07 mars 2011

Pays arabes: la démocratie ou l’islam?

De nombreux européens pensent que les deux termes sont antinomiques. L’islam serait totalement indigeste pour la démocratie. A l’appui: la dimension trop politique de l’islam, perçue comme omniprésente même en dehors des républiques théocratiques comme l’Iran; la mise en place de la loi religieuse en remplacement des lois laïques; la place de la femme dans certaines sociétés musulmanes; l’affirmation que l’islam est la seule vraie religion actuelle et sa prétention à détenir la vérité unique et ultime.


Libye-chameau-041.jpgCe dernier point conduirait les musulmans à refuser la relativité intellectuelle qui prévaut en démocratie. Cette relativité laisse place aux différences d’opinions, aux analyses contradictoire de la société, au libre choix de sa vie et de ses croyances. La démocratie ne peut être une religion. Elle est l’organisation de la cité. D’où l’importance de cette relativité intellectuelle qui permet la différence au sein d’un même ensemble d’humains.

La démocratie place les religions non plus dans la sphère du pouvoir politique mais dans le domaine des itinéraires personnels. C’est la meilleure place pour la croyance. Associée au pouvoir la religion se trouve inévitablement arbitre dans les tensions antagonistes de la société. En son nom on prend parti, lui faisant perdre son caractère d’universalité.

Le cerveau humain est fait et éduqué en vue de gérer les antagonismes en choisissant un aspect contre un autre. Par exemple: faut-il punir plus sévèrement les criminel pour les dissuader de recommencer, ou faut-il comprendre leurs actes pour les soigner d’un mal qui les a conduits à être criminels? La gauche va dans le seconde direction, la droite dans la première. Impossible d’associer de manière égale les deux démarches tant le clivage est entretenu.

La religion donnera une seule réponse, morale. La loi laïque accepte la morale du bien et du mal, mais la circonstancie. Elle peut à la fois comprendre, soigner et sanctionner. La loi morale ne fait que sanctionner. C’est du moins la tendance que je retiens, même si la présentation que je fais est quelque peu schématique. C’est d’ailleurs parce que le système dominant de sanction morale ne fonctionnait pas correctement que les humains ont développé la psychologie, qui offre plus de moyens de comprendre et de soigner là où la sanction n’a pas sa place.
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Au niveau personnel, avec suffisamment de répression mentale, le système de sanction peut marcher. Au niveau politique il est plus problématique de vouloir réprimer indéfiniment une partie de la société. La résignation ou la peur cèdent un jour le pas à la révolte.

La religion sera amenée tôt ou tard à se séparer du pouvoir. Soit la démocratie l’en chassera, soit elle le fait d’elle-même. En Europe il a fallu souvent l’en chasser. Mais l’on ne peut modifier d’un coup des ancrages collectifs qui durent depuis des siècles. Ainsi la démocratie-chrétienne a été très présente politiquement pendant des décennies, comme un lien entre un système et un autre.

C’est l’idée défendue par le journaliste Frédéric Koller aujourd’hui dans le quotidien Le Termps, qui présente un excellent dossier sur Le printemps arabe.

Aujourd’hui la démocratie-chrétienne a perdu de l’influence politique mais les valeurs transmises par le christianisme restent présentes dans les lois. Par exemple, la responsabilité individuelle au civil comme au pénal, est déjà prônée par Jésus à plusieurs reprises - entre autre dans cette phrase qui condamnait la lapidation: «Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre».

Quel est le lien avec les pays arabes? Et bien il n’est pas exclu que les nouvelles démocraties à venir soient fortement teintées d’islam politique. Les Frères musulmans sont en embuscade. Mais pour autant iront-ils vers des républiques islamiques de type iranien? Cette question revient régulièrement dans les conversations dès que l’on parle de l’évolution du monde.

