27 mai 2012

Un faux bébé ça ne mange pas de pain

Ni de bouillie. Et comble du bonheur cela n’est pas allaité, ne pleure pas, ne parle pas, ne grandit jamais. En attendant d’avoir inventé la fourmilière où les enfants n’auront plus de parents et n’imposeront donc plus de contrainte familiale insupportable, le faux bébé est une bonne étape de transition.


Reborn.jpgOn les appelle les reborns, les re-nés. Le Matin dimanche leur consacre deux pages sous la plume de Camille Krafft. A l’origine il s’agissait de vieilles poupées que l’on réparait et qui recevaient une nouvelle jeunesse, d’où le nom reborn. Aujourd’hui c’est devenu une mode et les reborns sont fabriquées neuves. Elles ressemblent à un vrai bébé, reçoivent une date de naissance - la fin de leur fabrication - et un prénom. Elles sont ensuite vendues sur internet à des parents biens réels eux, pour des prix pouvant aller de quelques centaines d’euros à des milliers de dollars. Ces poupées sont particulièrement suggestives au point où l’on croirait voir un vrai bébé quand ils sont promenés à l’extérieur en poussette ou couchés dans un berceau.

Des adultes de tous âges adoptent ainsi des bébés poupées hyperréalistes, suite par exemple au décès de leur propre bébé ou à cause d’une invalidité empêchant certaines femmes d’être mères. L’article cite une jeune femme de 29 ans qui possède ainsi 8 faux bébés et s’apprête à accueillir le neuvième.

Chacun fait ce qu’il veut. On peut quand-même se demander si l’achat-adoption d’un faux bébé n’empêche pas des processus psychologiques normaux de s’accomplir, comme le deuil ou l’acceptation de sa situation biologique.
Miraclesuit.jpg
Mais il faut admettre que ces faux bébés sont formidables: ils ne diront jamais non à leurs parents, ne sortiront pas en boîte à 15 ans, ne poseront pas de questions sur la sexualité et ne poseront aucun problème éducatif particulier. Ils réalisent le rêve de certains parents: avoir un enfant-jouet parfait, qui ne grandit jamais et qui les fait se sentir éternellement jeunes.

L’enfant n’est plus qu’une image en trois dimensions et le sentiment d’être parent une représentation hors de la réalité.

Les femmes qui adoptent un faux bébé garderont un ventre bien plat. Elles n’auront pas besoin de porter des maillots de bains en fibres spéciales qui resserrent la silhouette. Fini les gaines des grand-mères: les maillots de bain en fibres galbantes font perdre, selon la pub, 5 kilos en 10 secondes. Ils contiennent de manière esthétique tout ce qui a tendance à prendre de la place: ventre, hanches et fesses. Donc messieurs, méfiez-vous: la belle naïade filiforme que vous avez abordée sur la plage pourrait vous réserver quelques surprises quand elle enlèvera son maillot.

Reflets-dans-un-oeil-d-homme-Huston.jpgNotez que des maillots une pièce pour hommes ayant pris du ventre ne seraient pas mal non plus...

Ces jours-ci Nancy Huston sort un livre, «Reflets dans un oeil d’homme», qui parle de l’image omniprésente depuis un siècle. Image qui aurait selon elle altéré la liberté des femmes. Depuis l’essor du féminisme dans les années 60 l’industrie de la beauté (produits de soin, chirurgie, etc) a fait un ascension vertigineuse.

Nancy Huston lance un pavé dans la mare de l’idéologie dominante, comme le souligne Anne-Sylvie Sprenger dans le même Matin dimanche. Non seulement elle conteste la théorie de l’indifférenciation des genres mais affirme que le déshabillage occidental des femmes participerait à leur aliénation. Image, image...

Tout dépend du degré de déshabillage et de l’intention qui y est mise. Si la nudité est coutumière dans certaines cultures et peuplades, chez nous elle participe à une forme de liberté. Mais elle peut aussi devenir la soumission à une image. C’est la thèse de Nancy Huston:


15:37 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : reborn, faux bébé, mère, enfant, mincir, beauté, image, nancy huston, voile, mannequin | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

mdrrr la naïade, si elle éteint la lumière, c'est mauvais signe ;))),sinon, j'ai surtout l'impression qu'entre religieux, ils se comprennent, qu'ils ne font pas de différence entre nudité et pornographie,
bizzzouxxx Homme Libre!!!

