29 juillet 2011

Y a-t-il un risque fasciste en Europe?

Dans les années 1970 les attentats était perpétrés principalement par l’extrême-gauche italienne et allemande. Puis ce fut majoritairement le fait des palestiniens, suivis de l’extrémisme islamiste. Il y a eu aussi quelques agressions antisémites: des attaques contre des synagogues et des profanations de cimetières.


nationalisme1-Claude_Monet_043.jpgAprès Oslo

La tuerie d’Oslo a rappelé une autre dangerosité politique: le nationalisme extrémiste local. Suite aux actes d’Anders Behring  Breivik des commentateurs comparent même notre période à celle qui a vu la montée du nazisme dans les années 1920-1940, soit à la croissance et la prise de pouvoir par des idéologies fascistes. Le risque fasciste est-il réel aujourd’hui?

Il y a des points communs avec cette époque, mais davantage encore de différences, selon ce que j’ai pu apprendre de l’Histoire européenne.

Les points communs sont d’abord la crise économique et la paupérisation. Cela favorise l’adhésion à des projets politiques radicaux supposés apporter une forme de salut économique, social et moral. L’envie de punir ceux qu’on estime avoir été des profiteurs ajoute au manichéisme qui pointe dans notre époque.

Un autre point commun est la désignation d’une partie de la population comme partiellement ou totalement responsable de nos malheurs. A l’époque c’étaient les juifs. Aujourd’hui ils restent des cibles, mais se sont rajoutés les musulmans. On ne voit plus ce que les extra-nationaux apportent au pays mais seulement ce qu’ils prennent. Ce rétrécissement de la vision fait partie du processus de simplification excessive des problèmes d’un pays et de l’instauration d’un régime autoritaire supposé porter le salut.



Qu’en est-il des différences?

Le fascisme s’est théorisé sur le fond des nationalismes très marqués à l’époque. La nation était un contrepoint aux trop nombreuses guerres qui avaient marqué l’Europe, faisant changer les souverainetés et l’appartenance de certains territoires. La nation était aussi portée par l’instauration des démocraties. Les citoyens n’appartenant plus à un seigneur, cette appartenance s’est identifiée à un territoire défini sur lequel ils avaient des droits et une forme de pouvoir politique porteur d’émancipation. Les nationalismes italiens et allemands promettaient aussi une émancipation et les régimes qu’ils ont produits prétendaient agir au nom du peuple - alors pourtant qu’ils le contraignaient.
nationalisme7.jpg
Les nationalismes qui ont mené aux fascismes se sont aussi construits contre l’ennemi politique d’alors, le communisme, qui partage quelques similarités avec les fascismes: le parti unique, les camps, les pogroms anti-juifs, et une forme d’impérialisme dans ce qu’on en a vu en ex-URSS - soit un nationalisme élargi aux pays satellites qui se soumettaient à leur maître.

L’Europe était troublée par des décennies d’instabilité due à la transformation des anciennes monarchies en régimes plus démocratiques, et par la première guerre mondiale qui avait laissé d’intenses frustrations et des désirs de revanches en particulier en Allemagne. Exalter la nation et l’ordre militaire tout en stigmatisant un bouc émissaire supposément responsables de nos problèmes avait une forte résonance dans les populations.

Ces nationalismes de l’époque étaient imprégnés d’esprit de conquêtes territoriales: conquérir d’autres pays était promesse d’enrichissement. Il est donc foncièrement guerrier, la guerre permettant les conquêtes et stimulant momentanément l’économie. Actuellement les grands pays européens ont accepté leurs frontières et ne mettent plus en cause leurs limites territoriales. Le nationalisme qui se manifeste est davantage une réflexe de protection que de conquête. Les relations internationales, au moins en Europe de l’ouest, ne portent en germe aucun conflit de nature à déclencher une guerre.

Autre différence: à l’époque des débuts de Hitler, il y a eu une théorisation forte du fascisme. Le livre Mein Kampf prévoyait un état raciste et impérialiste et posait les bases politiques et culturelles du fascisme. Le futur régime a eu besoin de cette théorisation pour croître. Actuellement il n’existe rien de tel. Les «bibles» du passé, comme par exemple le petit livre rouge de Mao, ont trop vieilli pour s’adapter au monde actuel et inspirer un nouveau totalitarisme. Mais on ne doit pas penser que cela ne viendra pas. Le manifeste du tueur d’Oslo: «2083, une déclaration d’indépendance européenne», dont je n’ai lu que des extraits, pourrait-il représenter ce document? Ce n’est pas impossible. Il mélange des thèmes d’exclusion sociale, de stigmatisation de catégories de la population, et de ressassement de la perte identitaire. Mécanisme de repli faute d’une ouverture maîtrisée.

Il est à noter que certains de ces thèmes se retrouvent à gauche comme à droite, tant dans les groupes l’extrême-gauche que d’extrême-droite, et aussi sous des formes moins tranchées: l’identité nationale et ses déclinaisons répressives (anti-roms par exemple) pour la droite; le lobby sioniste ou la guerre contre les oligarchies et les riches pour la gauche, par exemple. En réalité ces thèmes ne sont pas nouveaux et sont en partie déjà prédigérés par des partis politiques en place. L’impact de ce document (2083) ne pourra à mon avis dépasser le cadre de groupuscules. Mais il apporte une pierre de plus à la contestation actuelle d’une certaine forme d’humanisme. Quelques mots à ce sujet.


nationalisme4-hitler-mussolini.jpgL’apprivoisement du différent

L’humanisme fleur bleue du 20e siècle voudrait que l’on ouvre ses bras à l’autre (l’étranger, l’immigré, ou le différent originaire de nos pays) simplement parce qu’il est autre. Le culte de l’Autre donne bonne conscience et le sentiment d’aimer son prochain. Dans cette optique, questionner l’autre sur sa manière d’être est perçu comme un désaveu de sa présence. On voit comment les gauches européennes, en refusant de parler d’immigration par peur de passer pour «excluantes, ont laissé ce champs à d’autres groupes. Ce qui s’explique par la philosophie de refus de l’exclusion sociale et le principe de solidarité avec le plus faible. Mais pratiquée aveuglément cette philosophie ne répond pas à la situation actuelle.

Si l’on compare un pays à une maison, il est normal de demander à celui qui frappe à la porte de respecter nos coutumes. Cela se fait partout, dans tous les pays, et c’est un premier pas vers l’apprivoisement de la différence. Le respect que l’étranger témoigne à celui qui accueille facilite l’intégration et le partage. C’est regrettable de voir que ce discours basique a été laissé à l’abandon par les gauches, et qu’elles stigmatisent ceux qui le tiennent en les traitent de fascistes. Il y a un malaise avec l’immigration venant de certaines cultures, en particuliers certaines cultures religieuses. Nier ce malaise, ne pas en faire des sortes d’Etats Généraux de l’immigration et de l’altérité, c’est encourager les extrémismes.

Dans un récent billet Philippe Souaille rappelait que les européens sont à peu près tous les produits d’une forme de multiculturalisme depuis des millénaires. Historiquement, le fait de fixer des règles pour gérer le vivre ensemble de communautés différentes a déjà existé. L’adhésion aux lois de la République devrait-elle suffire? Ces lois portent-elle les valeurs propices à désamorcer les contradictions et conflits entre les différentes origines communautaires? Encore faudrait-il que cette adhésion soit manifeste. Le discours anti-blanc qui culpabilise les européens à cause de leurs colonisations passées n’est pas mieux que le racisme affiché par certains blancs. Il faut faire l’impasse sur ce passé. Tous nous avons étés oppresseurs et opprimés à un moment de l’Histoire. Tant que ces conflits perdureront le racisme et les extrêmes proliféreront. Il faudrait donc faire de l’immigration une sorte de Grande cause européenne, avec des débats auxquels participent toutes les forces des pays. Tout doit être mis sur la table si l’on veut espérer sortir de l’ornière actuelle.

Enfin, dernier point différent entre les années 1920-1940 et aujourd’hui: les populations d’alors croyaient aux idéologies dures et y cherchaient un espoir. Aujourd’hui les population européennes ont muri et savent qu’il n’y a pas de solution miracle. L’adhésion à un sauveur sera moins facile à provoquer. Mais que surgisse une personnalité hors du commun dans une crise qui s’aggraverait encore, on ne peut exclure qu’une bascule s’opère vers un nouveau fascisme. Pour l’éviter les «yaka» ne suffisent pas. Le débat de société doit aller plus loin, plus profond, sur le monde que nous souhaitons. Les positions contradictoires devraient passer du stade de clivages irréductibles à celui de complémentarité critique et d’approches multiples de la complexité du monde. N’oublions pas que le simplisme et la pensée noir/blanc sont parmi les germes du fascisme.

 

 

 

 

 

Comment gérer la violence quand elle s'impose à nous:


CouvDiable.jpg

17:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : oslo, fascisme, hitler, mussolini, nazisme, breivik, 2083, europe, nationalisme, exclusion, gauche, droite, socialisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Entre 1920 et 1925, il y avait 25 000 détenus dans des goulags qui existaient déjà sous le Tsar contre plusieurs millions sous Staline, dans les années 30. Il serait bien de cesser cette propagande anticommuniste.

Écrit par : Diallo | 29 juillet 2011

"On ne voit plus ce que les extra-nationaux apportent au pays mais seulement ce qu’ils prennent."

et ils apportent quoi, a part de la diversité culturelle, et en plus on ne fait rien pour intégrer ces immigrants, on ne leur demande même pas de respecter les lois laÏques du pays qui les acceuille, éconnomiquement ils n'apportent rien ils coûtent, aucun pays ne peut supporter le coût d'une immigration libre et de lois sociales comme en france. dixit michéle tribalat. l'apport de l'immigration ne servira pas a payer les retraites de nos babyboomers.

" Le discours anti-blanc qui culpabilise les européens à cause de leurs colonisations passées " il n'y a pas a être culpabilisés, de notre passé colonial, et si c'était le cas ce n'est pas une raison de refuser de s'intégrer.

Ah part deux annnées les pays colonisées onts coûtés à la métropole.

