19 juin 2012

Egalité, symétrie et dissymétrie

Il y a dans la symétrie quelque chose qui saisit, quelque chose d’hypnotique. Voir deux éléments semblables et inversés éveille une résonance très intime. Peut-être notre cerveau est-il physiologiquement préparé à cette résonance par les deux hémisphères qui sont eux-mêmes symétriques.


symétrie2.jpgLa symétrie est un effet de miroir. Si l’on pose un miroir verticalement et légèrement de biais au milieu de l’image ci-contre la même image sera à nouveau présente. Les formes régulières captent l’attention plus que les autres. Le carré, le cercle, l’étoile à six branches sont particulièrement prégnantes pour l’esprit.

Pourtant la symétrie n’est pas la représentation la plus fréquente dans notre monde, même si les espèces en ont des caractéristiques. Pris par le milieu dans la sens de la longueur le corps et le visage des mammifères présentent des formes assez symétriques, même si l’on y constate des différences morphologiques. Mais dans le sens de la largeur la symétrie est moins relevante. Les organes internes sont relativement symétriques mais pas tous. Certaines plantes et fleurs sont symétriques, beaucoup d’autres pas. Les arbres par exemple présentent une symétrie relative.

Dans le domaine de la reproduction, les sexes ne sont pas symétriques et leur fonctions ne sont pas identiques. C’est grâce aux différences que la reproduction est possible.

L’égalité aujourd’hui appelle régulièrement la notion de symétrie. Hommes et femmes doivent pouvoir être les mêmes, symétriques donc semblables et interchangeables. Comment est-ce possible si nous sommes fondamentalement dissymétriques? C’est en partie possible parce que, bien que chaque sexe ait ses pécifications, une grande part de notre existence dépend davantage de l’adaptation que de la programmation. Nous ne sommes pas finis à la naissance, moins encore que d’autres mammifères. C’est peut-être ce qui fait la grande vitalité de notre espèce: malgré sa complexité elle est plastique, souple, évolutive. Elle peut apprendre beaucoup. On sait aussi que des comportements sociaux induisent des modifications dites «épigénétiques», lesquelles génèrent des caractères non héréditaires mais cependant transmissibles. L’humain est donc profondément adaptable. Il n’est pas définitivement obligé à certains rôles, sauf dans le domaine de la reproduction.

Cette capacité d’adaptation ne signifie pas que les sexes deviennent ou deviendront semblables. Si l’égalité est entendue comme la similarité, alors nous sommes fondamentalement inégaux. Nous sommes inégaux entre les sexes, nous le sommes entre les individus de même sexe. C’est ce qui a possiblement été à l’origine de la différenciation et répartition des rôles.

L’inégalité et la dissymétrie ne sont pour autant pas automatiquement génératrices de domination ou de subordination. La répartition des rôles et des fonctions biologiques engendre une inégalité dans les deux sens. Aux hommes un domaine, aux femmes un autre.

Le domaine des hommes est-il si attractif, si formidable, si joyeux et facile, que tout pousse vers ce modèle? Car si beaucoup femmes veulent faire les mêmes choses que les hommes, l’inverse n’est pas vrai: peu d’hommes veulent faire les mêmes choses que les femmes.

Etrangement on attribue à des métiers masculins plus de prestige qu’à des métiers féminins. Président, juge, médecin, sont plus prestigieux que tisserande, caissière, infirmière. Mais pourquoi donner au critère du prestige tant de valeur? Pourquoi ne pas donner plus d’importance au critère d’utilité, d’humanité, de service aux autres par exemple?

Quand j’entends quelqu’un parler avec admiration d’un chef politique et ensuite mépriser une caissière, je me dis que ce monde-là est  détestable et à changer. Ne peut-on pas donner de la considération à tous les humains, quels que soient leur rôle et leur place?

 

Commentaires

"Dans le domaine de la reproduction, les sexes ne sont pas symétriques et leur fonctions ne sont pas identiques. C’est grâce aux différences que la reproduction est possible."

Voilà pourquoi il faudra toujours deux sexes opposés pour se reproduire et assurer la continuité de l'humanité.

Écrit par : kasilar | 18 juin 2012

"Etrangement on attribue à des métiers masculins plus de prestige qu’à des métiers féminins. "
En réalité les métiers dits masculins sont les métiers en ingénierie qui comptent le plus d'hommes : informatique, technique ... Demandez aux intéressées d'aller tirer du câble dans les tranchées, ou de faire carrière dans la maçonnerie, le soudage et le déménagement.

Il y a des domaines qui resteront non seulement masculins du fait de la contrainte physique (et encore pas n'importe quels hommes) mais en plus ce sont des métiers désaffectés du fait du peu d'intérêt qu'on leur accorde.
C'est aussi ce qui se passe dans les métiers dits féminins : caissière, hôtesse ...

Un jour quelqu'un a dit "y a pas de sot métier" je me demande ce qu'il dirait s'il vivait à notre époque.

Écrit par : kasilar | 18 juin 2012

Je me souviens qu'en Bulgarie, il y a pas mal d'années tous les cantonniers et tous les chauffeurs de bus que j'ai vus étaient des femmes....

