Suicide d’Amina Al Filali: la contrainte présuppose la liberté

Amina avait 16 ans. Elle avait été violée. La loi de son pays, le Maroc, l’avait obligée à épouser son violeur. Elle ne le voulait pas. Elle s’est suicidée le 9 mars en ingérant de la mort au rat.

Amina-Filali.jpgLa loi marocaine oblige la victime à épouser son violeur qui évite ainsi la prison. Notre indignation est légitime mais il faut d’abord comprendre les raisons de cette loi.

Dans un pays, dans une culture où la virginité a une valeur extrême, la perte de cette virginité n’est envisageable qu’avec le mariage. Je ne dis pas que la virginité doive être une valeur aussi extrême. Mais ici c’est le cas. Et dans ce cas une femme qui n’est plus vierge sans être mariée ne trouvera pas de mari. Et dans un pays où la famille est aussi importante, ne pas être mariée est un déclassement social.

Donc si une femme vierge est violée, elle ne trouvera plus de mari. Paradoxalement le fait qu’elle épouse son violeur la protège partiellement de la déclassification sociale. Seul l’agresseur peut l’épouser. C’est d’ailleurs une contrainte voire une sanction pour lui car il ne l’aime pas forcément, elle ne lui plait peut-être pas, les familles ne sont peut-être pas compatibles, et il restera toujours avec ce rappel permanent de sa faute. Il s’engage en l’épousant à prendre soin d’elle et à lui donner une reconnaissance. Difficile à comprendre pour nous européens.

Mais il y a un autre principe de justice supérieur à celui-ci: la contrainte est un crime. Or le viol, comme le meurtre ou toute forme d’agression est une contrainte. La société reconnaît à l’individu le droit à sa libre détermination puisqu’elle lui reconnaît un statut de victime en cas de contrainte. Si l’individu n’était pas libre par principe, il ne pourrait être contraint.

On ne peut contraindre qu’une personne initialement considérée comme libre.

Or en exposant la victime à son agresseur, en la forçant à vivre avec lui, la loi la replace en condition d’être à nouveau victime malgré l’intention de la protéger d’une déclassification. La loi elle-même devient complice du crime. La contrainte se perpétue.

Le dilemme est qu’il faut soit condamner l’agresseur et changer la loi, laissant la liberté à la victime en sachant qu’elle sera déclassée socialement et ne trouvera plus de mari dans son pays; soit maintenir la loi pour éviter son déclassement au risque de prolonger et justifier le crime de contrainte.

La Ligue démocratique pour les droits de la femme a appelé à un sit-in. Toutefois je doute que ce soit la bonne voie. Parler des droits de la femme est commencer comme le féminisme nord-américain. Cela conduira à des décennies de guerres des sexes. Or la question n’est pas spécifique aux femmes. Il s’agit de droits de l’Homme.

Je m’explique. Si le violeur est obligé d’épouser sa victime pour remplacer la prison c’est que la femme est considérée comme disposant de son libre arbitre, puisqu’elle peut être contrainte. C’est là la faille du système, faille qui peut être utilisée. Les femmes doivent utiliser cette reconnaissance juridique qui fait que et l’homme et la femme peuvent être victimes de contraintes, donc sont supposés disposer de leur libre arbitre. Femme ou homme, personne ne doit être contraint.

Si les marocaines comprennent qu’il s’agit d’une question de société et non seulement d’une question de genre elles se placeront d’emblée dans une posture forte. Elles devront défendre ce principe devant des tribunaux. L’obligation d’épouser son agresseur doit être contestée au nom même de la loi qui reconnaît la contrainte, donc qui reconnaît le libre arbitre. Si elles en font une question de genre elles devront passer par la victimisation. Or la victimisation, on sait quand on y entre et quel bénéficie immédiat on en tire, mais on ne sait ni quand ni comment on en sort. A mon avis, on n’en sort pas indemne.

 

Image 2M Monde

 

Catégories : Liberté 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Beaucoup de non vérité. D'abord aucune loi marocaine n'oblige une fille violée à épouser son violeur. Elle a subi une pression familiale mais elle n'est pas obligée. Ensuite utiliser le futur pour indiquer qu'une marocaine non vierge ne se mariera pas. C'est du grand n'importe quoi. elles sont des milliers à coucher avant le mariage et se marier ensuite. Maintenant pourquoi personne n'envisage que la jeune fille n'ait pas été tuée par sa belle famille. Hypothèse plus que plausible. Meurtre transformé en suicide pour se débarrasser d'une personne qui n'intéressait personne. chacun semble cyniquement y trouver un intérêt à ce suicide, les 2 familles, celle de la violée et du violeur mais ça semble bien arranger les intérêts des organisations féministes qui sautant sur l'occasion souhaitent modifier la loi pour soustraire les filles aux pressions de la famille.
    Saura t-on un jour la vérité. Mystère.

  • N'IMPORTE QUOI. Allez donc sur les sites marocains pour voir le nombre de discussions des filles autour de l'hymenoplastie et autres techniques de réparation de l'hymen qui est une pratique courante là bas. Après un viol, il suffit d'y recourir pour trouver un mari et vivre tranquille. Ils veulent la virginité, ils l'ont. Car ils sont ignorants et imbéciles.

  • L'affirmation totalement fantaisiste que "la loi marocaine oblige la victime à épouser son violeur" ne donne pas envie de lire le rste de ce billet!

    A partir ce cette contre-vérité, on peut dire n'importe quoi et je n'ai pas l'espirt ce matin à lire n'importe quoi!

  • D'après les commentaires, il semble que cela ne soit pas très clair; en l'occurrence voici ce que l'on trouve sur afrik.com :

    "Tout pour éviter la « hchouma »

    Ce genre d’arrangement est prévu par la loi marocaine. L’article 475 du code pénal [1] permet à un violeur d’épouser sa victime. Cette alternative a été acceptée par la famille de la victime pour éviter la « hchouma » (la honte, ndlr). Ce mariage devait permettre de « sauver l’honneur » de la famille et éviter que l’agresseur ne doivent accomplir ses cinq ans (maximum) de prison. Perdre sa virginité avant le mariage est considéré comme grave, quel qu’en soit la raison. La Tunisie et l’Algérie ont des dispositions similaires en cas de viol."

  • Ce billet part d'une contre-vérité flagrante : écrire que la loi marocaine "oblige la victime à épouser son violeur" est un MONUMENTAL mensonge ou alors cela procède d'une MECONNAISSANCE totale des textes en question.

    Mais comme toujours, quand on parle d'une réalité sociale et que l'on se trouv e à des milliers de kilomètres, le point de vue n'est pas le même!


    Dans ce cas, l'honnêteté morale et intellectuelle impose une vérification préalable de ce que l'on avance : particper au buzz n'est pas très intelligent, monsieur l'homme libre!

  • C'est une écriture exceptionnelle et je suis d'accord avec ce qui était écrit ici.

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