Survivre à une fausse accusation (3 et fin)

Ces quelques exemples sont-ils des cas isolés ou seulement la pointe de l’iceberg? Dispose-t-on de chiffres fiables pour évaluer l’ampleur de cette criminalité? Il n’y a pas de statistiques officielles pays par pays. Cependant on trouve des pistes qui permettent de se faire une idée.

FaussesAcc1-filtered.jpgDes chiffres? Sur quelle base?

Le chiffre de 73% de fausses accusations dénombré par Marie-Monique Robin et que je citais dans le billet précédent est particulier d’une période d’emballement. Il ne peut être pris comme une référence générale. Toutefois il montre jusqu’où cela va quand l’émotion collective remplace la raison. Et les crimes sexuels, réels ou imaginaires, déclenchent en général beaucoup d’émotion.

La principale difficulté est d’établir qu’il s’agit bien d’une fausse accusation, soit d’une dénonciation calomnieuse. La personne sait qu’elle ment mais joue la comédie.  Même après un acquittement du mis en cause, l’accusatrice peut continuer à dire que c’était vrai. En général elle ne se déjuge pas. Rares sont les accusatrices (ou les accusateurs, car des mères de familles sont aussi parfois accusées faussement) qui se rétractent ouvertement. Ces personnes ne risquent de toutes façons que très peu de conséquences: l’argument vrai ou non de trouble psychique les protège.

Sur 8’000 viols dénoncés en France chaque année, 4’000 vont en procès et moins de 2’000 personnes sont condamnée. 25% des viols aboutissent donc à une condamnation. Qu’en est-il des autres 75%? Fausses accusations? Difficile à savoir. Dans l’incertitude les tribunaux ne poursuivent pas les accusatrices, ou extrêmement rarement. Ce qui donne aux faussaires un signal fort d’impunité. De plus les associations féministes soutiennent les accusatrices, les croient par principes, et savent faire du lobbying auprès des instances judiciaires. Elles ont l’oreille des juges.

La définition d’une fausse accusation est variable. Il y a le mensonge conscient, mû par une vengeance ou des motifs financiers. Dans mon cas l’accusatrice, avec qui j’avais eu une relation normale de 18 mois, arguait initialement d’un conflit financier. N’ayant pas obtenu gain de cause elle a ensuite construit son accusation, aidée par d’autres personnes qui ont été clairement identifiées lors du procès. Une fois son mensonge commencé, elle n’a plus pu reculer. Elle s’est d’ailleurs droguée, mélangeant médicaments, alcool et autres produits, soit pour valider un traumatisme imaginaire, soit pour supporter son propre mensonge. Une accusation peut aussi être retirée pour diverses raisons. Il est difficile de démontrer qu’elle était délibérément fausse. La crainte de surnombrer les fausses accusations rend les auteurs d’études très prudents: un chiffre trop élevé desservirait les vraies victimes car on les mettrait plus facilement en doute. Les associations féministes ont donc tout intérêt à minimiser ou dénier le problème. Malheureusement un chiffre sous-estimé fabrique d’autres vraies victimes: les personnes accusées à tort.

 

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Etudes

Les chiffres d’études policières américaines et anglaises vont de 2% à 8% d’accusations infondées ou mensongères. Une autre étude réalisée en 1994 dans une ville américaine dénombre 41% des fausses accusations:

«In 1994, Dr. Eugene J. Kanin of Purdue University investigated the incidences, in one small unidentified urban community, of false rape allegations made to the police between 1978 and 1987. Dr. Kanin asserts that "unlike those in many larger jurisdictions, this police department had the resources to "seriously record and pursue to closure all rape complaints, regardless of their merits". He further states each investigation "always involves a serious offer to polygraph the complainants and the suspects." and "the complainant must admit that no rape had occurred. She is the sole agent who can say that the rape charge is false." The falseness of the allegations was not decided by the police, Dr. Kanin, nor upon physical or testimonial evidence. The number of false rape allegations concluded in the studied period was 45; this was 41% of the 109 total complaints filed in this period.»

Même 2%, sur 8’000 dénonciations en France, cela fait 160 innocents ou innocentes accusé-e-s à tort. 25% étant condamnés signifierait que 40 d’entre eux sont mis en prison pour rien chaque année. Et cela uniquement sur l’estimation la plus faible de fausses accusations.

