Si ce n’est toi (3): le bovarysme de la femme bourgeoise

Pourquoi développer un discours critique sur le féminisme radical alors que de nombreux éléments semblent lui donner raison? La mise en dépendance des femmes par Napoléon 1er était bien réelle. L’homme chef de famille, la femme ne pouvant travailler qu’avec l’accord de son mari, c’était la loi.

bovary.jpgLe bovarysme de la femme bourgeoise

Les premières femmes qui ont conduit des voitures ont dû vaincre des préjugés. Elles n’ont eu le droit de vote que vers le milieu du XXe siècle (mais les hommes environ 50 ans plus tôt seulement, on l'oublie souvent). Alors le féminisme ne serait-il pas justifié?

Il faut préciser que la période généralement citée en référence est le XIXe siècle. Dès la Renaissance le statut de la femme a été dénigré. Etait-ce la conséquence d’une forte militarisation du monde médiéval, où la prédominance du masculin guerrier s’est affirmée, au détriment du féminin? Il y a comme un cycle, une balance entre le féminin et le masculin. Si le XVIIe siècle a vu un retour en force du féminin par le libertinage assumé, une certaine liberté sexuelle des femmes comme des hommes, une féminisation des hommes (perruques, poudre, mode vestimentaire), le XVIIIe et surtout le XIXe siècle ont produit une culture dévalorisante pour les femmes.

Pas toutes les femmes cependant: essentiellement celles de la bourgeoisie. Car dans les campagnes les paysannes restaient des femmes puissantes, gérant l’argent du ménage et oeuvrant à l’exploitation familiale. Vincent Rautureau a décrit la vie des femmes au XVIIIe siècle dans la petite ville de Châteaubriant en Loire-Atlantique, à partir de documents judiciaires qui racontent la vie des gens.

On sait que sous le code Napoléon, « Le mari administre les biens du ménage, mais aussi les biens propres de sa femme. Mais les faits sont plus nuancés : un menuisier déclare aux juges de Châteaubriant qu’il a refusé de vendre un chaudron parce que c’était sa femme qui en aurait hérité et qu’elle luy eut chanté pouille. Perrine Gueslard, dite « La belle Marion », épouse d’un fendeur de Châteaubriant, se vante auprès d’une cabaretière que « son mari la battoit quelques fois, mais qu’elle étoit toujours la maîtresse, parce qu’elle gagnoit plus que lui ». La Belle Marion, qui pratiquait le faux-saunage, persiste devant les juges en déclarant qu’elle lui en cachait une partie car il aimait boire. Ainsi, même s’il y a des rapports violents entre époux, la domination dans un couple n’est pas forcément physique, elle peut être économique et à l’avantage de l’épouse, commente Vincent Rautureau.


Ainsi le modèle de femme contre lequel le féminisme s’est battu est bien plus celui de la femme bourgeoise, dont le bovarysme a été généralisé abusivement à toutes les femmes: le mari ne s'occupe pas assez d'elles, elles ne sont pas écoutées, ne servent à rien et n’ont aucun pouvoir. Au mieux elles sont représentatives de la richesse du mari. Cela c’était le petit pourcentage de femmes de la classe bourgeoise dominante.

Mais si ce modèle de femme est minoritaire, à quoi peut alors servir la généralisation du concept de domination masculine et l'extension à toutes les femmes de la stratégie de victimisation?

