05 janvier 2012

Hongrie: la dérive nationaliste

Ce qui se passe en Hongrie devrait nous questionner bien plus que les élucubrations sur le calendrier Maya, dont on se fout bien. Ce pays prend la voie d’une dictature institutionnalisée. Avec l’appui d’une large partie de la population.


hongrie1.jpgL’amnésie hongroise

Le parti de Viktor Orban a gagné les élections législative en avril 2010 avec plus que la majorité des deux tiers, ce qui lui permet de façonner la constitution et le pays entier à sa volonté. Et ce qui s’y passe n’est pas de bon augure. Hitler avait lui aussi gagné des élections avant de faire de l’Allemagne ce qu’elle est devenue.

Avec ses réformes constitutionnelles le pays ne pourra plus être modifié avant longtemps. Orban a créé des lois pour mettre en place ses hommes à tous les postes clés et verrouiller les institutions si l’opposition revenait au pouvoir. Le pays s’engage sur la voie du nationalisme dur. Ces gens qui ont vécu des décennies de dictature communiste sanglante, de fascisme rouge, ont-ils oublié ce qu’est la dictature? Sont-ils prêts à recommencer?

J’écrivais il y a quelques jour que le démantèlement de l’Europe allait ramener la guerre sur notre continent. Ce qui se passe en Hongrie en est un possible premier signe, et dans les temps que nous vivons la contagion n’est pas à exclure. Le repli sur la Nation est prôné par une certaine gauche autant qu’une certaine droite. On voit dans la Nation une supposée défense contre le chômage (les étrangers volent notre travail), contre le multiculturalisme culpabilisant (retrouvons-nous entre nous), contre la relativisation des valeurs qui ont construit notre civilisation, et un remède aux frustrations de tous ordres. La coagulation nationaliste comme le collectivisme communiste se paient par l’abandon des principes individuels qui étaient supposés faire marcher la société, comme l’honnêteté, la droiture, la responsabilité individuelle. L’Europe retrouve ses vieux démons nationalistes, ce nationalisme qui a mené l’Europe au plus grand bain de sang de l’Histoire.

Le grand bordel du 20e siècle, hérité lui-même de celui du 19e siècle, nous colle aux baskets. Nous n’avons pas encore digéré sa barbarie.


Déjà des bastonnades. Bientôt des purges, puis des camps?

Viktor Orban et sa majorité ont pris le pouvoir total sur la Banque centrale. Ils tiennent en main l’économie du pays. Ils ont mis les Tsiganes au travail forcé, fabriquant ainsi un ennemi social comme Hitler l’avait fait. Une agence d’Etat peut même les louer de force à des entreprises privées pour un salaire moindre que le smic. Travailleurs de seconde zone il seront payés en seconde main. La discrimination ethnique s’officialise.

La nouvelle loi électorale permettrait au parti nationaliste de continuer à changer la constitution même avec seulement 35% des voix.
hungary-s.jpg
Il est à craindre que des purges et des procès politiques commencent bientôt. En effet le parlement a voté le 30 décembre une loi accusant le parti socialiste d’être responsable de tous les actes de l’ancien régime communiste. Les socialistes pourraient même être interdits. C’est le deuxième ennemi désigné par le pouvoir.

Ce n’est pas un hasard. Que veut-on purger là? Probablement toute la dictature communiste. Et cela pourrait faire école. Car si les crimes du régime nazi sont universellement reconnus, si la Shoah est définie comme un génocide, il n’en est pas de même pour les crimes commis sous l’impulsion initiale de Staline est ses vassaux. Il n’y a jamais eu de reconnaissance de l’antisémitisme des communistes, ni des crimes contre l’humanité commis par ce régime contre sa propre population. On lui a attribué des circonstances atténuantes à cause de la part d’idéal qui était celle du socialisme. Que ne reconnaît-on pas aussi, alors, une part d’idéal aux régimes fascistes? L’idéal d’une nation forte, de travail pour tous, d’une maîtrise de son destin, d’un nouveau mode socialement égalitaire, la réparation des humiliations passées au profit de la dignité nationale?

Cessons de rêver: ces régimes rouges ou bruns ont montré que l’idéal n’a été qu’un prétexte. Aucun d’eux n’avait d’autre ambition que de dominer le monde, les peuples et les richesses de la Terre. Sans le contrepoids d’une opposition, sans contrepouvoir. Ce qui se déroule en Hongrie semble être du même tabac. Les contrepouvoirs sont éliminés progressivement: mainmise sur la presse, sur la Cour constitutionnelle, fin de la République.

Selon l’historien Paul Gradvohl, «Pour autant, il est important de souligner que le régime de Viktor Orban n'est pas fasciste. Les chemises noires et les bastonnades de Roms existent, mais elles ne sont pas orchestrées par le pouvoir. Nous sommes dans une situation à la Berlusconi - la fortune personnelle ou les frasques du leader italien et ses alliances électorales en moins - où le Premier ministre cherche à consolider le pouvoir pour longtemps.»