Selon un criminologue canadien, cité ici par Olivier Kaestlé, une part importante des allégations de viol seraient fausses:

« Michel St-Yves, psychologue judiciaire d’expérience à la Sûreté du Québec, spécialiste des techniques d’interrogatoires policiers et chercheur, déclarait le 20 décembre 2004 dans le Soleil que de 30 à 40 % des allégations d’abus ou d’agressions sexuelles étaient sans fondement. Rien de moins. Elles résultent pour la plupart selon lui d’un désir de vengeance ou d’une volonté de capter l’attention.

Ce pourcentage regroupe des femmes adultes, dont certaines se blessent volontairement pour appuyer leurs dires (voir le cas rendu public dans Le Soleil, à la section suivante), et des enfants manipulés dans le cadre de conflits parentaux pour en obtenir la garde.  Esther Després, intervenante au Centre jeunesse de Québec, affirmait à cet égard que les situations de fausses accusations lui donnaient plus de travail que les cas réels d’abus.»


Le pdf du cours de Michel St-Yves est ici.

J’ai moi-même fait en 2009 un rapport général sur le sujet, que l’on peut obtenir ici en pdf.


CouvDiable.jpgRevivre?

Il le faut même si ce n'est pas facile. La pollution produite par la procédure est comme une marée noire de l’âme. Epuisement, doute, enlisement, avenir bloqué. J’ai tenté de reprendre l’initiative sur ma vie. Agir, ne pas subir. En 2003 j’ai organisé à Genève le premier congrès sur la condition masculine Paroles d’hommes, en collaboration avec le psychologue québecquois Yvon Dallaire.

J’ai participé au congrès de Montréal en 2005, ou des groupes féministes ont attaqué physiquement le lieu du congrès et où la police a dû nous protéger. Celui de 2008 à Bruxelles a été l’occasion d’une campagne de dénigrement et de calomnies par un groupe féministe neoformé, dénigrement porté dans la presse et dans les sphères politiques pour tenter d’interdire le congrès. Mais me battre a du bon. J’ai toujours défendu des causes, je continuais.

J’ai écrit mon livre «La femme est-elle vraiment l’avenir de l’homme», publié en 2006. Avant mon procès j’ai composé une chanson sombre: Novembre noir.


Après l’acquittement sans appel, j’ai développé l’écriture. Tenir un blog a été une reprise de contact avec le monde. Il fallait témoigner, et parler de ce qui me touche et me passionne. La critique du féminisme extrémiste est un des thèmes, mais j’ai trop de curiosité sur le monde pour m’y cantonner. J’ai écrit d’autres chansons et mon premier roman, «Le Diable en été», vient d’être publié. J’y décris les relations hommes-femmes dans ce qu’elles ont de beau, dans ce qui m’habite intérieurement. Ce n’est pas un livre de combat, c’est peut-être une autre aventure qui commence.

Je ne parlerai pas de ma vie privée, mais seulement de ma profession. Les dégâts ont été terribles. Etant indépendant je n’ai pas la protection que procure un anonymat de salarié. L’instruction et les rumeurs savamment distillées par l’accusatrice avaient commencé à faire diminuer ma clientèle, malgré ma bonne réputation dans mon domaine. Le procès a été un coup de guillotine. Une journaliste acquise aux mensonges de l’accusatrice et aux manipulation de l’opinion de son avocate féministe, et n'ayant pas accepté mon acquittement, ni que les jurés soient venus me serrer la main à la fin du procès, me chargeait encore le lendemain dans un quotidien gratuit. Ne croyez donc pas tout ce qui est dans les journaux! Analysez, vérifiez, creusez. Et au final un cancer du pancréas après l’affaire, opéré à temps, comme un résidu non  éliminé du stress intense que j’ai vécu. Ces dégâts professionnels ne semblent pas se réparer. Ce que j’ai mis 25 ans à construire est en morceaux; recoller ces morceaux est à ce jour incertain. Je ne sais pas où je serai en 2012. Mais comme disait ma mère: «Demain tout ira mieux». Une nouvelle chance me tombera peut-être du ciel. J’y travaille.

Voilà. Il y a une vie après une fausse accusation. Mais une vie qu’il faut presque reprendre à zéro. J’aurais peut-être mieux fait de rester dans l’anonymat et de garder profil bas. On ne me dirait pas: «Il n’y a pas de fumée sans feu». Mais je voulais témoigner, pour les autres hommes que j’ai connus, eux aussi victimes de fausses accusations.

Je ne tiens pas à me poser en victime. J’aime la vie, j’aime les humains - hommes et femmes. Je termine cette série avec l’une des dernières phrases de mon livre «La femme est-elle...»:

« La femme n’est pas l’avenir de l’homme, assez de démagogie. Mais ensemble, l’homme et la femme sont l’avenir de la Terre et des générations à venir.»

