Plus de justice pour plus d’Europe

Sur France Info ce matin, un entrepreneur français expliquait les effets de la panique des marchés financiers sur l’entreprise. Son carnet de commandes est rempli mais il a un découvert de 80’000 euros. Ses deux banquiers viennent de lui donner quatre jours pour combler le découvert. «Cela gèle le marché» et pourrait faire tomber nombre d’entreprises.

europe4.jpgLa crise? Pas pour tout le monde

L’Europe n’est pas à la fête. Des critiques pleuvent sur son incapacité à résister aux marchés et sur la responsabilité de nombreux dirigeants dans la situation actuelle. On fustige l’élite politique pendant qu’un sentiment d’injustice se développe. Car si les gros poissons sont responsables de la chienlit, ce ne sont pas eux qui paient les dégâts.  La banque Goldman Sachs a favorisé le maquillage de la dette grecque pour la faire entrer dans l’euro il y a 10 ans: aucun responsable n’est inquiété. La banque a touché des millions pour son intervention. Elle a ensuite joué la faillite grecque après avoir contribué à la mettre dans l’insolvabilité. Et elle gagne encore. Quant aux politiciens complices on les retrouve au pouvoir. Y a-t-il une impunité pour ces gens?

La défiance croît envers les institutions et le système. Pourtant ce n’est pas le système lui-même qui est en cause: ce sont les gens qui le détournent. Tout système est détournable. Il faudrait qu’en Europe une institution judiciaire soit créée pour traiter des délits financiers au niveau de l’union. Les responsables européens de Goldman Sachs pourraient être arrêtés et les biens de la banque saisis dans les pays de l’Union. Il faut couper les vivres, au moins sur le vieux continent, à ces kamikazes de la finance qui ne gagnent jamais autant que quand le monde est en crise. Leur intérêt est de maintenir le monde sous pression et de le fragiliser.


Le divorce et le vol

La suspicion sape le contrat nécessaire de la démocratie représentative. Une défiance, presque un divorce moral, portée par un ensemble de sentiments allant de l’injustice sociale - puisqu’on fait payer la crise à ceux qui la subissent et non à ceux qui l’ont causée - au sentiment d’avoir à faire à des voleurs. Il faut dire que, des dirigeants aux obscurs députés, beaucoup ont tout fait pour provoquer ce divorce. Ainsi ces députés européens dans une séquence vidéo qui date de 2008, mais qu’il n’est pas inutile de rappeler.

Combien coûte un député au Parlement européen? Entre son revenu, ses indemnités, ses frais de voyage et sa présence aux sessions parlementaires il touche au maximum 16’500 euros mensuels.
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Un député européen est donc bien payé. J’admets que c’est une responsabilité, qu’il a besoin d’un secrétariat, qu’il doit étudier les dossiers, voir des gens, participer aux sessions. C’est un plein temps. Rappelons-nous aussi que le salaire proprement dit est de 6’200 euros avant impôts nationaux. J’admets aussi que s’il n’est pas réélu il doit retrouver un job. Mais cela ne justifie pas une pratique de bandit.

En 2008 un journaliste allemand accrédité à Strasbourg a réalisé un reportage tôt le matin dans les locaux du parlement. Je suis opposé aux vidéos et témoignages sur la vie privée des gens surtout à leur insu. Ici c’est différent: le journaliste et son caméraman interviennent ouvertement. Parfois de manière intrusive, j’en conviens, mais il s’agit de locaux publics, payés par l’argent public, où des gens sont élus pour travailler au service des citoyens.

Et l’on voit des députés venir signer le registre de présence comme s’ils allaient assister à la séance pour toucher l’indemnité journalière, puis s’en vont ailleurs. Ils touchent donc indûment cette indemnité. Je n’ai pas trouvé de trace de sanction à l’encontre de ces députés indélicats. Il n’y a donc pas eu de réparation et l’abus reste à ce jour impuni.

On ne sait pas si cette pratique perdure. Ces images ressurgissent après trois ans et la crise actuelle les met en lumière d’une manière cruelle. Faut-il pour autant rejeter l’Europe? Je ne le pense pas. Il y a des raisons politiques et économiques pour l’unifier. Que l’on soit allé trop vite à admettre certains pays qui eux n’étaient pas prêts, probablement. Le souci de l’unité, de la «famille», a prévalu. Que l’on ait mis la charrue avant les boeufs en créant l’euro avant de disposer d’une gouvernance économique unique, je le pense aussi. La monnaie unique était plus séduisante qu’une institution supranationale. Pour faire admettre celle-ci il faut une crise comme actuellement. Que l’Europe soit trop dépendante des marchés, certainement. Et son morcèlement actuelle la fragilise d’autant plus.


Europe2.pngVers une nouvelle coagulation

C’est pourquoi il faut plus d’Europe. Le nationalisme de gauche ou de droite freinerait les échanges économiques et la capacité à résister au monde. De la force économique dépendent les valeurs et, en partie, la place de l’humain dans la société. L’Europe est une évolution logique. Il y a des siècles il fallait une autorisation pour se rendre d’une ville à une autre dans la plupart des pays européens. On n’imagine pas revenir à cela et la coagulation d’entités nationales paraît aujourd’hui acceptée - elle est même revendiquée. Le passage à une confédération européenne, répartissant les prérogatives nationales et supranationales, est l’étape suivante. Les administrations nationales seraient allégées et les décisions politiques et économiques se feraient avec plus de rapidité et de fermeté. Difficile certes vu les disparités de langues et de culture sur le continent. Oui. Mais après tout, la Suisse montre que l’on peut fonctionner avec quatre langues nationales. La France a été par le passé divisée en plusieurs langues.

