07 juin 2012

Eric Stauffer est-il intouchable?

La polémique autour du candidat MCG au Conseil d’Etat est-elle orchestrée ou est-ce un épisode normal d’une campagne? Je lisais récemment à propos de François Hollande qu’une élection à un certain niveau est un scanner psychologique. On regarde le squelette des candidats. C’est extrêmement éprouvant et il faut avoir le cuir solide.


stauffer2.jpgC’est un aspect de la démocratie. On veut savoir pour qui l’on va voter. Une sorte d’exigence de transparence. S’il y a une part légitime dans ce besoin il faut cependant mettre des garde-fous. Ainsi je trouve très déplaisante et déplacée la campagne contre M. Stauffer à propos de ses dettes et des procédures dans lesquelles il est impliqué. Si l’on veut des candidats lisses, il faut le dire. Personnellement ce n’est pas ce que je recherche. Lisses ou non je souhaite des candidats crédibles et ayant un bon projet.

Un candidat pourrait même avoir été un délinquant ou un criminel. S’il a payé sa dette et s’est amendé, je ne ferme pas la porte. C’est une des valeurs fondamentales de notre justice et de notre culture: le pardon et la possibilité pour tout individu de ne pas être enfermé à vie dans un jugement social sur ses actes. De plus une dette n’est pas un crime et une procédure ne s’évalue qu’à sa conclusion.

Les informations sur la situation d’Eric Stauffer, je m’en fiche. Ce n’est pas cela qui me fait voter ou non pour un candidat. J’espère avoir développé assez d’imperméabilité contre ce genre d’attaques pour ne pas m’en laisser influencer. Si ce qui est dit est vrai on peut au plus lui reprocher d’avoir écarté des informations inconfortables et de ne pas jouer le jeu avec franchise. C'est évidemment dérangeant. Je prends aussi acte du fait qu’il conteste.

Je suis plus sensible au crédit à apporter à son programme. J’ai critiqué son projet de conteneurs-prisons sur l’aéroport: irréaliste et irréfléchi. J’ai émis la même critique à l’égard des radicaux qui sont à l’origine de cette idée. Toute installation tant soit peu importante sur un nouveau site est compliquée et nécessite de nouvelles infrastructures complètes et coûteuses. Or rien n’a été pensé dans ce sens. Initié par les radicaux, repris et amplifié par Eric Stauffer, ce projet me paraît insuffisamment pensé et surtout électoraliste.

D’autre part je regarde comment la campagne se déroule. Et je suis dérangé par la posture de victime prise par le candidat. Il proteste contre une campagne trop portée sur les accusations personnelles. Mais lui-même ne s’est pas privé de tacler M. Maudet sur son expérience professionnelle. Eric Stauffer serait-il devenu intouchable? Cette posture de victime est une déformation du débat politique. On n’est pas loin du complot. Ce qui est une manière d’introduire l’irrationnel dans la campagne et de couper court à toute critique objective.

Que M. Stauffer laisse tomber sa posture de «seul pur contre tous les salauds». Le monde n’est pas si simpliste. Je ne lui demande pas d’être un enfant de choeur. C’est une posture casse-gueule: je souhaite bien du plaisir à Hollande en France pour se dépêtrer de l’image d’ange dont il s’est affublé.

Que M. Stauffer parle de ses projets. A force de parler de lui-même et de se victimiser on ne voit plus ce qu’il propose. On doit ou le défendre ou le rejeter. Ce n’est pas une bonne motivation de vote.

Il y a de vraies victimes sur Terre. Mais je suis critique à l’égard de la victimisation en tant que stratégie. Elle ne garantit ni les compétences ni la crédibilité d’un projet. Je me reconnais un préjugé depuis qu'il avait proposé de «parquer» les SDF dans l'ancienne caserne. Ce n'est pas facile de m'en défaire: par ses propos et ses actions coup de poing M. Stauffer s’est forgé une image de cogneur plus que de solutionneur. Il me semble que la magistrature convoitée demande de la sérénité, afin que l'efficacité d'un projet ne se perde pas dans des réactions trop intempestives. Il reste peu de temps pour en convaincre l’électorat. Est-il capable de relever un tel défi?

15:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : geneve, élection, conseil d'etat, 17 juin, stauffer, maudet, mcg, sécurité, culture, démocratie, complot, sagesse, sérénité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Et bien je ne suis pas d'accord avec vous. La moralité d'un politicien est d'importance. Et Stauffer est immoral puisqu'il ne rembourse pas aujourd'hui ses dettes alors qu'il a les moyens de le faire.