 

PS: avec mes excuses d'avoir été un peu long mais je m'étais donné trois billets.

 

Précédents billets:

 

- Premier

- Deuxième

Catégories : société 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • J'aime bien la dernière phrase de votre post en gras.
    Pour le reste, je suis d'accord avec vous sur le fait que oui, parfois il y a de la fumée sans feu. C'est absurde de prétendre le contraire. Personne ici, sauf vos amis les plus proches, ne peut malheureusement prendre une quelconque position en faveur de votre innocence ou de votre culpabilité, ou alors sur quelle base? d'ou cette difficulté étrange d'un jury à se prononcer, quand une parole contre l'autre agrémentée certes de rapports d'experts, de témoignages variés, ne peuvent être la preuve d'une innocence ou d'une culpabilité.
    Votre témoignage est très beau et bien entendu, il est tentant de vous croire sur parole. Le témoignage de la personne qui vous a accusé l'est peut-être autant mais qui en a eu l'accès?
    Je crois que vous avez très bien résumé le fait que certains, malheureusement, vont définitivement prendre position contre vous, sans vous connaitre, sans connaitre la personne accusatrice....c'est assez grave. L'inverse l'est aussi.
    J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ma franchise.

  • @ Vali:

    Votre remarque situe bien le problème. L'accusé à tort garde un stigmate à vie, une étoile cousue sur lui avec un point d'interrogation dessus. C'est pour cela qu'aux Etats-Unis une fausse accusation est appelée "la balle d'argent": dans les westerns c'est la balle qui tue à coup sûr.

    Le plus évident serait les aveux de l'accusatrice, avec une rétractation complète devant témoins ou par écrit. Comme pour les repentis de la mafia ou des Brigades rouges de l'époque, on pourrait imaginer un allègement de la peine qui s'en suivra.

    C'est très rare. Pourtant cela réhabiliterait clairement le mis en cause.

    Il aurait fallu poursuivre en calomnie l'avocate de l'accusatrice, qui a argué le lendemain de mon acquittement que le chef d'accusation n'était pas le bon mais qu'il y avait prescription. Elle a laissé entendre que je passais entre les gouttes. Mais si le procureur l'avait voulu et pensé utile, il aurait pu agender le procès dans un délai avant prescription. Donc cette sale manoeuvre n'avait d'autre but que de tenter de me détruire.

    Que penser de l'acquittement? C'est une décision forte. Mais il semblerait ne pas suffire. Comme vous dites:

    "... cette difficulté étrange d'un jury à se prononcer, quand une parole contre l'autre agrémentée certes de rapports d'experts, de témoignages variés, ne peuvent être la preuve d'une innocence ou d'une culpabilité."

    Cela dit, si un jury peut se tromper et si sa décision laisse un doute, ce doit être dans tous les cas de figure. S'il subsiste un doute sur l'innocence, alors il faut dire ici, très clairement, que ce doute jette un autre doute sur toutes les condamnations! Il n'y a plus, il n'y a jamais de décision juste.

    Le doute est général. On ne peut donc croire aucune supposée victime puisque la décision qui devrait valider ou infirmer sa parole n'est pas totalement fiable.

    Voilà où mène ce raisonnement, Vali. Soit donc on valide le doute, et on libère tous les condamnés, soit on estime que les éléments pris en compte, pièces, mensonges, témoignages (une quarantaine dans mon procès), (les expertises ne valant pas grand chose puisqu'elle et moi étions crédibles - c'est-à-dire pas des menteurs pathologiques), et l'on admet la décision d'acquittement comme une preuve d'innocence.

    Cela dit, un jury qui prend sa décision en moins d'une demie-heure après 3 jours de procès et dont plusieurs membres sont venus me serrer la main à la fin du procès devait avoir une idée sans équivoque sur la cause. Les attendus de sa décision l'expriment clairement.

    Mais allons plus loin.

    J'ai mis sur mon site http://www.homecible.com, sous "L'affaire" dans le menu de gauche, des extraits assez parlants. Je peux aller plus loin: j'ai mon dossier, avec la parole de l'accusatrice, je peux le montrer à qui le veut et à qui veut comprendre comment une fausse accusation se met en place. Cela demande du temps car il y a de nombreuses pièces.

