Galliano (3): premières leçons d’une affaire démesurée

En marge de cette affaire démesurée, que sa démesure elle-même rend suspecte, et en marge du révélateur sociétal qu’elle représente, d’autres réflexion viennent. Galliano, les juifs, l’assassinat médiatique: comment clarifier ces thèmes intimement imbriqués dans cette affaire?

toile1-500wi.jpgLa parole de la toile

Je commence par les réactions sur internet. Billets, commentaires et forums ont largement débattu des éléments à disposition. La tendance majoritaire, avec quelques nuances, est que l’on ne peut accorder une valeur aussi dramatique aux propos de John Galliano. Les injures sont à placer dans le cadre d’un homme mal dans sa vie, en état d’ébriété, et - selon certains - peut-être piégé. On n’aurait pas dû faire d’une dérive d’alcool et de propos stupides sous cette emprise, une affaire aussi démesurée. Cela ne signifie en aucun cas un accord avec les paroles prononcées. Mais un refus de la dérive de l’Etat de droit et de la médiatisation.

La tendance minoritaire, elle, pense que l’alcool n’y est pour rien - ou pour peu, et que l’on a bien fait de dévoiler la vie de John Galliano.

Il y a contre lui des réactions extrêmes, dont la violence vaut largement les propos qu’il a tenus, mais qui ne seront pas sanctionnées faute de plainte pénale. Et, je le disais hier dans un commentaire, je suis surpris du nombre de gens qui soudain se révèlent être des anges. Ils n’auraient jamais dit ni même pensé du mal des juifs. Et forcément pas des arabes, ni des femmes, ni des hommes, ni traité un automobiliste de c*** de m***. Ils n’ont jamais eu envie d’étrangler personne, ni de poser une bombe sur le monde un soir de noir à l’âme.

Même ivres, ils savent très bien ce qu’ils ont fait et ce qu‘ils n’auraient jamais fait. Entre les injures antisémites et les injures anti-françaises, ils auraient choisi soigneusement les deuxièmes - ça tombe bien, elles ne sont pas condamnées! Et tout cela en étant pétés à l’alcool, peut-être à autre chose, vacillant sur leur chaise, face à des gens qui les cherchent. Ah, tous ces gens qui maîtrisent parfaitement l’alcool, c’est quand-même formidables...

Au fond, c’est utile de désigner un diable à la vindicte: il nous rassure et nous autorise une image angélique de nous-mêmes.

Le lynchage marche bien, et sur internet il est sans pitié. On avale presque tout sans réfléchir. Il faut dire que réfléchir, soupeser, analyser, débattre de manière contradictoire sans traiter l’autre de nazi, de sionniste, de con, de raciste, de ceci, de cela, il semble que ce n’est pas très tendance. S’indigner, mettre de l’émotion, répéter ad libitum des mots comme on enverrait une balle de révolver, ça c’est bien. Réfléchir, naaaannnnnn.....


racisme-3.jpgEt en droit?

La loi en France réprime des propos, injures, discriminations ou incitations à la haine ayant pour motif, l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion, ainsi qu’une appartenance sexuelle et une orientation sexuelle.

S’il est avéré que les propos de John Galliano tombent sous le coup de la loi, et si l’accusation de la semaine dernière est prouvée, alors une jurisprudence donne un éclairage utile. C’est l’affaire Siné. En 1982 l’humoriste se lâche au micro d’une radio libre, Carbone 14. Il est 4 heures du matin, la nuit fut très arrosée. C’est la guerre au Liban. A cran, ivre, en rage d’impuissance face à une guerre de plus, Siné réagit à l’attentat anti-israélien de la rue des Rosiers et surtout aux bombardements israéliens au sud-Liban et s’affirme anti-sémite. A côté de ses propos, Galliano est un enfant de coeur.

Il s’est excusé par écrit, a publié ses excuses. Mais il a été condamné en 1985. Pourtant rien dans la carrière ou dans les engagements de Siné ne montrent un anti-sémitisme.

De cela, et de la loi, il ressort que les propos racistes sont un délit pénal. Mais il faut d’évidence faire la différence entre un homme qui n’est pas activiste, pas engagé politiquement dans un mouvement raciste, dont le comportement hors ébriété n’a pas posé de problème de ce genre, et un membre de parti raciste.


misandrie.JPGRacisme, antisémitisme, sexisme

Le racisme est une erreur intellectuelle. Les racistes du 19e siècles proclamaient que les noirs sont inférieurs. La recherche génétique a démontré depuis que c’est faux. La question est donc réglée. Alors pourquoi faire du racisme un délit? Parce que, en raison de son origine ou appartenance, une personne ou un groupe ne disposerait ni des mêmes droits ni de la même protection que les autres. Ce qui est contraire à l’égalité de droits de la démocratie. Cela ne s’applique pas qu’aux insultes, mais aussi à l’embauche, entre autres. C’est d’ailleurs sur cette base qu’Eric Zemmour a été condamné, même si son propos avait une autre intention. Mais c’est une autre histoire.

