Les poussières du 11 septembre

Lu dans le Matin du jour sous la plume de Michel Audétat un article qui est entré en résonance: les sentiments inavouables devant les images des avions qui s’encastrent et explosent dans les tours, et leur effondrement. Qui peut dire exactement ce qu’il a ressenti à ce moment?

911-2.jpgFascination

J’en ai parlé avec de nombreuses personnes. Il est difficile de dégager quelque chose de très clair. Quelques pistes toutefois se sont dessinées.

A la télévision l’image n’est pas très sensuelle. Le son n’est pas multidirectionnel, l’odeur manque, les bruits globaux sont absents. Le visuel prime, sans donner cette épaisseur sensible, ce relief aux scènes vues, que confère le réel. On ne réalise pas les distances et il n’y a pas de vrai danger. Les reportages télévisés font donc perdre toute une dimension du réel. L’appréciation que l’on a des scènes que l’on nous donne à voir est très limitée.

Que cherche-t-on alors à regarder en boucle ces images qui restent toujours aussi prégnantes? A digérer, certainement. Comme pour tout choc ou stress il faut passer et repasser sur l’événement pour peu à peu lui donner du sens et en désamorcer la part dangereuse. On doit faire des anticorps. Cela peut prendre des années.

Ensuite on tente de trier ce qui s’est passé en nous pour trouver une position à la fois individuelle et morale - la morale étant l’expression des limites admises par la société. Moralement, ces avions dans les tours, c’est mal. Très mal. Mais individuellement, c’est plus complexe. Sommes-nous terrorisés ou fascinés? Ou les deux à la fois?

La fascination est certaine. Et pourquoi sommes-nous fascinés, alors que sous nos yeux, sous nos yeux, des humains brûlent, se jettent par les fenêtres, s’écrasent comme des paquets de fruits bien mûrs, sont déchiquetés dans une explosion qui n’est pas un effet de cinéma, sont écrasés, réduits en bouillie, les os cassés s’enfonçant dans les chairs, le cerveau répandu, les chairs en feu? Pourquoi insistons-nous à regarder ces deux avions - le premier, tout droit, le deuxième, en léger virage - qui en une seconde pénètrent dans les tours dans une grande boule rouge, jaune et blanche, alors que nous savons forcément qu’a cet instant des centaines de personnes meurent sous nos yeux?

Nous regardons parce que nous ne voyons pas tout cela. Il n’y a pas de cri de souffrance, pas de blessé visible, pas de vue intérieure des incendies et des gens dont la peau carbonise et se décolle. C’est comme un film de Bruce Willis, sauf que c’est vrai. Les avions, les vivants qui se jettent par les fenêtres, le souffle de l’effondrement, le nuage dans les rues, les objets jetés dans tous les sens, c’est réel.

Quelle mise en scène! Quel spectacle! Quels tableaux vivants autour de la mort.


911-3.jpgPoussière

L’intensité de l’image, comme toute intensité, est fascinante. Des sentiments contradictoires et complexes cohabitent en nous. Il y a, pour certains, la satisfaction de voir le «gros» mis à terre par le «petit» - un peu comme l’affaire DSK-Diallo. La revanche du petit, la fragilité du gros, sont comme des revanches sur les frustrations de la vie, sur les blessures du quotidien, sur les multiples humiliations subies et jamais réparées. L’attentat, parce qu’il touche si haut, si gros, a en partie un effet de catharsis, de libération par procuration.

Il y a aussi l’incroyable audace de voir casser les jouets que l’on a fabriqués. L’article rappelle le plaisir que l’on a à détruire un château de sable après l’avoir terminé. Et là, c’est unique: oser lancer délibérément un gros avion dans un gratte-ciel, c’est fort!

Il y a encore l’effondrement en quelques secondes. Métaphore de la vie et de la fortune, si longue à construire, si arrogante dans ses succès, si peu de chose au fond. Si rapide à perdre. L’effondrement des tours signifierait symboliquement qu’il y a une justice: le succès insolent jeté à la face des pauvres et des petits a une fin.

C’est peut-être même un modèle inconscient, un pattern d’échec:

«Poussière, tout n’est que poussière».

C’est aussi un rappel à l’impermanence. Vivons, vivons maintenant, aimons ceux que nous aimons, car dans une heure tout peut être fini. Les tours augmentent notre désir de vivre. Sans drame la vie est terne, et nous la remplissons de nos batailles fabriquées pour contourner l’ennui. Combien d’entre les humains peuvent se satisfaire du bonheur, ou créer leur propre bonheur?