Rappelons qu'une poursuite ne veut rien dire. N'importe qui peut requérir et obtenir notification d'un commandement de payer de la part de l'office des poursuites. Par contre, lorsque après une longue procédure, fort protectrice du débiteur, un acte de défaut de bien après poursuite a été délivré, force est de constater que la dette existe et qu'elle n'a pas été payée. Les actes de défaut de bien valent titre de main levée définitive en cas de nouvelle poursuite. Les créanciers peuvent en invoquant un acte de défaut de bien lancer une nouvelle poursuite et, sauf paiement ou prescription, le débiteur ne pourra qu'être saisi ou un nouvel acte de défaut de bien délivré. La poursuite va interrompre la prescription (10 ans) et le nouvel acte de défaut de bien aussi (20 ans).

Ce n'est pas parce qu'une dette est ancienne qu'elle n'est pas due.

Mais pour en revenir à Stauffer, il a des dettes constatées par des actes de défaut de bien. Un certains nombre dit-il, mais il ne précise rien, ne peuvent pas être payées ou ont été payées directement au créancier. Mais il en reste, pour moins de 50'000 francs dit-il. Ce alors qu'il a les fonds disponibles pour payer 140'000 francs comme en a témoigné le dépité Cerutti sur le site du MCG. Et Stauffer gagne 300'000 par an.

Moins de 50'000 de dettes, si on le croit, et avec de telles ressources il a le toupet de ne pas payer !

Une dette résulte d'un contrat que l'on s'est obligé à respecter ou d'une obligation légale. Violer un contrat ou la loi peut arriver, mais persister alors que l'on peut accomplir ses obligations est indigne d'un homme d'honneur.

Écrit par : CEDH | 07 juin 2012

Jamais Stauffer osera évoquer en détail la nature des actes de défaut de bien le concernant. Il s'en fiche éperdument des conséquences d'un acte de défaut de bien pour la victime ! Stauffer peut pérorer, il n'en demeure pas moins qu'un acte de défaut de biens se prescrit par 20 ans à compter de sa délivrance ! Si Monsieur Stauffer était honnête, les créanciers victimes de sa légèreté auraient été remboursés, avec le salaire qu'il annonce un peu partout. A défaut, Stauffer n'est qu'un escroc.

Voter pour cet individu, c'est prendre le risque de porter au conseil d'Etat un personnage douteux, incompétent et caractériel. Il suffit de l'entendre au Grand-Conseil pour constater un manque d'éducation évident, et je ne parle que d'éducation basique.

Actes de défaut de bien non réglés, incompétence, manque d'éducation, voilà le personnage que les citoyens genevois pourraient envoyer à l'exécutif.

Monsieur Stauffer, mon revenu est largement inférieur au vôtre, et j'ai toujours réglé ce que je devais.

Écrit par : Galileo | 07 juin 2012

"Toute installation tant soit peu conséquente"
J'ai sais que je vais contre le cours de l'histoire, mais je prends quand même la liberté, en tant que fidèle lecteur de vos propos, de vous supplier de faire usage de l'adjectif "important" et d'utiliser "conséquent" dans son premier sens, si utile pour tout ce qui a trait aux opérations et aux comportements respectant la logique.
P.S. Pardonnez cette impertinence et sachez que je continuerai à vous lire même si vous ne tenez pas compte de ma supplique.

Écrit par : Mère-Grand | 07 juin 2012

@ Mère-Grand:

Dire que vous aviez remarqué récemment mon bon usage du mot conséquent. Et voici qu'aujourd'hui je suis inconséquent...

Je l'ai changé dans le texte. Je n'allais pas laisser votre supplique sans suite. Vous faites bien, je trouve utile de corriger les erreurs.

:-)

Écrit par : hommelibre | 07 juin 2012

@ CEDH et Galileo:

J'ai volontairement fait l'impasse sur les revenus de M. Stauffer et sur ses actes de défauts de bien parce que je n'en sais rien par moi-même. Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui ne l'est pas?

Sur le plan juridique, s'il gagne réellement 300'000 CHF par an, pourquoi n'y a-t-il pas de saisie sur ses revenus? Il y a là quelque chose de confus. N'ayant pas les moyens de collecter une information fiable, je préfère laisser ce thème de côté. Laissant cette information de côté je ne peux le suivre dans la stratégie de la victime.


Je reste très mal à l'aise avec sa posture de victime. Je viens de voir dans la boîte aux lettre le journal du MCG. En première page, en gras, il n'est pas question de son projet mais de "L'homme à abattre".


Je ne peux, je ne veux pas marcher dans la stratégie de la victime. Avec cette stratégie je pense qu'il ne peut pas aller dans la sérénité.

Écrit par : hommelibre | 07 juin 2012

"vous supplier de faire usage de l'adjectif "important" et d'utiliser "conséquent" dans son premier sens,"

Ca fait du bien de savoir que je ne suis pas le seul à être horripilé par cette faute de sens, dirais-je ce parisianisme?

Écrit par : Johann | 07 juin 2012

"Mais pour en revenir à Stauffer, il a des dettes constatées par des actes de défaut de bien."

"pourquoi n'y a-t-il pas de saisie sur ses revenus?"