Peut-être actuellement. Mais l’opportunisme aura vite fait de relier entre eux le pouvoir et les groupes fascistes.


Croissance des tensions nationalistes

Cet historien pense aussi que «La personnalité de Viktor Orbán joue un rôle extrêmement important dans le virage hongrois actuel. Il a instauré une personnalisation du pouvoir très forte, qui passe justement par la marginalisation des institutions de contre-pouvoir. C'est la première fois qu'une telle primauté de l'exécutif, sur l'économie, le social mais aussi sur la justice, est instaurée.

Voilà pourquoi il est peu probable que le cas hongrois s'étende à d'autres pays d'Europe centrale. Cela nécessiterait un leader à l'étoffe toute particulière, en plus d'un fort sentiment nationaliste. La frustration du peuple hongrois est elle aussi singulière. Ce petit pays (moins de 10 millions d’habitants), favorisé dans les années 1985-1990 (liberté relative de circulation, accès correct aux biens de consommation), est aujourd'hui marginalisé par rapport à la Pologne (en croissance) ou la Slovaquie (protégée par l’euro) et plongé dans une situation économique délicate face à laquelle le pouvoir actuel veut proposer une réponse non orthodoxe.»


Cette analyse ne vaut que tant que la tension intra-européenne n’est pas trop intense. Plus la haine de l’Europe se développera, à gauche comme à droite, et plus le risque de contagion grandira. Et plus le rejet de l’autre grandira plus les nationalistes verront le tapis rouge se dérouler devant eux. Certains y poussent. Houria Bouteldja, prêtresse impunie du racisme anti-français en France, déclarait encore il y a peu qu’elle appelait les cités à revenir à l’esprit des révoltes de 2005. C’est-à-dire à casser la baraque. Elle voudrait faire voter pour l’extrême-droite, elle ne s’y prendrait pas autrement. On constate en tous cas une alliance idéologique de fait entre les nationalismes, de gauche ou de droite: taxation des multinationales, rejet de l’ultralibéralisme, valorisation des traditions locales. Des nationalisations devraient logiquement suivre. De plus le gouvernement a décidé de cultiver le ressentiment national historique, en faisant du 4 juin (1920, jour du traité qui amputa la Hongrie de 60% de son territoire suite à la 1ère guerre mondiale) un jour de deuil et de commémoration nationale. Le traité de Trianon est à l’ancienne Hongrie ce que le traité de Versailles était à l’Allemagne avant Hitler: une humiliation pour les perdants. Ce genre de commémoration entretien la haine entre les peuples et peut être à l’origine de désir de revanche militaire.

Certains commentateurs disent à décharge que le gouvernement hongrois a été élu légitimement pour faire des réformes radicales et qu’il n’y a pas à lui en faire le reproche. Le problème est: saura-t-il ne pas aller trop loin? Ou, dans une hypothèse sombre, l’exemple de la Hongrie est-il ce qui attend l’Europe si elle ne s’unit pas davantage?

Commentaires

En effet très inquiétant tout autant que cette communautés Ted ,new âge sensé transformer tous nos modes de pensées d'agir afin de changer complètement le monde.On est heureux d'avoir l'âge qu'on a disaient déjà nos ancêtres!

Écrit par : lovsmeralda | 05 janvier 2012

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Ce qui prouve une fois de plus que le problème des gitans ou Roms est loin d'être résolu!

Écrit par : lovsmeralda | 05 janvier 2012

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Apres le regent Orty, le parti communiste, voili democratiquement que les cuisines du pouvoir degagent relents brunatres et autoritaires.

Et que fait "l'Europe" ? Elle s'indigne, mon bon Monsieur ! Ah, bon.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 05 janvier 2012

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L'âge de nos arts Terre, lovsmeralda. Oui, nous avons l'âge de nos artères et nous savons que combattre la dictature commence par nous-mêmes. Combien de dictatures familiales sur cette Terre? Des bataillons de centaines de millions d'êtres humains, voir plus. Quelle soit de type masculin ou féminin, la dictature rend hideux l'être humain. Les purges? Oui. Exclusion, aliénation puis élimination de l'Autre, celle ou celui qui dérange son propre confort. La dictature fait partie du Mal de l'être humain. Ses germes sont difficiles à combattre. Car nous oscillons entre désir de stabilité, donc normes claires, schémas limpides, rigoureux, stricts, et anarchie, liberté d'expression et de comportement. Nous signons des contrats de fidélités et d'allégeance, en amour comme en affaires, et gare à celle ou celui qui y contrevient. La fidélité c'est beau, c'est même la base d'une relation de confiance. Mais gare aux dérives. Le cas hongrois est un cas typique de dérive d'un type qui était un chic type et qui se transforme peu à peu en tyran. Les garde-fous tels que la démocratie helvète les connaît sont super importants pour éviter ce genre de dérive atroce en politique. La puissance peut rendre fou n'importe quel être humain.