Une autre raison de refuser le racisme est qu’il a généré des idéologies et des systèmes de persécutions à grande échelle. Sa dangerosité pour l’humanité est donc très importante.

L’antisémitisme est un racisme particulier puisqu’il s’applique aux personnes d’origine sémite. Cette origine est liée à une des langues sémitiques. L’arabe, l’hébreu, l’araméen sont entre autres des langues sémitiques, et les peuples ou tribus qui les parlaient couvrent une vaste région. Le sémitisme est donc une particularité culturelle assez largement partagée au Moyen-Orient. L’antisémitisme lui ne concerne que les personnes de religion juive.

Pourquoi ce qui touche les israéliens est-il si sensible? A cause de la Shoah, bien sûr. Un crime massif qui a été d’une violence et d’une perversion extrêmes. Mais aussi parce que les juifs, en tant qu’appartenant à une religion, ont été discriminés et persécutés en Europe depuis plus de 1‘000 ans. La souffrance accumulée, conclue par la Shoah, est immense. Israël en tant qu’Etat est toujours stigmatisé. Les juifs, avant de devenir la nation israélienne, ont toujours vécu en Europe. Il est donc naturel que les européens se sentent très concernés par les injures antisémites.

Par contre, les gens aujourd’hui se traitent de tous les noms, les injures fusent sur le net, et personne ne dit rien. Nous sommes dans un climat général violent, mais on ne choisit qu’une seule expression de la violence. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, disait qu’elle voulait tout sauf du mâle blanc, elle n’est pas condamnée. Cette semaine le maire féminin de Genève dit dans la presse que les hôtesses du salon de l’auto sont «des fantaisies pour hommes en chaleur», assimilant dans son sexisme les hommes à des chiens, personne ne s’en étonne. Alors, condamner les propos de Galiano, ok. Mais le reste aussi. Sans quoi plus aucune indignation n’est crédible. D’ailleurs, plutôt qu’une condamnation en justice dans ces cas-là, qui enferme le coupable en lui-même sans le changer, je pense qu’il faudrait des groupes de travail pour décortiquer les pensées racistes et en démontrer l’erreur. Cela serait infiniment plus pédagogique.

A propos, tout le monde a été choqué de l'aspect antisémite de l'affaire. Mais rien n'est dit sur le "bâtard asiatique". Personne pour lem défendre? Un asiatique a-t-il moins de valeur? Allons, allons, ôtez-moi d'un doute: tout le monde s'est indigné autant pour l'asiatique que pour la supposée juive, n'est-ce pas?...


alcool.jpgAprès le lynchage: revenir à soi

Je ne reviens pas sur les thèmes de mes précédents billets. Je reste sur le sentiment d’une affaire pas nette et je ne peux considérer cet homme comme un antisémite notoire, prosélyte, récurrent. Je vois essentiellement un dérapage qui ne mérite à mon avis pas cet assassinat moral au niveau mondial. Je n'arrive pas à voir en lui le monstre que certains décrivent ou suggèrent. Je cite simplement un commentaire d’une internaute qui résume mon point de vue: «Je dis qu'on exagère trop les propos débiles d'un homme complètement ivre qu'on livre à la vindicte populaire.»

Je retiens ici deux points. Le premier est ce qui a pu amener John Galliano à prononcer ces paroles (sans négliger le contexte où cela a été dit et qui reste obscur). La dépression est une chose. Il y a peut-être autre chose: une querelle avec une personne de nationalité israélienne ou de religion juive? Une trahison? Une blessure? Je me souviens d’une ex-copine partie un mois en Australie, qui s’était fait un bonhomme là-bas, et qui au retour a déposé une plainte mensongère contre moi pour de l’argent. Puis cela a dégénéré. Cela a volé 7 ans de ma vie. Je peux dire que pendant longtemps je ne pouvais plus voir l’Australie et les australiens en peinture!

