20 mai 2012

Le temps des forêts

L’économie européenne a longtemps marché grâce au bois. Fabrication des meubles, chauffage, construction des premiers châteaux fort, murs et toits des maisons: l’économie du bois était dominante jusqu’au milieu du Moyen-Âge.


foret2.jpgQui dit bois dit forêt. Les forêts étaient des lieux d’une grande richesse pour les populations européennes de l’époque. Elles fournissaient de manière presque inépuisable les ressources en énergie, la matière première, et une partie de la nourriture. Elle se régénérait facilement à une époque où la population globale était bien moindre qu’aujourd’hui.

On l’utilisait pour le feu. On lui prenait son liège. Le chauffage des maisons, la cuisson des aliments, le travail des forges, les verreries, les briqueteries en dépendaient. On utilisait le bois et la résine pour l’éclairage par les torches. Certains ermites habitaient dans des cabanes de bois aux toits de terre. Dans certaine régions on pratiquait des cérémonies religieuses dans la forêt. Cependant plus que lieu de méditation elle était un territoire de chasse et d’entraînement militaire de la classe des guerriers: seigneurs féodaux et noblesse de l’époque.

Les forêts étaient giboyeuses: cervidés en abondance et sangliers étaient appréciés, ainsi que les lynx et parfois les ours, nombreux à cette époque. Tout servait: la viande, la peau pour se vêtir ou pour les tanneries. Si la chasse était réservée à la classe des guerriers, le braconnage était toutefois très répandu.

Dans les forêts on trouvait aussi des petits fruits, des pommiers sauvages pas encore greffés, du miel sauvage, des châtaignes, des champignons, des plantes médicinales. A l’automne les éleveurs y emmenaient leurs cochons pour manger les glands. Certains y brûlaient du bois et utilisaient la cendre pour fabriquer du savon ou du verre. Sans oublier les bûcherons qui coupent le bois pour la construction.

Quand un château fort était détruit les paysans, ne pouvant plus s’y protéger, trouvaient refuge dans la profondeur des forêts.

De plus en plus exploitées au fil des siècles les rois et les monastères (propriétaires de vastes terres) ont dû réglementer leur utilisation. Les périodes sont alors bien définies pour chaque type d’activité.
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Les forêts sont aussi des lieux de vie en marge des villes. Ceux qui ne veulent pas de la contrainte urbaine naissante, du contrôle social et religieux trop intenses, vivent dans les bois. Les amants illégitimes s’y retrouvent. La culture populaire garde trace de l’importance des forêts dans les contes et légendes du Moyen-Âge.

Le défrichage des forêts, alors très vastes, a laissé place à de grands espaces de culture au début du haut Moyen-Âge. Plus de champs cultivables signifiait plus de réserves alimentaires. Associé au réchauffement climatique, l’optimum médiéval, qui a duré environ trois siècles, l’Europe s’enrichit et se peuple. Il faut alors se mettre à organiser les échanges. Après les guerriers, les priants et les travailleurs, vient alors le temps des marchands, qui achètent à un endroit et revendent ailleurs. Ils ne produisent pas eux-mêmes mais rendent la production mobile. Beaucoup plus de gens ont accès à une nourriture plus variée et à des produits manufacturés. Les villes se développent, les rues groupent des métiers qui organisent les règles de la cité. Les seigneurs vont peu à peu perdre de leur pouvoir absolu grâce à la montée en puissance du commerce et des corporations de marchands, qui deviennent assez riches pour entretenir leur sécurité. La formation se développe auprès de producteurs-marchands, les artisans, par l’apprentissage puis le compagnonnage ou la maîtrise.

Enfin, la pierre remplace peu à peu le bois: plus solide, plus durable, elle fait les maisons et les routes, les ponts et les églises. Les travaux des champs sont facilités par de nouvelles technologies d’attelage. C’est le tournant irrémédiable de la société européenne qui s’oriente vers la liberté du commerce, la productivité et plus d’échanges internationaux, qui vont avec la liberté des idées et de l’organisation politique. La démocratie n’est plus très loin.