""Quant à l'islamophobie dont le MRAP et quelques autres nous rebattent les oreilles, elle n'est en rien la survivance d'une culture coloniale, plu¬tôt islamophile, à la manière d'un Augustin Berque, qui faisait preuve de curiosité humaniste. Sa construction, au contraire, est récente. Elle est, d'abord, le produit de l'ignorance. Elle est, surtout, une réaction de crainte - pas totalement injustifiée au demeurant - alimentée par la violence des fon-damentalistes et autres talibans et jihadistes.
Comment ne pas s'inquiéter, en effet, de la férocité du régime iranien à l'égard de ses opposants ? de la fatwa condamnant à mort le grand écrivain Salman Rushdie ? des arrestations des modernistes égyptiens et de l'assassinat de l'un d'entre eux - Farag Foda, en 1993 -, ou encore de la tentative contre Youssef Cha-hine ? Faut-il admettre l'assassinat de Théo Van Gogh aux Pays-Bas et passer par pertes et profits le saccage par les talibans des statues géantes de Bouddha, ce patrimoine culturel de l'humanité, ainsi que l'effa-rante attaque contre la liberté de la presse - et de la pensée tout court - qui a pris prétexte de la publica-tion de caricatures de Mahomet ? Comment ne pas s'inquiéter également lorsque dans un pays, le Nigeria, certaines provinces appliquent la charia (c'est-à-dire les châtiments corporels, la lapidation des femmes condamnées pour adultère, etc.) et que les nouveaux maîtres de la Somalie veulent en faire autant ?
Comment oublier les horreurs de la guerre civile qui a déchiré l'Algérie ? Comment oublier enfin les atten¬tats jihadistes qui ont ensanglanté New York le 11 septembre 2001, Madrid le 11 mars 2004, Londres le 7 juillet 2005, Bombay le 11 juillet 2006 ? Comment exiger de l'opinion publique qu'elle trace une frontière nette entre les fondamentalistes, les jihadistes et les musulmans « tranquilles », alors que ces derniers se mobilisent bien peu pour condamner les premiers ? Et pourtant ! Les son¬dages sont unanimes à relever que les musulmans de France ne font l'objet d'aucun rejet massif.
Prétendre que les Français doivent faire acte de repentance pour expier la page coloniale de leur histoire et réduire les fractures de la société fran¬çaise relève du charlatanisme ou de l'aveuglement. Cela conduit à ignorer les causes véritables du mal et empêche donc de lui apporter les remèdes néces¬saires. Le risque est grand, alors, de voir une partie des Français, bien persuadés qu'ils seront à jamais les indigènes d'une République irrémédiablement marquée du sceau de l'infamie coloniale, vouloir faire table rase et jeter, en même temps, nos insti¬tutions et le principe sur lequel elles reposent depuis la Révolution française : l'égalité en droit des individus. Belle révolution en perspective - peut-être même déjà en cours -, qui amènerait à créer en France un patchwork de communautés, avec leurs spécificités, leurs règles, leurs droits, leur
police et leur justice - à l'appartenance desquelles les individus seraient assignés, avec ou sans leur accord. Une France, grâce à l'action du MRAP, définitivement débarrassée de l'horreur laïque, où chacun pourrait exhiber au sein des établissements scolaires ses convictions religieuses ou politiques. Une France où l'on serait blanc, noir ou arabe, chrétien, juif ou musulman - éventuellement athée - avant d'être français. Bref, une France de l'Apartheid."

"Est-on sûr qu'aujourd'hui, pour les jeunes Fran-çais que l'on dit issus de l'immigration coloniale ou post-coloniale, l'ascension est plus difficile, plus ségrégative ? Oui ! affirment ceux qui se prétendent les indigènes de la République. L'inventaire des signataires de cet appel, publié par le site internet « Touteségaux », réserve une surprise de taille : à leur corps défendant, les pétitionnaires témoignent qu'ils sont, eux aussi, les produits de ce creuset fran¬çais dont on annonce un peu trop vite la faillite ou la disparition. Eux aussi, et c'est heureux, sont des fils et des filles de cette République qu'ils vouent aux gémonies mais qui a assuré leur promotion sociale. Parmi les 942 professions identifiées, que de bacs plus 4! 208 étudiants, 119 enseignants, chercheurs, 189 ingénieurs, cadres et techniciens, 49 fonctionnaires, 63 professions libérales (méde-cins, pharmaciens, architectes, avocats, consul¬tants...), 52 éducateurs ou travailleurs sociaux, 13 infirmiers, 103 employés, 26 artistes, chanteurs ou écrivains, 22 journalistes (dont un journaliste algé¬rien en exil venu se réfugier dans l'enfer post-colo¬nial français !), 20 patrons ou gérants de société, 1 banquier d'affaires, 19 commerçants et artisans, etc. et seulement 30 ouvriers.
Lire la rubrique quotidienne du Parisien, « par¬cours réussi », c'est voir à l'œuvre le creuset fran¬çais. Celui de Thomas Assiogbon ' est éclairant. Né il y vingt-cinq ans d'un père béninois et d'une mère martiniquaise, monsieur Assiogbon a « tou¬jours vécu à Orly (Val-de-Marne), cité des Saules. Une des plus chaudes de France d'après la liste de Sarkozy ». Grâce à ses parents qui l'ont « toujours poussé à faire des études en [lui] expliquant que c'était le meilleur moyen de s'en sortir » il est, aujourd'hui, attaché commercial chez Manpower. « Les études, c'est un investissement : ça paye un jour ou l'autre. » Après le bac, un DUT obtenu à l'IUT de Créteil puis une maîtrise d'administra¬tion économique et sociale à l'université d'Évry. Ensuite, « tout s'enchaîne très vite : un CDD chez Orange à Ivry, puis l'embauche chez Manpower. Après vingt-cinq ans passés à la cité des Saules, Thomas envisage aujourd'hui d'acheter un appar¬tement dans l'Essonne ».
Loin d'être atypique, ce parcours remarquable est celui de dizaines de milliers de jeunes « issus des banlieues "

"Les Algériens venus en France ont aussi bénéficié d'un traitement préfé¬rentiel, d'une politique de discrimination positive.
Le lecteur de La République coloniale, dont les auteurs prétendent, en toute modestie, vouloir « transformer les interrogations, les analyses, les études sur la période coloniale et post-coloniale, dispersées jusque-là, en un mouvement, une "école" de recherche ' », ne saura rien de cette autre dimension de l'histoire des politiques d'immigra¬tion en France.
Il n'en saura guère plus sur le fait que cette poli-tique « discriminatoire » s'est prolongée après 1962. Car l'article 7 de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière, annexée aux accords d'Évian, dispose que « les ressortissants algériens résidant en France et notamment les tra¬vailleurs auront les mêmes droits que les nationaux français, à l'exception des droits politiques ». Le nombre d'Algériens installés en France doublera en dix ans, pour atteindre 720 000 en 1972. Cette liberté de circulation et d'installation, cet accès libre au marché français du travail, cette égalité des droits
sont-ils l'aboutissement des efforts d'un patronat avide de perpétuer un réservoir de main-d'œuvre bon marché dont l'existence serait menacée par l'in¬dépendance de l'Algérie ? Rien dans les archives ne permet de justifier cette hypothèse. Est-ce, à l'issue d'un marchandage, la contrepartie des garanties accordées aux Français désireux de rester en Algérie après l'indépendance ? Mais alors, comment expli¬quer que, dès i960, ces mêmes libertés de circula¬tion et d'installation sont accordées aux ressortissants des États d'Afrique noire, anciennes possessions fran¬çaises, où il n'existait pas de peuplement français à protéger ? Pourquoi, d'autre part, ce régime privilé¬gié s'est-il perpétué alors que le gouvernement algé¬rien, à peine installé, reniait les engagements souscrits à Évian ?
Enfin, pourquoi taire que cette France accusée de racisme à tort et à travers s'est montrée beaucoup plus accueillante à l'égard de ses anciennes populations colonisées que la Belgique ou que la Grande-Bretagne ? Toutes deux ayant « soumis à l'obligation du visa les originaires de leurs anciennes colonies ' » dès l'accession à l'indépendance de celles-ci.
L'explication de cet article 7 est donc à chercher plutôt du côté des autorités algériennes. Les diri-geants du FLN, se posant en héritiers de l'adminis-tration coloniale qu'ils viennent de combattre avec succès, n'admettent pas que les frontières françaises
se ferment à leurs compatriotes et que ceux-ci relè-vent, désormais, du régime commun aux travail-leurs étrangers. En effet, lorsque, le 10 avril 1964, Paris décide de limiter à 12 000 le nombre de tra-vailleurs algériens autorisés à s'installer chaque année en France, Alger n'a de cesse d'obtenir le rétablissement de l'exception algérienne. Lors des discussions bilatérales de mars-avril 1966, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, plaide à nouveau pour l'accroissement de l'émigration algérienne en France. Il réclame, « pour résorber ses trois millions et demi de chômeurs, l'entrée d'un contingent annuel de 50 000 ouvriers de 1967 à 1975 l », voire le retour à la liberté totale de circulation. Finalement, en décembre 1968, le gouvernement algérien obtient que ce contingent soit relevé à 35 000 pour les années 1969 et 1970. Les deux années suivantes, il est abaissé à 25 000, à la demande des autorités françaises2.
Dans l'impossibilité de répondre aux promesses faites à leur peuple pendant la guerre d'indépen-dance, les caciques du FLN en ont été réduits à
1. Ch.-R. Ageron, « La politique française de coopération avec l'Algérie, des accords d'Evian à la retraite du général de Gaulle (mars 1962-avril 1969) », in De Gaulle en son siècle, communication reproduite par M. Vaïsse, Vers la paix en Algé¬rie, Bruylant, 2003, p. 498.
2. A. Spire, Etrangers à la carte, L'administration de l'immi-gration en France (1945-1975), Grasset, 2005, p. 241
se tourner vers l'ancienne puissance coloniale pour pallier les faillites de leur politique. Tragique ironie du destin, c'est à nouveau par l'immigration en France du trop-plein de main-d'œuvre locale que les autorités algériennes, comme la veille les auto-rités coloniales, ont espéré conjurer les crises qui minaient la société algérienne. Hélas pour le peuple algérien, avec le même succès !
En septembre 1973, le revirement algérien, qui suspend unilatéralement l'émigration à la suite d'incidents racistes dont des Algériens ont été vic-times à Marseille, est loin de plonger le patronat français dans le désespoir. Ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher les origines d'une crise qui sonne le glas des Trente Glorieuses. On peut, en revanche, s'interroger sur ses conséquences pour la population algérienne."

