26 février 2012

Si ce n’est toi c’est donc ton frère

Depuis quelques décennies on assiste en direct à la naissance d’un mythe. Un mythe aux conséquences ravageuses. Une théorie qui doit être abordée frontalement et demande une nouvelle analyse par rapport à celle, trop systématique et politisée, qu’en avait faite le sociologue Pierre Bourdieu: la supposée domination masculine. L’avenir des relations femmes-hommes, c’est-à-dire la collaboration ou la guerre des sexes, se joue en grande partie sur l’analyse que l’on fait de ce mythe.


couple5.jpgQuelques questions d’abord

Je suis toujours étonné de voir comment un mythe aussi fabriqué, dont les ressorts intellectuels sont relativement simples à démonter, n'est pas plus questionné. Et je suis très surpris quand j'entends des hommes prendre sur eux les péchés du monde et revendiquer la crucifixion au nom de cette supposée domination.

Quel bénéfice ont-ils à jouer ainsi l'agneau sacrificiel? Se faire aimer d'une maman perdue? Expier une culpabilité qui remonterait à la nuit des temps et qui serait la face présentable de leur insécurité? Est-ce une forme de séduction? Ou la croyance qu'ils sont dans une avant-garde intellectuelle, alors qu'il n'est pourtant pas raisonnable qu'ils reprennent à leur compte cette criminalisation qui est faite d'eux?

Le mythe doit jouer sur d'autres ressorts qu'intellectuels, et les quelques exemples de domination qu'on recycle régulièrement (domination des prêtres par exemple) servent une autre intention et un mécanisme plus émotionnel.

Je pose d'abord quelques questions, aux hommes et aux femmes. Les réponses doivent venir du coeur, pas du matraquage des médias ou d'un calcul et un parti-pris. Ce qui se joue n'est pas la victoire d'un sexe contre l'autre, mais la vérité objective démêlée du ressenti subjectif et instrumentalisé:

1. Les hommes font-ils preuve dans leur ensemble d’une volonté de mettre les femmes en esclavage, de les exclure, de se passer par principe de leur avis, de leur refuser tout respect, de tout décider pour elles, de les soumettre au besoin par un recours habituel et légitimé à la violence?

2. Parmi les hommes que l’ont voit autour de nous combien d’entre eux semblent avoir été éduqués dans l’idée de soumettre les femmes par principe et de les empêcher de vivre leur vie?

3. Les hommes se mettent-ils en couple parce qu’ils aiment leur compagne ou pour l’écraser?

4. Quelles preuves peut-on donner d’un passage antique à une domination masculine par principe, par soumission et par contrainte violente, et à quelle époque? Tous des hommes dans leur ensemble sont-ils concerné par cette supposée domination masculine?

5. N’y a-t-il pas aussi des dominantes et des violentes dans la part féminine de l’humanité?

6. Sur la supposée domination masculine: quelle aurait bien pu être la raison qui aurait conduit des hommes dans leur ensemble à vouloir soumettre, dénigrer, écraser les femmes, si c’est vrai?

7. Le système prévalent jusqu’au XXe siècle, soit la répartition des rôles et la spécialisation (aux hommes la défense militaire et la politique qui l’accompagnait, aux femmes la maternité et le soin et la socialisation qui l’accompagnait), doit-il être compris comme essentiellement une volonté de soumettre ou comme une forme d’organisation qui historiquement était fondée et utile au monde d’alors? Les hommes n’avaient-ils pas eux aussi des obligations à l’égard des femmes et de la famille dans ce système, et des sanctions en cas de non-observation de ces obligations?

8. La notion de domination systématique, globale, excluante, esclavagiste, est-elle fidèle à une réalité historique détaillée et prouvée ou est-elle possiblement exagérée?

9. Les femmes ont-elles majoritairement dans leur environnement des hommes sympa, aimants, cool, ou des monstres esclavagistes?


Une grande part du débat sur la domination masculine tient dans ces questions et les réponses qu’on leur apporte. Et ces réponses sont d’une très grande importance, puisqu’elles impliquent un regard sur les hommes et les lois spécifiques.

Si les hommes sont tous ces sortes de monstres qui exploitent, violent, cassent les femmes habituellement comme on le lit dans le féminisme radical, on peut se demander ce qu’ils ont en eux de si spécifique, de si mauvais, que les femmes n’auraient pas. Ce qui signifie qu’il y a bien une différence entre les sexes. Et le biais induit par cette vision déformée est que tous les hommes sont forcément coupables collectivement de cette domination, de cette mise en esclavage des femmes. Plus besoin de responsabilité individuelle: tous les hommes sont violeurs, comme le disait encore malheureusement une féministe suite à l’affaire DSK. Comme dit La Fontaine dans la fable Le loup et l’agneau: «Si ce n’est toi c’est donc ton frère».

Un problème majeur posé par ce mythe est qu’il ne fonctionne qu’au prix de criminaliser, de stigmatiser et d’ostraciser les hommes dans leur ensemble. Tous suspects! Le sexisme s’étale sans pudeur, le sexisme misandre.


A suivre.