Écrit par : pat | 18 juin 2012

Il me semble que dans la nature, il y a beaucoup de symétrie.
Si on considère les formes les plus simples de la vie animale (mollusques, invertébrés) ou bien les plus petites parties d'un grand tout (les feuilles des arbres ou bien les champignons), on y voit beaucoup de symétrie.
Au départ, l'embryon humain est un amas de cellules symétriques et progressivement, le foetus se complexifie.
Je suis probablement captive de ce besoin quasi hypnotique de structures harmonieuses, lorsque j'affirme que les structures du vivant sont probablement davantage symétriques que dissymétriques.
Si on pense à ce célèbre dessin de Léonard de Vinci, de l'homme écartant les bras et les jambes, à l'intérieur du cercle, qui se trouve lui-même à l'intérieur du carré, n'est-ce pas l'image d'une harmonie et d'un équilibre
géométrique ? Léonard n'avait pas nos connaissances, mais il avait une vision assez graphique du monde qui l'entourait.
Je ne cherche pas du tout à nier l'existance d'organes uniques, la différence des sexes ou l'aspect dissymétrique de certains êtres vivants ou de certaines plantes. C'est un biologiste qui m'a dit que la nature est faite d'équilibres complexes et que la symétrie est une force importante qui sous-tend ce fonctionnement.
Symétrie ne veut pas toujours dire totalement identique, n'est-ce pas ?
Si on pense au symbole du yin et du yang, quoi de plus symétrique ?
Mais ce cercle est une invention humaine, donc pas vraiment naturel, même s'il cherche à symboliser des forces naturelles ...

Écrit par : Calendula | 18 juin 2012

Oui Calendula, je conviens qu'il y a beaucoup de symétrie. Mais une symétrie incomplète. Une feuille d'arbre n'est pas exactement symétrique.

Je suis aussi hypnotisé par la symétrie et ce qu'elle apporte de force et de paix intérieurement. L'avis du biologiste est intéressant. Il y a probablement un mélange de symétrie et de dissymétrie. Par exemple: matière et anti-matière. L'une aurait supplanté l'autre. Ou les molécules levogyre d'où le vivant est issu.

Donc oui globalement la tendance à la symétrie est très forte. Mais dans l'image d'une perfection (la symétrie tend à la perfection) on est loin du compte.

D'autre part, ce qui m'intéresse dans les dissymétries est qu'elles impriment des mouvements différents au vivant. Dans le cadre des différences sexuées je pense que la vraie égalité, qui est un concept abstrait, un concept de droit et non de nature, et qui entre en collision avec la nature, ne peut se faire sans inclure en elle l'inégalité de mouvement engendrée par les dissymétries.

Cette manière de voir me paraît de nature à assouplir ce qu'il y a de rigide dans certaines conceptions trop symétriques de l'égalité. Si l'on n'introduit pas cette souplesse il y aura un découplage entre nature et droit. Ce qui me paraît au mieux un retour aux philosophies grecques séparant le corps et l'esprit et qui conduira à un nouvel essentialisme, au pire à une déstructuration de l'organisation symbolique et mentale de l'humain. Le corps (la nature) est le lieu de l'expérience, le lieu d'application et de vérification de la théorie.

Ce sera alors la fin de la culture, le temps d'une nouvelle barbarie où le corps ne sera plus appelé comme arbitre. Car la justice et l'égalité ne viennent-elles pas du corps, de la souffrance, d'une représentation de notre corps dans le monde?

Écrit par : hommelibre | 18 juin 2012

Homme libre vous connaissiez la chanson de tonton david sur les hommes battus ?
Très marrante

http://www.greatsong.net/PAROLES-TONTON-DAVID,S-O-S-HOMMES-BATTUS,102886994.html
http://www.deezer.com/fr/music/track/3088106

Écrit par : kasilar | 19 juin 2012

Euh... ce n'est pas le sujet, Kasilar... :-)

Écrit par : hommelibre | 19 juin 2012

Le sujet de la symétrie amène vers la dichotomie nature-culture, me semble-t-il.

Dans la nature, la symétrie n'est probablement jamais parfaite, malgré les tentatives autour de la nervure centrale (comme celle de la feuille d'arbre, le corps du papillon et ses deux ailes, de la colonne vertébrale des vertébrés ou du visage humain, ou même les alvéoles de la ruche etc).

La nature a justement cette dimension de la petite imperfection, du "naturel".
L'image qui illustre votre billet est un artéfact et elle doit effectivement être parfaitement symétrique.

L'homme n'a-t-il pas toujours essayé de s'inspirer de la nature et de la représenter, en tout cas dans l'art pictural ?

Comment faire le saut de la symétrie ou de la recherche de la symétrie vers les rôles, les droits, le statut des hommes et des femmes dans notre société ?

Tant que nous vivions dans un milieu naturel et plein de dangers, les sexes avaient de rôles bien définis, en vue d'une survie optimale, comme vous l'avez souvent explicité.

A présent, au lieu de chasser, cueillir et cultiver, nous allons au supermarché (faisable par toute personne valide, dès l'âge de 12 ans environ, si le magasin n'est pas trop éloigné et que l'on n'achète pas des quantités énormes).
Pour se chauffer, on ne coupe plus de bois soi-même, on ne fabrique plus de charbon de bois. Il faut certes des personnes fortes et musclées pour extraire, transporter le pétrole.
Pour s'abriter, on a des maisons construites par des professionnels et des machines lourdes (mais là, il faut encore de la force physique).
En Europe, la guerre entre les clans s'est éloignée, on fait du sport. Là, les hommes sont plus forts et plus puissants, mais il y a ce spectre du dopage qui brouille les cartes. Est-ce qu'une femme dopée pourrait supplanter un homme pas dopé ?
Tout cela pour dire que nous sommes bien éloignés de la nature. Faut-il le regretter ? Je serais de ceux qui le regrettent.

Restent la maternité et la paternité.
Même là, on a inventé la FIV, la mère porteuse ...
A mon avis, nous brouillons les cartes dans pas mal de domaines et ça entraine des remises en question, forcément. Et pas seulement entre les hommes et les femmes, mais également entre les générations, la Vieille Europe et les autres continents...
Quelle symétrie ? Quels droits à la symétrie parfaite ?

Écrit par : Calendula | 19 juin 2012

Les commentaires sont fermés.