"
C'est une population pour une grande part « clo-chardisée ' » que les soldats du contingent décou¬vrent avec stupéfaction. À deux reprises, l'un d'eux livre sur ce point un témoignage poignant par sa sobriété. De Cherchell, le 28 septembre 1958, André Segura écrit à ses parents : « j'ai dû donner, pour la plus grande joie d'un petit Arabe, mon vieux duffle-coat qui maintenant est une loque moisie mais qu'un enfant d'ici utilisera très bien ». Du même, dans un courrier rédigé de Constantine, le 5 octobre suivant : « Si vous pouviez voir la couleur des vête¬ments de ces gosses et leurs détails, vous constateriez qu'on les croirait sortis de la cour des Miracles alors que Villon y chantait encore. La misère est ici sous la forme la plus brutale, ils se battent pour quelques sardines »2.
L'émigration constitue la seule échappatoire à cet univers de misère, dès lors que le système colonial entrave les possibilités d'industrialisation de la colonie et d'une réforme agraire audacieuse. Le rythme même des courants migratoires en témoigne. C'est principalement la situation des
1. G. Tillion, L'Algérie en 1957, Minuit, 1957.
2. Lettres d'Algérie, André Segura, la guerre d'un appelé, 1958-1959, Nicolas Philippe, 2004, p. 171 et 184.
récoltes, en Algérie, qui régit désormais l'impor-tance des départs pour la France '. Comme aucun obstacle administratif ne s'oppose à leur venue en métropole, les Algériens, parce qu'ils sont fran¬çais, se tournent vers elle pour se procurer ce que leur terre leur refuse. Espérance souvent trahie, d'ailleurs, comme le préfet de Constantine le sou-ligne dans une note adressée en mai 1949 à ses subordonnés : « Si le chômage sévit en Algérie et s'il est le principal responsable de l'exode des travailleurs, ceux-ci sont trop souvent victimes des illusions qui leur font espérer trouver en France continentale les moyens de subvenir à leur existence. L'expérience a malheureusement prouvé la vanité de ces espérances et il est essen¬tiel d'intensifier la campagne psychologique des¬tinée à leur démontrer les risques de misère auxquels ils s'exposent en quittant leur pays sans contrat de travail. Un cas particulier typique per¬met d'illustrer cette situation. Le maire de Faux-la-Montagne (Creuse) m'a tout récemment demandé de déconseiller aux travailleurs origi¬naires du département de Constantine, de se ren¬dre désormais dans sa commune où les effectifs
1. L. Henry, A. Girard et J. Leriche, Les Algériens en France, INED, Travaux et documents, Cahier n° 24, 1955, p. 55. L'idée que ce sont les besoins du marché français du travail qui commandent l'entrée des Algériens en France, même après la Seconde Guerre mondiale, est tellement ancrée dans les consciences qu'elle est reproduite comme une évidence, notam¬ment par A. Zehraoui, « Les Algériens, de la migration à l'installation », in Ph. Dewitte, Immigration et intégration, l'état des savoirs, La Découverte, 1999, p. 121.
1. CAOM, 93/4127, préfecture de Constantine, le préfet Petitbon aux sous-préfets, 16 mai 1949, n° 3007 ST.
2. CAOM, 93/4127, sous-préfecture de Bougie, extrait d'un rapport, période du 8 août au 8 septembre 1949, n° 318/SAD.
du personnel employé à la construction d'un bar-rage sont depuis longtemps au complet1. » Constat corroboré, au même moment, par le sous-préfet de Bougie qui avoue son impuissance à endiguer le départ des émigrants de son arron¬dissement : « D'une manière générale, nous avons beaucoup de main-d'œuvre disponible dans l'arrondissement, mais cette main-d'œuvre n'est pas de qualité [...]. Ces ouvriers en demi-chômage sont beaucoup tentés par la métropole, où ils espèrent trouver à s'employer. Nous enre¬gistrons actuellement une augmentation des départs vers la France. L'active propagande que nous menons pour déconseiller ces départs ne porte plus ses fruits2. »
L'émigration permet d'abord d'alléger la pres¬sion démographique dans la colonie. Comme le gouverneur général le rappelle dans une lettre adressée au ministre du Travail, en août 1954, « l'utilisation dans les entreprises métropolitaines de la main-d'œuvre algérienne excédentaire consti¬tue le seul palliatif aux problèmes posés par l'ac-croissement démographique de l'Algérie, dont les
ressources industrielles et agricoles sont insuffi-santes eu égard à sa population1 ».
Elle constitue, ensuite, une source de revenus indispensables à des centaines de milliers de familles. Selon des estimations proposées par Robert Delavignette, « un million et demi de per-sonnes demeurées dans les douars vivent de l'ar-gent gagné en Métropole. Sur les 60 milliards de salaires touchés dans la Métropole, 35 milliards ont été envoyés en mandats en Algérie2 » Pour le département de Grande Kabylie, en 1958, on estime que « les transferts de salaires et d'alloca-tions correspondantes représentent près de la moi¬tié des moyens de vie ; la proportion est même de l'ordre des deux tiers dans l'arrondissement d'Azazga3 ».
C'est, enfin, comme le souligne le gouverneur général Roger Léonard, un des éléments les plus positifs de la balance des comptes de l'Algérie4, puisque ces transferts couvrent à eux seuls, bon an mal an, presque la moitié du déficit commercial de l'Algérie vis-à-vis de la métropole.
L'immigration coloniale en France ne repose donc pas sur les besoins en main-d'œuvre de la métropole, mais sur la nécessité impérieuse, pour des centaines de milliers de familles algériennes, de disposer des ressources indispensables à leur existence.



1. Lettre du 24 août 1954, citée in «Procès-verbal des séances du groupe de travail pour l'étude de la situation écono¬mique et sociale en Algérie, annexe IV, p. 10.
2. R. Delavignette, « Situation économique et sociale de l'Algérie », Rapport présenté au nom de la Commission de l'économie de l'Union française, 1955.
3. Plan de Constantine, Rapport général, Alger, 1960, p. 62, n. 1.
4. R. Léonard, Exposé à la Société française de géographie économique, 16 février 1954, Documents algériens, hors série, 1954.

Écrit par : leclercq | 29 juillet 2011

suite

"Quelle part les immigrés ont-ils prise au rétablis-sement de la France après 1945 ? Dès lors qu'on veut nous persuader que les « Kabyles ont recons-truit la France », il n'est pas malvenu d'apprécier la pertinence de cette allégation à l'aune de quelques données chiffrées. Tous les historiens de l'écono¬mie française s'accordent pour estimer qu'en 1950-1951, la France s'est relevée des destructions de la guerre. Cinq à six ans d'efiforts et de sacrifices considérables ont été nécessaires pour parvenir à ce résultat. En 1951, 150000 Algériens et moins d'une dizaine de milliers de Marocains et de Tuni¬siens sont en France : ces 160 000 coloniaux - à supposer que tous soient des actifs - comptent alors pour moins de 1 % de la population active totale. Difficile d'admettre qu'une si faible propor¬tion ait pu parvenir à un tel résultat !
Mais, objectera-t-on, si les ouvriers algériens sont encore peu nombreux, on ne peut nier qu'ils occupent dans l'industrie les tâches les plus diffi-ciles, les plus dangereuses, les plus rebutantes et les moins bien rémunérées. Ils font ce que les Français ne veulent plus faire. De ce point de vue, leur apport est donc bien indispensable, comme le directeur des établissements Francolor le reconnaît, en février 1947 : « Nous avons beaucoup de mal à trouver des ouvriers français. Cette année, les tra-vailleurs nord-africains nous ont bien dépannés1. »
Cette certitude, désormais gravée dans les Évan-giles de la bien-pensance, repose pourtant sur une
lecture partielle - et donc partiale - d'une réalité autrement plus complexe. La lecture partielle se fonde sur un constat statistique : en 1952, 71 % des Nord-Africains travaillant en métropole sont des manœuvres, 24 % des OS et seulement 5 % des ouvriers qualifiés1. À Renault-Billancourt, en 1954, 95 % des ouvriers algériens sont manœuvres ou OS. Incontestablement, la plupart des ouvriers algériens se situent donc bien aux échelons les plus bas de la hiérarchie ouvrière. Mais, de partielle, la lecture devient partiale, dès lors que, de ce constat, on glisse vers l'idée qu'ils se substitueraient systé-matiquement aux Français désormais absents de ces postes, c'est-à-dire que le monde des manœuvres et des OS serait essentiellement peuplé de travailleurs coloniaux. Or, si l'on observe l'ori-gine des ouvriers qui occupent ces emplois, on trouve d'abord des ouvriers français, puis des ouvriers italiens, belges, espagnols, polonais, etc., qui, sur ce plan, partagent le sort de leurs cama-rades nord-africains. Renault-Billancourt, premier employeur d'Algériens, occupe 19 000 manœuvres et OS au début des années 1950. Sur ce total, 3 200 sont nord-africains, soit moins de 17 %2.Autrement dit, les quatre cinquièmes des ouvriers les plus humbles de Billancourt ne viennent pas d'Afrique, mais des régions de France et des pays voisins d'Europe.
Sans mésestimer l'apport de la main-d'œuvre coloniale à l'entreprise de reconstruction, affirmer qu'elle a joué un rôle décisif à cette occasion n'est pas seulement excessif. A ce niveau d'exagération, c'est de fable - ou de mensonge - qu'il faut parler ! Après la Seconde Guerre mondiale comme à l'issue de la Grande Guerre, la main-d'œuvre coloniale n'a pas eu l'importance numérique et donc écono-mique qu'on lui accorde généralement. Son rôle dans le relèvement national est même marginal - ce qui ne veut pas dire inutile - et une autre politique migratoire aurait pu, sans difficulté, pal¬lier son absence. "

"En septembre 1961, alors que l'indépendance prochaine de l'Algérie ne fait plus aucun doute, le ministère des Finances évalue les conséquences économiques et financières de cette sécession. Le résultat de cette étude1, loin d'être inquiétant, conclut au contraire que le lien colonial « a pour conséquence de faire payer par la France la plupart des exportations algériennes à des prix de soutien sensiblement supérieurs aux cours internatio¬naux » : très précisément, la France paie les pro¬duits algériens 68 % plus cher que ce qu'elle débourserait si elle se fournissait en Italie ou en Espagne. En réalité, si l'Algérie vend la quasi-tota-lité de ses productions agricoles en métropole, c'est tout simplement parce que la cherté de ses produits lui ferme les marchés étrangers, comme le déplore, en 1953, la Confédération générale du patro¬nat algérien : « Les productions nord-africaines d'agrumes, de primeurs, de fruits, de dattes, d figues, de plus en plus, ont besoin du march national pour assurer leur écoulement et d'u: marché national protégé parce que nos prix n peuvent pas soutenir la concurrence des autres pa> méditerranéens producteurs1. »
Ce qui est vrai pour l'Algérie l'est, à des degrt divers, de toutes les productions de l'empire : le bananes coloniales sont payées 20 % au-dessus de cours mondiaux ; les oléagineux d'Afrique frar çaise sont achetés 8 120 francs le quintal, soit u surprix de 32 % ; l'huile de palme, achetée 10^ 105 francs le kg au Dahomey ou au Cameroun coûte 86 francs à Anvers. Si les phosphate d'Afrique du Nord sont concurrentiels, c'est parce qu'ils reçoivent une subvention pour le transport: et la manutention d'un montant « d'environ 2 mi liards 400 millions, en 1954, alors que la valet de produit est de 6 milliards », soit une ristourne équivalant à 40 % du prix du produit."