Écrit par : Sarah | 28 mai 2012

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Sarah,

merci du tuyau: interdit d'éteindre la lumière. On pourrait se poser la question avant d'en arriver là: "Hum... tu aimes ça... dans le noir... ou avec la lumière...?¿?..."

Blague à part je comprends la thèse de Nancy Huston, elle soulève en fait une contradiction majeure entre l'idée de la liberté et la contrainte de l'image. Et quand je vois des femmes musulmanes voilées, elles ne sont pas dans la séduction.

La séduction est à la fois désirée et mal vue. Là aussi, grosse contradiction dans l'oeil des hommes comme dans celui des femmes. Mais comme vous je fais une différence entre dévoiler et provoquer. Il y a eu des époques où les couples n'allumaient pas la lumière ou restaient en partie habillés pour partager du plaisir. Je n'ai pas envie de retourner à ce temps-là!

Une femme vêtue avec légèreté en été, par exemple, fait du bien à mes yeux! Mais si l'image compte (menteur-menteuse qui dit le contraire) elle n'est pas tout. Il y a beaucoup d'autres choses qui mettent en valeur la femme et l'homme. Il y a quelque chose à creuser dans cette thèse. J'y reviendrai probablement, après avoir lu et entendu plus de Nancy Huston.

Bizzzouxxx Sarah!!!

Écrit par : hommelibre | 28 mai 2012

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Je conseille vivement aux femmes ayant un visage ravagé par les méfaits de la pollution citadine de copier leurs sœurs musulmanes et de porter un foulard bien serré autour de leur tête. Certes elles ressembleront parfois à des pleines lunes mais au moins cela leur évitera de se faire botoxer à longueur d’année.

@ hommelibre on peut toujours assister à un défilé de mode traditionnel à Marrakech et l'on verra que les mannequins peuvent être très séduisants même en portant un foulard.

A propos, dans les années 60-70, nos belles lorsqu'elles voyageaient à bord d'une voiture décapotable portait souvent un foulard en crêpe de chine blanc, dixit une photo de ma grand-mère paternelle.

Écrit par : Hypolithe | 28 mai 2012

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Hypolithe,

En effet le foulard n'est pas étranger à notre culture:

http://a53.idata.over-blog.com/3/86/30/81/Cadeaux-Evenements-5/660-CADEAU-FEMME-LUNETTES--FOULARD-LAC-VIERGE.gif

Il revient par période, l'époque hippie l'ayant porté haut en couleur (y compris des hommes). C'est un accessoire mode donc une mise en valeur de l'image. Ce peut aussi l'être dans le monde musulman, en effet, et le port du foulard est parfois une mise en valeur de l'image de la femme:

http://cache.20minutes.fr/img/photos/20mn/2010-01/2010-01-28/diapo_4_SIPA_00469699_000012.jpg

Ça me donne l'idée de faire un billet illustré sur le foulard en occident



La séduction et le port du foulard sont compatibles. Ce n'est donc pas que l'objet qui est signifiant, c'est l'intention et le contexte qu'on y met.

Écrit par : hommelibre | 28 mai 2012

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La question de l'aliénation est complexe. Dans le dictionnaire en ligne "l'internaute" le mot "aliénation" signifie "asservissement d'un individu à des conditions extérieures".

Dans le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicale, voir ici: http://www.cnrtl.fr/lexicographie/ali%C3%A9nation ) il signifie plus précisément:

"Toute limitation ou tout conditionnement objectivement imposés à l'individu par le fonctionnement actuel de la société, et éprouvés comme une atteinte révoltante aux droits humains fondamentaux."


Cela demande quelques précisions: qu'entend-on par "objectivement imposé"? La mode est-elle objectivement imposée?

Toujours selon le CNRTL:

Objectivement: "Relativement à la réalité extérieure, concrètement.".

Imposer: "Obliger à subir ou à faire."

Et le soin de sa propre image est-il "éprouvé comme une atteinte révoltante aux droits humains fondamentaux?"


Les femmes qui ont porté des robes de plus en plus courtes dans les années 60, ou qui ont dénudé leurs épaules, étaient-elles contraintes de le faire? Je ne crois pas. Au contraire elles vivaient cela comme une liberté.

Il n'y a qu'à regarder autour de soi pour constater à quel point les habillements sont variés, et ne valorisent pas tous une séduction par le corps.

Le fait que beaucoup de femmes attachent de l'importance à leur apparence physique et à leur beauté est-il en soi une aliénation? Tout dépend à quel degré. L'apparence physique a toujours compté, et pour les hommes aussi.


