demande combien il y a d'actionnaires présents lors de l'AG. Donc combien de temps dure la motivation du "patron-actionnaire".

Écrit par : hommelibre | 26 août 2012

@ Riro:

"Les SCOP se portent bien dans des domaines peu concurrentiels. Elles se portent encore mieux, dans les secteurs où la concurrence est quasi artificielle". En effet. Petits effectif, domaines peu concurrentiels: c'est peut-être le bon terreau pour les Scop.

La question de la stabilité est possiblement inhérente aux PME, qui ne sont pas sujettes aux spéculations boursières.

D'accord que créer sa boîte est un choix risqué, mais c'est le prix de l'indépendance. Les systèmes boursiers, étatiques ou collectivistes n'offrent pas cette indépendance.

Écrit par : hommelibre | 26 août 2012

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