De 1900 à 1962, le solde commercial des colo-nies avec la métropole n'a été excédentaire qu'une année sur trois, notamment lors des deux guerres mondiales. Avec l'étranger, une seule fois, en 1926. Au total, les déficits commerciaux cumulés s'élè-vent à 44 milliards de francs-or, soit trois fois le montant total des aides accordées à la France par les États-Unis entre 1945 et 1955 ' ! Comment ce trou a-t-il été comblé ? Aucun pays, livré à lui-même, n'aurait pu vivre aussi longtemps sur un tel pied. Les deux tiers du temps, les colonies vivent à découvert, parce qu'un tuteur généreux, l'État français, assure leurs fins de mois. Pour l'essentiel, en effet, c'est à coup de subventions et de prêts accordés par le Trésor public que les colonies bou¬clent leur budget, comme le découvrent les hauts fonctionnaires du ministère des Finances, lorsque, aux débuts des années 1950, ils entreprennent pour la première fois, d'établir les comptes de la nation. Leur conclusion est sans appel. Selon l'un d'entre eux, François Bloch-Lainé, ancien directeur du Trésor, « le système du pacte colonial si critiqué depuis la guerre, s'est presque renversé au béné¬fice des pays d'outre-mer. Désormais, ceux-ci importent beaucoup plus en provenance de la métropole qu'ils n'exportent vers elle. La différence
entre leurs importations et leurs exportations est compensée par des transferts de capitaux, pour la plupart publics, qui sont effectués dans le sens métropole-outre-mer. Ces transferts sont principa-lement destinés à contribuer aux dépenses d'inves-tissements des territoires. Tout se passe comme si la France fournissait les francs métropolitains qui permettent à ses correspondants d'avoir une balance profondément déséquilibrée : ainsi s'opère, aux frais de la métropole, le développement éco-nomique de tous les pays d'outre-mer, sans exception1 ».
La même année, établissant précisément « les comptes et les charges de la tutelle » que la France exerce sur l'Algérie, le sénateur du Vaucluse, Marcel Pellenc, rapporteur de la commission des Finances de la Haute Assemblée, relève à son tour que le premier client de la métropole est un consommateur bien singulier puisque, « pour un tiers, il ne paie ses achats qu'avec les fonds que le vendeur lui donne2 ».
Alors qu'elle est confrontée aux défis de la reconstruction d'après-guerre, tandis que des besoins essentiels de la population métropolitaine, comme le logement, restent sans solution, la
France consacre une part importante de ses res-sources à l'accroissement de la consommation et à l'équipement de ses colonies. Cet effort laisse rêveur quand on sait qu'aujourd'hui les pays déve-loppés sont très loin de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut aux pays en voie de dévelop-pement comme ils s'y étaient engagés en 1970 à l'ONU."

"Pourtant, ce n'est pas dans les besoins de l'in-dustrie française, quelques cas d'espèce exceptés, qu'il faut chercher l'origine de l'immigration mas¬sive des Algériens dans la France de l'après-guerre et des Trente Glorieuses. Contrairement à la légende, le patronat français n'est pas allé sur place enrôler la main-d'œuvre algérienne. Pourquoi, d'ailleurs, se serait-il lancé dans un racolage coû¬teux, alors que les candidats se pressent aux portes des usines ? Chez Renault-Billancourt, « les embauches s'effectuent sur place, par sélection des candidats qui se présentent spontanément aux portes de l'entreprise2 ». Dans son roman Elise ou la Vraie Vie, Claire Etcherelli décrit ces mêmes files d'attente aux portes des usines Citroën du quai de Javel : « A huit heures moins le quart, je revins au bureau d'embauché. Quelques hommes, des étran¬gers pour la plupart, attendaient déjà3. »Comment expliquer d'ailleurs le paradoxe d'une main-d'œuvre qu'on aurait fait venir alors qu'elle est frappée par un chômage massif? En 1953, 115 000 des 220 000 Algériens présents en France sont au chômage, à un moment où les statistiques officielles enregistrent au total 179 000 demandes d'emploi non satisfaitesl.
On ne peut pas non plus se satisfaire de l'argu-ment d'un racisme généralisé des patrons, même s'il a existé chez certains. Parce que alors, comment comprendre qu'au même moment les travailleurs marocains, objet d'appréciations élogieuses, consti-tuent une main-d'œuvre estimée et recherchée ? Ainsi la direction des Charbonnages de France envoie-t-elle des recruteurs sillonner l'Anti-Atlas où elle embauche 30 000 mineurs entre 1945 et 1979."

source pour en finir avec la repentance coloniale de daniel Lefeuvre

Écrit par : leclercq | 29 juillet 2011

Je crois que cette image illustre bien des choses, sur le continent européen : http://www.realstreet.co.uk/wp-content/uploads/2011/03/racist-shout.jpg

Écrit par : Courant alternatif | 29 juillet 2011

Y'a encore des nostalgiques il suffit de les ignorer leur orgueil n'a que le mérite de pouvoir s'afficher sur des restes peu honorables et pour ceux ayant vécu et vu les réglements de compte dont beaucoup hélas ne sont pas terminés des dossiers ayant disparus,ceux là croisent les doigts afin que leur descendance n'ait pas à revivre ces moments d'angoisse,mais l'histoire revient toujours sur ses pas , les magnifiques livres des éditions Cabédita peuvent aider aussi à évoluer et laisser le passé dormir une fois pour toutes,cependant il suffit que vous ayez pris cette bonne résolution pour qu'un tueur fou réveille des souvenirs que l'on croyait pourtant endormis à tout jamais et là ce sont des jeunes qui reprennent le flambeau ,décidément alors croire au retour de l'extrême droite on peut se poser la question a-t'elle seulement disparu?!39-45 a provoqué beaucoup de maux psychiques dont seulement maintenant certains en prennent vraiment conscience ayant crû qu'avec le temps tout s'arrangerait,la réponse là est non et confirmé par les évènements

Écrit par : lovsmeralda | 29 juillet 2011

pour qu'il y est un risque de fascisme il faudrait qu'il soient racistes, mais ils ne le sonts pas !!!