L’autre point est l’opportunité que cette affaire peut présenter pour lui. J’essaie de trouver du positif. C’est le moment de repenser sa vie, ses valeurs, de revenir à lui. Un grand recentrage. Lâcher l’alcool, se faire du bien, retrouver de vrais amis, retrouver une estime de lui. Sans cette affaire ils allait peut-être vers la mort psychologique.

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Commentaires

  • Effacé rien du tout. Mais je vais le faire maintenant.

  • "A côté de ses propos, Galliano est un enfant de coeur."

    C'est vous qui le dites! Mais cela est du même acabit que ce qu'a dit Lepen et même pire. Les deux font référence aux chambres à gaz.

    "ont été discriminés et persécutés en Europe depuis plus de 1‘000 ans."

    Les Juifs en Europe occidentale

    Depuis l'époque romaine, il y a en Gaule et en Allemagne des Juifs qui, d'abord, possèdent la totalité des droits sans discrimination. L'installation du christianisme les leur retire. Mais c'est surtout l'établissement de la féodalité qui restreint leur liberté : ils n'ont plus le droit de posséder de terres ni d'exercer les professions sujettes à la tutelle des corporations. Ils ne peuvent donc vivre que du prêt à intérêts, avec de gros risques, des taxes énormes et le mépris de leurs obligés. Philippe Auguste, Louis IX et Philippe IV le Bel s'illustrent dans l'art de les pressurer et de les brimer ; ils les expulsent pour s'approprier leurs biens, puis les rappellent moyennant des taxes coûteuses. Après le IVe concile du Latran (1215) et la croisade des albigeois, on impose aux Juifs le port de la « rouelle ». Sous l'influence de l'Église, il se crée dans l'esprit du peuple une image hideuse et redoutable du Juif, considéré comme un usurier diabolique, ayant partie liée avec les sorciers, les lépreux et les démons. On l'accuse de prétendus « meurtres rituels » et de sacrilèges, plus particulièrement d'attentats contre la personne du Christ par perforation des hosties consacrées. Au XVe s., il ne reste guère de Juifs que dans le comtat Venaissin.

    En Allemagne, il n'y a pas de mesures générales, mais les violences ne manquent pas, notamment à l'époque des croisades. Les Juifs d'Angleterre, installés depuis l'arrivée de Guillaume le Conquérant (1066), connaissent une certaine tranquillité jusqu'au couronnement de Richard Cœur de Lion. Après un siècle de persécutions, ils sont finalement expulsés (1290).

    L'Italie, morcelée en une multitude de petits États, traite moins mal ses Juifs, qui ont la ressource, en cas de troubles, de gagner un autre État. C'est pourquoi la science juive y fleurit remarquablement : il faut citer le grand homme d'État Isaac Abravanel (1437-1508) et ses fils, qui s'installent à Venise.

    L'épidémie de peste qui ravage l'Europe en 1348 est l'occasion d'une vague de massacres des Juifs, accusés de fomenter avec les lépreux un immense complot pour empoisonner les sources et les puits.

    Le grand mot: Le "complot" qui perdure encore de nos jours.


    Pour ce chapitre ce lien:
    Les juifs au Moyen Âge - ARTE
    10 févr. 2009 ... L'histoire des juifs au Moyen Âge dans la région du Rhin est, comme en d'autres temps et en d'autres lieux, ponctuée de persécutions et de ...
    www.arte.tv › ... › Moyen Âge -


    Bonne lecture

  • Joli billet encore.
    Ce qui est tout de même énorme c'est que Jésus est juif est venu dans le peuple des juifs pour les sauver d'abord eux et les autres par la suite...
    Et qu'une bande organisée de pseudo chrétiens aient réussi à faire croire à l'inverse de son enseignement.

    C'est aussi au final une bonne définition de la dictature

    Encore plus curieux c'est que malgré tout, des années plus tard ce sont bien les souches du christianisme qui sont dans la déclaration universelle des droits de l'homme.

  • M.Salerno en tant que magistrate, qui pendant une de ses tâches officielles devrait être poursuivie pour diffamation de la gente féminine...Si j'étais hôtesse je porterais plainte...depuis quand traite-t-on les travailleuses du Salon d'objets sexuels et les visiteurs de mâles en rut...? Quelle indescence. Que font les féministes dans ce pays ? Auraient-elles disparues pour s'occuper d'un autre thème que la protection des femmes et de leur dignité ?

  • Vous avez raison Patoucha de rappeler l'histoire de l'argent!

    "Ils ne peuvent vivre que du prêt et intérêts"

    Sous CHARLEMAGNE le prêt d'argent est --interdit par l'église catholique-- et ce, jusqu'au moyen âge! Ce sont donc bien les juifs qui se feront prêteurs d'argent avec intérêt.