Et bien écoutons la parole arabe: les révolutions actuelles se font au nom de la liberté, pas au nom de l’islam. C’est la liberté, la misère, la fin de l’oppression qui fédèrent les insurgés. C’est cette référence qui se met en place. C’est elle qui sera rappelée, en cas de besoin, aux gouvernants à venir.

Debat.pngIl y aura peut-être des situations à la turque, avec des alternances au sein d’un système démocratique. Cela durera quelques décennies, puis les mentalités évolueront et la démocratie restera. Des étudiants arabes se plongent dans l’Histoire et l’évolution des démocraties européennes. Ils peuvent en tirer des enseignements utiles pour eux.

Ce que je retiens est cette immense aspiration à la liberté dans les pays qui se libèrent aujourd’hui. Et il est possible, peut-être probable, que c’est l’islam qui devra s’adapter à l’évolution des besoins et des mentalités. Si ce n’était pas le cas, cette religion pourrait subir, à terme, un rejet brutal.

De toutes façon, en douceur ou par la force, les religions sont condamnées à perdre de l’influence. D’une part parce qu’elle n’ont pas de réponse à la complexité grandissante du monde et de l’esprit humain. D’autre part parce que la période actuelle montre que l’aspiration à la liberté est au-dessus des croyances, et que trop souvent la croyance contraint sans ménagements la liberté de penser. Troisièmement parce que la multiplication des connaissances replace peu à peu la religion comme un objet parmi d’autres et lui fait perdre son caractère d’objet supérieur ou dominant.

Du moment où la religion devient un objet d’étude sociologique et non plus une vérité absolue, et dans la mesure où la croyance est affaire personnelle alors que l’organisation de la cité est l’affaire de tous, sa place change et diminue.

06:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : arabie, révolution, libye, tunisie, égypte, liberté, démocratie, islam, religion, laïcité, pouvoir, chrétien | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Pas mal, mais d'accord et pas d'accord. Il y a des piliers universels dans l'évolution. L'un des piliers est la croyance. L'Homme est religieux de nature.

Alors si on pose le postulat que l'homme grandit en raison il y a des chances que l'Homme devienne philosophe. Mais ce n'est pas gagné sur tous les niveaux.

Dans ce cadre la partie politique de la religion devrait effectivement disparaitre et ne conserver que la partie spirituelle pour certain et philosophiques pour d'autres.
Mais là ca devient drôle car du coup on se rapproche de très près du vrai christianisme

Jésus: «Méfiez-vous des spécialistes de la loi qui aiment se promener en longues robes et être salués sur les places publiques; ils recherchent les sièges d'honneur dans les synagogues et les meilleures places dans les festins;

Évidemment cette parole est universelle et concernent toutes les religions et pas que les religions.

Écrit par : alto113 | 05 mars 2011

Un article qui tombe bien à propos:

Révolutions et contre-révolutions... par Alexandre del Valle
7 mars 2011 16:06 - drzz.info

Face au double danger des oppositions islamistes et des rebelles pacifiques, les dictateurs n'ont pas dit leur dernier mot.

D'après Khattar Abou Diab, enseignant à Paris-XI, les masses révolutionnaires du monde arabe sont partagées entre la jeunesse sincèrement démocratique, branchée sur Facebook, et des déshérités qui réclament seulement moins de pauvreté ou simplement un travail.

L'Egypte n'aura bientôt plus assez de blé pour nourrir ses mégalopoles surpeuplées et explosives.

Autre constat, aujourd'hui, on assiste à une révolution dans la révolution, tiraillée entre forces opposées : enTunisie, les islamistes attendent des élections qu'ils espèrent gagner, et les communistes de l'UGTT se radicalisent par peur de les perdre. L'Egypte est prise en tenailles entre deux forces : les frères musulmans qui se réclament du « modèle turc » islamo-démocrate, et l'armée du statu quo. Au Yémen, on parle d'une possible scission du pays. Mais la contre-révolution est également en marche. En Libye, face aux fiefs islamistes de Jabal al-Akhdar, à l'est, Kadhafi achète les masses et les mercenaires. L'issue de la guerre civile libyenne sera déterminante. En Syrie, les révoltes ont été étouffées dans l'œuf, lorsque les blogueurs appelant à manifester ont été arrêtés grâce à leur adresse IP comme en Iran.