18e.jpg

La domination masculine: un stéréotype et un cheval de Troie

Le stéréotype de la domination masculine est construit sur le mythe de femmes silencieuses, soumises au chef de famille, servantes de l'homme, incapables de tenir tête, ne gérant rien mais attendant la décision de l’homme, exclues de la vie. Généralisation abusive. Le concept de chef de famille correspondait à un mode de vie où il n’y avait qu’un seul représentant de clan ou de groupe social. C’est ce même modèle qui a fait de Lénine, pur produit de la classe bourgeoise, le chef unique d’une révolution détournée. Ce système familial supposait des devoirs. Dans les campagnes, et en partie dans la bourgeoisie, les hommes n’agissaient pas pour la seule satisfaction de leur ego ou de leur désirs personnels. Certains, oui. Combien? La fonction de chef de famille, qui représentait juridiquement la communauté familiale, impliquait des obligations vis-à-vis de l’épouse et des enfants, ainsi qu’une capacité d’écoute et de décision tenant compte de l’ensemble des besoins et désirs. D'ailleurs les femmes tenant en majorité les cordons de la bourse, l'homme ne pouvait tout décider tout seul. Interpréter cette fonction comme une domination et une rélégation des femmes est abusif. Aussi abusif que de dire que la maison, la cuisine et les enfants étaient les lieux d'un esclavage assigné aux femmes par les hommes en général. Toujours selon Rautureau:

« De même les épouses d’artisans ont une part active et parfois même l’initiative, dans les querelles concurrentielles et dans le choix des compagnons. Des paysannes ont aussi leur mot à dire, quant à la gestion des biens et du pécule de l’exploitation. L’épouse d’un laboureur sait exactement la somme d’argent que son mari a empotée avec lui au marché. Les femmes sont chargées d’acheter les victuailles, les vêtements et la volaille au marché de Châteaubriant.

Il existe une répartition des espaces et des tâches selon les sexes : la maison est le domaine des femmes, le dehors celui des hommes. Les femmes détiennent dans leurs poches les clefs des coffres et des marchepieds. Elles préparent les repas et parfois les portent aux champs pour les travailleurs. Sans elles. les hommes seraient littéralement perdus au foyer.

Le mari étant souvent à l’extérieur, l’épouse accueille les visiteurs et sauvegarde la maison. A sa porte. elle coud, elle répond aux questions des étrangers ou des voisins et parfois leur donne à boire. C’est très souvent elle qui prend seule la décision d’offrir le gîte et le couvert aux vagabonds. Plusieurs fois, nous assistons à la même scène. Le soir, le mari rentre chez lui et découvre un vagabond à sa table, une famille errante dans sa grange ou un blessé dans un lit. que son épouse a décidé d’héberger par charité.


Le domaine de l’épouse s’étend aux alentours de sa maison. C’est pourquoi elle a une part très active dans les querelles de voisinage. Le lavoir est un espace spécifiquement féminin. où les femmes bavardent. médisent et parfois se battent. Au bourg de Juigné, l’épouse d’un laboureur reproche à ses voisins leur mauvaise utilisation de son four à pain. en présence du mari passif. Les femmes sont aussi les protagonistes des querelles autour des puits et fontaines. »


cheval-de-troie.jpgVoilà qui rétablit un peu la vérité historique. Mais pour éviter tout procès d’intention contre les hommes, et parce que les femmes ont eu envie de changer l’ancienne organisation sociale, il était souhaitable que cette notion juridique du chef de famille soit abandonnée dans la perspective d'une organisation différente des rapports de couple. Il n’y a pas de défaite dans cet abandon.

Mais ce changement ne devrait pas s’appuyer sur une image déformée du passé ni sur une criminalisation des hommes et une déconstruction de la virilité. Si l’on regarde la société européenne on est loin de l’image du dominant-patron-bourreau-violent avec laquelle la Féminista contamine les esprit. Cette image est un cheval de Troie dont on se sert pour marxiser la société. Pierre Bourdieu, théoricien de la domination masculine, était sociologue et marxisant (peut-être est-ce un pléonasme). Il a collé sur le couple l'idéologie marxiste. Puis l’économie consumériste a modifié les rôles et l’organisation de la société (les féministes doivent beaucoup au libéralisme économique et politique). Mais l’égalitarisme forcené est une attaque contre le libéralisme, contre la différence, et au final contre les hommes accusés en permanence d’être les oppresseurs universels. Déconstruire le masculin c’est lutter contre le patron et déconstruire le pouvoir. On assiste à un coup d’Etat marxiste à froid. Malheureusement la virulence de la Féminista ne propose aucune réelle alternative comportementale. On y trouve la même violence que celle qui est dénoncée. Et la violence féminine, déjà cause de 30% à 50% de la violence conjugale, ne fait qu’augmenter.