Quel paradoxe: être si peu de chose - et en même temps quelque chose de si extraordinaire: nous sommes la vie qui se développe et s’organise, grandit, chante, rit, jouit. Et meurt aussi en si peu de temps. Cela me rappelle cet homme qui lui aussi a construit un palais:

«Sur cette terre, comme l'ombre nous passons. Sortis de la poussière, nous y retournerons.»


911-4.jpgFoi

Après il faut se positionner. Dire que c’est mal. La morale de la société n’accepterait pas que nous trouvions ce spectacle fantastique.

Après il faut dire si l’on croit la version officielle ou au complot. Le complot, c’est l’expression du désaveu de la puissance des tours et du système qui les a construites. Si les puissants sont capables d’organiser un tel complot, alors les puissants s’effondrent une deuxième fois, moralement, comme si l’effondrement des tours n’avaient pas suffi à rassasier notre besoin de justice.

En quoi avoir foi? Le complot, je n’y souscris pas. Je m’intéresse bien aux questions et aux doutes. Mais j’ai quelques difficultés à entrer dans cette logique du complot. Le magazine Science & Vie de septembre contient un dossier qui démonte scientifiquement les éléments du complot. C’est crédible. De plus, un  complot d’une telle ampleur aurait mobilisé beaucoup de personnes. Des centaines de personnes pour mettre en place une telle logistique, et des explosifs dans les tours. Il y a fort à parier qu’en 10 ans, la mèche aurait été vendue. Par contre l’idée que le gouvernement ait pu avoir vent de l’attentat et ait laissé faire, pour en tirer profit et aller guerroyer au Moyen-Orient, je ne dis pas non. L’équipe de Bush était capable de gros mensonges.

Quant à savoir si cet attentat a changé le monde, j’ai le sentiment que le monde changeait déjà avant. La multipolarité politique était en route depuis 1989. La décolonisation, puis la délocalisation, avait fragilisé les économies. Les sphères d’influence changeaient. La représentation de l’humain était en mutation profonde. Le 11 septembre a plutôt freiné ce processus.

La bombe sur Hiroshima, celle sur Nagazaki, ouvraient la porte à un autre monde. La marche sur la Lune et la conquête de l’espace abolissaient les frontières. Le monde a changé entre 1940 et 1990, bien plus que suite à l’attentat du 11 septembre. Je comprends les célébrations et l’importance de la mémoire et ses rituels. Mais si son importance médiatique est incontestable, je crains que l’on ne surévalue sa dimension «prophétique» et politique.

 

 

 

 

Un peu de fraîcheur:

CouvDiable.jpg

Catégories : société 16 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Moi j’ai choisi : je regarde, j’entends les corps tomber, j’envisage ceux qui brulent dans les étages, je répertorie immédiatement les multiples dégâts physiques dans ma tête, et puis me vient tout de suite Hiroshima.
    Je calcule et j’éteins le poste.

  • @Patricia
    Je ne suis pas certain d'avoir compris votre intervention, tellement ce que je crois y avoir lu me semble absurde. En effet si vous voulez dire que Hiroshima a fait plus de morts que les attentats du 11 septembre et que par conséquent les Américains n'ont guère à se plaindre, vous oubliez de prendre en compte, dans votre calcul, les victimes de la guerre menée par les Japonais (on pourrait même y ajouter celles de la guerre menée par leurs alliés allemands).
    Rétorquer que les guerres sont horribles et injustes et qu'elles font avant tout des victimes civiles ne permet pas d'établir un parallèle entre des faits de guerre entre deux nations et cet acte terroriste mené par un chef de bande au nom de sa propre conception religieuse.
    J'espère avoir mal compris votre intervention et, si c'est le cas, je regrette de vous avoir importunée ou même chagrinée.

  • Ce n'est pas un jugement moral, c'est une captation "esthétique", les deux tours jumelles de septembre 01 comme les deux bombes jumelles d'août 45, Manhattan pour Manhattan. D'ailleurs les Américains l'ont bien senti, qui ont ensuite traqué au titre du 11 septembre les armes de destruction massive... alors qu'aucune arme de la sorte n'avait là servi.

  • Moi non plus je n'ai pas compris, je m'associe au commentaire de Mère-Grand et vous demande "patricia" de nous en dire plus.

