27 juin 2012

Voyager: sorti? Pas sorti?

Depuis quelques mois le voyageur est l’objet d’informations contradictoires. Il a été annoncé comme déjà sorti, puis presque sorti mais pas tout-à-fait, puis passé dans une autre région sans que l’on puisse assurer qu’il est sorti.


voyager1-juin2-interstellar_1.gifRien d’étonnant à cela: la frontière qu’il est en train de passer n’est pas une ligne précise et nette. C’est plutôt une vaste région où les éléments extérieurs changent progressivement. Toutefois ils changent de plus en plus vite.

Après 35 ans de vol la sonde spatiale Voyager 1 a déjà signalé en 2010 la fin des vents arrières, qui étaient signe de l’influence directe et active du soleil. Des vents latéraux ont pris le relais. Ce qui signifie soit que ces vents sont d’origine extrasolaire, soit que ce sont encore en partie des vents solaires perturbés par les vents venus d’ailleurs. Peut-être un mélange des deux, comme on le constate sur Terre lors d’un changement de masses d’air et l’arrivée d’un front: il y a généralement une zone de mélange, plus ou moins marquée. Dans les deux cas Voyager est au minimum en bordure de notre système. Soit un pied dehors.


En 2011 la sonde a signalé des turbulences et des vitesses négatives des vents environnants, ce qui signifiait l’inversion des mouvements et donc Voyager1-juin3.jpgl’influence directe de vents extérieurs. Elle était alors déclarée officiellement «hors de ce monde» (enfin, du système solaire). Mais elle passe peut-être encore de zones d’influence solaire à des zones d’influence galactique mélangées, peut-être des sortes de «tourbillons» comme quand deux rivières se rejoignent.


Depuis quelques mois les déclarations de la Nasa au sujet de Voyager 1 sont contradictoires. C’est normal. La limite, la frontière entre l’influence solaire et l’espace extrasolaire est probablement une grande zone de plusieurs millions de kilomètres d’épaisseur. Et encore elle est relativement réduite car la sonde sort du système solaire «par l’avant», c’est-à-dire dans le sens où notre étoile se déplace dans la galaxie. Ainsi son champ d’influence comprime les gaz du nuage qu’elle traverse actuellement, un peu comme un bateau comprime l’eau devant lui et crée une onde de choc (bow shock) et des remous. Si elle était sortie «par l’arrière» elle serait dans la traîne et bien loin d’être dehors.

C’est grâce à cette configuration que nous disposerons, dans quelques années, d’informations venant directement de l’en-dehors, d’une région soumise uniquement aux influences galactiques: gaz, champ voyager1-juin3-palebluedot.jpgmagnétiques, vents cosmiques. Après avoir amassé un volume impressionnant d’informations sur les grandes planètes de notre système, après avoir analysé la décroissance de l’influence solaire, à mesure de son éloignement la sonde nous donnera encore de précieux renseignements sur cet ailleurs fascinant, environ jusqu’en 2025, date où sa pile devrait cesser de fonctionner.

La frontière est donc en train d’être passée. Voyager 1 rencontre déjà des particules plus chargées. Attendu la pression produite par notre système en mouvement, les scientifiques s’attendent d’une part à des modifications de plus en plus rapides de l’environnement de la sonde, ce qui se passe déjà, et d’autre part à une onde de choc plus brusque, ainsi que des variations abruptes dans le champ magnétique et dans l’intensité énergétique des particules.

Alors, sortie? Pas sortie? Déjà un pied dehors, assurément.


Images Nasa (cliquer pour agrandir):
1. Position de Voyager 1
2. Le célèbre message inscrit sur la sonde
3. La Terre vue de... très loin.

 

 

10:02 Publié dans Univers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : univers, ciel, espace, voyager 1, astronomie, soleil, galaxie, frontière, héliosphère, nasa | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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