Il ne s’agit pas ici ni d’en faire une généralité - la majorité des femmes ne sont pas actrices de cette violence - ni de nier la violence d’hommes - qui eux aussi sont dans leur majorité peu violents. Il s’agit de s’opposer à la généralisation d’un stéréotype générateur de violence morale et de paranoïa sociale et juridique.

Combien d'hommes se reconnaissent dans la description du dominant esclavagiste véhiculée par par la Féminista?


A suivre.


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A lire pour aller plus loin dans le débat:

FéministaCouv.jpg

Catégories : Féminisme, société 29 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour Homme Libre, fort intéressants ces extraits de la vie quotidienne (petite coquille, certains extraits sont répétés dans les 2 paragraphes), j'attends la suite...bon weekend à vous.

  • Bonjour Colette,

    Merci. J'ai corrigé.

    Oui très intéressant, surtout venant d'annales judiciaires où la vie est gens est détaillée dans les procès-verbaux.

    Je vais vous lire plus tard.

    Bonne journée.

  • Coucou Homme Libre,

    Tu sembles oublier que dans les principales religions, dont la religion chrétienne, la femme doit être soumise au mari.(Si, si, c'est dans la Bible)

    Les inégalités ne datent donc pas de Napoléon.

    Je serai intéressée de savoir s'il existe une seule culture de quelque importance dans laquelle les hommes sont soumis aux femmes.

    En connais-tu une?

    Bonne soirée!

    Ark

  • Pour info:
    Épître de saint Paul aux Éphésiens ; chap 5 , v 22 - 28

    Citation:
    Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur ;
    car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église, son corps, dont il est le Sauveur.
    Or, de même que l’Église est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses.

  • Pour info 2:
    La femme romaine est traditionnellement, c'est-à-dire selon la religion romaine, sous la dépendance de son père (pater familias), puis de son mari. À Rome, on ne conservait en général que la fille aînée. La mention de deux filles dans une famille romaine est exceptionnelle. « Tous les juristes ont relevé ce qu’on appelle la disparition forcée des cadettes1». Le phénomène existait aussi chez les garçons chétifs ou victimes d’une malformation. Alors que les garçons reçoivent un prénom, ce qui est une marque d’individualité, les filles ne conservent que celui du père. Ce n’est qu’à la fin du IVe siècle que le droit de vie et mort sur ses enfants est retiré au pater familias.

  • Je ne sais pas ce qui est des autres religions mais de ce qu'en dit la religion musulmane :
    « Et comportez-vous de manière convenable envers elles … » (Coran 4:19)

    « Les meilleurs parmi les croyants sont ceux qui ont le meilleur tempérament. Et les meilleurs d’entre vous sont les meilleurs envers leurs femmes. » At-Tirmidhi
    « Un croyant ne devrait pas détester une croyante. S’il n’aime pas un aspect de son caractère, certains autres devraient lui plaire. » Sahih Mouslim

    Un des compagnons demanda au prophète de Dieu : « Quel est le droit de la femme sur l’homme? » Il dit : « Que tu la nourrisses quand tu manges et que tu l’habilles quand tu te vêtis, et que tu ne la frappes jamais au visage. Ne dis pas du mal d’elle et ne t’éloigne pas d’elle, excepté dans la maison. »Abou Daoud

    http://www.islamreligion.com/fr/articles/27/

  • arkencielle je pense que vous ne comprenez pas non seulement le billet de monsieur John mais également des religions .
    "Je serai intéressée de savoir s'il existe une seule culture de quelque importance dans laquelle les hommes sont soumis aux femmes."