    Mais je suis vérifiable, Vali. Vérifiable. Vérifier, être vérifiable: c'est ce que j'enseigne à mes étudiants depuis des années. Je me l'applique aussi.

    Je peux montrer les deux mensonges écrits de la juge d'instruction Isabelle Cuendet, afin de démontrer un acharnement inapproprié et une partialité évidente.

    Je peux donc être vérifié. Mais pour aujourd'hui j'en reste à votre remarque: une décision du jury n'est pas la preuve d'une innocence ou d'une culpabilité. Puisque vous laissez le doute planer, je propose que l'on libère aujourd'hui tous les condamnés dans une procédure avec jury. Et que l'on mette en doute dorénavant systématiquement la parole des accusatrices, afin d'éviter des procédures qui seront entachées forcément du doute.

    Logique, non? Si vous doutez, doutez de tout.


    PS: sans jury, le problème sera le même. Des juges professionnels peuvent être tout autant mis en cause. Quand dans mon affaire le procureur Claudio Mascotto qualifiait de tentative de viol une discussion dans un café de Nyon, il y a des craintes à avoir.

    Si l'on ne croit plus un minimum dans la justice, ce n'est plus la peine de la garder.


    Et vous voyez, Vali, trois ans après l'acquittement on continue à laisser le doute planer. C'est très choquant. C'est la continuité du viol moral.

  • Lire : Le viol, la dénonciation calomnieuse, et la CEDH - Paroles de juge http://www.huyette.net/article-le-viol-la-denonciation-calomnieuse-et-la-cedh-79152845.html

  • Bonjour, votre blog m'a particulièrement touchée car je vis (enfin mon mari) une injustice similaire à la votre. Malheureusement il n'a pas eu la chance d'être acquitté et il paye actuellement en prison pour des faits qu'il n'a pas commis.
    En effet, son ex petite amie, une manipulatrice perverse et dépressive qui n'a pas supporté qu'il la quitte en 2006 et qui a porté plainte contre lui pour viol a réussi a le faire condamner à 4 ans ferme et 1 de sursis devant une cour d'assises en 2011 et la peine a été confirmée en appel en septembre dernier. Elle prend bien évidemment 18000€ de dommages et intérêts et avait d'ailleurs dit au juge avant le verdict qu'elle ne voulait pas qu'il aille en prison mais qu'il paye !
    Je ne vais pas m'étaler pendant des heures mais il y a eu un non lieu en correctionnelle en 2007 et le dossier est passé dans les mains de 4 juges d'instructions qui ont confirmé ce non-lieu avant que finalement un psy la déclare non-mythomane. Un juge a donc décidé que le dossier devrait passer aux assises. Et là, on a assisté à la prestation d'une comédienne digne d'une nomination aux oscars qui a très facilement convaicue le jury..
    Tout ça pour dire que je suis dégoutée de la justice de ce pays. Je n'y crois plus et je me dis que seul Dieu est juge et un jour cela se retournera contre elle. Et je dis tout le temps à mon homme que tous les gens qui l'entourent savent qui il est et ce qu'il vaut et que le verdict ne change rien.
    Les droits des femmes ont été bafoués pendant des siècles et des siècles, leur parole a si souvent été mise sous silence, que aujourd'hui dès qu'une femme ouvre la bouche le bénéfice du doute n'existe plus pour l'homme en face. Et ce qui est malheureux c'est que celles qui se sont vraiment faites violées n'osent pas porter plainte ou ne sont pas crues à cause de ces comédiennes qui agissent bien plus souvent qu'on ne le pense..
    Bonne continuation à vous.

  • Je suis désolé de cette affaire que vous m'exposez. J'imagine bien ce que lui et vous vivez. D'une manière ou d'une autre il faut continuer à vous battre. Tenez bon, entourez-le, moralement il lui faudra beaucoup de temps. Veuillez lui transmettre mes pensées.

  • moi aussi à 17ans sodomisée dans un garage souterrain ,je n'ai pas porté plainte car j'avais peur des réactions des autres et je ne savais même pas que ce genre de pratiques existaient! mais maintenant mon mari est accusé de violences à caractère sexuelles après un banquet où une fille a trop bu et surement plus , c'est elle qui l'a mordu comme une enragée quand il a voulu l'inviter à danser mais il ne faut pas parler d'alcool car la gendarmerie n'a pas fait de prise de sang !(c'est moi qui ai appelé les gendarmes) tout ce qui pourrait innocenter mon mari et éviter qu'on soit salis à vie dans un petit village nous est refusé , on vit un cauchemar éveillé depuis un mois

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