    De là est né cette légende qui consiste à faire croire que tous les Juifs possèdent l'argent du monde...Le tricotage continue encore aujourd'hui.

  • Tiens, j'ai trouvé un commentaire méchant sur John Galliano. Une internaute au pseudo de Marie se lâche... Injures homophobe, incitation à la haine, discrimination de nationalité, injures ordinaires...

    L'hystérie marche à plein. Et normalement elle devrait être poursuivie et inculpée, car la justice peut s'autosaisir. Mais elle n'est pas célèbre ni filmée, et elle comme tant d'autres sur le net peuvent injurier impunément.

    Le comm en question:


    "Pauvre John, pauvre chéri, j’en a la larme à l’oeil.
    Lui qui n’a rien fait rien dit et qui termine tel un martyre poussé à bout par le Mossad en la personne de Natalie Portman.
    Vous trouvez ça trop inzuste les Caliméros ?

    Bah ça me fait bien rire de voir cette lopette raciste partir se faire désintoxiquer au fond d’un ranch.

    Ce dégénéré n’avait rien à faire dans mon pays ni dans sa capitale. En 1945 on l’aurait pendu ou fusillé pour ce qu’il a vomi, il aurait peut-être meme été déporté avec une étoile rose sur pyjama rayé.

    Il a eu de la chance d’etre né plus tard.
    Vu son état, c’est un moindre mal, je lui souhaite un trèèèèès long oubli."


    Cette Marie est sortie du même moule que Galliano, question insultes, mais elle a reçu la mention très bien. En plus elle n’a pas l’excuse d’être ivre.

    Cela fait simplement parie de la violence ordinaire exprimée sur cette affaire, violence qui ne sera pas poursuivie.

    L'affaire Galliano est un miroir impressionnant.

  • Patoucha: Sur la discrimination et les persécutions contre les juifs, je ne dis pas autre chose que vous. J'abonde dans ce sens et suis convaincu de la violence vécue de manière systémique par le peuple juif.

    Mais je ne peux associer les propos de Galliano à cela. Je suis thérapeute, aussi, et je vois un homme qui souffre et qui déverse - mal - sa souffrance sur d'autres. Je reste convaincu de la provocation chez Galliano, et non de la profession de foi. Ou peut-être d'une hargne personnelle qu'il généralise. C'est à la foi mon sentiment à voir cette vidéo, à comparer avec le fait qu'il n'a aucun passé connu dans ce domaine (cela se saurait!), et c'est mon expérience de thérapeute: on se trompe de cible. Galliano est un homme qui souffre et qui dérape. Et on tape dessus comme si c'était un bataillon de SS.

    Dans cette affaire le sens de la mesure est perdu, et c'est bien ce qui m'inquiète.

  • Vous semblez oublier qu'en France l'antisémitisme est un délit, et comme tel il est sanctionné par la loi.
    Dior est un nom prestigieux, associé à l'image de mon pays, comme à son talent. Jugez-vous ce prestige demesuré ?

    Les personnalités connues, quelle que soit leur appartenance, n'ont-elles aucune obligation ? C'est cette célébrité qui amplifie l'écho de leurs paroles. C'est elle qui accentue leur responsabilité.

    L'alcool n'est pas ici considéré comme une circonstance atténuante. Il est responsable de bien des violences. Des femmes en payent le prix chaque jour. Pourquoi deviendrait-il soudain aspect accessoire ? Votre indulgence pour les personnages fortement imbibés m'étonne.
    L'alcool est plus connu comme désinhibiteur que pour ses capacités à modifier les façon d'être et de penser.

    Et si l'angélisme consistait à justifier les propos inacceptables d'un Siné, d'un Galliano ou autre. Et si l'angélisme consistait à banaliser un peu plus l'antisémitisme qui s'exprime de nouveau en Europe, avec une violence jamais atteinte depuis la guerre.

  • @Anne
    "Dior est un nom prestigieux, associé à l'image de mon pays, comme à son talent. jugez vous ce prestige démesuré ?"
    Soyons réalistes, ce prestige a également ses cotés sombres.L'achat des pièces, vu leurs prix est reservé à une élite. Je doute fort que depuis tant d'années on ait laissé à la porte des boutiques de haute couture des femmes de dictateurs.


