La double casquette du Dalaï Lama

On apprenait hier que le Dalaï Lama met fin à son mandat politique de chef du gouvernement tibétain en exil. Cela vient nous rappeler que Tenzin Gyatso, chef spirituel du courant ou école bouddhique Guélougpa, les bonnets jaunes, est engagé depuis des décennies dans une action politique et est également identifié par ses coreligionnaires comme le chef temporel du Tibet.

tibet2-DL280.jpgLe système politique tibétain tel qu’il existait avant la prise en main du territoire par les autorités chinoises, était une forme de théocratie sur base de féodalité. La population était globalement divisée en deux castes: la caste des dirigeants (aristocrates, clergé) et la caste des serfs. Les dirigeants possédaient les terres et les serfs.

Le bouddhisme a été introduit aux environs du 8e siècle, quand le Tibet était un empire et avait conquis une large portion de ce qui est aujourd’hui la Chine. Les Dalaï Lama qui se sont succédés depuis des siècles ont été les chefs exécutifs de la politique tibétaine, bien que non élus. Le pouvoir était la propriété principalement du clergé. Clergé qui a maintenu pendant des siècles la structure féodale et l’exploitation de la caste des serfs.

Le gouvernement théocratique tibétain a été chassé du Tibet par la Chine communiste. Il s’est établi en Inde avec des dizaines de milliers de réfugiés. Cet établissement a été pensé comme temporaire puisque le gouvernement en exil a continué à prendre des décisions sur l’organisation politique future du pays. Ainsi une Constitution fut établie, fondée sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Toutefois cette Constitution se termine par une déclaration d’allégeance à la foi bouddhique et à la personne du Dalaï Lama, proclamé ainsi chef spirituel et temporel du Tibet:

« Tous les Tibétains, dans le Tibet et en exil, sont et restent profondément reconnaissants à Sa Sainteté le Dalaï Lama, et s’engagent à nouveau à établir notre foi et notre allégeance à la direction de Sa Sainteté le Dalaï Lama, et à prier avec ferveur pour qu’il puisse rester avec nous à jamais comme notre chef suprême spirituel et temporel ».

La déclaration d’intention du Dalaï Lama de quitter ses fonctions politiques est une reconnaissance de fait de la dimension politique et temporelle de sa personnalité. Dans la mesure où le spirituel et le temporel sont liés, il ne peut se prévaloir de la seule casquette spirituelle quand il se rend dans n’importe quel pays autre que l’Inde. Il est un chef politique et quand il parle, n’importe où, il doit être perçu comme tel. Même sa propagation de sa foi bouddhique est un acte politique puisque les deux sont considérés comme inséparables.
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On comprend mieux l’irritation des dirigeants chinois quand il voient Tenzin Gyatso être reçu par des chefs d’Etats occidentaux avec le titre de «Sainteté» alors qu’il est également «Chef du gouvernement en exil», c’est-à-dire d’une instance dont l’existence même implique une volonté de rétablir la théocratie. Et l'on comprend qu'entre le Dalaï Lama et les dirigeants chinois se joue une partition plus complexe qu'il n'y paraît.

Le Dalaï Lama, excellent communicateur toujours souriant, a su se donner une aura d’homme de paix et de représentant d’une religion mythifiée en occident. Il n’en reste pas moins ce politicien que l’on ne voit plus derrière la couleur pourpre de sa robe de moine. Il faut aussi savoir que le bouddhisme incarné par Tenzin Gyatso ne représente qu’une petite proportion des bouddhistes. D’autres écoles existent au Tibet, et d’autres formes de bouddhismes existent ailleurs, au Shri Lanka, en Chine, au Japon entre autres. Des formes plus directes comme le Chan ou le Zen.

Les occidentaux qui embrassent la foi du Dala¨Lama savent-ils qu’ils entrent dans une école particulière du bouddhisme, et qu’il en existent d’autres? Savent-ils qu’en sa personne ils louent un homme politique autant qu’un dirigeant spirituel? Un homme politique représentant d’un système que certains critiquent, malgré le concert de louanges qui l’entoure.

La décision du Dalaï Lama d’abandonner ses fonctions politiques vient nous le rappeler.

Catégories : Poésie 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Salut homme libre!

    C'est le seul mouvement qui peut se réunir dans 90% des pays de notre planète sur quelques mètres carré!Comme Bayrou en France dans un ascenseur et un gouvernement de l'au-de là...

    Côté Asie ils sont assez nombreux avec plusieurs courants...

    Ceci étant dit, un jour un chamanne m'a proposé de faire un zen de deux heures dans la posture des moines. C'était en 1989 j'ai eut un de ces mal dans le dos terrible! Je n'ai pas trouvé le chacra, le cracha le karma... enfin bref, finalement je suis devenu non croyant à ce mouvement.

    Initialement ce sont des tribus sanguinaires et féodales, qui aujourd'hui sont plus un courant philosophique de vie, les temps anciens sont très loin.Ils ne posent pas de bombes donc ils ne gênent pas....

    Bonne journée...

  • Ah Pierre, les premières fois que l'on pratique Zazen le dos et les genoux souffrent un peu. Moi je l'ai fait avec Deshimaru. C'était le Zazen japonais: pas de croyance, pas de religion, seulement la posture et tout vient de l'intérieur.

    Bonne journée Pierre! Qui s'annonce très ensoleillée et presque chaude.

  • n'oubliez pas la double casquette des politiciens!on avait pourtant voté contre mais allez savoir comment ils font/humour/
    bonne journée à vous Hommelibre

  • Le Dalaï Lama est un loup enveloppé dans une bure de moine un monstre à face humaine au cœur d’animal selon les dirigeants chinois.
    Et ils ont bien raison.

  • J'ai connu de pires loups que le Dalaï Lama !!! Les dirigeants chinois en revanche sont des loups déguisés en loup, pas d'ambiguïté avec eux !

    La phrase : "Les occidentaux qui embrassent la foi du Dala¨Lama savent-ils qu’ils entrent dans une école particulière du bouddhisme, et qu’il en existent d’autres?" est fausse dans son imprécision.

    Car ceux qui embrassent la foi du Dalaï Lama embrassent la foi dans l'enseignement du bouddhisme, et pas dans un enseignement propre au Dalaï Lama. Après avoir découvert le bouddhisme, les occidentaux ou les autres peuvent approfondir près de chez eux et iront en général voir ce qui existe dans leur région : bouddhisme tibétain d'une des quatre écoles, bouddhisme zen, ou theravada. Le Dalaï Lama est ainsi à chaque fois celui qui donne envie de poursuivre le chemin sur cette voie, il ne fait pas de publicité pour une école plus qu'une autre.

    Il n'est d'ailleurs même pas le chef de la lignée dont il est issu, les guelougpas, c'est dire qu'il a une place bien à part et ne prèche pas pour une paroisse particulière du bouddhisme.

    Ainsi, lors de ses enseignements, on rencontre des disciples de toutes les écoles tibétaines, y compris les Bön, mais aussi nombre de pratiquants du zen, et quelques uns, moins nombreux en France, du theravada.

    Sans compter tous ceux qui ne sont pas du tout bouddhistes, mais viennent écouter un homme inspirant, et dont l'enseignement dépasse largement le cadre du bouddhisme.

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