    Certaines cultures religieuses soumettent la femme, mais pas toute.
    Demandez aux athées s'ils veulent tous être soumis à leurs moitiés. Les hommes sont aussi libres que vous cessez de ne voir que vos intérêts (féministes)...

  • "Les premières femmes qui ont conduit des voitures ont dû vaincre des préjugés"

    Quand on voit que maintenant ce sont parfois les femmes qui conduisent la famille (homme compris).
    Je me demande si on respecte loyalement l'égalité lorsque l'un ou l'autre doit prendre le volant.
    Ah j'oubliais, beaucoup de femmes conduisent nerveusement comme certains de leurs alter egos masculins, il serait intéressant de dresser le profil des mauvais conducteurs d'un point de vue civilisé.
    Comme quoi ce sont plus que des préjugés qui ont été chamboulé

  • C'est quoi "une déconstruction de la virilité" siouplaît? Qu'on sache si nous sommes déconstruie.
    D'avance merci pour votre réponse.
    Anxiogène ce billet, quelle menace plane, debleu! La vache de Troie n'a pas fini d'être traite!

  • @muzzman,Pourquoi le coran, ou le prophète, bre dis "que tu ne la frappes jamais au visage", avec le voile ou la burqa, c'est égal qu'il reste des traces, même de pieds, non? Alors quelle différence entre frappé le visage ou frappé le corps, nous vous posons la question, car nous sommes en train de songer à nous convertir à une religion aussi permissive.
    D'avance merci pour votre réponse.
    Anxiogènes quelques commentaires sur ce billet! Le cheval de Troie est dans la cour.

  • @Kasilar, VOus avez raison. Le proverbe dit: "la femme au volant, la mort au tournant" et un autre ajoute "la femme au guidon, la mort du piéton", conclusion il vaut mieux qu'elle sortent juste pour les courses et rentre à la uisine, et encore...
    Anxiogène ce blog! Le cheval de Troie est à la table de la cuisine.

  • Hommelibre, vous avez raison! il ne faut pas généraliser, un colonel suffit pour tout arranger, avec quelques blindés etc.!
    Anxiogène ce billet. Le Mildiou marxisant est dans les trois chevaux de Troie, qui sont partout creusant comme des rats, rongeants comme des taupes.
    Côté tranquillisants, après nous avoir fait flippés comme ça, vous pouvez nous faire une ordonnance?
    D'avance merci pour vos réponses toujours si éclairantes comme l'éclair sans tonnerre.
    Avec nos remerciements, vous en faites des tonnes pour une cause qui habite, certes mais qui ne nous fais pas moines.

  • les bourgoises étaient elles si malheureuses que ça !!

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bon_March%C3%A9

    elles pouvaient même casser leurs maris dans les bibiotéques des grans magasins pendant quelles passaient leurs journées à faire des emplettes

    " un salon de lecture pour leurs maris le temps qu'elles fassent leurs emplettes"

    étonnant non pour des femmes soumises.

  • http://television.telerama.fr/television/au-bonheur-des-dames-ou-les-origines-du-shopping,74412.php

    pas trop désagréable la vie des bourgoises, c'est plus facile de dépenser de l'argent que d'inventer de briller dans les arts, les artistes et inventeurs onts rarement eu toutes les facilités quelles avaient elles.

    http://8mars-online.fr/les-suffragettes-1903-1918

    ce genre d'actions d'éclat est quand même étonnant de la part de femmes soit-disant soumises et à la botte du mari.

  • @ Ark:

    Sur la question de la soumission de la femme et de la bible mon développement est long et je pense qu'il peut s'intégrer dans ma mini série sur la domination masculine. Je viens donc de le publier sous forme d'un nouveau billet.

    En ce qui concerne Rome, c'était une société très militaire et misogyne. La femme n'avait pas la reconnaissance qu'elle avait à la même époque par exemple chez les Celtes.

    En ce qui concerne le fait de supprimer des nouveaux-né, il y a eu d'autres époques, antérieures, au Moyen-Orient, où c'était le garçon premier-né mâle qui était tué.