Acheter un faux bébé correspond aussi à une image, plus abstraite, celle d'une relation avec l'enfance et du parent. C'est une image, une représentation de soi. Peut-on parler d'aliénation pour les gens qui achètent ces poupées?


Le mot "aliénation" peut susciter de nombreux développements.

Écrit par : hommelibre | 28 mai 2012

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"affirme que le déshabillage occidental des femmes participerait à leur aliénation"

Dans ce cas toute sorte de comportement social est une aliénation puisqu'on se conduit comme ça ou comme ci en fonction de l'autre.
Le problème c'est de voir une relation avec les mots aliénations et soumission dans le sens esclave.

On est tous soumis à des codes de vie en société mais personne n'en est esclave non plus. Ces codes changent avec le temps.

Écrit par : nemotyrannus | 28 mai 2012

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@ Nemotyrannus:

Le mot "aliénation" est en effet très fort. Il devrait désigner une situation très spécifique et bien documentée. Ici il reprend un terme du femrad. Sur cette idée je ne suis pas Nancy Huston. Je l'ai écoutée dans plusieurs interviews. Je vais aussi lire son livre.

Elle n'est pas allé assez loin dans sa contestation de l'idéologie dominante, car l'idée de l'aliénation de la femme par la dictature de l'image fait partie de cette idéologie.

Comme vous le dites il y a des codes mais cela n'a rien à voir avec un esclavage.

Peut-être n'a-t-elle pas osé aller aussi loin que remettre en question ce dogme. La prochaine étape qu'elle pourrait traiter: la liberté de vouloir plaire ou de correspondre à des standards valorisants. Car, ne nous y trompons pas, sur le plan esthétique tout le monde sait depuis toujours ce qu'est une bel femme ou un bel homme. La question est de ne pas s'arrêter qu'à cela. L'esthétique n'est pas l'ensemble de la personnalité.

Écrit par : hommelibre | 28 mai 2012

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bonjour Homme Libre,
la femme musulmane voilée est aussi aliénée par l'image de la femme pieuse qu'elle veut donner , non???si ça se trouve la femme qui mangeait son sandwich était chaude comme la braise et se donnait des airs de ste nitouche, lol,elle tentait désespérement d'allumer avec un hot dog,;))), les hommes ne sont pas en reste, Zuckenberg qui arrive en capuche/basket et c'est le marché qui s'écroule ;)))!!!bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 28 mai 2012

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Je crois qu'il y "aliénation" au moment où une femme pense qu'elle doit se faire opérer des seins, se faire faire des fesses rebondies, ou un lifting ou des piqûre qui gonflent les lèvres de façon grotesque.
Dans certains pays, dont le Brésil et les Etats-Unis, les femmes ont massivement recours à la chirurgie esthétique et elles contribuent à rendre ce commerce florissant.
De très jeunes filles se font augmenter le volume des seins. Il ne faut pas venir me dire que c'est juste pour elles-mêmes !
A mon avis, ces femmes se font avoir.
En Europe, ça se fait bien sûr aussi, on le constate tous les jours en regardant la télé. Les femmes médiatiques ont souvent cet air bizarre, avec les yeux très en amande, les lèvres étrangement pulpeuses, le visage un peu immobile. Souvent, on perçoit de légères dissymétries dans tout ça. L'idée
serait que l'intervention ne se remarque pas, mais ce souhait n'est pas toujours exaucé.
Alors, je soupire d'aise d'être anonyme et de l'autre côté de l'écran. On ne fera pas pression sur moi, pour que j'efface les ravages du temps, aussi minimes soient-ils.
Les femmes ont le point faible de se soucier de leur aspect extérieur. La manchette du Matin d'aujourd'hui proclame, je cite de mémoire : "Seule une Suissesse sur 100 déclare se trouver jolie."
Ca laisse pas mal de clientèle pour tous les salons, instituts et cliniques du pays et des régions limitrophes ...

Écrit par : Calendula | 28 mai 2012

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L'aliénation est aussi une vision du regard extérieur et culturel. Exemple. Pour un(e) musulman(e) rigoriste, la femme dénudée est aliénée aux puissances du Mal et la société occidentale est sous l'influence néfaste de Satan. Pour un citoyen(ne) occidental très anti-religieux, la femme voilée est une dégradation de la femme et de sa liberté, une aliénation soumise ou même volontaire à l'islam. Donc on le voit, l'aliénation procède autant de son intériorité, son psychisme personnel que du regard extérieur. Reste à savoir si nous nous considérons aliénés ou libres. Et cela, c'est notre libre-arbitre qui peut questionner nos comportements individuels par rapport à telle ou telle situation ( consommation "normale" ou alors addiction aux drogues, à la cigarette, à l'alcool, aux jeux, au sexe, au travail, à un sport, à un art, à une religion, etc.). C'est dans le manque permanent ou occasionnel que l'on ressent que l'on peut se rendre compte si l'on est addict et donc aliéné ou libre de consommer de façon à nous procurer divers plaisirs de la vie. La distinction n'est pas toujours aisée...et le regard extérieur de Big Brother fait de nous une image qui parfois ne nous correspond pas vraiment...