La Syrie, Israël, l'Iran, le Maroc et l'Arabie saoudite forment désormais un axe contre-révolutionnaire paradoxal uni, prêt à tout pour maintenir le statu quo.


Le roi saoudien a d'ailleurs essayé d'acheter Facebook pour 150 milliards de dollars !


Bizarrement, la télévision arabe Al-Jazira, basée au Qatar, qui a relayé toutes les révoltes, n'a pas commenté les manifestations dans les Emirats, en Arabie saoudite ou au Koweït. Or les révolutions pacifiques se nourrissent de la médiatisation. Ainsi, Barack Obama s'est bien gardé de soutenir la révolte chez son allié majeur, la dictature islamiste d'Arabie saoudite, où les sujets sont privés de liberté mais bien repus.

Alexandre del Valle - L'article original peut être consulté ici

Écrit par : Patoucha | 07 mars 2011

Londres : Rassemblement pour l’instauration de charia en Égypte
Posted: 05 Feb 2011 06:35 AM PST
Une manifestation pacifique est bon enfant d’après les Anglais.


Londres - Des centaines de manifestants ont brandi des pancartes appelant à ce que la loi islamique soit imposée en Egypte, lors d’un ressemblement qui se tenait devant l’ambassade d’Egypte au centre de la capitale britannique.

Depuis plusieurs jours, des centaines d’expatriés et de partisans du changement de régime se sont réunis pacifiquement devant l’ambassade.

Aujourd’hui, ils brandissaient des pancartes telles que «la démocratie apportera l’oppression» et «l’Islam est la solution pour l’Egypte». Des hommes en habits traditionnels ont rejoint des femmes en burka pour un rassemblement demandant que la charia soit imposée.

Derrière des barricades, ils ont agité des drapeaux, faisant face à une rangée de policiers en uniforme dans cette rue tranquille du centre de Londres, loin du chaos de la place Tahrir - Libération - au Caire.

Un porte-parole de la police Métropolitaine a déclaré: “Il y a environ 300 personnes, tous coopératifs et de bonne humeur.”

Source : Daily Mail Extrait traduit par Bivouac-id
GB : un imam londonien menacé de mort par des musulmans + [vidéo]
Posted: 08 Mar 2011 05:37 AM PST

La mosquée est sans doute le seul lieu de culte où il est banal d’entendre et de vociférer des menaces de mort…

The Guardian - L’imam d’une mosquée située à l’est de Londres fait l’objet de menaces de mort et d’intimidations pour avoir exprimé ses opinions sur l’évolution et le droit des femmes à refuser le voile.

Dr Usama Hasan, vice-président à la mosquée Leyton et maître de conférences en ingénierie à l’Université de Middlesex, a cessé d’officier la prière du vendredi, après 25 années de service depuis qu’une cinquantaine de manifestants musulmans ont perturbé son sermon, en distribuant des tracts et en criant des slogans appelant à son exécution, dans la mosquée.

Une déclaration du secrétaire de la mosquée, Mohammad Sethi, qui a été diffusé sur des sites extrémistes, déclare que M. Hasan a été relevé de ses fonctions après que son discours ait provoqué un ”antagonisme considérable” dans la communauté à cause de sa “conviction que les femmes musulmanes sont autorisées à montrer leurs cheveux en public”. […]

Les tracts contenant les menaces de mort contre M. Hasan qui ont été distribués par les manifestants sont anonymes mais citent les autorités religieuses disant que tout musulman qui croit en la théorie de l’évolution est un “apostat”, et qu’il “doit être exécuté”.

Source : The Guardian Extrait traduit par Bivouac-id.

Écrit par : Patoucha | 08 mars 2011

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