En haut des arbres

Il y avait cette lumière qu’on aurait dit tombant des nuages. C’était comme une pluie fine, une bruine partout égale. Entre les troncs, sur les prairies, elle restait suspendue. Elle se posait sur le bas des robes et sur les épaules.

fiordland1-mt-cook-rainbow.jpgMais vue d’en haut elle venait du sol. C’est pourquoi elle montait aux arbres. Aux plus hauts, ceux qui dépassaient le sommet des collines. Elle s’habillait chaudement, sortait avant l’aube et prenait le sentier escarpé. Elle marchait une heure jusqu’à la forêt. Là elle avait son petit groupe. Elle choisissait celui où allait le vent. Elle y montait, jusqu’au plus fines branches, qui ployaient.

Elle ne voyait pas au-delà des collines. Au loin, le ciel se dérobait, opaque. La lumière devenait brume. Lumière d’hiver dans le Fiordland.

Elle passait la journée dans l’arbre. Elle attendait. Pour passer le temps elle chantait en tapant dans ses mains. Quand le jour déclinait elle descendait de l’arbre et rentrait chez elle. A son visage on voyait que rien ne s’était passé. Personne ne lui posait de question. On mangeait, puis on s’installait près du feu. Le père racontait une histoire qu’il inventait, chaque soir différente. La mère berçait les enfants. Elle, elle gardait les yeux dans son rêve.

Le lendemain elle retournait, choisissait un autre arbre, très haut, y montait et passait sa journée. Ainsi se suivaient les jours.

Un matin, la lumière vint plus tôt. A peine levée elle courut vers ses arbres. Quelque chose avait changé. Elle grimpa aussi vite que ses jambes, monta encore plus haut. Arrivée à la cime elle fut presque aveuglée: le ciel s’était déchiré. L’épais tapis de nouvzel.jpgnuages reculait. Le soleil, le soleil enfin se levait.

Alors elle vit. Elle vit au-delà des collines, elle vit une grande vallée qui descendait, et au fond, là-bas, l’océan. L’océan!

Elle resta la journée entière à regarder cette nouvelle lumière. Elle ne chanta pas, trop occupée à contempler ce qui s’ouvrait devant elle. Elle voyait le mont Cook et ses glaciers, et les hautes montagnes enneigées du sud.

Le vent était plus doux: il venait du nord.

Quand elle rentra on vit sur son visage que quelque chose s’était passé.

Ce soir là on fit une fête et l’on dansa dans la maison.

Le printemps venait d’arriver en Nouvelle-Zélande.

Catégories : Poésie 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • merci John. Beaucoup de poésie et cet arbre qui nous questionne. Suis-je d'en bas dans le sol de ma terre qui m'arrose comme une source et me maintient en vie, ou suis-je d'en-haut ou je capte la lumière d'un autre monde qui jaillit comme un océan sans limite?

    Bonne nuit.

  • Je viens de terminer la lecture du livre de Lucien Jerphagnon," Les Dieux ne sont jamais loin". EXCELLENT! Je vous le recommande. Lucien Jerphagnon a tiré récemment sa révérence.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Jerphagnon

  • Belle histoire Hommelibre.
    Qui m'a renvoyé à l'été et automne que mon fils a passé là-bas.
    Il n'a qu'une idée en tête, y retourner.
    Il n'a pas connu les couleurs du printemps ;o)

  • Pachakmac: yes... J'aime beaucoup les arbres. Ils font poser de bonnes questions.


    Patoucha: je vais aller voir cela.


    Loredana: j'aime bien l'idée de l'inversion: ils sont dans le printemps. Sacrée planète!

  • Elle passait la journée dans l’arbre. Elle attendait. Pour passer le temps elle chantait en tapant dans ses mains. Quand le jour déclinait elle descendait de l’arbre et rentrait chez elle.

  • Bel article, plein d'inspiration! on a la sensation de ne pas vivre sur terre! Merci

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