    @ Hommelibre : j'ai pensé la même chose que vous : impossible qu'il n'y ait pas un drame ou une querelle personnelle cachée derrière tout ça.
    Plus je réfléchis et plus j'écarte totalement la thèse de l'antisémitisme primaire ( à laquelle je ne croyais pas franchement dès le départ ) :
    Comment un homme célèbre( mais seul, très seul, toujours ivre et seul ) peut il proférer en public des injures de cette sorte et déclarer son amour pour Hitler alors que son PDG est juif, qu'il sait pertinement bien qu'une des soeurs de Christian Dior qu'il représente a été déportée à Buchenvald et qu'il appartient à une communauté également pourchassée à l'époque par les nazis.
    C'est tellement absurde et énorme que pour moi, ça ne tient pas de l'antisémitisme, ça tient tout bonnement du suicide.

    "L'Australie et les australiens" mais pas les kangourous.....J'ai bien ri, tellement vrai.

  • @ Vous retenez une ligne et digressez gaiment. Oui Dior est un grand nom. Sa clientèle est-elle si différente de celle qui utilise vos précieux coffres-forts ? En partie seulement. Par l'intermédiaire de divins parfums.
    Dior, Paris, la France. Ni vous ni moi n'avons le pouvoir de dissocier ces noms.

    Pourquoi les 'suicidaires', sobres ou alcoolisés, ne provoquent-ils jamais, ne s'attaquent-ils jamais à plus dangereux qu'eux ? Cette logique m'échappe.

    Vous vous dispensez de répondre sur l'essentiel. Primaire, de salon ou de café, l'antisémitisme n'est pas anecdotique. Nos deux pays l'ont hélas illustré. Accepter sa banalisation et lui trouver des excuses est un choix.

  • PS : ne pas se soucier de ceux qui l'ont subi et accorder sa compassion à celui qui l'a exprimé est aussi éloquent.

  • @ Anne: chacun tient un bout du réel et s'y accroche, moi comme vous. Sauf que je n'approuve pas les propos, et suis très touché par l'histoire et le vécu du peuple juif. Certains ici le savent, même si cela ne s'étale pas partout. Ma compassion s'exprime dans mon dernier roman - pour lequel je cherche un éditeur. Elle s'exprime dans certains articles de mon blog, ce qui m'a parfois valu des nom d'oiseau. Donc je n'ai pas à me défendre sur ce point, et il n'y a rien là d'éloquent comme vous le dites assez perfidement. Comme d'hab on juge sur une fois, un bout, hors contexte, alors que chacun a une histoire. Même Galliano en a une..

    Par contre que l'on passe de propos dit dans ces circonstances troubles une affaire mondiale, qu'on le jette publiquement à la fosse, cela tient de la lapidation morale - et je pèse mes mots. Que pédagogiquement l'on rappelle que l'antisémitisme comme tout racisme est une erreur intellectuelle et une injustice morale, à 100%.

    Mais que l'on fasse la part des choses. Que l'on apprenne aux enfants à soupeser. Sinon un jour il se pourrait qu'un enfant disant une connerie se fasse lapider à son tour. On ne peut pas juger de la même manière les propos de Galliano dans ces circonstances encore peu claires et sans passé antisémite, avec une personne ayant une véritable haine ou idéologie.

    Je souhaite mettre ici un copié-collé d'un extrait de comm qui vient d'un autre billet:

    "Même sur cette vidéo, on voit bien que Galliano dit tout simplement n'importe quoi, les premières conneries qui passent par la tête du moment qu'elles sont bien énormes, qu'il ne fait pas la différence entre "vos parents auraient du être gazés" et "vous êtes moche", qu'il n'y a pas d'idéologie derrière (quand la fille lui dit demande s'il a un problème, il ne dit pas qu'il a un problème avec les juifs, il dit "avec les moches", d'ailleurs ses interlocuteurs à ce moment ne sont pas juifs), qu'effectivement il s'est inspiré d'influences juives dans ces défilés au même titre que les autres (superbe musique ashkenaze dans celui de la collection été 2011), qu'il avait justement choisi Natalie Portman, citoyenne israélienne, pour représenter le dernier parfum Dior, etc, etc."

    L'acceptation du lynchage est à mon avis aussi dangereuse que le racisme. C'est par le lynchage qu'ont commencé les pogroms et l'extermination.

  • @HL : Je vous remercie de cette réponse écrite avec soin. Mais permettez-moi d'abord une requête : précisez qu'il s'agit à vos yeux d'un lynchage médiatique. Le lynchage physique, celui qui signifie battre à mort existe toujours. Dans de nombreux pays il se pratique avec des pierres, il est légal, on le nomme lapidation. Ces actes sont trop terribles pour utiliser leur nom à la légère.
    Vous évoquez les pogroms. Quelle ressemblance avec les attaques, toutes verbales, contre un homme qui a tenu des propos antisémites ? Les pogroms n'étaient pas critiques d'un homme qui se croyait protégé par son succés. Mais mise à mort atroce d'une population. Pour la seule raison qu'elle existait.