Écrit par : pachakmac | 28 mai 2012

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Une pensée qui me vient...
Trouver la fin de sa propre quête de soi nous amène à vivre de soi... C'est le début d'une vraie liberté.

Écrit par : Cristal Gagnante | 28 mai 2012

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@pachakmac

Merci de vos trois petits points qui me charment beaucoup... D'où cette pensée aussi bien à vous.

Pour tous:)(: Un grand merci.

Écrit par : Cristal Gagnante | 28 mai 2012

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Calendula,

Je ne partage pas ce point de vue sur l'aliénation. Vouloir plaire, tenter de correspondre à ce que l'on pense que les autres attendent de soi, est un code culturel et pas une aliénation.

Les codes et les images font partie de toutes les époques. Les incarner participe à l'adhésion individuelle au groupe et à sa cohésion.

Mais nul-le n'y est obligé. Si l'on se perd en voulant donner une image, alors, que cette perte soit le moyen de nous retrouver.


En constatant la force du code "beauté-plaire-représenter", je soupçonne que la société ne fait que valider un désir initial individuel.

Écrit par : hommelibre | 28 mai 2012

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@hommelibre,
D'accord avec vous, en ce qui concerne Madame Toulemonde.
En ce qui concerne les actrices, chanteuses, présentatrices-télé etc, il me semble qu'elles sont soumises à des pressions d'un genre particulier. Leur aspect extérieur est en quelque sorte une partie de leur outil de travail.
Je prends une des définitions que vous avez données plus haut :
"Toute limitation ou tout conditionnement objectivement imposés à l'individu par le fonctionnement actuel de la société, et éprouvés comme une atteinte révoltante aux droits humains fondamentaux."
Il est clair que la prévalence de personnes jeunes et belles à l'écran et donc le besoin de se faire lifter et botoxer n'est pas une atteinte révoltante aux droits fondamentaux !
En revanche, "asservissement d'un individu à des conditions extérieures" , cela convient déjà mieux aux diktats des canons de beauté des médias.

Écrit par : Calendula | 28 mai 2012

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Bonjour, hommelibre,
Vous allez avoir droit à mon côté pédant...
Avec le mot "aliénation" , je crois qu'on se trouve face à ce qu'on appelle en traduction un "faux ami". Un même mot n'a pas exactement le même sens dans les deux langues. Nancy Huston parle merveilleusement bien le français, mais elle est tout de même anglophone.
En pensant à "Englishman in New York" de Sting, on comprend qu'en anglais, "alien" c'est d'abord "étranger".
"Alienation" c'est devenir étranger, être exclu, rendu différent.
Effectivement, lorsqu'on subit p.ex. une opération esthétique, qu'on se fait gonfler les lèvres, on peut se retrouver avec la soeur des frères Bogdanof comme reflet dans le miroir. Alien n'est pas loin ...

Écrit par : Calendula | 29 mai 2012

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Je ne rentre pas dans ce débat compliqué du voile. On pourrait poser la même problématique sur la micro-jupe et le micro-short.

Oui je sais c'est compliqué de vivre en société ...

Écrit par : kasilar | 29 mai 2012

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A lire l’article dans le Times de Londres d’aujourd’hui.
Dr Helen Wright, tête d’une école prestigieuse, se plaint des pressions par images sur les filles qui sont portées à considérer que ètre “the hottest woman in the world” est plus importante que le succès académique. Elle cite une photo en sous-vêtement d’une célébritée’ sur la couverture d’une magazine et dit “ itsums up ‘almost everything that is wrong with Western society’” : cette photo résume presque tout ce qui ne va pas dans la société occidentale.

Bref, la sexualisation des divers aspects de la vie et la dégradation des morses = la dégradation des pays occidentaux.

Vive l’immigration, quoi !

Écrit par : VickieMedia | 20 juin 2012

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C'est dingue cette affaire.
Le monde marche sur la tête.

Écrit par : bol chantant | 20 juin 2012

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