Visible, invisible

Pourquoi les hommes ont-ils hérité de la partie la plus visible du monde? Prêtres, politiciens, guerriers, ils sont souvent en première ligne. Pourquoi ont-ils occupé fréquemment les places les plus exposées? Des places dans lesquelles ils en prennent plein la figure?

invisible2.jpgPeut-on le comprendre comme un désir d’occuper les places de pouvoir? Je ne le pense pas. Les guerriers n’ont guère d’autre pouvoir que celui d’obéir, même les héros. Dans le catholicisme les prêtres sacrifient vie personnelle, famille et accumulation de biens au profit de leur vocation. Jésus crucifié atteint une forte exposition, mais sans aucun pouvoir. La visibilité est une charge autant ou plus qu’un privilège: au théâtre, celui qui déclame est plus menacé - de critiques acerbes ou d’admiration déraisonnable - que celui qui applaudit.

Est-ce une compensation au fait qu’ils ne disposent pas d’une fonction aussi évidente que les femmes, chez qui la maternité est un apport visible indiscutable à la force d’un groupe? Dans la comparaison naturelle entre les individus, les groupes, les sexes, le fait de porter le petit dans son ventre et de risquer sa vie conférait aux femmes une puissance avec laquelle je ne suis pas sûr que les hommes pouvaient rivaliser. Et puis on savait d’emblée qui était mère. Mais qui était père? Son apport était invisible, sorti de ses entrailles pour être immédiatement caché dans les entrailles de la femme.

La visibilité est-elle pour les hommes une manière de séduire les femelles, de faire leur parade, de se montrer fort en assumant ce qui l’accompagne: la critique, l’adversité, et parfois les honneurs?

Est-ce aussi, comme me l’a suggéré une amie, pour attirer le danger vers eux et le détourner de leurs petits? Le mâle visible est la cible des prédateurs. Pendant qu’ils le poursuivent les petits sont épargnés.

Pourquoi les femmes ont-elles été moins visibles? La répartition des rôles et des tâches ne les mettaient pas en première ligne. Sauf bien sûr pour la maternité. Une analyse trop rapide et actuelle pourrait prétendre que les femmes étaient exclues de la vie sociale. Mais elles n’en étaient pas exclues: étaient présentes à la naissance pour accompagner l’accouchement d’une autre femme, à la mort pour préparer les corps, au mariage, étaient chamanes, elles soignaient les blessés, pressaient le raisin, vendaient sur les marchés, produisaient de l’artisanat, tenaient des auberges, géraient l'argent du ménage, travaillaient aux champs, avaient le pouvoir sur le privé, etc.

Dans le christianisme la fonction de mère a été très visible. Et paradoxalement c’est l’homme, soit Joseph, qui est peu visible. Il ne serait même pas le père biologique. Ce mythe qui valorise la mère valorise également une parentalité moins liée au biologique. Mais au détriment de la visibilité et de la place de l’homme.

On peut poser la question de la visibilité autrement: pourquoi l’Histoire ne parle-t-elle presque que de quelques dirigeants, rois et reines, personnages visibles, alors que ceux et celle qui font la vie réelle n’ont droit en général qu’à une courte mention, pourvu qu’ils aient été des héros surhumains ou des meurtriers sordides?

Ravaillac a tué le roi Henri IV. Grâce à ce fait il est passé dans l’histoire. Quelle visibilité! Mais que sait-on de sa vie? Rien, ou presque.

Visible ou invisible est une autre lecture des relations hommes-femmes, et des relations humaines en général puisque la ligne de séparation ne se superpose pas aussi mécaniquement aux sexes. Je ne fais ici que suggérer une piste qui devrait être ensuite approfondie. Entre autre en regard du fait que la visibilité n’est pas forcément un cadeau ou un privilège.

Catégories : Philosophie 15 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour homme libre.
    J' ai trouvé ceci de mon expérience spirituelle : la femme, quand elle est attirée par un homme, visualise en fait son rapport au sexe sur lui. Tout ça par manque de visibilité du sien...Ensuite, elle voit son pouvoir détenu par cet homme pour savoir le sien puisqu'elle porte ce curieux mystère de la vie à sentir grâce à lui... L' homme est le visuel de sa sexualité d' où sa dépendance quand il la complète de son pouvoir. J' ai l' impression alors que c' est la femme qui a le pouvoir de le donner puisqu'elle le cherche chez l'homme pour le matérialiser. Et l'homme dépend de ça. Ce qui fait l'échange à accepter entre eux pour pouvoir voir et sentir leur pouvoir d' unité.

  • Cristal,

    Votre piste est intéressante. Elle reprend la notion de visibilité en la situant au plus élémentaire de l'anatomie, mais un élémentaire qui est en même temps symbolique.

    L'érection d'un homme, donc son désir, son rapport au monde, est visible. Le désir de la femme passe pas d'autres canaux: gestuelle, posture, parole. Dans quelle mesure cette différence initiale a pu modeler d'autres comportements? Je pense en tous cas que la différence d'anatomie sexuelle implique une différence de symbolique (de culture) relationnelle.