    Sur les enfants on a aussi la domination maternelle par exemple dans l'excision.

    La question est que les sociétés du passé et l'histoire des relations hommes-femmes sont plus nuancées et complexes que ce que le simple stéréotype de la domination masculine laisse entendre.

  • Ark, oublié de dire à propos de Rome: malgré la misogynie ambiante, les femmes disposaient d'une grande liberté de moeurs: divorcer, prendre un amant, cela faisait partie du mode de vie. C'est une étonnante contradiction. Comme quoi la lecture du passé ne peut être à sens unique.

  • A propos de cette pauvre Madame Bovary, peinte de façon bien maladroite sur l'illustration ci-dessus, qui lui donne un air effectivement assez débile.
    L'une des phrases d'auteur qui a fait couler de plus d'encre dans l'histoire et la critique littéraire est celle de Gustave Flaubert, affirmant : "Emma Bovary, c'est moi."
    L'histoire emblématique de cette femme n'est ni une biographie, ni une auto-biographie, ni le résultat d'une enquête sociologique.
    Parce que c'est une oeuvre littéraire majeure, elle a marqué les esprits au-delà de la France. Je crois que c'est la bourgeoisie dans son ensemble qui y est dépeinte et de façon critique.
    Flaubert était aussi un facétieux et, il me semble qu'il mettait en scène toutes sortes de personnages centrés sur eux-mêmes, dont "Bouvard et Pécuchet", des hommes encyclopédistes.
    La capacité de transcender leur statut social ou leur vision masculine du monde représente, à mes yeux, la grande force des romanciers européens du XIXème ( et je parle bien au masculin). L'immense succès de ces auteurs est là pour attester d'une certaine universalité de leur message.
    Décrire le monde à travers les yeux d'une femme d'une façon crédible, alors que l'on ne l'est pas soi-même, voilà un tour de force.
    Se mettre à la place de l'autre demande une grande capacité d'ouverture et de se décentrer sans avoir peur de s'y perdre.
    Je ne connais pas beaucoup de romans écrits par des femmes adoptant un statut narratif masculin, mais ça tient au fait que je ne lis pas assez. L'un m'a beaucoup plu : "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt. Je ne peux pas savoir si un homme peut trouver cette perspective crédible, si ça marche du point de vue littéraire. Il y a de toute façon tellement d'hommes différents que l'opinion d'un seul ne peut pas englober la totalité de la réalité.

  • "VOus avez raison. Le proverbe dit: "la femme au volant, la mort au tournant" et un autre ajoute "la femme au guidon, la mort du piéton", conclusion il vaut mieux qu'elle sortent juste pour les courses et rentre à la uisine, et encore.. "
    Bon pour répondre à ce second idiot qui n'a pas compris le sens de ma phrase à moins que je ne sois pas assez clair avec toi. Je parlais juste du fait de conduire : pourquoi une femme conduirait un homme et pas l'inverse ? Au nom d'un progressisme bidon ? C'est là où je voulais en venir, en couple il n'y a malheureusement pas d'égalité ce qui semble t'échapper. En tant qu'homme aspirant à la liberté, je ne souhaite certainement pas être conduit par ma femme et tant pis pour le politiquement correct des modernes dans ton genre.
    Ah part ça d'autres remarques inintelligentes?

  • Bonsoir Calendula,

    Oui c'est une peinture de étonnante. Je ne sais pas si à l'inverse beaucoup de femmes ont narré dans la peau d'un homme. Exercice de toutes façons difficile. Je vais m'y coller dans quelques temps, si je trouve le ton juste. C'est assez intimidant d'imaginer écrire dans la peau d'une femme. Comment va-t-elle ressentir les choses, et des dire? Je l'ai déjà fait mais seulement dans un chapitre d'un roman encore en retouches. Un chapitre ce n'est pas très long.

