Coucher, balancer... Coucher, balancer... Le mantra de Zahia Dehar

L’époque est formidable. En deux coups de cuillère à pot on devient riche et célèbre. Regardez Justin Bieber: inconnu il y a un an, il est aujourd’hui millionnaire en CD rien que pour avoir passé sur youtube. Remarqué par un producteur il a signé un contrat et la machine à dévorer ses enfants s’est mise en route.

Vampire1.jpgLa machine à dévorer ses enfants? C’est la machine à notoriété, à célébrité, à argent très vite gagné, à idiocratie, à exploitation de l’Homme par l’homme ou la femme, indifféremment. Quoi! Parlé-je du capitalisme? Non: je parle de la cupidité humaine. La cupidité est cette machine qui nous ferait vendre notre propre coeur pour voir un zéro de plus sur le chèque.

La cupidité n’est pas l’ambition: l’ambition est normale, utile, créatrice. Elle nous sort les pieds du berceau ou du ruisseau et nous conduit à nous dépasser nous-mêmes. Sans ambition le petit d’Homme marcherait à quatre pattes plutôt que de se redresser. Etre ambitieux est une qualité. Presque une vertu.

La cupidité n’est pas non plus l’envie. Avoir envie de quelque chose, désirer plus que ce que nous avons est normal. Sans envie l’espèce n’aurait pas survécu. Un bébé sans envie ne mange plus. On peut même envier ce qu’ont les autres: cela nous donne une échelle de ce que nous souhaitons atteindre dans notre vie. Les sages nous diraient qu’envier les autres est source de comparaison et de souffrance. Ils ont raison. C’est pourquoi l’envie doit être balancée avec le minimum de raison qui nous rappelle que le possible et le souhaitable ne sont pas automatiquement calqués sur nos appétits.

La cupidité est la frénésie à avoir toujours plus, sans limites. C’est une sorte de boulimie psychique. Il y a quelque chose de presque compulsif à la possession ou à l’enrichissement.

Mais enfin, il semble que beaucoup de gens trouvent leur compte à la satisfaction effrénée de leur cupidité. A 17 ans Justin Bieber est plus que millionnaire. Son producteur aussi, et ses fans peuvent pleurer et crier leur amour immodéré pour leur idole qui leur sourit sans jamais les voir vraiment. Que rêver de mieux que cet amour tordu, déséquilibré, pervers, entre le fan et son idole? Pour le fan sans ambition c’est le bonheur. Il vit une autre vie à travers l’idole. Et puis soyons réalistes: on ne peut pas tous être des idoles: il n’y aurait plus de fan! Le mécanisme de cupidité n’y trouverait plus son compte. Il faut des idoles que des fans sans richesse couvrent d’or: ils sont la mesure de ce que nous n’atteindrons jamais.

Système déprimant? Je ne vous le fais pas dire...


Coucher, balancer...
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Une autre a bien compris que l’époque et ses outils de diffusion, dont internet, sont propices à la satisfaction rapide de la cupidité: Zahia Dehar. Zahia-les-pastèques. Elle est mondialement connue. Qu’a-t-elle fait d’extraordinaire? Elle a couché à 16 ans avec Frank Ribery et autres célébrités du foot pour de l’argent. Et elle l’a dit haut et fort à qui voulait l’entendre. Et beaucoup voulaient l’entendre.

Coucher, balancer...

Depuis quel âge pensait-elle à ce plan pour le réaliser à 16 ans? Parce que cela ne vient pas d’un coup, coucher pour de l’argent avec plusieurs hommes. On s’y prépare, on y rêve, on imagine ses proies, on cherche où les rencontrer, on se fait intégrer dans un milieu. On s’organise pour passer des nuits à l’étranger, d’un continent à l’autre, sans que ses parents ou tuteurs ne s’inquiètent. Comment passer les frontières en tant que mineure? Ça n’est pas dit. Mais elle le fait avec une facilité qui questionne. Bref: une stratégie.

Coucher, balancer... Coucher, balancer...

Et pour balancer, elle balance. Elle raconte, s’épanche dans la presse, et amasse les euros. Clong! Cling! Les pièces tombent du bandit manchot.

Aujourd’hui elle continue sur la lancée: un site, un strip tease en vidéo, et un clip où elle lit quelques phrase d’Alice au pays des Merveilles. Parce qu’elle sait lire. Enfin, deux lignes. Et elle dit: A quoi sert un livre sans images? En effet, ça doit être fatiguant de solliciter ses neurones...

