09 juillet 2012

Fallait-il diffuser les propos de Mohamed Merah sur TF1?

Nouvelle polémique en France suite à la diffusion par TF1 de longs extraits des entretiens entre le tueur de Toulouse et la police. La séquence de 15 minutes, qui était visible sur le site de la TdG, a été raccourcie et réduite à 30 secondes.


merah3.jpgOn entend Mohamed Merah parler de ses contacts avec Al-Qaeda au Pakistan. Il parle du choix de ses victimes et de ses projets d’autres attentats s’il n’avait pas été repéré et isolé.

Fallait-il diffuser ses propos?

Les enregistrements font partie du dossier d’instruction. Ils ne devraient donc pas être divulgués dans le public en vertu du secret de cette instruction. Qui les a fait parvenir à la chaîne privée? On ne le sait pas. Mais on a l’habitude en France des éléments d’instruction divulgués par des personnes qui sont forcément proches de l’instruction. L’affaire DSK en a été et en est encore un exemple.

La justice française semble avoir abandonné deux deux de ses principes: le secret, et l’impartialité de l’appareil judiciaire. Car toute divulgation fait pencher la balance de l’opinion dans un sens. Et quand l’opinion est influencée, la justice peut être incitée à prendre une décision qui n’est plus impartiale. On ne souvient, toujours à propos de Dominique Strauss-Kahn, comment le classement de la plainte de Tristane Banon avait été accompagnée d’un commentaire du juge qui laissait entendre à une culpabilité - alors même qu’il n’avait pas à faire valoir son opinion sur la place publique, et encore moins en cas de classement.

La justice française joue les passoires. C’est un jeu très dangereux. Il conduit à donner trop de force au tribunal de l’opinion, dont on sait qu’il peut lyncher des innocents parce que la société a besoin de boucs émissaires pour se défouler de l’impuissance à changer ce qui ne va pas dans le monde.
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Par contre on se trouve à une croisée des intérêts. Le secret et la protection des familles des victimes sont évidemment nécessaires. Les familles sont déjà dans la souffrance. Diffuser les propos de l’assassin sans qu’il soit remis à sa place par un juge est lui laisser encore plus de place que celle qu’il a déjà prise de lui-même et ravive la blessure.

D’un autre côté les crimes de Merah, le siège de son appartement et l’assaut ont été très médiatisés. La violence mise en scène par Merah lui-même suscitent une légitime angoisse dans le public. Le besoin de comprendre fait partie d'un processus de digestion du traumatisme collectif. Son père a également annoncé à la presse son intention de déposer une plainte au sujet des circonstances de la mort de son fils. L’avocate du père prétend avoir des vidéos réalisées par Mohamed Merah pendant le siège et doit les déposer à l’instruction le 12 juillet. Tout le monde s'est emparé de l'affaire.

La médiatisation a généré une profusion d’articles et d’analyses sur les motivations et le parcours de Merah. Mais on ne l’a jamais entendu lui-même. On pouvait donc imaginer tout et son contraire. Aujourd’hui on l’a entendu: c’était un homme froid, sans aucun remords, qui était prêt à continuer à tuer. En aucun cas l’ange qu’une photo de lui où il apparaît souriant pouvait laisser à penser. On apprend aussi que, selon lui, ce qu'est qu'au Pakistan qu'il a rencontré l'organisation Al-Qaeda. Pas en Afghanistan. S'il dit vrai c'est troublant et cela interroge sur le rôle que joue le Pakistan dans cette région et dans le terrorisme.

De ses propos il apparaît ceci: Mérah n’était pas une victime de la société. Il ne revendique d’ailleurs pas ce statut. C’était un tueur déterminé.

Le fait d’avoir entendu certains de ses propos ne répond pas à toutes les interrogations puisque seule une partie des enregistrements a été diffusée. Qu’y a-t-il sur le reste? On n’en sait rien. Mais dans la mesure où la famille du père veut déposer des vidéos dont on ne connaît pas le contenu, la diffusion de ces enregistrements par TF1 est un contre-feu préventif. Quoi que dise par ailleurs Merah, et au cas où les vidéos mentionnées, ou celles de ses crimes, venaient à être diffusées sur certains médias ou sur internet, on sait à quoi s’en tenir avec la personnalité du tueur. ll n’agit pas en victime et ne saurait être considéré comme un héros.

13:58 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mohamed merah, tueur, toulouse, crime, tf1, al-qaeda, pakistan, dominique strauss kahn, dsk, tristane banon, justice | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Oui, pour que tout le monde sache ce qu'est un musulman fanatisé.

Écrit par : Victor Winteregg | 09 juillet 2012

Il y a eu à un moment des rumeurs de manipulation de Merah part les services secrets. Si l'entièreté des enregistrements pouvait être publiée, cela permettra de balayer ces rumeurs.

Écrit par : Djinus | 09 juillet 2012

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