    J'ai vécu en direct l'évènement avant que les tours s'écroulent. Je ne peux regarder certaines images avec ces gens qui regardent les avions s'écraser dans ce qui étaient des bureaux avec des salariés, des chefs d'entreprises, des femmes de ménage, une population aussi diversifiée que New-York.

    Pour ce qui est du complot cela amuse des gauchistes pro-palestiniens et quelques idiots. Il y a même des scènes de mauvais films assez bien truquées sur le net pour celles et ceux que ça amuse.

    Ces attentats ont bien une dimension "prophétique" en ce sens que les écrits et les comportements sont clairs depuis des siècles. Encore fallait-il être informé, instruit pour comprendre, et ce qui apparaissait pour des images de cartes postales, n'étaient en fait qu'un mensonge autorisé.Tout ou presque est écrit, on peut penser que -tout n'est qu'interprétation, en fonction de l'oeil, du cerveau et de la culture.

    Le problème, ce sont les faits qui font l'histoire et non l’inverse.

  • Le jour d'après...

    Le 12 septembre
    Tout le monde était dans la pénombre... dans les décombres.
    Certes, on avait trouvé la réponse mais on cherchait toujours la question
    Comme quoi, y a pas plus con que soi...

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/09/le-jour-dapres/

  • @ le journal de personne

    Je suis allé sur votre blog et avec cette musique, j'ai réveillé mon épouse! Elle a dû penser que je regardais une strip-teaseuse...!

    Alors plus con que le con qui m'a fait con (fécond) c'est qui?

  • "Gauchistes pro-palestiniens". Comme Boutin, sans doute? La crédulité des ceux qui croient en une conspiration "intérieure" n'a d'égal que l'hémiplégie intellectuelle de ceux qui ne voient en eux que des gauchistes ou des antisémites. Le pire, c'est que des gens comme Pierre Noël ne font que reproduire les schémas qu'ils dénoncent: apporter des réponses simples à des problèmes complexes.

  • @ Zorg

    Pourquoi faire simple alors que l'on peut faire compliqué? Je n'ai pas de schéma j’essaie de produire du sens. La complexité n'empêche pas d'avoir une vision...C'est un question de cerveau et de volonté.

  • Ils sont forts les terroristes islamiques, très forts. Le 11 septembre, ils ont réussi à suspendre les lois de la physique. Allah doit être très très grand pour leur avoir permis cela. On parle de "faits", hein? et non de complot musulman...

    Déjà qu'ils ont été capables de pénétrer dans le cockpit du vol 77 sans ouvrir la porte. Trop forts!

    Et les insultes (idiots, hémiplégie intellectuelle, etc.) sont un argument sans nul doute particulièrement intelligent de la part de cerveaux qui savent tout et qui ont tout "compris" de la propagande officielle. Il n'a pas fallu attendre dix ans pour que les croyants de la bible du complot officiel déversent leur flots d'insultes plus ou moins directes (par exemple je suis un salaud selon Christophe Weber) contre des gens qui posent simplement des questions. Il s'agit d'avoir des réponses. Mais ceux qui posent des questions n'en reçoivent jamais, ce sont des... (voir plus haut).

  • @Jean
    Visiblement, vous n'avez pas bien lu mon commentaire.
    @Pierre Noël
    Ce que je veux dire, c'est que le champs de ceux qui doutent est bien plus large que les habituels conspirationnistes (calendrier maya, pas d'hommes sur la Lune, etc. ) ou que les simples opposants à Israël. Cette diversité pose question. On peut comprendre le doute, souvent nécessaire dans une époque où le cynisme (et avec lui le calcul) règne en maître. Toutefois, ce qui me semble à chaque fois étonnant, c'est que les tenants d'un complot "interne" - puisque, dans tous les cas, il y a "complot" - ne vont jamais s'informer sur les sites qui démontent leurs thèses. De même, ceux qui les accusent des pires maux du monde, ne prennent jamais le temps d'aller voir leurs arguments et pourquoi ils sont formulés (l'exemple le plus récent dans ce domaine est un édito de Laurent Joffrin, du Nouvel'Ob's, qui non seulement était d'une rare violence mais démontrait sa méconnaissance totale du dossier).
    Je ne crois pas une seconde à une machination de l'administration Bush (je suis en revanche persuadé de son incompétence): mais je ne voue pas pour autant aux gémonies ceux qui s'interrogent, face à ce qu'ils n'expliquent pas. Qu'il y ait parmi eux des illuminés ou des salauds ne me permet en aucun cas de tous les classer dans ces catégorie. Il y a, oui, des zones d'ombre, comme à chaque fois qu'un événement d'importance intervient. Toutes trouvent cependant une réponse, sans (désolé Jean) suspendre les lois de la physique. Il existe d'excellents sites - ainsi que des magazines scientifiques - qui répondent point par point aux questions soulevés par Reopen11.