Il faut donc une nouvelle étape accompagnée d’un nouveau sentiment européen. Pour cela l’Europe a besoin d’éthique et de droiture. Un comportement comme celui de ces députés doit être sanctionné jusqu’à la déchéance de leur mandat. Plus de fermeté et d’éthique donnera plus de crédibilité à l’Europe. Et la mise en place de mécanismes sociaux indispensables dans la situation actuelle. La taxe sur les transactions financières aurait le mérite de trouver de l'argent tout en freinant l'excès de spéculation. Tout le monde n'est pas d'accord avec cette idée mais l'excès de spéculation est un mal pour la démocratie. La déstabilisation permanente du monde par quelques grands financiers favorisera à terme l'apaprition de régimes autoritaires. La stabilisation de l'Europe et son renforcement concerne donc aussi notre liberté.

On peut imaginer sanctionner tous ceux qui ont profité de l’emballement du crédit. Cela ferait du monde. Si l’on veut faire le ménage et tenter de trouver une sortie de crise d’ici une dizaine d’année, tout le monde doit prendre sa part. Mais si l’on cesse l’endettement on s’appauvrit. Sommes-nous prêts à cela? Oui diront certains, si la répartition des revenus est plus juste. Non diront ceux qui pensent que prendre aux riches pour donner une prime de quelques milliers d’euros aux autres ne changera rien à long terme. Sans concentration d’argent pas d’investissement. On ne monte pas une chaine de production de téléphones, de voitures, de brosses à dents, sans investir de gros montants.

Faire une révolution est tentant. Mais laquelle? Quelle révolution, ou évolution, pourrait rétablir plus de justice sans faire chuter l’économie et sans porter atteinte à la liberté? C’est une question incontournable. Car si l’économie chute, il pourrait se passer ce qui s’est passé dans l’Allemagne des années 1930.

Si nous ne voulons pas cela il faut définir concrètement ce qu’est une solution juste et progressive et insuffler au vieux continent un nouvel esprit européen.


La vidéo date de 2008 et est déjà passée sur d’autres blogs.




La vidéo 2 est extraite d’une émission C dans l’air de 2010. Elle reste d’actualité:

Catégories : Politique 7 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Excellent texte, John. Que j'approuve à 200%. Au fait, vous ne m'avez pas répondu, Jean Calvin nous fera-t-il l'honneur de sa présence le 10 ?

  • Merci Philippe.

    Oui c'est ok pour le 10. Sorry...

  • Non homme libre. On ne peut pas dire ILS sont responsables. Eux, les gros, les autres, pas nous. C'est trop facile.

    Les grecs. La Grèce n'était pas prête il y a 30 ans à rejoindre l'Union européenne. Elle y a été admise pour des raisons géostratégiques. Mais ce pays est, à l'aune occidentale, mais il est vrai que la Grèce n'est pas occidentale, un failed state. D'ailleurs, depuis lors l'Europe a recommencé la même manoeuvre avec d'autres Etats.

    Les grecs ont, au cours des 30 dernières années, vécus en démocratie. Ils sont donc responsables. Les politiques en matière de dépenses militaires et d'exonération de l'église, ils les ont, par nationalisme, voulus. Et à 2.5 % de PIB perdus pendant 30 ans, cela fait dans les 75 % de PIB. Sans ses politiques du sabre et du goupillon la Grèce ne serait pas surendettée. Gageons que cela continue et que le nationalisme déterminera le retour du drachme.

    Question : Les grecs vont se ruer sur leurs banques. Est-ce que la BCE doit les abonder en Euro ? Les grecs devraient voter sur l'appartenance à l'UE, qu'ils peuvent quitter.

    Quant à l'endettement de l'occident, il a été le moteur de la croissance de l'occident feignant. Endettement privé ou public. L'endettement privé des ménages suisses est plus élevé qu'en France. Magasinier, 23 ans, Novartis, voiture à 40'000 francs. Etat de Genève budget 2012, 400 millions de déficit, si tout va bien. Alors comme tout ira mieux que bien, c'est évident, on continue. Augmentation des fonctionnaires, y compris frontaliers, qui, c'est évident, sont dans la misère. Genève c'est l'europe du sud.

    Retour à la Grèce. A qui le revirement de Papandreou profite-t'il ? A l'UE ? Non. A la Grèce ? Non. Cherchez ... vous trouverez. Et pourrez commencer à réaliser ce qui peut avoir influencé Papandreou, qui comme tout homme politique est intègre et à la solde de ses électeurs.



    @ Souaille

    Les vacances en Grèce. En Grèce : traitrise :). Les vacances : à crédit ?

  • CEDH: mon équipe et moi-même tournons depuis bientôt deux ans des images un peu partout dans le monde - dont la Grèce - en vue d'un documentaire sur ce que l'on pourrait appeler de l'Histoire contemporaine... Libre à vous d'y voir des vacances, cela fait effectivement partie des charmes de mon métier. Mais traîtrise? A qui et pourquoi ?

  • les Grecs

  • @ Souaille

    Je ne parlais pas de vous mais des vacanciers. Ne devraient-ils pas passer leurs vacances en Suisse ? :)

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