    Madame Bovary est certainement la peinture d'une société. Mais le thème et le discours sur la femme délaissée a continué pendant une bonne partie du 20e siècle, en particulier après les années 60.

  • @hommelibre: Vous pensez donc écrire à la première personne ?
    Beaucoup d'écrivains disent que leurs personnages ont, en quelque sorte, leur vie propre et que souvent, ils ne savent pas à l'avance,ce que le personnage va dire ou faire. Ce genre d'affirmation est assez fréquent et il pourrait donc recouvrir une réalité créative. Dans ce cas idéal, le personnage s'impose, il dicte presque son être.
    Certains auteurs ont su trouver la petite musique d'un narrateur bien distinct: soit de l'autre sexe, d'un autre âge, soit d'une autre époque, d'une autre culture. Je pense à JD Salinger et son incroyable ado, dans "L'attrape-coeurs" ou bien à "La jeune fille à la perle" de Tracy Chevallier.
    Le lecteur est amené à voir le monde à travers leurs yeux, et, en même temps, avec une grande subtilité, il perçoit la complexité de la réalité qui entoure ce narrateur candide.
    Je crois que c'est cela, la distanciation.
    Pour en revenir au sujet principal de votre billet: il me semble que les rapports de domination sont d'abord liés aux rapports sociaux ( une femme peut être patronne ou employée, comme un homme), mais aussi question de caractère. Pourquoi choisit-on un partenaire autoritaire ou peu affirmé ? Pourquoi s'oblige-t-on à rester ensemble, s'il y a grande mésentente ? Est-ce par dépendance économique ou affective ? Là, je parle de nos conditions européennes, car il est bien clair que des femmes se trouvent dans des situations autrement difficiles, même actuellement. Sur d'autres continents,ces questions se posent tout autrement. Dans ces cas, pas de bovarysme possible !

  • La première personne sera autre. Ce ne sera pas moi. Mais le personnage, une femme, sera actrice et narratrice. C'est une forme que je trouve intéressante pour la notion d'intimité qu'elle comporte. Hé! Vous parlez de distanciation, je parle de proximité! :-) Je trouve parfois ma distance en traversant l'intimité.

    Les personnages gardent une autonomie. Même le narrateur. Je vivais ainsi l'écriture de mon roman Le diable en été. J'ai commencé par une rencontre et un climat. Je savais peu de choses d'eux, et surtout de leur interaction. J'ai senti au fur et à mesure leur propre mouvement qui parfois s'imposait ou me surprenait. J'ai su à un moment où j'allais mais je ne savais pas comment. J'ai bien senti qu'ils avaient leur vie propre. A un moment où ils sont bien constitués je ne peux plus leur faire dire ce qu'ils ne veulent pas dire. Cela vient en fait très vite, dès le début de l'histoire, car ils sont eux-mêmes du début à la fin. Pour le narrateur ou la narratrice c'est intéressant car je ne sais pas ce que je vais rencontrer dans son "Je".


    Sur le sujet de mon billet, je pense que les situations sont en effet différentes selon les régions du monde et les époques. Cependant nous analysons les autres avec des critères qui ne sont pas les leurs. Je pense par exemple aux femmes en burqa. Plus j'y pense et plus je pense que nous décidons de ce qui est bon ou non pour elles, nous autorisant une intrusion dans leur mode de vie qu'elles ne demandent pas forcément.

    Ce vers quoi j'avance est difficile car je crois qu'il faudrait repenser tous nos préjugés sur le passé et redéfinir nos critères. Et admettre d'abord que nous n'y étions pas. Quels sont les éléments pour apprécier ce passé dans le vécu des gens? La littérature, pour une partie d'entre eux. Les annales judiciaires: j'ai trouvé cette piste vraiment utile. Les textes de loi? partiellement représentatif, car ils peuvent être décalés d'avec la réalité. Il ne faudrait plus faire aucune généralité, et au final parler de soi.

