02 mai 2012

«Posez le drapeau rouge»: Nicolas Sarkozy à nouveau audible

Le 1er mai à Paris a été significatif. Et un peu surréaliste. Trois défilés battaient le pavé: celui traditionnel des syndicats, drapeaux rouges haut levés; celui du Front National qui honore habituellement la mémoire de Jeanne d’Arc, symbole de souveraineté nationale; et enfin celui de l’UMP, nouveau, battant drapeau français.


Sarkozy-troca2.jpgCette juxtaposition a permis à Nicolas Sarkozy de tenir un discours plus audible que ces dernières semaines. Un discours classique de droite. Un discours qui devrait faire débattre sur les thèmes et non plus sur sa personnalité ou son style, car c’est en partie cela qui provoque le rejet.

Jusqu’où un discours de droite peut-il trouver sa place en temps de crise, et en France, pays habitué à l’Etat-providence? Difficile à évaluer. Cependant, un premier point clair et fondamental a été la critique des syndicats faite par le président.

«Après des semaines d'escarmouches avec les syndicats, Nicolas Sarkozy, face à une marée de drapeaux tricolores, les a exhortés à abandonner la «vieille lune de la lutte des classes» : «Posez le drapeau rouge et servez la France!»

Une telle injonction réaffirme le droit d’un peuple à disposer de lui-même selon sa propre histoire et ses propres théories. Le drapeau français exprime cela: un nationalisme tempéré, fondement du sentiment d’appartenance. Alors que le drapeau rouge exprime l’allégeance à une idéologie politique venue d’ailleurs.

On peut dire que ce n’est qu’une déclinaison de la notion de préférence nationale chère à Marine Le Pen. Certes. Mais que dirait-on si un mouvement rassemblant des dizaines de milliers de personnes proposait d’instaurer en France une société des castes comme en Inde, et chantait des chants hindous en défilant? Les français auraient vite fait de leur dire «Cause français!» Personne n’y verrait de nationalisme malsain.

Le discours de Nicolas Sarkozy sur ce point est clair:

«Votre rôle n'est pas de faire de la politique, de défendre une idéologie, votre rôle est de défendre les salariés et le travail» , rajoutant également qu’il ne comprenait pas que l’on brandisse aussi facilement un drapeau qui est le symbole de dictature et de millions de morts.rouge1.jpg

Il a par ailleurs refusé de laisser à la gauche le monopole du travail. Celle-ci n’a pas fait mieux quand elle était au pouvoir, n’a pas réindustrialisé le pays, et a surtout réparti le travail restant par les 35 heures.

«Nous nous considérons comme acteurs du progrès social autant que vous et sans doute même davantage», a-t-il lancé à l'adresse de l'opposition socialiste, qu'il a accusée d'avoir «appauvri les travailleurs en prétendant les protéger» avec la semaine de 35 heures et la retraite à 60 ans.»

La gauche actuelle n’a d’ailleurs pas de solution pour l’emploi, et François Hollande n’en parle quasiment pas - sauf 60’000 fonctionnaires de plus. Dans une administration déjà pléthorique et avec la dette, cette proposition semble aller à rebours du bon sens. C’est une illustration de la conception maternante de l’Etat produite par la gauche, du plus d’Etat comme manière de remplacer l’initiative individuelle.

Relancer l’économie, faciliter la vie des entreprises, n’est pas spectaculaire et pas gratifiant pour le pouvoir en place. Les résultats de cette politique sont longs à venir. Il est plus simple d’engager des fonctionnaires. L’abandon de secteur non rentables est mis au passif des pouvoirs publics, comme si le gouvernement décidait de tout. Le problème est de trouver de nouvelles voies, ce qu’ont fait certaines régions du nord et de l’est qui connaissent une nouvelle volonté industrielle et entrepreneuriale.

On a ainsi un discours clairement de droite, audible, débarrassé du parasitage mis autour de la personnalité du président.

Cela ne signifie pas pour autant qu’une politique de droite soit une solution rapide, ni que le bilan du président sortant soit enthousiasmant. On ne sait s’il ferait mieux en étant réélu. Mais face au flou de François Hollande on a enfin une des parties en lice qui parle clairement.


Photos: 1. ALEXANDRE GELEBART/20MINUTES - 2. Le Figaro.

10:26 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élection, présidentielle, france, droite, gauche, nicolas sarkozy, francois hollande, 1er mai, le pen, syndicats, rouge | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Posez les drapeaux et posez vous les bonnes questions,

"Rappelez-vous l'état des lieux : des banques insolvables volent au secours d'Etats insolvables et vice versa. Tout le monde est insolvable mais personne ne veut encore l'avouer."

Alors entre un menteur et un pignouf......le système s'effondrera!

En Suisse vous n'avez aucun problème il n'y a pas de pauvres, tout le monde gagne un salaire de ministre...on vous envie!

Écrit par : Pierre Noël | 02 mai 2012

@ Hommelibre:

« C’est une illustration de la conception maternante de l’Etat produite par la gauche, du plus d’Etat comme manière de remplacer l’initiative individuelle. »


Un petit rattrapage en histoire (et en logique...) ne vous ferait pas de mal...

Les syndicats sont nés d'initiatives personnelles afin de défendre les droits des individus contre un état de fait qui voyait le monopole des leviers décisionnels, détenus par les élites politico-économiques, la classe régente de l'État.

Je préférerai toujours un courant d'idées qui appelle les travailleurs à se montrer solidaires de part le monde et à défendre les petites gens, qu'une idéologie qui s'abrite derrière l'étendard national(iste), qui monte les uns contre les autres et qui affirme que « la France, on l'aime ou on la quitte... »


PS: Bayrou votera Hollande.

Écrit par : Kiki | 03 mai 2012

@ Kiki:

D'accord avec vous que les syndicats ont joué un rôle important dans la construction de la démocratie. Les droits du travail articulés autour de la notion de contrat, l'instauration de tribunaux Prud'hommes, étaient nécessaires. Il faut dire que le 19e siècle est le balbutiement de la démocratie, encore imprégné de l'absolutisme monarchique.

Mais le fait pour les syndicats d'adopter le drapeau rouge range forcément ceux qu'ils défendent dans un clan, dans une opposition de classes, dans une division du tissus social.

A part cela, je ne suis pas nationaliste. Même si je reconnais que la territorialité (administrative, culturelle, linguistique, etc) est un marqueur identitaire.

Si l'on vient chez moi, on s'adapte à mes règles. Si je suis invité ailleurs, je m'adapte aux règles de l'hôte. Alors entre le laxisme et le nationalisme, il doit bien y avoir un éventail de possibilités.

Écrit par : hommelibre | 03 mai 2012

Les commentaires sont fermés.