19 juin 2012

Ségolène Royal: l’honneur d’être une cible

Cela aurait pu n’être qu’une boutade. Il semble pourtant que ce soit la profession de foi de Ségolène Royal. Elle reprend à son compte la réplique d’un personnages de fiction parmi les plus populaires en France: Cyrano de Bergerac. «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible».


SégoFalorni.jpgEt bien non: il n’y a pas d’honneur à être cible. Que vos adversaires vous visent est la conséquence d’un combat. Cela ne vous donne pas de certificat de moralité. Il faut lutter contre le fait d’être une cible. Celle-ci finissant toujours, inévitablement, meurtrie, il n’y a aucun honneur dans la souffrance. Il n'y a que la souffrance dans la souffrance. Mais celle-ci peut au moins se vivre avec honneur. L’honneur est dans notre intégrité, pas dans les flèches que l’on nous décoche. Etre une cible c’est avoir échoué quelque part.

L’honneur d’être une cible est de peu de valeur: il suffirait de se mettre devant des balles pour devenir cible et y trouver grandeur. Il n’y aurait rien besoin d’autre, aucun mérite personnel ne serait demandé. Même nos erreurs, si elles sont la cible de critiques, deviendraient des morceaux de bravoure. Il semble que l’on pousse le bouchon un peu loin.

Libération traçait hie
r une sorte de nécrologie de Ségolène Royal. L’article retrace le parcours difficile de la madone socialiste et rappelle sa prestation décalée du Zénith où elle avait prononcé cette phrase de Cyrano dans un geste d’une théâtralité au goût incertain: «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible». (vidéo ci-dessous)

L’honneur d’être une cible. Tout est dit. Que de rancoeurs, de règlements de comptes dans cette phrase. Ségolène ne fait que régler des comptes. Elle a été contrée dans le parti? Elle a tout fait pour. Et elle aurait pu considérer l’adversité comme un vrai tremplin, prendre le parti à témoin, en faire une critique entre quatre yeux, théoriser les attaques dont elle était l'objet pour en faire une vraie réflexion et un outil de progression. Elle l’aurait réformé. Elle n’a pas su convaincre dans le parti, passant par-dessus ses confrères éléphants. Elle a tout fait pour dresser les gens contre elle. Ensuite elle s’en plaint. Il y a un mécanisme terrible: «Je fais tout pour que l’on me tire dessus et ensuite je me mets en posture de victime comme si je n’y étais pour rien». Elle trouve certainement de la force dans la posture de victime. Mais à jouer sur tous les tableaux la mécanique se grippe. Et là il semble que le moteur soit même cassé.

Elle peut accuser qui elle veut, cela ne prend plus. La photo d’elle pour l’AFP, devant sa porte où est collée une affiche de son adversaire, est pitoyable. Sa prestation le dimanche soir 17 juin, 10 minutes avant la clôture du scrutin, ne servait qu’à attirer encore les médias sur elle, à Segoluche1.jpgmontrer combien elle est victime et à dénigrer son adversaire sans lui concéder la victoire. Quel manque de panache pour cette dame qui prétendait mimer Cyrano.

Je n’ai jamais été fan de Ségolène. Je n’oublie pas qu’elle a fait envoyer en prison et/ou en procès des centaines de professeurs parce que, cédant à l’hystérie collective qui a suivi l’affaire Dutroux, elle avait ordonné aux directeurs d’établissement scolaire de dénoncer même les rumeurs d’abus sur des enfants. «L’école du soupçon», de Marie-Monique Robin (Edition La Découverte) a montré comment, pendant cinq ans de chasse au sorcières, des mensonges, des cabales, des vengeances ont détruit la vie de profs innocents. Cette séquence de terreur judiciaire reste collée aux basques de Ségolène, qui n’a jamais regretté d’avoir été trop loin.

