Rousseau, Siddharta et les poètes (2)

Cette question en appelle une autre: qui peut dire si l’humain est bon ou corrompu? Qui a le recul et l’objectivité nécessaire pour en rendre compte. L’avis du philosophe est-il dépourvu de toute volonté de démonstration d’une thèse? Rien n’est moins sûr.

equation2.gifCela n’enlève rien à sa réflexion. Là n’est pas la question. Je terminais la première partie de ce billet sur le constat que Jean-Jacques Rousseau nous amène à repenser le monde et comment nous y vivons. Mais l’avis d’une seule personne, fut-elle un philosophe, ne peut suffire à répondre à une question aussi vaste: l’être humain est-il initialement «bon», innocent? La société est-elle vraiment cause de corruption, de préjugés, ou la corruption préexiste-t-elle dans l’individu? Aujourd’hui où nous avons collectivement testé différents systèmes politiques, où nous avons cru que le système allait changer la vie, avant de répandre la désillusion, cette question de la responsabilité individuelle dans la mise en place du système ne peut plus être écartée. C’est nous-même qui devons être questionnés, plus le système. Le prochain système sera selon les valeurs que nous aurons ancrées en nous et passées au crible de l’expérience afin d’en corriger les bugs.

Pour évaluer correctement l’humain et ses modes d’organisation passés et futurs il faudrait confier la tache à des personnes impartiales. Mais en existe-t-il?

Les savants? Chacun pourrait ne voir que ce qu’il sait voir. Pour le mathématicien l’humain serait une équation. Pour l’astrophysicien, une poussière d’étoile. Pour le linguiste, une organisation neuronale. Pour le philosophe, un objet de spéculation. En collant les unes aux autres ces descriptions on arriverait au mieux à un tableau surréaliste.

Les religieux? Et selon quelle religion, et pour quelle nouvelle guerre?

Les poètes? Depuis si longtemps ils parlent de l’homme et de la femme, de la beauté des arbres, de la lumière du ciel sur le front des enfants. Ils écrivent le silence du matin après la guerre, et la fête d’amour des jeunes mariés dansant sous la futaie un beau dimanche de mai. Ils invoquent l’âme, cette sorte de matière qui réuni l’individu dans sa quête.
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Tout ce qu’ils écrivent est gravé dans le coeur, même quand la mémoire s’efface. Les mots des poètes n’appartiennent à personne. Un fois dits ils continuent leur voyage et tissent peu à peu, avec un fil d’argent secret, pendant des milliers d’années, un miroir où un jour la corruption ne se reflètera plus. C’est leur Graal: inventer le miroir qui rend beau en soi, qui donne envie de s’aimer et d’aimer.

Les poètes étant les plus libres des humains, posés tout en haut de la cité, au-dessus du banquier, du pape et du philosophe, à distance respectable du sage, ils disposent d’une vue plus globale que les autres humains. Mais ils restent des humains et sont impliqués dans la description. Ils ne peuvent être impartiaux. Mais ils préparent le chemin.

Les psychologues, pas les académistes où tout est dit d’avance. Non, les décalé, les hors castes, les Gestaltistes par exemple. Les chamanes aussi. Eux ne diraient rien sur l’Homme, rien qui l’enfermerait. Ils trouveraient comment écouter chaque femme, chaque homme, parler de soi, parler de loin en soi. Parler d’un lieu où ce qui est juste trouve sa place, sa bonne place. Toutes ces voix qui parlent du plus juste d’eux font le son d’une rivière, comme celle qu’écoute le Siddharta de Hermann Hesse, et ce son est le son sacré de l’unité, Om, qui monte en oscillation vers l’espace ouvert au-dessus de lui. La question n’est plus d’être bon et innocent, ou corrompu. Ce qui vient là est une liberté intérieure qui naît simultanément avec la sagesse.

Mais un esprit rigoureux viendra et dire:

Buddha16.jpg- Ce sont tous des humains. Ils sont concernés. Ils sont juges et partie. Même la transcendance est touchée par le doigt du désir humain. Ils ne peuvent être impartiaux. Nous ne pouvons leur confier la mission d’évaluer l’Homme.

Il y a ensuite les extraterrestres. Mais que savent-ils de nous, si même ils existent? Leur point de vue à notre égard pourrait être si débordant de malentendus, ne serait-ce qu’à cause de la qualité de la traduction simultanée, que je doute qu’ils puissent maintenir à notre égard un regard juste. De plus nous les avons tellement imaginés, nous leur avons attribué tant d’intentions, qu’il doivent d’abord se retrouver eux-mêmes loin de nos projections.

Après avoir bien cherché il faut convenir que ceux qui parlent des humains sont des humains. Ils sont donc partiaux, trop enthousiastes, ou ils n’y croient pas. Aucun n’est assez impartial pour évaluer les Hommes.


Toutefois les poètes font une bonne suggestion: se laisser parfois vivre sans explication, sans rien démontrer. Suivre ce que l'on sent juste en soi. L’Homme naît bon? Peut-être. Parfois. Parfois pas. Ce n'est pas toujours si important.

- Regarde chaque être et chaque moment avec un regard instantané, sans y mettre toujours une intention.

- A quoi cela sert?

- A rien. C’est gratuit. Mais c’est par là que transitent parfois les grandes intuitions.


....