Très bonne question! C'est incompréhensible. Quelle est donc la réponse?

Écrit par : Johann | 07 juin 2012

1. @ hommelibre et johann

"pourquoi pas de saisie sur revenu ?"

La réponse est claire. Une fois un acte de défaut de bien après poursuite délivré faute de biens ou de revenus saisissables à ce moment là, la procédure est close. S'il advient qu'ultérieurement le débiteur a des revenus ou de nouveaux biens, le créancier doit recommencer une nouvelle poursuite. S'il ne le fait pas le débiteur peut se prélasser dans son jacuzzi ou être hospitalisé en première classe.

Si le débiteur fait opposition à la nouvelle poursuite, et Stauffer a déjà annoncer qu'il ferait opposition, le créancier peut obtenir main levée provisoire sans problème, sauf si le débiteur a payé.

Relevons que la prescription surgit après 20 ans en cas d'ADB mais que le délais ne commence pas à courir avant le premier janvier 1997 et qu'en cas de nouvel ADB un nouveau délai de 20 ans commence à courir (si simple cp : 10 ans). Et que les dettes passent aux héritiers.

Je me demande si parmi les créanciers, il est des créances de collectivités ou établissements publics.

Relevons encore que le Conseiller national Poggia milite pour favoriser les mauvais payeurs.


2. Quant à l'enfermement des algériens nuisibles il est impossible. Les accords de Schengen ont impliqué la reprise de la directive retour et celle-ci ne permet pas la rétention administrative s'il n'y a pas possibilité à court terme de les renvoyer effectivement. Tel est le cas des algériens puisque leur pays n'en veut pas. De la part de Maudet, le pro européen et juriste, cela est une pure escroquerie et, de la part, de Stauffer de la gesticulation staufferienne.

Écrit par : CEDH | 08 juin 2012

Merci à CEDH de nous fournir des réponses claires et argumentées dans un domaine où la plupart d'entre nous sommes démunis.

Écrit par : Mère-Grand | 08 juin 2012

"conséquent" Merci à vous, homme libre, d'avoir bien voulu donner suite à ma supplique.
Maintenant, si les responsables du Bain des Pâquis voulaient bien demander aux baigneurs de "rapporter" leur vaisselle, plutôt que de la "ramener", je passerais un été encore plus serein ;-)
P.S. Désolé de la "ramener" sur ce sujet, mais comme pour le "ecs" au lieu du "etc.", je n'arrive pas à maîtriser ce que l'on aurait autrefois appelé une "exigence du bon usage", qui est probablement devenu maintenant une "manie de vieux puriste".
Mais, athée que je suis, je trouve néanmoins que "le diable se cache (aussi) dans les détails".
P.S. 2 Fin de cet épisode, mais ah! que ça m'a fait du bien!

Écrit par : Mère-Grand | 08 juin 2012

Merci pour cette précision, CEDH. Mais n'ayant toujours pas plus de possibilités d'évaluer par moi-même la situation, je préfère rester sur une analyse plus politique ou comportementale. Cette analyse peut être subjective mais elle a l'avantage de ne cerner que ma perception et de ne pas attribuer une faute judiciaire et morale si je n'en ai pas la preuve formelle.


Mère-Grand: merci pour ce "purisme" et votre remarque judicieuse.

Écrit par : hommelibre | 08 juin 2012

@ hommelibre

S'agissant de la rétention administrative, Maudet, tentant de grappiller quelques voix, revient à la charge dans son dernier billet.

Persévérant dans le mensonge.

Aussi, rappelons qu'il n'est pas possible de maintenir en rétention administrative à fin de renvoi des gens qui ne peuvent pas être renvoyé dans leur pays parce que celui-ci n'en veut pas. Ce que le centre de rétention administrative soit cantonal ou fédéral. Schengen-Dublin, de par la "directive retour", s'y oppose et le droit fédéral aussi d'ailleurs. Et je ne crois pas que Maudet, le franco-suisse adepte de l'adhésion à l'UE, soit partisan de la dénonciation de Schengen.

Lorsque Maudet préconise cet impossible enfermement administratif afin de palier les lacunes du système pénal, il oublie que système pénal en question a été voulu par le PLR, son parti, et que l'impossibilité d'ériger en délit susceptible d'emprisonnement le séjour irrégulier des étrangers découle de Schengen-Dublin, comme vient de le rappeler la Cour de justice de l'UE. Qui plus est et surtout, de nouveaux centres de détention administrative ne seront pas construits avant la suppression des jours amendes. C'est donc des prisons pénales qu'il faut d'ores et déjà s'atteler à construire. Ce d'autant que celles-ci débordent déjà.

Si Maudet est un incendiaire, il n'a rien d'un pompier !

A voter populiste vaut-il mieux voter pour l'original ou pour la copie (ou pour aucun) ?

Écrit par : CEDH | 09 juin 2012

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