Je n’ai jamais non plus été fan du féminisme revendicatif de Ségolène, ni de ses appels mystiques à la fraternité. Jouant sur un registre très émotionnel, abusant du «seule contre tous», elle ne m’était guère comestible. Pourtant j’ai fait un papier sur elle récemment suite au tweet de Vava Trierweiler, où j’essaie de comprendre ce qui se joue autour d’elle, sans jugement. J’avais de la compassion à cause de son parcours difficile. Et puis il y a cette photo devant sa porte, et cette transgression de la loi électorale dans le but que l’on parle d’elle en premier partout. Non seulement elle est mauvaise perdante, non seulement elle a un comportement limite, mais il elle semble incapable de prendre la mesure de ses échecs. Sa posture de victime privilégiée l’abonne à l’échec. Heureusement la France lui a échappé.

Ségolène est critiquable. La critiquer n’est pas du sexisme comme elle le laisse souvent entendre pour discréditer ses adversaires. Elle est dure, elle peut être violente et autoritaire. C’est une femme politique, elle connaît les ficelles et joue sa partition. Elle serait tellement plus digne et crédible si elle ne se plaignait pas. Que penser alors de François Bayrou, roulé dans la farine par le parti socialiste après avoir soutenu Hollande, et perdant son dernier mandat sans broncher? Il n'y a pas plus de morale politique à gauche qu'à droite. Derrière les bisounours il y a l'ogre.

Hier je lisais une proposition d’internautes suggérant que François Hollande nomme Ségolène Royal au Conseil Constitutionnel, «pour réparer le mal qui lui a été fait». C'est un peu fort de café. La République ne lui doit rien. Le président n’a pas à utiliser les institutions comme un monarque distribuant les places honorifiques en autant de lots de consolation.

Ségolène est toujours un personnage particulier. Mais son capital sympathie semble proche de l'épuisement.


Commentaires

Le féodalisme a encore de beau jour à vivre en France

Écrit par : norbert maendly | 19 juin 2012

Je viens de lire cette analyse surprenante sur la page d'accueil du site de la TdG.

http://www.tdg.ch/news/standard/politiciens-francais-gerent-mieux-defaite-suisses/story/25644672

Les bras m'en tombent. On peut donc faire une lecture positive de l'attitude Royale ...

Écrit par : Calendula | 19 juin 2012

Je viens de lire, Calendula. Pfff... Désaccord total. Les bras m'en tombent aussi.

Anne Emery-Torracinta avait une attitude digne en ne cherchant pas de responsables à l'extérieur, en acceptant qu'ici et maintenant elle a perdu. Se projeter dans l'avenir, ce devrait être pour après, dans un deuxième temps.

Oui elle a pris un baffe, elle s'attendait à autre chose (légitimement). Et je pense que ses collègues de parti ne l'ont pas assez stimulée, pensant que c'était gagné d'avance. Son attitude la fera respecter, indépendamment d'être d'accord sur idées idées ou non.

Ségolène, depuis 2007 elle serait entourée d'ennemis et de traîtres! A chaque échec elle n'y est pour rien. Quel aveu d'impuissance! Et sa manière de se projeter sur le secrétariat du PS, rahhhh... Un peu de retenue au moment où l'on a perdu. Elle donne tellement l'impression de courir désespérément après un poste.

Sarkozy a eu une attitude digne quand il a perdu. Il en a entièrement pris la responsabilité. Ségolène on va finir par penser qu'elle est irresponsable. Qu'on nous redonne des Simone Veil ou des Françoise Giroud!

Écrit par : hommelibre | 19 juin 2012

J'ajoute que de valoriser le fait de se projeter immédiatement vers autre chose est pour moi un signe de manque de réflexion. Après un échec on doit réfléchir, analyser, et en tenir compte pour la suite. Le monsieur spécialiste en comm me laisse rêveur... Je n'ai pas les mêmes valeurs que lui.

Écrit par : hommelibre | 19 juin 2012

Rectification: la TdG parle de son intérêt pour le secrétariat du PS, mais elle-même ne le dit pas explicitement. Ce sont d'autres qui en parlent pour elle. Dont acte.

Écrit par : hommelibre | 19 juin 2012

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