    La lecture de l'Histoire sous forme de rapports de domination est une approche qu'il faudrait nuancer. La domination que nous refusons est la contrainte: la contrainte physique ou l'empêchement de faire ce que nous souhaitons. La liberté s'est toujours négociée. La forme sociale de la répartition des rôles contient en elle-même une négociation. Les deux parties d'un couple avaient des devoirs et des attentes légitimes, de tout temps. Cela signifie-t-il contrainte? Pas forcément à mes yeux. Si l'on juge tout à l'aune de l'extrême liberté que nous avons le passé est forcément cauchemardesque. Mais notre regard est déformé. Etrangeté des choses: nous alimentons le présent, la liberté, par un regard sur le passé qui ne fait que réalimenter le présent par comparaison. Il y a un système fermé par là. Mais en fait nous ne savons plus si nous sommes encore ancrés dans un fil logique.

    Pour ce qui est des relations de domination, je pense plus à l'importance du caractère. Un roi sans caractère fort ne gouverne personne.

    Bonne nuit!

  • "Pourquoi choisit-on un partenaire autoritaire ou peu affirmé ? "

    Question d'histoire personnelle.
    Mon compagnon a grandi dans une famille ou il est adulé par les femmes.Je l'ai séduit malgré moi lors de notre première rencontre en l'envoyant balader.
    Il y a vu la perspective d'une vraie partenaire, l'occasion de batailler enfin face à une résistance et de mettre en action son désir naturel de conquête.
    ça l'a rendu incisif et ça m'arrange, ça me change de mon père qui nous passait tout et n'importe quoi tellement il culpabilisait de ne pas être assez à la maison.
    Normal, concertiste en tournée mondiale, il n'allait pas non plus distribuer des fessées à tout le monde en rentrant, c'est Maman, plus présente qui punissait au quotidien, ce qu'elle lui reprochait en l'accusant d'avoir le beau rôle avec tous ses paquets cadeaux pour nous au retour....:-)))

  • A sa décharge, on lui a fait la vie dure....mais dure...
    D'autant plus dure qu'on se jetait dans les bras de notre père lorsqu'il rentrait après des mois.
    Mais peut on y voir quelque chose de sexiste?
    Papa présent au quotidien et Maman débarquant au gré de ses tournées les bras chargés de cadeaux aurait il eu exactement le même effet ?

  • @Patricia

    Certaines personnalités telles que Madame Badinter décrivent les familles où le père était ou est souvent absent de chez lui. Même que c'est à cause de ces gens là que le féminisme arrive à se justifier dans les thérapies de couple.

  • "Plus j'y pense et plus je pense que nous décidons de ce qui est bon ou non pour elles, nous autorisant une intrusion dans leur mode de vie qu'elles ne demandent pas forcément. "

    Oui mais nous sommes tout de même dans un pays occidental, d'ailleurs la burka n'est pas un vêtement religieux. Nous devons quand même voir le visage de la personne. Dieu ne va pas frapper de la foudre une femme qui montre son visage. Un visage n'a rien de sensuel, je ne vois pas pourquoi la femme le cacherait. Donc la burka je suis contre, car si demain des femmes souhaitent se balader en bikini il n' y aurait donc aucune raison que les lois s'y opposent ? L'indécence est tant dans la légèreté morale que dans l'excès selon moi.
    Ce que je trouve idiot ce sont ces bobos à la sauce gauchiste qui autoriseront tant la burka que la tenue la plus indécente. Comme quoi ces gens là ne comprendront jamais que le pays reste un patrimoine avec ses traditions et ses charmes. Nous n'avons pas à ressembler à l'Afghanistan ou aux Etats-Unis.

  • "Cela signifie-t-il contrainte? Pas forcément à mes yeux. Si l'on juge tout à l'aune de l'extrême liberté que nous avons le passé est forcément cauchemardesque."