    Cette comparaison est terrifiante.

    Je ne suis pas plus que vous adepte du pilori. Si les propos d'un Galliano ont eu cette audience c'est qu'il est connu. Cela ne diminue en rien sa responsabilité, au contraire. Bénéficier des privilèges que donne une situation aisée ne dispense pas d'obligations. Ici ce sont celles que doit respecter tout citoyen. Que l'insulteur soit stupide, ivre ou sobre n'y change rien. Qu'il ait montré de la sympathie ou non pour une femme ou un homme du peuple qu'il insulte non plus.
    Combien de racistes ont un ami noir, combien d'antisémites ont un ami Juif ? Qui sait s'il n'existe pas un misogyne qui a une amie ?
    L'antisémitisme n'a jamais empêché de s'approprier d'un bien, de l'apprécier, pas plus que d'utiliser un talent.

    En France, je le rappelle, l'antisémitisme est un délit. Ce n'est pas une opinion. Qu'importe qu'il soit le fait d'un homme connu, d'un voyou ou d'un lycéen ou d'un homme qui semblait honnête. Qu'un délinquant semble incohérant, qu'il ne semble pas avoir conscience de la gravité de ses paroles ou de ses actes ne change pas leur nature.

    Ma remarque n'avait rien de perfide : c'est une affirmation des plus claires. Je soulignais un choix. Je le déplore. Je regrette que la violence subie par les deux clients du café « La Perle » inspire si peu de réactions. Votre intérêt pour la psychologie oriente peut-être vos réactions. Je ne prétends pas les... analyser.

    Oui oublier les victimes et mettre à leur place celui qui les agresse me heurte. Je ne cherche nullement à vous faire mauvais procés. Simplement à attirer votre attention sur les dangers de ce glissement.

  • @ Anne:

    Bien sûr que je parle de lynchage médiatique. Il est moins violent à voir, certes, mais peut être tout aussi meurtrier. Je repense par exemple à l'ancien premier ministre Bérégovoy, homme que j'appréciais beaucoup. La campagne contre lui, injuste à mes yeux, a été terrible. J'en avais fait un billet de rappel il y a quelques temps. Je sais que j'utilise les mots forts parfois, de manière virtuelle, mais considérez bien que c'est uniquement pour dire comment je ressens les choses.

    Oui, vous avez raison sur le principe et sur la loi. Pour les faits réels, franchement, je reste perplexe. Et je reste avec le sentiment qu'il y a une autre histoire dans l'histoire. Je reste surpris de cette femme qui raconte sa version, avec autant de phrases et de mots précis attribués à Galliano une semaine après.

    J'aimerais aussi comme je le disais avant, que l'on soupèse les choses. La justice, quand elle condamne, tient elle-même compte des circonstances. Pour un vol de pomme elle ne peut condamner de la même manière un être affamé ou un Madoff. Je suis pour que chacun soit considéré comme responsable le plus largement possible de ses actes. Mais je sais que la rigidité n'aide pas le réel.

    Je pense aussi que cette vidéo n'aurait pas dû déjà être prise, ensuite diffusée. Je lisais sur un autre site un comm disant que c'était très bien, que l'on devait savoir ce qu'il y a dans la tête des gens. C'est effrayant.

    Je ne veux pas de ce monde là où en effet on se trouve devant une véritable police de la pensée. De même, je ne suis pas sûr que le fait qu'il soit connu doive faire considérer comme normal une plus grande vulnérabilité. Veut-on au final faire payer à ces gens le fait de nous faire rêver?

    Le comportement de Galliano dans cette vidéo n'attire certes pas la sympathie. Il doit se repenser en profondeur. Mais enfin, à mes yeux le journal anglais The Sun qui a acheté la vidéo, celui ou celle qui l'a vendue, n'ont pas plus d'éthique, et ont commis également un délit.

    Tout s'est tellement polarisé sur Galliano, en évacuant tous les autres aspects, en trouvant normal qu'il soit jeté en pâture au public (qui a eu intérêt à divulguer l'accusation?), et les risques d'une dérive populiste de la justice et de l'opinion sont tels, que je pense juste de relativiser.

    A tort ou à raison, mais en conscience.

    Bien à vous.