  • Peut-être que le pouvoir sert de pudeur au visible pendant que la pudeur sert de pouvoir sur l' invisible et ceci dit quelque soit le sexe:)
    C' est l' Unité !
    Merci à vous.

  • Belle inversion, qui en une formule propose une méditation inattendue. Cette grille de lecture aurait le mérite entre autres de sortir de la compétition et de réconcilier.

    Merci de rebondir sur ce thème, dont je craignais qu'il soit trop abstrait ou trop peu explicite.

    PS: Je n'ai pas encore trouvé la forme pour le billet sur le partage de nos dominations. Mais l'idée reste active dans mon esprit.

  • Super ! Homme libre.
    Pour le billet sur le partage des dominations, d' abord je pense qu'elles s' expriment pour protéger nos caractères mais que par eux il est important de les connaître pour en faire une sorte d'A.D.N. qui modère les tempéraments.
    Et quand il est constitué elles font parti du corps de l' union à nourrir par les évènements qui
    l' entourent ( c' est le partage ) pour les reconnaître et les exprimer à nouveau mais cette fois-ci avec leurs évolutions fondées sur la création d' une continuité logique à faire avancer le futur vers la relation... Pour la surprendre encore et encore :)
    Une bonne base pour s' entendre... En liberté.

  • coucou Homme Libre,
    c'est ptre du à la maternité et l'humeur exécrable de la femme enceinte:
    "j'étois marri de cette dru là, j'étois bien mieux avant, câliné par ma bonne mère, je m'en allois occire quelques dragons, affaire bien moins facheux, que dieu vous gardoit et vous soulageoit ma mie".
    au bout d'un an, il revient: "comment???encore toute pleine, l'estoit pas de moi celui là,
    ah mon bon ami, vous voulutes que dieu me gardoit et me soulageoit"
    ;)))
    bizzzouxxx!!!

  • La visibilité masculine me fait penser au soleil (Apollon, la lumière qui pénètre et amène la vie) et la lune, qui est perçue comme féminine dans le domaine des langues méditerranéennes.
    Cela ne fait qu'abonder dans le sens de la belle idée de Cristal Gagnante.

    L'historiographie s'est longtemps cantonnée à relater les haut-faits des grands de ce monde, rois, reines, guerres et conquêtes. C'était moins compliqué, car il existait des documents écrits, des tableaux et toute une tradition orale. En revanche, pour comprendre la vie des gens modestes, il faut creuser davantage, étudier des cendres trouvées dans de vieux âtres, comprendre des objets aux usages perdus, grappiller des indices oubliés par des historiens qui s'en sont désintéressés. Je crois que de nos jours, on fait de belles découvertes. (Je suis accro de documentaires d'arte...)

  • Je viens de lire certains commentaires, attention aux gamines de moins de quinze ans!

    Il y a quelques années je me serai fait passer pour dieu!

  • La façon de voir les choses telle que vous l'exprimez, Cristal et Calendula, donne aux différences (qu'elles soient biologiques ou culturelles) la valeur de révélation. Femme et homme se révèlent mutuellement, leurs attributs différents servent une même humanité.

    Le paradigme proposé est bien au-delà des guerres de genres et de la notion de domination. Ce paradigme donne un sens où chacun peut trouver une place respectée. Même le pouvoir peut y être inclus avec intelligence s'il sert à la réalisation de chacun-e. Peut, ou pourrait, car il y a une distance entre voir la sagesse et l'incarner.

    Les combats ne sont pas terminés pour autant. S'ils reposent sur un ressenti et une perception juste ils doivent être menés. Mais cette perspective au-delà de la guerre des sexes est aussi ma finalité. C'est au fond ce qui me nourrit et me motive.


    Pour ce qui est de la découverte de la vie réelle des gens du passé, oui Calendula il y a de nombreuses découvertes qui lèvent les voiles. C'est important pour comprendre d'où nous venons.

  • Tiens j'ai une histoire d'eufs de pâques pour cristaline,

    Un mec rentre chez lui tard le soir.
    Sa femme demande : D'où tu viens ?
    Il répond : Je viens de me faire tatouer.
    Sa femme : Un tatouage ?! Quel con ! (hurle-t-elle)
    Lui : Je me suis fais tatoué un billet de 500 euros sur le pénis.
    Sa femme : Pourquoi une connerie pareille ?
    Lui : Pour 3 raison. La première parce que j'aime voir mon argent grossir, la seconde parce que j'aime joué avec mon argent, & la troisième parce que comme ça, tu pourras me pomper 500 euros quand tu voudras !!

  • Pardon John, c'est une histoire ôtée sur un blog de curé...je ne recommencerai plus!Hummm..

  • Tu es en forme Pierre! :-))) Mais, hé, ce n'est pas un blog de curé ici... Raaahhhhh.... Au fait si j'étais un curé avec autant de question, je ne ferais pas venir les gens dans mon église! Je ferais mieux d'être philosophe grec.

  • Grec ? Ah non pas toi!!! Bises...

  • Si, par exemple Diogène. Il avait prévu la crise, il habitait dans un tonneau.

  • Je viendrai te rendre visite ! J'amène la jarre et le désert!

    A+

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