    On ne le répétera jamais assez, le libéralisme est un intégrisme. Nous le constatons à travers les critiques des religions de personnes qui n'ont jamais lu un livre religieux quelconque, ni même prié une fois dans leur vie. Je pense que certains critiquent l'intégrisme religieux, mais chacun devrait balayer devant sa porte. Je ne porte pas plus de jugement sur les choix de libertés ou d'absence de libertés, j'ose espérer que les gens comprendront celà un jour

  • Dans la religion chrétienne il est précisemment écrit que la femme est soumise à l'homme et que l'homme doit honorer sa femme. Et si j'ai bien compris c'est un peu la même dans le Coran. C'est pour cela qu'aucune violence quelconque ne doit être faite que ce soit par l'homme ou par la femme. ET c'est aussi pour ça que je si un violence doit être jugés doit être non seulement pour les femmes mais aussi pour les hommes. Si on réfléchis bien, les limites des droits des êtres dans les lois sont un peu écrite grâces aux religions. (pourtant l'état se dit indépendant de l'église depuis 1905, j'avouerais que je ne comprend pas très bien leur façon de se distinguer sur ce point).
    Pour ce qui est de la burqa, les gens auront beau s'indignés, nous sommes dans un pays laïque et les lois font justement qu'aucun signe religieux ne doit être distingué. Je suis plutot d'accord avec kalisar, montrer son visage n'est pas crime, ou alors dans ce cas, autant que les femmes n'aient pas de visages. Si on regarde encore d'autres croyance, on peut voir que selon certaines croyance que les cheveux longs seraient un remplacement du voile, sinon je ne vois rien de spécial pour ce qui est de cacher son visage. Après cela reste un respect de croyance et honnetment pour ce qui est justement de respecter on ne peut pas vraiment être contre. Puisqu'on est libre d'avoir toute croyance.

  • @hommelibre : Proximité ou distance ? Par distanciation, je voulais dire " l'auteur se distancie de son propre point de vue". J'aurais dû dire " se décentrer", mais vu l'heure tardive, j'ai manqué de précision !

    @ Patricia : c'est justement à ce genre de situation que je pensais. Les couples sont très variés et les rôles parentaux sont assumés de façon assez libre de nos jours, dans nos pays, où les rôles sociaux ont bougé. Faudrait-il dire "évolué" ?

    Quant à la burqa, je suis assez d'accord avec kasilar. Chez nous, c'est juste inconcevable.
    Dans les pays qui la pratiquent depuis très longtemps, cela correspond à un tout, à une organisation sociale complexe et effectivement, il est difficile d'arriver avec nos certitudes et décréter : enlevez-moi tout ça et vite !
    La burqa commence à être adoptée/imposée dans des pays qui ne la connaissaient pas il y a 10 ans, paraît-il. Là encore, ce n'est pas à nous de réagir en colonisateurs. Les femmes et les hommes de ces pays-là ont la responsabilité entière de leurs choix.
    Le "besoin" de burqa, imposé par les hommes ou désiré par les femmes, signifie bien qu'il y a une difficulté à vivre à visage découvert, à notre époque.
    @ hommelibre, encore:
    Le regard pertinent que nous pouvons porter sur l'Histoire demande un sacré boulot. Il faut se documenter sans préjugés et être prêt à arriver à des conclusions inconfortables. Ou nuancées.
    En lisant (presque) tout ce qui s'est dit au sujet du clash récent impliquant un verre d'eau jeté en réponse à une attaque verbale plus ou moins loyale, j'ai réalisé combien nos jugements peuvent être émotionnels et
    que la lecture d'un événement dont on est quasiment témoin peut varier, selon les personnes, d'une interprétation massivement pro-Weiss à totalement pro-Stauffer, sur la base de faits avérés.
    L'interprétation de faits historiques sur un sujet aussi polémique que les rapports femmes-hommes sera, à mon humble avis, forcément un débat passionnel.

  • Pour lire une bonne littérature démontrant que l'homme a toujours été subjugué par la femme, il faut lire "L'homme subjugué" d'Esther Vilar, Édition Stock 1971. Serge (psychologue et théologien) Ainsi soit-elle.

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