Bref, bon, chacun fait ce qu’il veut se sa vie, et sur ce point il n’y a pas à transiger. Ce qui n’empêche pas d’avoir quelque esprit critique. Et puisque les peoples se montrent autant, et que se montrer est même leur technique pour amasser et satisfaire leur cupidité, puisqu’ils étalent leur argent ou leurs fesses, et bien en échange ils doivent bien accepter d’être critiqués.

Zahia Dehar n’a pas fait grand chose pour être célèbre. Un peu de sexe, le fait d’être mineur, de la délation, et hop! Au firmament des étoiles artificielles. Le sexe ça marche toujours. Surtout avec le côté mineur, on surfe sur un écho de pédophilie ou d’abus, très à la mode. Et comme elle n’a visiblement rien d’autre à offrir elle continue.

Quel mérite à être riche et célèbre à 19 ans? Montrer ses fesses et ses pastèques? Aucun mérite. Quoique, enfin, si, peut-être: coucher avec Ribery... Mais non: aucun mérite. Téléréalité, buzz, plans cul: la notion de mérite, de valeur personnelle, de travail ou d’action méritoire se gomme peu à peu au profit de la cupidité: qui se vend le plus et le plus vite, n’importe comment, est gagnant. Le ou la candidat-e people se considère juste comme un objet de consommation sans autre valeur que le désir immédiat de l'acheteur. Un gadget de plage, quoi. Et ça marche: c’est peut-être le plus étonnant. Car tout cela n’est que le fruit du désir des anonymes. Ce sont eux qui regardent les émission et votent pour des candidats, qui pleurent et hurlent d’hystérie devant l’hôtel de Justin Bieber.

La cupidité vampirise ceux qu’elle utilise et ceux dont elle pompe les ressources émotionnelles et financières.

Le vampirisme semble être un trait particulier de l’époque. Un vampire ne réfléchit pas, ne prend pas le temps de vivre: il fonce sur sa proie et la laisse pour morte. Mais n'est-ce pas le sort normal du gadget de plage?

Allez, bon appétit!


Catégories : société 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Effrayante cette vidéo!
    Vite, allons relire l'original... et laissons notre imaginaire inventer les images.
    (Excellent billet tout de même)
    Je n'ai pas de Mac. Pfff, seulement un PC. Ouin! (?_!)
    http://8-0.fr/wp-content/uploads/2009/08/wall-e_eve_pc_mac.jpg

  • "Et ça marche: c’est peut-être le plus étonnant."

    Ben, est-ce que vous ne contribuez pas vous aussi à ce que "ça marche"?

    Il y a aussi des ambitions négatives : détruire l'autre, l'écraser pour grimper au sommet. Exemples de tels gens ambitieux pour le pouvoir, la gloire et le fric : Saddam Hussein, Kadhafi, Sarkozy, le pdg de tepco, etc., liste non exhaustive.

  • en faite je ne vois pas le rapport avec bieber, il reflete la reussite à l'americaine c'est à dire partir de rien et arriver loin. c'est fou dès que quelqu'un à du succés on va le critiquer et expliquer par je ne sais quel moyen une machination sous ce succés , il reflete certes l'unique bonne chose du capitalisme c'est à dire la reussite individuel et je pense qu'il faut preciser que c'est surtout son entourage qui est l'instigateur de cet machinerie s'il y en a une et non lui car à 16 ans je le vois mal manipuler des "pauvre" gamines , et le capitalisme et la cupidité existe depuis bien longtemps et existera toujours .

  • @ Sandrine: votre commentaire me donne à réfléchir. Je suis aussi pour que chacun aille le plus loin possible dans ce qu'il veut faire de sa vie. Et je déplore qu'en général en Europe on tape sur la tête de celui qui veut la sortir de l'eau.

    Me serais-je fait happer par cette fâcheuse tendance sans m'en rendre compte? Ou ai-je une conception limitée de la réussite?

    Pourquoi Bieber: Parce qu'il est déjà coaché pour avoir les attitudes de star sans avoir encore vraiment existé dans ce métier. Parce que j'attends plus de travail personnel pour produire une vraie carrière. Mais ce n'est que ma conception. Qui est justement peut-être limitée. Je n'apprécie pas plus Lady Gaga qui n'arrête pas de faire sa pub par son excentricité, alors qu'au final sa musique est assez conformiste. Sans ses clips et ses provoc sexuelles, aurait-elle eu le dixième du succès qu'elle a? Je n'en suis pas sûr. Et j'ai, je l'avoue, quelque difficultés à trouver un mérite à son comportement. Le buzz apporte le succès, en effet. Est-ce tout? Est-ce suffisant? Faut-il laisser tomber la notion de mérite: le succès est le succès, quelle que soit la manière de l'obtenir?

    Votre commentaire me fait me questionner. Mais je n'ai pas la réponse.

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