"Les sondages prouvent que 85 % de la population sont hostiles au foulard islamique à l'école. SOS-Racisme, qui a instrumentalisé l'histoire de Creil, y voit un signe de racisme. Un racisme qu'il conviendrait d'extirper du pays.
Les années 1990, de ce point de vue, continuent les années 1980 — mais sur un mode aggravé. Multiples sont les préoccupations des Français : chômage, coût de la vie, insécurité, impôts, éducation, bureaucratie, coupure avec les élites, Europe. Des motifs d'opti¬misme mériteraient d'être mis en valeur : par exemple, l'action de milliers de bénévoles au service des déshéri¬tés, les capacités technologiques de la France, ou encore l'effondrement du communisme. Mais non. Les débats médiatiques, culturels et intellectuels se polari¬sent autour d'un thème obsessionnel : la lutte contre le racisme.
D'après la Commission nationale consultative des droits de l'homme, organisme dépendant du Premier ministre, 105 actes de violence raciste ont été recensés en 1990, 26 en 1998. Les menaces racistes, entre les mêmes dates, seraient passées de 656 à 165. Ces chiffres sont à rapporter aux 3 493 442 faits de délin¬quance et de criminalité constatés, en 1997, par les ser-vices de police et de gendarmerie. 26 actes de violence
raciste en 1998, ce sont 26 de trop. Mais dans un pays de 60 millions d'habitants, est-ce une vague raciste ?
En 1996, lors du tumulte provoqué par la sortie de Jean-Marie Le Pen sur « l'inégalité des races », un son¬dage de Libération révèle que 63 % des personnes inter¬rogées ont été « choquées » par cette déclaration, même si 51 % d'entre elles « partagent certaines idées du Front national ».
D'après une enquête réalisée pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme {le Monde, 25 mars 1999), 67 % des sondés estiment qu'« on juge aussi une démocratie à sa capacité d'inté¬grer les étrangers » ; 62 % jugent les beurs « sympa¬thiques », 74 % les Noirs d'Afrique, 75 % les juifs, 78 % les Asiatiques et 85 % les Antillais. 87 % jugent « grave » ou « très grave » de « refuser une promotion professionnelle à une personne parce qu'elle est d'ori¬gine étrangère ».
De 1975 à la fin du siècle, la population du pays se sera accrue, en gros, de 8 millions d'étrangers. En l'espace d'une génération ou un peu plus, la France a absorbé l'équivalent d'une petite nation comme la Suède ou l'Autriche. Que l'on sache, cela s'est effectué sans explosion généralisée.
Où se niche donc l'épidémie raciste que tant de bien intentionnés se proposent de soigner ?
Les Français ne sont pas racistes. Mais ils sont fon¬dés à penser que 8 millions d'immigrés, ce n'est pas rien. D'autant que la distance avec les nouveaux venus ne va pas en se réduisant, mais va souvent même en s'élargissant.
« Y a-t-il trop d'Arabes en France ? » Oui, répondent 65 % des personnes interrogées, lors de sondages comparables, en 1968, 1977, 1984, 1990 et 1993. Mais deux réponses de l'enquête citée plus haut (réalisée pour la Commission des droits de l'homme) expliquent cette réaction : 79 % des sondés avouent que les « comporte¬ments de certains peuvent parfois justifier qu'on ait à leur égard des réactions racistes » ; 61 % pensent que
« la plupart des immigrés ont une culture et un mode de vie trop différents pour pouvoir s'intégrer ». Ce qui est en cause, c'est la « culture » et le « mode de vie » des immigrés : ce n'est pas leur origine ethnique, ce n'est pas la couleur de leur peau. 71 % des Français (sondage Ifop/Passages, 1993) ont une bonne opinion des immigrés de leur connaissance, mais 64 % (son¬dage Ifop//'Express, 1991) estiment que l'identité natio¬nale est menacée par l'immigration.
Conclusion : le pays ne rejette pas les étrangers : il refuse le multiculturalisme, la ghettoïsation. Afin d'in¬tégrer les immigrés, 92 % des Français croient d'ailleurs à l'instruction de la morale civique à l'école, 89 % aux mesures contre la concentration des arri¬vants, 87 % à l'apprentissage de la langue française.
L'immigration ne pose pas un problème d'ordre eth¬nique ou racial, mais un problème culturel, un pro¬blème politique, un problème national.
Les 6 et 7 octobre 1990, deux nuits d'émeute enflam¬ment Vaulx-en-Velin. Cette commune de la banlieue lyonnaise constitue pourtant une zone-pilote pour le traitement social de l'immigration. Les 5 et 12 novembre 1990, à la suite de manifestations lycéennes, le cœur de Paris est livré au pillage. Ce n'est que le début d'une longue série de troubles urbains, provoqués par une faune dont tout téléspectateur constate qu'elle ne débarque pas de Plougastel-Daoulas. Dans les cités, la violence s'installe. Murs tag-gés, ascenseurs cassés, petite délinquance devenant grande. Un décor à l'américaine : c'est pour cela sans doute que certains font du rodéo avec des voitures (volées).
Qu'attend l'opinion ? Une politique de courage qui prenne les difficultés à bras le corps, qui aborde le dos¬sier dans toute sa complexité — internationale, écono¬mique, sociale, scolaire, culturelle, préventive, répres¬sive et humaine. Une politique qui ferme le robinet puisque l'appartement est inondé, quitte à le rouvrir
quand les dégâts auront été réparés. Pour les gens qui vivent au Val-Fourré ou aux Minguettes, il y a urgence. Rive gauche, une autre urgence s'impose : traquer le racisme.
En décembre 1989, Michel Rocard crée le Haut Conseil à l'intégration et réactive la Commission consultative des droits de l'homme. Leur mission prio¬ritaire : élaborer un « plan de lutte contre la montée du racisme et de la xénophobie ». A Matignon, en avril 1990, Michel Rocard convoque tous les partis (à l'ex-clusion du Front national) pour une « table ronde sur le racisme ».
La France est raciste, accuse, en 1992, un livre de Michel Wievorka A la télévision, à la radio, dans les journaux, il n'est question que de cela : le racisme latent des Français. Et le racisme déclaré des bandes innombrables qui terrorisent tout passant au teint basané. 99 % des citoyens n'ont jamais croisé de leur vie un skinhead. Sans doute sont-ils aveugles, car les médias en voient partout. Cette obsession va jusqu'à la psychose — ou la manipulation. En Avignon, le 16 mai 1990, une lycéenne antillaise se fait attaquer par quatre voyous, et tondre les cheveux. « Avignon, le racisme à fleur de peau », s'insurge Libération. « Tondue parce qu'elle était noire », s'indigne le Parisien. « Tondue par des voyous racistes, elle confie au JDD la lettre qui crie son désarroi », s'émeut le Journal du Dimanche. Trois jours plus tard, devant les policiers, la gamine avoue : un de ses copains l'avait coiffée, mais la coupe était ratée. Elle avait affabulé. En répétant les mots de la télé.
Chez les antiracistes patentés se manifeste toutefois une inconséquence. Dans les banlieues, les affronte¬ments entre bandes sont monnaie courante. En 1991, la fête de SOS-Racisme se tient une nouvelle fois sur l'esplanade du château de Vincennes. Le compte rendu de Libération signale négligemment le fait suivant :
« Les bagarres entre bandes de cités rivales et entre groupes de jeunes blacks et beurs se sont prolongées sporadiquement jusqu'à la fin du concert. » Ces turbu¬lents jeunes gens, pour beaucoup, possèdent la natio¬nalité française. Alors, ne sont-ils pas racistes eux aussi ? Ou bien l'imputation de racisme est-elle réser¬vée aux Français blancs ?
« La France ne peut héberger toute la misère du monde », concède Michel Rocard, devant les caméras d'Antenne 2, en décembre 1989. Une semaine plus tard, François Mitterrand emploie l'expression de « seuil de tolérance ». Pleurs et grincement de dents accueillent ces rares minutes de parler vrai.
L'effervescence est pire quand il s'agit d'hommes de droite. Le 19 juin 1991, Jacques Chirac — alors prési¬dent du RPR — anime un dîner-débat à Orléans. « Il y a overdose d'immigration, déclare le maire de Paris : le seuil de tolérance est depuis longtemps dépassé. Prenez un ouvrier français habitant la Goutte-d'Or, avec sur son palier une famille composée d'un père, de trois ou quatre épouses, d'une vingtaine de gosses. Ajoutez à cela le bruit et l'odeur : comment voulez-vous qu'il ne devienne pas fou ?» A gauche, ce n'est qu'un cri. Jack Lang accuse Jacques Chirac de « se shooter à la haine ». Kofi Yamgnane, le secrétaire d'Etat à l'Intégration, stigmatise son « hystérie xénophobe ». L'esclandre est le même quand Valéry Giscard d'Estaing, dans le Figaro Magazine du 21 septembre 1991, commente le phénomène migratoire : « Le type de problème auquel nous aurons à faire face se déplace de l'immigration à celui de l'invasion. » Dans le Landerneau antiraciste, c'est la fureur. « Lâcheté », profère François Léotard. Jack Lang, saisi d'un « haut-le-cœur », fustige cette « course au bout de la nuit ».
L'ampleur de ce qu'il découvre l'amène à changer de point de vue. Deux articles de lui {le Monde, 10 octobre 1989 et 21 mars 1991) font scandale en dévoilant, à l'encontre des thèses gouvernementales, le nombre d'entrées clandestines sur le territoire français : 100 000 par an. En septembre 1991, il provoque un nouvel éclat avec un livre où il traite l'islam de religion « la plus réactionnaire, la plus antidémocratique et la plus fermée aux droits de l'homme4 ». Barreau ne tarde pas à être limogé de l'Omi.
En 1993, quand la droite revient à Matignon (seconde cohabitation), Pasqua retrouve son poste à l'Intérieur. Et se déroule un scénario identique à celui de 1986 et 1988 : le ministre tient un discours de fer¬meté, esquisse des mesures de la même veine, et affronte une permanente mobilisation antiraciste, relayée par des médias complaisants.
« La France, assure Pasqua, a été un pays d'immigra¬tion, elle ne veut plus l'être. Notre objectif, compte tenu de la situation économique, est de tendre vers l'immigration zéro » {le Monde, 2 juin 1993). « Immi¬gration zéro » : la formule fait bondir, ou ricaner. De nouvelles lois sont adoptées, restreignant les condi-tions d'entrée sur le territoire. Le Code de la nationa¬lité est timidement réformé. Il prévoit notamment que les jeunes nés en France de parents étrangers procè¬dent à une démarche volontaire pour obtenir la natio¬nalité française. « Racisme », « exclusion », « haine », entend-on de tous côtés (exceptions à gauche, Jean Daniel et Alain Finkielkraut approuvent cette disposi¬tion). Au demeurant, dans son propre camp, Pasqua est à peine soutenu. Les lois sur l'immigration clandes¬tine donnent l'impression d'avoir été votées à reculons, les ténors de la droite étant tétanisés par la crainte de se faire traiter de racistes. Dans la pratique, par rap¬port aux entrées illégales, le nombre d'expulsions est
dérisoire : entre la régularisation de 1981 et celle de 1997, 1 500 000 individus s'installent clandestinement en France.
En 1995, après l'élection de Jacques Chirac, Jean-Louis Debré est nommé ministre de l'Intérieur. En mars 1996, il remet un projet de loi contre l'immigra¬tion clandestine. En mai, deux élus de la majorité, l'UDF Jean-Pierre Philibert et la RPR Suzanne Sauvaigo, déposent un rapport parlementaire dont les propositions rejoignent le projet Debré : constitution d'un fichier des empreintes digitales et des héber¬geants, allongement de la rétention administrative. Ces résolutions déclenchent une tempête : Lionel Jospin et Laurent Fabius accusent le gouvernement de « courir après le Front national ». Le 24 avril 1996, le Premier ministre, Alain Juppé, fait savoir qu'il n'est « pas ques¬tion de légiférer à chaud sur l'immigration ».
Le 18 mars précédent, en effet, l'église Saint-Ambroise, à Paris, a été occupée par 300 clandestins africains. Ils réclament la régularisation de leur situa¬tion. La manœuvre réitère celle qui, en 1992, avait conduit 1 600 Maliens (dont de nombreuses familles polygames) à camper sur l'esplanade du château de Vincennes. Pères grévistes de la faim, mères éplorées, bébés apeurés : il faut apitoyer les âmes sensibles. Les médias sont rameutés, et les « personnalités morales » défilent. Derrière l'opération, des militants trotskistes.
Le 22 mars, expulsés de Saint-Ambroise, les occu¬pants se replient au gymnase Japy, puis à la Cartou¬cherie de Vincennes, puis dans un entrepôt de la SNCF. Le 28 juin, ils s'installent dans une nouvelle église : Saint-Bernard. Le feuilleton continue. L'abbé Pierre, Mgr Gaillot, le professeur Jacquard, le professeur Schwartzenberg, Gérard Depardieu ou Catherine Deneuve viennent témoigner contre les agissements criminels de Jean-Louis Debré. Emmanuelle Béart dort dans l'église : une nuit, son sommeil perturbé, elle demande qu'on éteigne « la petite lumière rouge près de l'autel ».
Dans la crainte d'une nouvelle affaire Malik Oussekine, le gouvernement hésite longuement avant d'intervenir. A ses risques et périls (« Si tu touches à un seul cheveu d'un Africain, tu sautes », l'aurait averti Juppé), le ministre de l'Intérieur décide l'évacuation de l'église. A l'aube du 23 août 1996, 1 500 gendarmes mobiles et CRS prennent position autour de l'édifice. La porte est défoncée avec un merlin. Le nom de cet outil, que personne ne connaît, est répété à satiété sur toutes les ondes : merlin le désenchanteur symbolise à lui seul la terreur qui règne sur Paris. En une heure, sans le moindre blessé, les occupants sont embarqués. « Les camions stationnés devant Saint-Bernard, clame Léon Schwartzenberg, me rappellent ceux qui par¬taient pour les camps de concentration. »
