23 juin 2012

Anders Breivik, le tueur d'Oslo: une thèse indéfendable

Un procès pouvait devenir une opportunité de diffusion des thèses nationalistes du tueur d’Oslo. Beaucoup le craignaient. Si Breivik avait été déclaré d’emblée irresponsable il aurait été interné sans procès. On n’en aurait plus parlé. Après un premier rapport d’experts qui recommandait cette solution en le déclarant sujet à des troubles psychiques délirants, un deuxième rapport concluait à l’absence de ces troubles et validait la mise en procès.


breivik.jpgLors des plaidoiries de cette semaine le procureur a demandé l’internement psychiatrique, mesure qui établirait l’irresponsabilité pénale de Breivik. On peut trouver au moins deux raisons à cette demande du procureur. D’une part l’internement pourrait se prolonger à vie tant qu’un collège d’expert le décidera. On imagine mal en effet qu’Anders Breivik soit libéré après cinq ans et déclaré «guéri».

D’autre part en le déclarant irresponsable on l’isole intellectuellement du reste de la société. Ses thèses deviennent l’oeuvre d’un malade mental. Elles perdent en attrait.

Son avocat a plaidé l’acquittement, ou une peine de prison clémente. La demande d’acquittement peut sembler déraisonnable. Elle est pourtant dans la logique de la position de l’accusé, qui plaide non-coupable. Il reconnaît avoir tué 77 personnes mais estime que c’était son devoir.

«Au dernier jour de son procès, Anders Behring Breivik, jugé pour la mort de 77 personnes en Norvège, a demandé à être acquitté, estimant avoir perpétré les attaques du 22 juillet 2011 pour protéger les "Norvégiens de souche" contre l'islam et le multiculturalisme. Sa prise de parole devant la Cour a provoqué le départ de plusieurs dizaines de membres du public, familles des victimes et rescapés du massacre.

"Je ne peux pas reconnaître ma culpabilité. J'invoque le principe de nécessité [qui permet de tuer dans des circonstances exceptionnelles] car j'ai lutté pour mon peuple, ma culture et mon pays", a affirmé Breivik dans son intervention finale.»


Evoquer le principe de nécessité est bien la faille de sa défense. Quels sont les cas où l’on pourrait admettre juridiquement ce principe? La guerre militaire en est un. Aucun soldat n’a jamais été mis en procès pour avoir tué un soldat déclaré ennemi quand son pays l’envoyait au front. Et encore y a-t-il des règles à respecter. Hors période de conflit armé, il y a la légitime défense. Celle-ci répond à des conditions objectives précises, comme une menace directe pouvant porter atteinte à l’intégrité physique ou à la vie de l’accusé. Elle doit être proportionnée: on ne peut invoquer une insulte pour justifier le fait de tuer quelqu’un. On ne peut tuer une personne désarmée qui ne présente pas de danger direct.

Aucune de ces conditions n’est remplie dans le cas de Breivik. Il affirme être le soldat d’une guerre culturelle. Si c’est le cas, la culture que l’on refuse doit être contrée par une autre culture, par un argumentaire, par une philosophie que l’on communique à ses semblables.

La thèse de Breivik est donc indéfendable. Comme l’est celle de tout terroriste qui justifie par une théorie politique le meurtre de personnes choisies au hasard en temps de paix. Hors d’une situation de guerre que seule un Etat peut décréter, tuer d’hypothétiques ennemis reste de l’ordre du meurtre ou de l’assassinat.

Que Breivik soit interné pour irresponsabilité, ou condamné à la peine de prison la plus lourde, cela ne change rien au fond.  Peu importe qu’il soit ou non reconnu responsable. Sa thèse peut bien être le fruit d’un homme lucide ou d’un cerveau malade: elle est indéfendable dans les deux cas. Elle est de toutes façons indéfendable.

Commentaires

À voir la jouissance qu'il éprouvait à être photographié devant les yeux du monde entier, à faire la une des journaux, on peut encore se demander si lui donner la parole est encore insensé. Sa dernière petite provocation - le salut hitlérien en entrant dans la salle d'audience - permet d'en douter ... Soins psychiatriques ou pas, il sera en tout cas interné.

Écrit par : Micheline P. | 23 juin 2012

Les terroristes d'aujourd'hui sont les dirigeants respectables de demain. Les vainqueurs font l'histoire et la morale est une putain qui s'offre au plus offrant. Les victimes d'hier peuvent être les bourreaux de l'avenir. Dans les années 40 monsieur Begin massacrait allègrement des civils palestiniens afin de purifier ethniquement le Grand Israël (évènements de Deir Yassin entre autres exploits). Quarante ans plus tard il était ,en compagnie de monsieur Sadate jadis stipendié par les services secrets nazis ,devenu prix Nobel de la paix. Yasser Arafat avant de devenir le leader respectable choisi comme interlocuteur privilégié par ceux qui utilisent l'uranium appauvri dans leurs guerres humanitaires était considéré comme un malfaiteur sanguinaire. Et qui osera dire ce que doit le statut d'autonomie dont bénéficie l'Euskadi aux guerilleros de l'ETA reniés par des élus qui vivent grassement de l'argent des contribuables basques ?

Écrit par : ROSSEL | 21 juillet 2012

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