- Essaie.

 

 

 

 

 

 

L'aventure en Haute-Provence:

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Catégories : Philosophie 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonsoir John. Nous portons en nous les germes du péché. C'est ce qui nous permet d'avoir la conscience du Bien et du Mal. L'innocence ne peut être dans une conscience adulte. L'innocence est l'absence de conscience. Un enfant peut être innocent aussi longtemps qu'il n'a pas pris conscience de sa faute. Mais une fois au courant, il devient responsable de sa corruption possible, de sa lâcheté, de son manque de loyauté, etc. Nous tous pouvons nous améliorer individuellement et collectivement. Mais si au pouvoir, en haut, ils sont corrompus, si l'exemple n'est pas un exemple de droiture et de sobriété, toute la société ne peut que suivre sur la voie de la corruption et de la folie mercantile. Sauf exception et indignés qui soudain se révoltent et exigent de nouvelles règles de conduite de la part des élus et du peuple... Vaste programme de transformation, de mutation et de migration vers une autre société moins gaspilleuse de ressources et plus apte à partager cultures et arts...

    Bonne soirée à vous.

  • PapachamaK ... c'est quoi un péché ?

    Plus sérieusement, j'ai du mal à imaginer que l'on puisse naître mauvais, pas plus qu'un bébé tigre ou un bébé lapin.

    Nous naissons avec une somme d'énergie, de potentiels et d'aspirations au bien être et à l'amour. Toutes ces bonnes intentions qui vont rencontrer la difficulté , l'incompréhension, l'injustice , la dureté, la souffrance. Enfin ce qui fait les limites de notre manifestations dans un corps physique. A partir de là, la manière d'y faire face dépend des ressources que chacun peut puiser dans son environnement, dans la culture prédominante, son éducation ou encore dans ses tripes.

    Le bien , le mal sont des choses très relatives dans la culture taoïste. Quant au chaman, Don Juan, il professait la conscience de sa propre mort pour pouvoir vivre juste.

    Mais dans les deux cas, il y a une relation consciente à la vie et au cosmos. Ce qui ne posera aucun soucis au poète !

  • Bonjour aoki. Le Bien et le Mal vivent dans la relativité de nos Consciences. Le Mal n'avait pas la même signification du temps de l'esclavage, par exemple. C'est l'humanité de notre condition qui nous permet d'améliorer notre Conscience et de distinguer ce qui est plutôt de l'ordre du Mal que de l'ordre du Bien. D'où les Droits humains d'aujourd'hui. Les notions de Bien et de Mal sont en évolution. Comme il n'y a pas de lois immuables les concernant et que Dieu est l'Abstraction du Bien comme Satan est l'Abstraction du Mal, les cyniques savent très bien user de cette fragilité pour faire ce qu'ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent.

    Bonne journée.

  • hello Sieur Homme libre, vous me manquiez, j'aime bien vous lire, philosophie psychologie, poèsie,économie etc...mais comment vous faites pour être aussi bon en tout???;)))
    ça me fait penser à ces photos
    http://www.haaretz.com/jewish-world/news/in-pictures-danish-artist-dresses-her-baby-as-hitler-exploring-the-meaning-of-evil-1.264853
    bonne journée!!!

  • Bonjour Sarah, c'est un plaisir de vous retrouver. Y a-t-il un autre endroit où vous trouver? Vous me manquez aussi!

    Heu.... bon en tout... hum hum... z'êtes gentille! Et puis vous ne m'avez pas essayé en tout...
    Roooohhhh..... Je blague.

    Space ces parents qui font comme ça des tests sur leurs enfants.


    A plus.

  • pas de blog pour le moment,
    mdrrr,jpenses que oui, on est en extase rien qu'à vous lire ;)))!!!bizzzouxxx!!!

  • SarahC, dites-moi dès que vous aurez à nouveau un blog. Moi j'aime beaucoup votre naturel, votre pêche, et vous faites découvrir des musiques assez incroyables! Vous lire, imaginer entendre votre rire qui n'est jamais loin, c'est aussi l'extase... :-))))

    Je sais pas pourquoi, c'est comme ça, même en peu de mots quelque chose passe bien.

    Mon prochain billet, ce soir ou demain matin, c'est la vague de froid qui arrive. Mais à ma manière...


    Revenez souvent me faire des bizzzzzzzzzouxxxxxxxxx!!!!! J'adore ça!

    :-)

  • J'aime bien les poèmes, ça me détend surtout lorsque j'ai un petit souci. Rousseaux était et est parmi les grands, ça rime toujours avec des bons conseils, utiles dans la vie actuelle.

  • bizzzouxxxxxxxxxx!!! :)

  • Le Siddharta de Hermann Hesse, c'est comme le Robinson Crusoë de Michel Tournier, un peu? A mon avis, lorsque la voix d'en haut parle, elle ressent quand même dans les actions des choses qui mènent vers elle, et d'autres qui en éloignent. Sinon, il s'agit juste de décorer joliment ce qu'on a spontanément envie de faire, comme quand on met une statue de Bouddha dans un centre de détente à eaux chaudes.

  • Le monde est fait de bien et le mal. L'harmonie est un équilibre raisonnable entre ces composants. Personne n'est en mesure de déterminer ce qui est bon et mauvais. Chaque personne a sa propre vérité.

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