« Sans-papiers » : à elle seule, l'expression est piégée. Elle implique que le clandestin doit et va recevoir des papiers. La simple perspective d'appliquer la loi, de reconduire à la frontière quiconque ne possède pas de titre de séjour est abominable, abjecte, monstrueuse. Entrer en France, aux yeux de certains, c'est y entrer à vie. Une démocratie comme les Etats-Unis ne fonc¬tionne pourtant pas comme cela. L'Allemagne de Helmut Kohi a organisé le retour d'un million de Turcs sans que l'affaire prenne un air de guerre civile. Au demeurant, en raison du maquis législatif, sur les 220 évacués de Saint-Bernard, 8 sont expulsés. Les autres s'évanouissent dans la nature.
Le psychodrame n'est pas terminé. Reporté depuis plusieurs mois, le projet de loi de Jean-Louis Debré est adopté par l'Assemblée, en décembre 1996. Il a toute¬fois été amputé de ses principales dispositions (plus de fichier des hébergeants, ni d'allongement de la durée de rétention). Son premier article prévoit que, dans le cadre d'une visite privée, un hébergeant doit notifier à la mairie le départ d'un hébergé étranger. Bien qu'il reprenne une mesure adoptée en 1982 par les socia¬listes, cet article met le feu aux poudres.
Le 11 février 1997, le Monde publie un «Appel à
désobéir » signé par de jeunes cinéastes (Arnaud Desplechin, Pascale Ferran), bientôt rejoints par des figures établies du métier (Bertrand Tavernier, Claude Miller, Patrice Chéreau) : « Nous continuerons à héber¬ger, à ne pas dénoncer, à sympathiser et à travailler sans vérifier les papiers de nos collègues et amis. Nous appe¬lons nos concitoyens à désobéir et à ne pas se sou¬mettre à des lois inhumaines. » Commentaire d'un signataire : « Pour un cinéaste, il n'y a pas d'étrangers. » Le 13 février, à l'initiative de Dan Franck, c'est au tour des écrivains de s'engager : Bernard-Henri Lévy, Marek Halter, André Glucksmann, Philippe Sollers. Suivent les metteurs en scène de théâtre (Ariane Mnouchkine, Daniel Mesguich, Jean-Pierre Vincent), les comédiens (Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Daniel Auteuil, Fabrice Luchini, Miou-Miou), les dessinateurs, les uni-versitaires, les avocats, les journalistes, les psychana¬lystes, les architectes, les musiciens. Libération, qui publie ces pétitions, doit éditer un cahier spécial pour imprimer les milliers de noms recueillis.
Le 16 février, Lionel Jospin entre dans la bataille. Il demande au gouvernement de reculer. Devant cet assaut politico-médiatique, pour calmer le jeu, Juppé modifie l'article incriminé : c'est l'hébergé (et non l'hé¬bergeant) qui devra déclarer son départ en franchis¬sant la frontière. Autant dire que tout contrôle effectif sera exclu. Cela ne suffit pas à faire tomber la fièvre.
Le 22 février, la mobilisation culmine avec une mani¬festation sur le trajet gare de l'Est-République. Radios et télévisions ont annoncé ce rassemblement comme s'ils invitaient à y participer. Le Monde a fait paraître un supplément exposant les turpitudes de la loi Debré, en donnant horaires et points de rendez-vous du défilé. Organisations de gauche et associations antiracistes ont convoqué leurs adhérents. Au total, on compte un maximum de 50 000 manifestants : c'est un échec. En province, les démonstrations similaires réunissent quelques milliers de personnes. Explication de Libération (24 février 1997) : « Le mouvement des pétitionnaires
recrute d'abord dans la classe moyenne intellectuelle, qui est notoirement surreprésentée dans la capitale ». C'est ce qui s'appelle un référendum populaire par défaut. Un sondage {le Figaro, 24 février 1997) révèle d'ailleurs que 61 % des Français condamnent les appels à la « désobéissance civique », 69 % approuvant le projet Debré — qui est voté définitivement le 27 février 1997.
Jamais, dans le domaine de l'immigration, le déca¬lage n'est apparu si grand entre les aspirations du pays et l'opinion des intellectuels. Lesquels s'offrent la gloire d'une « résistance » sans risques et sans représailles, dont les représentations fantasmagoriques aboutissent aux pires amalgames. « Si, demain, la majorité vote le port de l'étoile jaune, je n'appliquerai pas cette loi », tonne Henri Emmanuelli {Libération, 18 février 1997). Pour la manifestation du 22 février, un appel avait été lancé par « 121 noms difficiles à prononcer ». Il fallait se rendre gare de l'Est, une valise à la main : un mime honteux de la déportation, la vraie. « Cela banalise ce qui s'est passé il y a plus de cinquante ans », regrette Serge Klarsfeld.
En juin 1997, la gauche remporte les élections législatives. Ministre de Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement procède à une régularisation massive des clandestins, et fait adopter une nouvelle loi facilitant les modalités d'entrée en France. En 1998, la loi Guigou rétablit l'accès de plein droit à la nationalité, à leur majorité, pour les jeunes nés de parents étrangers.
Mais les dieux ont toujours soif. Au yeux de certains, Chevènement n'en fait pas encore assez. « Inquié¬tante continuité », se plaint Libération : « En matière d'immigration comme ailleurs, rien ne sert de changer d'orchestre si la chanson reste la même » (8 avril 1998). Le Monde, le 1er octobre 1999, recueille une interview d'Alain Juppé, où l'ancien Premier ministre se prononce pour une immigration plus ouverte : « Le regroupement familial est un droit et l'Europe aura sans doute besoin d'apports de main-d'œuvre
étrangère. » Quinze jours plus tard, le quotidien du soir en profite pour tancer le gouvernement : « L'équipe Jospin se distingue par son inertie, au point de mettre Alain Juppé en situation de lui faire la leçon. [...] Le pouvoir semble rétif à toute mesure de promo¬tion des jeunes d'origine étrangère. »
Cet article, titré « Cessez-le-feu sur l'immigration », paraît le 14 octobre 1999. Le même jour, le Nouvel Observateur publie les bonnes feuilles d'un livre de Michèle Tribalat5. Cette sociologue a enquêté à Dreux, ville-symbole du débat sur l'immigration, depuis 1983. Conclusion de ses travaux : la ville est devenue « le théâtre d'un morcellement du corps social sur base ethnique, où le racisme " antiarabe " et son double mimétique, le racisme " antifrançais ", organisent la vie sociale ».
En France, l'immigration ne pose aucune difficulté particulière...
De nos jours, être cambriolé ou se faire voler sa voi¬ture est de la dernière banalité. Chauffeurs de bus agressés, voyageurs rackettés, professeurs tabassés, collégiens « dépouillés », pompiers caillasses : la rou¬tine. Tous les matins, la radio débite de telles nouvelles avant le bulletin météo. Mais contre ce type d'intempé¬ries, qui chausse ses bottes ?
Ceux qui sont en première ligne, les défenseurs de la société, devraient en tirer plus d'égards. C'est l'inverse : dans les milieux branchés, le racisme antiflic est bien porté.
Le 3 janvier 1995, sur l'antenne de Skyrock, un ani¬mateur salue la mort d'un policier tué à Nice : « Un flic est mort, c'est plutôt une bonne nouvelle. » Le Conseil supérieur de l'audiovisuel suspend la station pour vingt-quatre heures. Une sanction « aussi stupéfiante que disproportionnée », s'indigne le P-DG de Skyrock.
Le jury du festival de Cannes, cette année-là, prime la Haine. « J'ai voulu faire un film qui rentre dans le lard, un film contre les flics », explique Matthieu Kassovitz.
En mai 1996, le préfet du Var, Jean-Charles Marchiani, demande au Théâtre national de la danse et de l'image de Châteauvallon de déprogrammer les rappeurs du groupe NTM (nique ta mère...), invités pour le mois de juillet. « Raisons de morale républicaine », invoque Marchiani. Outre que niquer sa mère n'est pas (encore) entré dans les mœurs, les chanteurs de NTM ont été mis en examen, en 1995, à la suite d'un concert public qu'ils ont donné à La Seyne, à l'instigation de SOS-Racisme. 25 000 jeunes levaient le doigt (!) en hurlant « Nique la police ». Sur scène, les gracieux trouba¬dours scandaient : « J'encule et je pisse sur la justice. La police, ce sont des fachos. C'est eux qui assassi¬nent. » Comme dit le Monde, glosant sur NTM : « Le groupe a toujours insisté sur sa sincérité, portée par une indignation viscérale qui se soucie peu de formu¬lation consensuelle » (10 juin 1996). Devant le tribu¬nal, en novembre 1996, NTM est condamné. « Trois mois de prison ferme pour délit de grande gueule », commente Libération. Sollicité par Michel Field, le garde des Sceaux, Jacques Toubon, dialogue sur Canal Plus avec l'un des deux chanteurs inculpés. Se décla¬rant « frappé par la sévérité de la sentence », il avertit qu'il demande au parquet de faire appel. En juin 1997, NTM est exempté de prison ferme. Une victoire.
En 1998, un procès oppose Michèle Tribalat — citée plus haut — et Hervé Le Bras. Tous deux sont de gauche, et chercheurs à l'Institut national d'études démographiques. « La démographie française est en passe de devenir un moyen d'expression du racisme », proteste Le Bras. Objet du litige : Tribalat a introduit deux critères dans ses recherches : l'« appartenance ethnique », définie à partir de la langue maternelle, et l'« origine ethnique », fondée sur le lieu de naissance des individus et de leurs parents. Cette méthode
porterait en germe le risque d'une dérive xénophobe, car elle conduit, selon Le Bras, à utiliser la catégorie « Français de souche », concept raciste. Tribalat rétorque que les beurs ont beau être français, ils ne sont pas toujours considérés comme tels ; donc, le cri¬tère juridique de la nationalité ne constitue pas un outil suffisant en analyse sociale.
Sur l'ensemble de la France, entre 1992 et 1998, le nombre de quartiers « sensibles » passe de 485 à 818. En région parisienne, entre 1994 et 1998, les actes de violence urbaine connaissent une augmentation de 420 %. Parmi le personnel de l'Education nationale, 7 % ressentaient un sentiment d'insécurité en 1995 ; ils sont 47% en 1998.
Dans le domaine de l'insécurité, ceux qui suggèrent qu'il pourrait y avoir une corrélation avec la poussée de l'immigration sont aussitôt étiquetés. Mais le fait est là, même si pèse sur lui un non-dit médiatique de cent mégatonnes. Journaliste au Point, Christian Jelen a divulgué les chiffres suivants dans un livre courageux, qu'il n'a pas pu tenir en main, étant mort après avoir terminé son manuscrit. Sur les 511 542 personnes mises en cause par la police en 1997, 119 694 étaient étrangères, soit 23 %. Sur 53 845 détenus fin 1997, 13 180 (soit 24 %) étaient étrangers. Mais le plus déli¬cat est ceci : en 1997, une estimation de la Direction centrale des Renseignements généraux identifiait, dans toute la France, un échantillon de 724 meneurs de violences urbaines, âgés de 16 à 25 ans. 60 étaient maghrébins, 15 africains et 406 français. Mais sur ces 406 Français, 48 seulement portaient un nom et un prénom de consonance européenne.
Jelen était juif. L'aurait-on accusé de racisme ? Avec beaucoup de justesse, ce transgresseur de tabous remar¬quait que « des jeunes ne deviennent pas délinquants à cause de leur origine, mais parce qu'ils sont culturelle-ment mal assimilés et socialement mal intégrés, ce qui ne les réduit pas pour autant à l'état d'innocentes victimes. Reconnaître leur " surdélinquance ", ce n'est
pas verser dans le racisme, mais au contraire le combattre. Car le racisme, pour se développer, a besoin d'immigrés qui refusent nos mœurs et nos lois 6 ».
L'hypocrisie est totale quand la radio ou le journal du matin évoquent des troubles provoqués par une bande de « jeunes ». Devant son petit déjeuner, tout le monde sourit : tant pis pour les antiracistes.
Mais les racistes se trompent tout autant. Dans les sociétés musulmanes traditionnelles, les chefs de famille exercent sur leurs enfants une autorité sans partage, et ne plaisantent pas avec les incartades. Si certains jeunes issus de l'immigration tournent mal, ce n'est pas en raison de leur ascendance. C'est qu'ils échappent à leur famille, et qu'ils ont rompu avec ses traditions. Non intégrés, ils sont à la fois étrangers à leur culture d'origine et à la culture française. Ils se raccrochent alors à la culture que leur délivrent le cinéma et la télévision, avec ces films américains où l'on vit dans la rue et où l'on dégaine plus vite que son ombre : culte de la force, violence, loi de la jungle.
Le chantier de l'immigration tient des travaux d'Hercule, mais sa réussite est un impératif catégo¬rique pour la collectivité nationale. Maîtriser le flux des entrées sur le territoire (en coopération avec les Etats européens), restaurer l'autorité publique, soute¬nir la famille, retrouver la mission de l'école, réduire le chômage, et sans doute lutter contre les préjugés raciaux, telles sont les conditions préalables à l'intégra¬tion des nouveaux venus dans le destin collectif du pays. Mais une chose est sûre : on s'en sortira en fai¬sant d'eux des citoyens français, et non des sans-patrie. Les chiens de garde de l'antiracisme devraient aboyer ailleurs.