  • @ Anne
    je ne me sens pas concernée par les coffres, je suis française et je réside en France.
    Ce qui est surtout éloquent, c'est que se soit une personne comme moi, avec une famille maternelle qui a d'abord fui la Pologne puis ensuite l'Allemagne qui accorde le droit à l'erreur à une personne telle que John Galliano.
    Son exemple fait partie prenante de ma lutte actuelle : cet espèce d'enfermement dans ce système de pensée unique qu'on veut nous imposer au sein d'une société politiquement ultra correcte et dont vous êtes apparement déja victime sans vous en rendre compte.

    @ Hommelibre : il n'y a vraisemblablement pas eu de précédents, Sidney Toledano a déclaré " Chacun chez Dior, qui s'est donné corps et âmes à son travail est stupéfait et attristé par ces paroles inqualifiables".
    On emploie jamais le mot stupéfait par hasard.

  • @HL : Meutrier parfois certes. Et dans tous les cas condamnable. Votre comparaison m'embarrasse. Monsieur Bérégovoy était un homme digne d'estime. Pourtant tenu à l'écart de son clan politique. Notre couturier est loin d'être si isolé. Lui est de toutes les fêtes.

    Mais pourquoi douter du témoignage d'une femme agressée et de son compagnon ? Elle s'est exprimée et son témoignage a été diffusé dès le lendemain. Pourquoi cette préférence ?

    Est-ce une des raisons ? Le nom de Dior avait déjà été éclaboussé par un scandale. Dans les années 60. Il s'agissait d'une nièce de Christan Dior. Je ne crois pas qu'elle ai été présente à la maison de couture, mais elle portait le nom.
    Dans un reportage réalisé pour la télévison française*, elle affichait complaisement son attachement au national socialisme. Elle allait épouser une sorte de frère d'armes et garantir la pureté de son aimable race. Ainsi devisait-elle, non je n'exagère pas.

    Les réactions sont dues à la fois à la célébrité d'un homme habitué des médias et qui ne s'en offusque pas s'ils l'encensent, et à la gravité d'un comportement.
    Je vous accorde toutes ne relèvent pas de sentiments louables et qu'elles peuvent s'accompagner de commentaires détestables.

    Je n'apprécie pas non plus ces traques des photographes et vidéastes. Chasse à l'homme par appareil interposé. La violence physique exclue.

    Mais il y a les faits. Les insultes antisémites sont hélas (re)devenues quotidiennes. Aucune ne peut être anodine. Jamais. Les mots n'ont aucune innocence.

    Nous sommes en 2011, les insultes et les agressions antisémites ne sont plus exception. Depuis tant d'années.


    Bien à vous.

    ___________________

    * On peut le voir sur le site de l'Ina. Son titre : « Colin Jordan et Françoise Dior se marient. »

  • @ Anne:

    Je vous rassure tout de suite: les déclaration de Mlle Dior en 1963 n'ont aucune influence sur moi, et je trouve tout-à-fait déplacé que l'on exhibe cette archive. On va bientôt se voir reprocher d'avoir eu un arrière-grand-père berrichon ou une petite-fille voleuse de pommes! Incriminer la maison Dior pour cela me paraît tout autant une tentative de lynchage.

    par contre, les propos du patron lors du défilé sont d'une pauvreté étonnante.

    J'ai été personnellement confronté à la duplicité des humains et à la construction d'un mensonge - un gros - en justice. Je sais aujourd'hui jusqu'où certains peuvent aller.

    J'imagine aussi qu'un homme ivre est désagréable et que le couple a commencé à faire de remarques. A sa voix et à ses propos, la femme n'est pas du genre à plier ou concilier. Ils peuvent être co-responsables. Galliano dit avoir été agressé: pourquoi ne pas le croire? Il peut penser faux (antisémitisme) mais dire vrai (être provoqué).

    Je trouve aussi importante la déclaration de Zoledano mentionnée au-dessus de votre dernier comm: "Chacun chez Dior, qui s'est donné corps et âmes à son travail est stupéfait et attristé par ces paroles inqualifiables". Comme le souligne Patricia qui l'a reproduite, le mot stupéfait signifie que jamais ils ne se seraient attendu à cela.

    Ce qui plaide pour l'accident. Les propos n'en sont pas moins incorrects, mais la perspective change. Et l'on retrouve peut-être un problème personnel de Galliano avec quelqu'un de la maison, bref, je ne peux isoler les propos d'un contexte qui lui n'est pas criminel.

    Si on isole tout propos de son contexte, alors la vie est un enfer et la justice digne du roi Ubu.

