Laisse-moi pleurer, bord de mer

Reçu un courriel de Belgique ce matin. Du bord de la Mer du nord. Un courriel dans lequel est cité ce bout d’article de la Tribune:

«Quand Juan Luis de Góngora, poète espagnol du XVIIe, dit: «Laisse-moi pleurer, bord de la mer», le fait de ne pas se situer géographiquement et de demander à la mer de le laisser pleurer, ça donne une dimension incommensurable. C’est un grand voyage dans l’infini. C’est ça, la poésie. Des mots les uns à côté des autres qui partent pour le tour du monde.»

L’article du 2 septembre dernier est une interview de Paco Ibanez réalisée par Fabrice Gottraux.

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Quelle belle tournure pour dire la poésie: « Des mots les uns à côté des autres qui partent pour le tour du monde.»

Le tour du monde intérieur, du monde qui est dans le coeur, dans le corps et ses langueurs parfumées. Voyageons un peu.

 

 

 

«L’adieu

J'ai cueilli ce brin de bruyère

L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends»


En si peu de mots, en quelques mots si simples, Guillaume Apollinaire nous voyage du «Je» au «Tu», de la terre à la Terre, de l’amour à la mort.


Et cet instant parisien de Gérard de Nerval:

«Dans une allée du Luxembourg
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Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau :
A la main une fleur qui brille,

A la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !
Mais non, ma jeunesse est finie...
Adieu, doux rayon qui m'as lui,
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, il a fui !»


Universalité de la grâce, portée par une femme comme un habit de lumière; universalité de cette lumière qui touche, et du temps qui passe et emporte dans la même vague nos rêves et leurs mémoires.


Ou encore Prévert et cette «Belle saison» si paradoxale, si dense en si peu de mots, émouvante d’on ne sait exactement quelle émotion: est-ce la solitude? Est-ce le soleil? Est-ce le bruit de la ville dans le silence des yeux d’une fille de seize ans?

«La belle saison

A jeun perdue glacée

Toute seule sans un sou
Une fille de seize ans
Immobile debout
Place de la Concorde
A midi le Quinze Août.»



Et tant d’autres poèmes qui vont et viennent entre l’aube et l’aube suivante, guirlandes de mots qui partent pour le tour du monde.

Une phrase, une simple phrase, t’emmène là où tout est autre: « Laisse-moi pleurer, bord de la mer».

Puis-je vous inviter à découvrir quelques perles de plus, dans le jardin d'île de Colette? Venez, ce n’est pas loin. C’est tout près. C’est ici.



Image1: Véronique; 2: ano.


Catégories : Poésie 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Merci pour ce beau billet sur la poésie Homme Libre...la mer du Nord, la vôtre, la mienne...il y a longtemps.
    Paco Ibañez a chanté pas mal de poètes dont Pablo Neruda. J'aime beaucoup cette chanson désespérée, le poème 20---je vous mets les liens:
    http://www.youtube.com/watch?v=NuTVWQN5Roc&feature=related

    et les paroles du poème de Pablo Neruda en français:
    http://absolutezero.your-board.com/t12-pablo-neruda-chanson-desesperee

    Bon weekend, ¡gracias!

  • la poésie nous mène à l'infini, chaque poème en amenant un autre...
    quel régal!

  • I love poetry)
    It gives meaning to other things and said a more enjoyable ...

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