 

 

 

A lire pour aller plus loin dans le débat:

FéministaCouv.jpg

20:30 Publié dans Féminisme, société | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : domination masculine, féminisme, femmes, hommes, violence, mythe, sexes, guerre des sexes | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"tous les hommes sont violeurs"
C'est à peu près aussi malin que "toutes des salopes" ou bien encore "toutes des p...es".
D'ailleurs, c'est amusant car il suffit d'aller faire un tour sur le site des chiennes de garde et consorts :
Elles sont incapables de dessiner un homme autrement qu'en remplaçant son visage par une paire de testicules , les poils faisant office de barbe et le nez par une verge.
Les blagues à l'encontre des hommes y sont graveleuses, les propos outranciers et je ne vous parle pas de l'interprétation obligatoirement sexuelle qu'elles font de la moindre image publicitaire ou d'une phrase malencontreusement prononcée.
A croire que ce sont elles les obsédées sexuelles.

Bref, elles sont exactement le pendant féminin du sale macho de base qu'elles dénoncent.

Écrit par : Patricia | 27 février 2012

Hello John

Voici un lien que je qualifierais de discutable d'un point de vue moral.
http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/24/01003-20120224ARTFIG00448-des-avortements-selectifs-font-scandale-au-royaume-uni.php

Écrit par : kasilar | 27 février 2012

Kasilar, cela mérite un billet.

Patricia: on est en plein dans des stéréotypes de genre puissance x. On en tombe.

Écrit par : hommelibre | 27 février 2012

"D'ailleurs, c'est amusant car il suffit d'aller faire un tour sur le site des chiennes de garde et consorts :....."

Faudrait peut-être leur demander de mettre leur photo....?

Bon après-midi

Écrit par : Patoucha | 27 février 2012

Bourdieu est décrit comme un personnage plutôt ennuyeux par Alain Soral dans son ouvrage "vers la féminisation de la société".
Mais personnellement je ne me prononcerais pas dans les oeuvres d'une personne dont je n'ai pas lu le livre, quand bien même ce serait des débilités que ce dernier publierait.
Enfin Badinter le décrit elle-même dans l'un de ses ouvrages pas de façon positive

Écrit par : kasilar | 27 février 2012

"Faudrait peut-être leur demander de mettre leur photo....?"
On connait la tronche de la Présidente, ça me suffit....
mais, oh surprise, je ne savais pas qu'elles chantaient en plus !!
http://www.youtube.com/watch?v=V_VR6Opnc2w

"Je baise parce que j'aime ça, va te faire foutre mon gars"

Et en plus, c'est tout faux, oooh, misère.....:-)

Écrit par : Patricia | 27 février 2012

Patricia

Oui Je predis que la chanteuse vivra longtemps vu que le ridicule ne tue pas.
La preuve les manifestantes sont plutôt bien conservées.
LOOOL !!

Écrit par : kasilar | 27 février 2012

J'aimerai avoir votre avis sur un article hommelibre.
Bon l’article en question est de mon point de vue extrêmement misandre mais la personne qui la posté une soit disant anti-sexsite le trouve très bien.
Et vous ?

http://www.gqmagazine.fr/sexactu/articles/merci-de-ne-pas-effrayer-la-dame/12965

Écrit par : artos | 28 février 2012

@artos:

Cet article est plus une futilité au même degré que la télé-réalité.
La personne qui l'a publié doit avoir une expérience sociale et intellectuelle incroyablement pauvre pour publier ce pavé d'anneries.

Merci mai 68 d'avoir rajouté son lot d'idiots utiles des industries "mafieuses" de nuit.

Cet article frise la parano, ça donne pas du tout envie de s'y attarder.

Écrit par : kasilar | 28 février 2012

Kasilar, d'un côté oui cet article frise la parano. De l'autre c'est une problématique que j'accepte.

Mais d'abord entendons-nous bien. Le pourcentage d'hommes violeurs est de 0,003% ou par là autour. C'est infime. Mais comme le dit l'article la statistique n'enlève pas le danger. Et il est vrai qu'en ce qui concerne le viol les hommes en sont les principaux auteurs. Ça on ne peut le changer.

Deuxième chose: cette situation n'est pas spécifique aux femmes. Des hommes peuvent aussi se sentir menacés par quelqu'un derrière eux, même par une bande de fille. Le viol n'est pas la seule agression possible.

Le sentiment de menace est répandu aujourd'hui, à cause des films et séries télé, et à cause des infos qui relaient tout. Deux viols dans la même journée et on ne voit plus que des viols.

Il faut savoir que pas mal d'hommes ressentent ce malaise et cette menace. C'est idiot mais c'est comme ça, les images télé ou cinéma nous habitent et se superposent à la réalité, surtout la nuit.

Moi j'en tiens compte depuis toujours. Je peux me trouver dans les deux situations: celle de me sentir menacé (à tort jusqu'à présent) ou d'être ressenti comme menaçant (à tort aussi). Mais j'en tiens compte et par exemple je m'arrête devant une vitrine pour laisser l'autre (homme ou femme) prendre les devants, ou bien je dépasse plus vite et d'assez loin.

Mais ce sentiment de menacer ou d'être menacé ne se passe pas avec tout le monde. Il y a des personnes avec lesquelles cela n'arrive pas du tout et l'on peut se dépasser tranquillement sans souci.

Écrit par : hommelibre | 28 février 2012

Moi j'ai plutôt l'impression que les medias conditionnent cette peur de l'autre probablement volontairement pour une raison qu'on ignore ou pas.
Néanmoins, les années post 68 ont transforme la société en quelque chose de monstrueux. Qui se souciait d'agressions il y a cinquante ans ?

Écrit par : kasilar | 28 février 2012

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