extrait du terrorisme intellectuel édifiant !!!!

Écrit par : leclercq | 29 juillet 2011

Un grand raporteur de guerre, Patrick Chauvel, qui travaille depuis plus de 40 ans, dans tous les pays en guerre de ces dernières décenies, disait qu'il souhaiterait pouvoir rencontrer les partisans de Kadhafi, voire discuter avec le colonel, pour savoir ce qu'il a dans son coeur pour agir comme il le fait actuellement. Personne ne le sait et cela aiderait à comprendre les raisons de son maintient au pouvoir, ses relations avec les autres pays, ce qu'il attend, ce qu'il souhaite fondamentalement. Tout le monde l'ignore, nous n'avons que des suggestions. Une rencontre permettrait d'ouvrir une voix à la paix dans la région.

Le grand-père de ce grand journaliste et écrivain était ambassadeur. Il a signé à Genève des traités de paix. Il disait à son petit-fils: "ne fait pas comme les politiques, soit neutre, prend du recul sur tous les pays où tu iras travailler pour donner la vraie information". Patrick Chauvel fait ce métier noble et honorable pour se rendre utile.

Pour quelles raisons les photographes reporteurs ne peuvent-ils pas rentrer en Syrie actuellement? Il suffirait d'une photo, de contacts dans tous les camps pour connaître la vérité.

Il se dit choquer lorsqu'il rentre à Paris, d'entendre la manière dont les gens se parlent, les mots ont perdu leur vraie valeur. Les gens s'insultent pour un oui pour un non, le racisme se trouvent dans tous les coins de rue. Or, dans un conflit, dans une guerre, personne ne se permet de comporter de la sorte, car cela déclancherait des conséquences trop graves. Le respect reste important. Surtout la vraie valeur des mots.

Son expérience donne à réfléchir. En démocratie, nous avons perdu toutes ces valeurs. Nous pensons être en paix, nous n'allons pas assez au fond des problèmes actuels pour les analyser, les premiers sont les politiques. Or, un homme comme Patrick Chauvel apporte des informations qui nous permets de sentir par avance, d'anticiper ce qu'il peut arriver, car il se trouve sur le terrain de tous les conflits.

Écrit par : rose des sablesse | 29 juillet 2011

@ rose des dunes

Il travail pour le journal "le pélerin?" Journal de cul-bénits qui hante les hôpitaux et les maisons de retraites car des curés et autres adeptes veillent au grain....A noter qu'ils virent systématiquement les revues "science et vie" "science et avenir" qui sont des revues scientifiques...

Si ce n'est pas le cas, arrêtez de raconter n'importe quoi la bouche ouverte, les mains jointes, les yeux fermés, et agenouillée prête à recevoir le petit jésus...

Ah j'oubliais la "tête plate" ...C'est pour le verre de whisky!

Écrit par : Pierre NOËL | 29 juillet 2011

Depuis quelques décennie on assiste à un affaiblissement économique de l'occident. D'abord par le prélèvement pétrolier (juste ou injuste, c'est selon, mais il existe). Puis par la montée en puissance de pays dits émergents, qui ont repassé la barre des 50 % de PIB et dont on dit qu'il vont atteindre le 65 %. Le tout dans un contexte de ressources naturelles rares.

Cette tendance à été dissimulée par des artifices financiers, qui ont profité à tous en occident en ce sens que, jusqu'en 2008 en tous les cas, le pouvoir d'achat des moins nantis a globalement été préservé, celui des aisés a augmenté raisonnablement eu égard à l'évolution du PIB et celui des plus qu'aisé a explosé. Tous en ont profité, inégalitairement certes, mais tous en ont profité.

Cette période est révolue. Il faut payer. L'occident doit payer. Et appauvrissement il y aura. Quel pays seront touchés en priorité ? Quels groupes sociaux ? Là est la question. C'est la guerre. Guerre aux plus pauvres des riches. Le dentiste de Carpentras est atteint mais pas le multi-déca-millionaire et plus. Guerre commerciale via les dévaluations compétitives.

Certes, on part de plus haut que dans les années 30. Néanmoins l'homme est sensible au changement. Il est tentant de passer des mesures globales économiquement censées, en matière d'immigration par exemple, à la haine de ceux qui sont visé par de telles mesures. Le danger du bouc émissaire se profile.

A quant une traduction chinoise du diable ? Je m'attelle à la traduction du..... titre.

Écrit par : CEDH | 31 juillet 2011

Pour la traduction chinoise, bien volontiers. Imaginez qu'il se vende bien là-bas!

Le bouc émissaire est même déjà là pour certains. Heureusement je pense que la société est plus complexe que dans les années 30 et qu'il sera plus difficile de tomber collectivement dans un tel mécanisme. Du moins je l'espère.

Écrit par : hommelibre | 31 juillet 2011

je ne pense pas qu'il y ait la montée d'un quelquonque fascisme actuellement en france, penser ça " Le respect que l’étranger témoigne à celui qui accueille facilite l’intégration et le partage. C’est regrettable de voir que ce discours basique a été laissé à l’abandon par les gauches, et qu’elles stigmatisent ceux qui le tiennent en les traitent de fascistes. " ne veut pas dire que les populations immigrées dont notre état mémére est incapable d'exiger d'elles, le respect quelles doivent a une nation d'acceuil. servent de bouc émissaire.

En 1993, dans le milieu intellectuel, celui par qui le scandale arrive s'appelle Paul Yonnet. Ce sociologue, cependant, publie habituellement dans le Débat, et rédige ses travaux dans le style jargonnant de sa spé¬cialité. Mais cette année-là, il fait paraître un essai dans lequel il s'adonne à une dissection du « néo-antiracisme 7 ». L'antiracisme, explique-t-il, a remplacé la lutte des classes par la lutte des races. Professant un différentialisme destructeur de l'assimilation républicaine, cette idéologie provoque en retour une réaction identitaire. Bénéficiaire de cette réaction : le Front national. En conséquence, l'antiracisme nourrit le racisme.
Yonnet n'entretient pas le moindre lien avec l'extrême droite. Mais son livre prend de face les tabous du moment : aussi subit-il un tir de barrage immédiat. Avant même sa mise en librairie, le Nouvel Observateur (14 janvier 1993) dresse un réquisitoire contre l'ouvrage (« Quand l'intelligentsia soutient Le Pen »), en admonestant la maison Gallimard parce qu'elle édite un tel texte. « Des thèses proches de l'extrême droite », approuve Libération (4 février 1993). « Le poujadisme démocratique a trouvé son théoricien », renchérit le Monde (5 février 1993). « Apprenti-sorcier », tranche le Point (6 février 1993).
Derrière cette attitude se manifeste toujours le refus de considérer les mobiles de l'électorat du Front national. Dans les années 1990, celui-ci se maintient à un niveau élevé (15 % aux présidentielles de 1995). Pourtant, quelque consécration que lui apporte le suffrage universel, ce parti n'est jamais traité comme un autre. Le Parti communiste, les ligues d'Ariette Laguiller ou d'Alain Krivine, notoires parangons de la démocratie, font partie de l'univers civilisé. Pas le Front national. Contre lui, on a le droit de tout dire. « Les électeurs du Front national sont très cons : ce qui les caractérise, c'est leur idiotie totale, c'est leur inculture », assure Jean-François Kahn . Ajoutant : le vote Front national est « un vote délinquant ». « Chaque matin dans ma tête, je tue Le Pen de toute ma force. Dès que je me réveille, je recommence à tuer. Je n'ai jamais regardé Le Pen sans avoir la mort dans les yeux », confie Marguerite Duras, dans le Nouvel Observateur du 24 mai 1990.

où le journaliste de service ne pose la question : comment combattre le Front national. Comme s'il n'y avait pas en France de nécessités plus graves, plus pressantes, plus épineuses, comme si le pays vivait sous la menace d'une organisation d'extrême droite toute-puissante, prête au coup d'Etat. Alors que les lepénistes ne bénéficient du soutien ni de la télévision, ni de la radio, ni de la grande presse, et ne comptent dans leurs rangs aucun intellectuel célèbre, ni écrivain de premier plan, le Front national est présenté comme s'il s'exprimait partout, par tous les canaux possibles. Si ce n'est pas un fantasme, cela y ressemble.