  • Il n'y a pas que des gauchistes qui sont considérés comme des idiots utiles.

    Obama, Sarkozy, Jupé bref toutes celles et tous ceux qui sont pour un état palestinien islamiste et raciste créé de manière unilatérale sur le dos d'Israël pour des raisons de "valises et de pétrole."

    Les moutons qui suivent ces gens là sont des gens dangereux pour la liberté.Parmi eux figurent les instruits idiots. Ne pas confondre intelligence et instruction..

  • @ Zorg

    Votre point de vue est excellent...et lucide.

  • Je ne vais pas rentrer dans le débat du 11 septembre les gens ont toutes les informations qu'il leur faut s'ils le veulent.
    Cela dit aucun scientifique n'a contredit Nils Harrit professeur de l'université de Stockholm sur ses découvertes et qui ont parues dans un journal scientifique sérieux. Il serait intéressant de voir aussi les deux versions.

    Pour ma par, je ris car il y a des gens qui pensent qu'il y a une différence entre gauche et droite...c'est vrai. Il y a des libéraux de gauche et des libéraux de droite. Libéral et social ne sont pas compatibles. Dès lors le socialisme n'a que le mot mais pas l'approche. Tant qu'au communisme, lui c'est encore pire il pense à la dictature par la masse. Pas si éloigné de notre système démocratique avec le vote comme pouvoir.
    De là à rapprocher avec les pro palestiniens je me demande quand est-ce que le rapprochement avec Winnie l'Ourson et le bisounours va arriver...

    Bien à vous

  • @Mère grand et Pierre Noël :

    Bon, apparemment, il faut que je sois plus précise :
    Je ne sais pas quels reportages vous avez suivi exactement. Pour ma part, j’ai opté pour le très bon reportage des frères Naudet à l’origine consacré à la formation d’une nouvelle recrue pompier.
    Les bruits, les cris, la peur, toutes ces vies qu’on entend s’éteindre à chaque minute : les images filmées sont d’un tel réalisme que cela en devient justement presque irréel.

    Alors ça me ramène à Hiroshima et Nagasaki (non pas que ce soit du fait des américains) dont on a seulement quelques archives floues et qui ne permettent pas de réaliser, je "calcule" le nombre de morts et j’essaie de visualiser et d'entendre d’une manière aussi claire que ce que je suis en train de voir à la télévision en le remettant à son échelle, y compris de violence.

    Je me demande finalement quand est ce qu’un nouveau dingue utilisera l’arme nucléaire et qu’on assistera à un carnage.
    Et comme je suis persuadée que l’homme n’apprend jamais rien de rien, je préfère éteindre mon poste de télé tellement je me sens impuissante face à la folie humaine.

    Par contre, tant qu'à commémorer les morts et réfléchir à des pièces d’eau pour embellir le site, j’aimerais bien aussi voir le gouvernement américain s’occuper des survivants dont certains sont déjà morts de maladies liées aux émanations de poussière et d’autres ont perdu leur job et leur maison.
    Ça, on ne le montre pas, on en parle pas, pourtant, ces gens sont démunis.

    J'espère avoir mieux exprimé ma pensée qui ne tient pas du "bien fait pour toi".

  • @ Patricia

    Merci pour vos précisions.

    Les armes de destructions massives, (nucléaire et bactériologiques entre autres)l'histoire nous prouve que celles-ci ont été inventées pour servir. Combien de pays sont dangereux actuellement, sans compter tout ce qui nous est caché...

    Les croyances pourries et la haine, sont des armes de destructions massives, à retardement.

  • Si ceux qui commentent avaient pris la peine de suivre cette commémoration jusqu'au bout , soit des heures et sur plusieurs chaînes, ils se seraient abstenus de faire des remarques superflues et de se poser des questions de négationnistes. Les comploteurs c'est vous!

    Quelle pitié!

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