Le maçon prend l’avantage sur le charpentier. Le temps de la pierre est venu. Il dure encore aujourd’hui. Le bitume a remplacé les pavés, le béton est la suite logique des murs de pierres. Il y a mille ans déjà, la technologie a changé le monde.

09:43 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : économie, moyen-âge, feu, bois, pierre, seigneurs, féodalité, cerfs, lynx, ours, marchands, commerce, religieux | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

petite ballade en foret, bon il pleut chez moi, ça va pas être top,
http://www.youtube.com/user/okanokumo?v=Vsg7hTRX9iI&feature=pyv&ad=18902768014&kw=forest
http://www.youtube.com/watch?v=WtjMOfLbbV0
bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 20 mai 2012

certains écologistes sont pour les constructions en bois et torchis,mais ils oublient le nombre de maladies dûes au second matériaux comme le rhumatisme et le bois en suisse surtout avec l'humidité régnante,je plains les propriétaires quand ils devront décaper toute leur maison pour ensuite l'enduire d'un produit justement pour lutter contre les maladies du bois,et les ré-imprégner .Sacré écologie en son nom que de fausses vérités vont conduire des gens justement là ou il ne faudrait pas aller,mais c'est la mode,comme celle sans doute qui conseille à tout le monde d'aller se fiche au lac,pauvre monde!

Écrit par : lovsmeralda | 20 mai 2012

Excellent texte sur nos racines ("no pun intended", sans jeu de mots). Originaire d'une région jadis assez boisée (Russie centrale), je sens assez fortement ce lien avec la forêt jusqu'en Europe occidentale.

Écrit par : Youri Gagarine | 20 mai 2012

Si quelqu'un a un terrain en friche, qu'il plante ou sème du frêne, du chêne, du merisier et quelques épicéas en principal, avec les mélanges d'autres essences adaptées. Ça c'est pour le long terme.

A moyen terme dans les endroits humides les différents peupliers rapportent de l'argent au bout de vingt cinq ans suivant les endroits.

Investir sur la forêt est d'un très bon rapport.

La difficulté est la pollution et la disparition d'insectes pollinisateurs comme les abeilles sauvages etc..

Une remarque, dans le passé ce sont les laboureurs-paysans, les bergers et les monarques qui ont le plus détruit la nature.

Les bouleversements dans le climat modifie considérablement la structure des forêts comme dans les Landes, le massif central, ou la forêt artificielle pour produire du pin est fragilisée.

En tous cas, nous avons savouré des gyromitres et des morilles il y a quelques jours. Jusqu'au 10/15 juin elles continueront de sortir.La morille vivait en association symbiotique avec l'orme qui disparaît, elle a "copiné avec le frêne" au bord des rivières...

Lovsmeralda en plus le torchis pue la bouse de vache!Bonne continuation...

Écrit par : Pierre NOËL | 20 mai 2012

"Les amants illégitimes s’y retrouvent."

Et maintenant on y retrouve un lieu de racolage, de gîte ... dans ces mêmes forêts

Écrit par : kasilar | 20 mai 2012

Les principales banques du pays balancent leurs subordonnés ou plutôt tentent de jeter en pâture les maillons les plus faibles et vous parlez de retourner bouffer des glands dans la forêt, quel appoint !!!

Écrit par : Corto | 21 mai 2012

@Pierre Noel,c'est vrai mais comme beaucoup d'écoterroristes ont décidé de faire vivre les humains comme le bétail et offrir à celui -ci des maisons de retraites dorées toujours sur le dos du contribuable,alors quand à vivre avec l'odeur de la beuze d'autres ont bien chanté l'Odeur des pieds se répand dans la grange.../rire
bonne journée champignon pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 21 mai 2012

Sarah, j'aime bien Eluvetie. Je ne connais pas tout et je découvre celui que vous mettez en lien. Yo! Vive la forêt, et les petits coins pleins de mousse pour s'étendre...

.......

:-)))))
Bizzzouxxx!!!

Écrit par : hommelibre | 22 mai 2012

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