Pendant quinze ans, la puissance du Front national a été surévaluée. A dessein. Dans quel but ? Crier au loup contrecarrait toute tentative d'écouter les 3 ou 4 millions de Français qui votaient Le Pen. Car comprendre leur motivation aurait supposé de remettre en cause les dogmes de l'époque.
Après les municipales de 1995, l'Humanité, renonçant à la langue de bois, enquête de Marseille à La Courneuve. Objectif : visiter les communes où le Front national a percé, en comprendre les raisons. Cette série d'articles, honnêtes, expose le mal-vivre de « celui qui a perdu son travail, de celui qu'on a volé, qui a peur pour ses enfants, qui a peur en tournant le coin de la rue, qui en a ras-le-bol de se faire fracasser la bagnole ». Surprise, les journalistes de l'Huma découvrent des enfants d'immigrés — italiens, espagnols et même maghrébins — électeurs de Le Pen.
D'après un sondage Sofres du 30 juin 1995, 68 % des Français considèrent les idées du Front national dangereuses pour la démocratie. Mais 41 % sont d'accord avec lui en ce qui concerne les valeurs, 36 % sur l'insé¬curité, 28 % sur l'immigration.
Une vision politique large, intelligente et inventive ne saurait limiter son attention à ces sujets. Mais si partiels qu'ils soient, ils existent. Ils manifestent des réalités concrètes. Des soucis quotidiens. Ces domaines, à l'évidence, ne sont pas la propriété de Le Pen. Mais si personne ne les aborde, ils deviennent son capital. « Nous sommes la génération couilles-molles », confessait un ancien jeune responsable de la droite9. Dans les années 1990, le succès du Front national ne sanctionne-t-il pas un manque de courage généralisé ? Ne signe-t-il pas l'échec d'une classe politique enfermée dans les palais de la République, aussi bien que d'une classe dirigeante coupée de la réalité ? « L'élite radical-chic, remarque Alain Finkielkraut, met ses enfants dans des lycées ou des écoles privés, culturellement exigeants et ethniquement homogènes. Et elle abreuve d'injures le peuple des cités et des banlieues quand il vote pour le Front national » (Libération, 8 avril 1998).
Mais surtout, la capacité d'attraction de Le Pen ne s'est-elle pas nourrie de l'absence de tout discours sur la France ? La gauche est internationaliste, la droite ultralibérale, et les deux prêchent l'Europe : qui évoque
encore la solidarité nationale, la patrie, le destin commun des Français ? « La montée en puissance idéologique de Bernard-Henri Lévy et de son antinationalisme précède celle de Jean-Marie Le Pen et du Front national, souligne Emmanuel Todd. La remise en question, par les élites françaises, de la France a provoqué l'apparition du national-populisme l0. »
A une population angoissée par le chômage, l'élite assurait que, grâce à la construction européenne, cela irait mieux demain. A une population souffrant de l'insécurité, l'élite recommandait l'indulgence pour les délinquants. A une population ayant le sentiment que la morale fout le camp, l'élite vantait la tolérance. A une population voyant sans cesse arriver de nouveaux immigrés, l'élite assenait que rien n'est pire que l'exclusion. Le Pen pouvait bien être le bateleur, le démagogue et l'extrémiste décrit par tous les médias, comment une fraction de l'électorat n'aurait-elle pas été attirée par celui qui lui parlait France, sécurité, famille, respect des lois ?
Mais de tels soucis ne sont pas convenables. Les exprimer, c'est être contaminé. C'est ce que Robert Badinter appelle la « lepénisation des esprits » : l'argument suprême du terrorisme intellectuel. Le Pen érigé en mètre-étalon du mal, tout mal est mesuré à son aune. Tout ce qu'il a touché par la parole ou l'écrit est intouchable, et doit demeurer tabou. Le Pen exaltant la nation, toute personne invoquant la nation est considérée comme gagnée par la contagion. Par effet de conti¬guïté, Charles Pasqua, Philippe de Villiers, Jean-Louis Debré ou Jean-Pierre hevènement ont pu aussi bien être taxés de lepénisme.
En l'occurrence, Le Pen est un leurre. Ce qui est visé à travers lui, ce sont les thèmes dont il s'est emparé. Puisque le Front national défend la souveraineté, les frontières, les racines, ces réalités sont décrétées fascistes, et diabolisées. « Le néo-antifascisme, en conclut
Pierre-André Taguieff, ne constitue pas une machine de guerre contre le Front national, dont l'existence-repoussoir lui est absolument nécessaire, mais bien plutôt le plus puissant moyen de légitimer l'effacement de la nation ". »
Tant d'énergie déployée contre un fascisme illusoire n'a pour fonction que de préserver l'héritage idéologique dont les élites sont dépositaires, leur utopie d'un univers sans contraintes et sans barrières. La génération au pouvoir, celle qui avait vingt ans en 1968, à quelque bord qu'elle appartienne, est imprégnée de la même mentalité. Dans sa traduction de gauche — internationaliste, antiraciste — les hommes sont des citoyens du monde, et la nation ressemble à un hall de gare : il suffit d'y pénétrer pour profiter des avantages mis à la disposition des usagers. Dans sa traduction de droite — mondialisée, libérale — les hommes sont producteurs ou consommateurs au sein d'un vaste marché. Dans les deux cas, le résultat est le même : la nation est niée, effacée, délégitimée, comme si elle incarnait un obstacle au progrès et à l'avenir. La France n'est plus une communauté de destin forgée par l'histoire, mais une société d'élection, fondée sur l'appartenance à un contrat social conclu autour des droits de l'homme, ou un espace marchand obéissant aux mêmes règles économiques.
Le malheur, pour la Rive gauche, c'est que les Français n'acquiescent pas docilement à cette idéologie. C'est souvent cela, le problème des élites : le peuple.

Écrit par : leclercq | 31 juillet 2011

Le multiculturalisme existant depuis des millénaires n'a pas donné comme résultat une organisation sociale Européenne pour vivre ensemble.Sinon ça se saurait. Le multiculturalisme a depuis de milliers d'années accouché de conflits, de massacres en tous genres et la loi du plus fort c'est imposée tout naturellement.

Les peuples d'Europe se sont constitués par la force. Les organisations sociales transmises de génération en génération par les communautés royales, les dynasties, et la chrétienté sont les bases des différents peuples d'Europe.

Le dieu Romain fut imposé à tous par la force, d'ou les massacres et les conquêtes.Se ralliement forcé a permis à la chrétienté de se positionner politiquement dans tous les domaines. Ils ont appliqué les concepts issus des civilisations d'Egypte et de tout le proche orient. Les échanges commerciaux de l'Europe à l'Asie en passant par le nord du continent Africain ont permis le développement des savoirs, des cultures etc...

Le multiculturalisme d'aujourd'hui est aussi dangereux qu'une bombe atomique à retardement. Ce n'est pas l'arabe, le noir, l'étranger qu'il faut combattre mais le concept des croyances "religieuses" dont l'islam. Le coran les Hadiths et autres inculqués tels quels à des enfants,c'est former des adultes à un concept de guerre.

Celles et ceux qui veulent croire à ce multiculturalisme -religieux nous mettent gravement en danger. Il n'y a qu'à constater les faits depuis les trente dernières années jusqu'à nos jours.

Si le concept -multiculturalisme- avait fait ses preuves en matière de démocratie, de liberté des femmes des libertés individuelles et collectives, les pays arabo-musulmans seraient de véritables paradis que bon nombres de peuples auraient copié depuis longtemps.

Par contre il y a trois concepts qui ont fait leurs preuves, c'est la laïcité, la démocratie et la liberté. --L'égalité et la fraternité c'est du flan pour croyants.Le terme république est bafoué; donc on ne sait pas à quoi ça ressemble en Chine, en Birmanie, et ailleurs...Qui plus est, "république populaire"

Sournoisement l'islam pur et dur s'incruste avec le soutient d'inconscients crétins et chrétiens, qui ne connaissent rien du coran et autres textes des partis religieux. Tôt ou tard le multiculturalisme sous cette forme, volera en éclat soyez en convaincu.Il n'y a pour l'instant qu'un seul coran qui donne tort aux partisan d'un multiculturalisme tel qu'il est appliquée dans nos pays de liberté.C'est bien un pouvoir religieux qui se met en place progressivement, n'en déplaise aux cerveaux plats.

Écrit par : Pierre NOËL | 12 août 2011

excusez moi pour les fautes je ne me suis pas relu...

Écrit par : Pierre NOËL | 12 août 2011

De toutes façons il est trop tard pour éviter la guerre civile. La seule chose que nous puissions encore faire est la 9ièm croisade pour régler les contentieux chez ces choses et non chez nous. Comme Rome avec Carthage.
Merci à tous nos imbécile et lâches politique qui devraient passer devant nos peuples pour haute trahison. Pour notre part, nous savons ou l'on nous force d'aller et quotidiennement nous nous y préparons. A bon entendeurs salut.

Écrit par : Mathys | 14 novembre 2011

Les commentaires sont fermés.