Écrit par : pachakmac | 06 janvier 2012

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@Pachakmac de fait une certaine forme de dictature a été combattue par beaucoup d'enfants dans notre si belle helvétie,c'était il y a longtemps mais on pensait tout de même voir les choses s'améliorer pour le sort des gitans il semble que ce n'est pas pour demain et c'est regrettable car , ce peuple a une force intérieure a laquelle peu ont prété attention.Il suffit juste de comparer ce qui précède leur venue et voir se qui se passe après!mais encore faut-il être observateur ou avoir ne serait-ce qu'une petite envie de réfléchir!

Écrit par : lovsmeralda | 06 janvier 2012

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La fin du monde selon les mayas... voilà une belle élucubration...celle-ci est utilisé par les médias et hollywood pour faire peur... selon les mayas il n'a jamais été question de fin du monde...

Rappellons que le terme apocalypse signifie levée de voile ou dévoilement. On peut en déduire que l'humanité va prendre conscience de ce qui se passe sur terre. 2012 est plus une année ou l'humanité va prendre le virage du changement. Les hopis d'amérique du nord sont plus dans la phase fin du monde. Autant dire que ces prophéties sont tintées de mille interprétations différentes. Celles-ci sont mixées et remixée par des démago jongleurs (d.j.) afin d'attirer l'attention.

Rappellons que les prophéties de toutes les religions parlent toutes d'un messie qui différe selon les croyances. Au lieu d'attendre sur un potentiel sauveur, il est préférable que l'Homme prennent ses responsabilités. Il prouvera auprès de ses semblables qu'il a bien compris la différence entre le bien et le mal...n'était-ce pas la leçon que Dieu voulait donner aux Hommes, connaitre le bien et le mal ?

Cette année la bataille contre les dictatures va continuer de s'intensifier un peu partout. Ce qui se passe en Hongrie est grave et par conséquent il est plus important que jamais de lutter contre la restriction de liberté car comme dirait Benjamin Franklin, "quiconque est prêt à perdre un peu de liberté pour un peu de plus de sécurité ne mérite ni l'un ni l'autre".

Écrit par : plume noire | 06 janvier 2012

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@plume noire,ose-t'on encore y croire? après avoir vécu celle refusant d'admettre que le mot divorce à lui seul n'est pas forcément représentatif des mots tarés et inadaptés sociaux,on peine à imaginer un monde sans dictature surtout si l'on sait celle naissante en notre pays qui veut pénaliser suite à dénonciation toute personne qui aura mélangé des déchets avec d'autres.En l'occurence qui sont visés? des gens seuls ,âgés n'ayant pas de voiture usés par une vie d'efforts ayant appris à vivre sans chichis et qui se retrouvent non plus pour être emmenés comme de simples déchets mais soumis à des peines d'amendes pouvant aller jusqu'à 150 frs.
Le silence des *enfants déchets* souvent nommés ainsi dans la rue aura duré plus de 60 ans pour certains,parler plus vite aurait-il suffi à ne pas revivre une autre forme de dictature celle des fruits en légumes en plus? certains arrières grands parents commerçants de proximité rougiraient de honte en voyant la décadence actuelle

Écrit par : lovsmeralda | 06 janvier 2012

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@lovesmeralda
"certains arrières grands parents commerçants de proximité rougiraient de honte en voyant la décadence actuelle"

Tout à fait! Ma grand-mère ancienne commerçante d'une épicerie à la rue des Pâquis serait du même avis. La dernière fois que je l'ai vu c'était en 2006 au mois de novembre. Je suis aussi le dernier de la famille qui l'ait vue.
Elle, qui malgré ces 90 ans passé ne faisait pas son âge n'avait besoin d'aucune assistance et avait toute sa tête.

Ce jour là, j'ai vu une femme agée. Ca m'avait choqué. Je me rappelle que je lui ai fait des courses et sur le chemin j'étais triste car je savais que c'était la fin.
De retour de course nous avons eu une discussion. Elle m'a dit que le monde était de plus en plus déglinglé que le climat changeait et que les gens devenait de plus en plus stupides. Je compris dans son regard qu'elle avait abandonné et qu'elle préférait partir. Ce qu'elle fit le lendemain matin très tôt.

Elle serait révolté de voir ce qui se passe ailleurs et chez nous. Pour ma part les dictatures existent un peu partout il n'y a pas qu'à l'étranger. L'Europe a aussi des lois proches de ce système honteux. La différence dans les pays occidentaux c'est que nous avons une dictature plus subtile, c'est la dictature du commerce. Mais ça il semblerait que peu s'en souci...

Écrit par : plume noire | 06 janvier 2012

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Tout le monde voit midi à son clocher. Et ceux de Hongrie sont trop loin pour qu'on en entende les cloches sonner le glas de la démocratie.

D'ici, il est beaucoup plus important de savoir si le président de la banque nationale a commis un délit d'initié, une faute morale, une erreur de jugement ou que sais-je encore.

Et comme les vieux démons parlent hongrois, on ne cherche pas trop à savoir ce qu'ils disent. Ils disent pourtant que le gouvernement a le droit d'entraver la liberté des citoyens.

Qui s'en préoccupe chez nous ?

Écrit par : Michel Sommer | 06 janvier 2012

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