  • @Patricia : les coffres étaient une réponse à HL.
    Si je suis touchée de ce que vous me dites, je ne lis aucun argument. Nous ne parlons pas d'erreur, mais d'insultes, de propos qui dénotent un certain attachement.
    Pourquoi cette indulgence qui ne tient pas compte des victimes réelles ? Un certain côté pitoyable du personnage ? Zweig a magnifiquement démontré que la pitié pouvait être sentiment ambigu.

    La 'pensée unique' appartient à cette langue de bois que vous devez haïr. Qu'un grand nombre de personnes partage un point de vue n'a jamais signifié que celui-ci était faux. Ou alors reconstruisons la Bastille. Sa destruction était voulue par une majorité. Suspecte donc !

  • « Un problème personnel ? Nos insultes antisémites sont à votre disposition. Avec ou sans contexte. Toutes les dérogations sont accordées. »

    Sur ce, j'interromps mes remarques. La défense de curieux personnages et l'indulgence qu'ils inspirent n'est pas ma tasse de thé. Fut-il anglais et servi dans du Wedgwood.
    Sorry !

  • @ Anne, ok. Alors je fais aussi une dernière remarque avec vous.

    Qui n'a jamais eu envie de tordre le cou à sa femme ou son mec en lui jetant au visage des reproches ou insultes liées à son genre? Ou à sa famille, ou à quoi que ce soit qui pourrait être discriminant: sa lenteur, son manque d'écoute, sa nationalité, etc...?

    Jeter loin le contexte de cette affaire est une position extrême dangereuse. C'est habituellement le fait des justice expéditives des pays non développés ou de la barbarie, pas des Etats de droit. Cela il faut l'entendre.

    Un moment de colère accentué ici par l'alcool ne justifie ni une interprétation à vie ou générale, ni une telle violence. je peux comprendre que pour les personnes directement touchées par ces insultes, la réaction soit plus vive et plus extrême, voire extrémiste. Mais le résultat est qu'il n'en sort aucune pédagogie, donc aucun changement de fond. Le silence règnera officiellement, mais dans les coeurs et dans les têtes la violence du silence montera. La chance de la parole est de savoir où est le danger.

    Dans le silence, le danger est partout. La paranoïa va gonfler, et produira une guerre quand les tensons ne seront plus répressibles.

    Galliano est pendu moralement avant même d'avoir été entendu par un tribunal. La justice populaire est en route. Mais une fois déchaînée, elle n'épargnera plus personne. La démesure de cette affaire laisse augurer de la démesure à venir. Je pèse mes mots. J'espère seulement me tromper.

    Juste encore ces mots que je viens de recevoir sur un autre billet:

    "le filmer était odieux, le faire parler et s'en repaître inadmissible,"

    Oui, quelles que soient blessantes les paroles de Galliano, et même en jetant tout contexte, le filmer, le pousser à parler et vendre le film est l'action de salauds. La barbarie est déjà là.

    Good Morning, Big Brother.

  • @Anne :
    Ne soyez pas touchée, je veux qu'on puisse impunément me traiter de conne.
    Pourquoi défendre Galliano ?
    J'ai lu, me suis informée et me suis finalement positionnée.
    Tout d'abord, je pense qu'on ne nous montre que la surface de l'iceberg qui nous parvient sous forme de papier glacé ou tout est glamour,parfait, lisse et ultra Photoshopé.
    En réalité, je pense qu'au fond de la mine, Galliano, bon petit soldat a multiplié les bénéfices de Dior, enchainant les créations et les défilés en supportant la pression vraisemblablement jusqu'à l'épuisement.
    Qui donc est capable de se renouveler totalement 2 fois par an sans tomber à genoux??????
    Ensuite parce que peut être , je reproche à ces personnes agressées verbalement d'avoir manqué de recul et aussi de courage et de s'être cachées derrière des vigiles et la loi face à l'adversité et d'avoir finalement par lacheté choisi de déclencher la vindicte publique faute de réaction individuelle
    circonstanciée.
    Un verre en pleine figure accompagné d'un kleenex m'aurait paru bien plus approprié.
    Malheureusement, dans notre société malade, hors de question d'en découdre hors du cadre de la justice sans passer pour un barbare.On ne se sent plus le droit de rien et finalement, on déclenche des drames faute d'une bonne paire de claques.
    Et pour conclure,qui sait, n'aurais je pas comme nous tous une histoire individuelle qui fait que je décide de faire de John Galliano mon relais personnel à la flamme de la compassion ??
    Croyez moi, elle est bien plus brulante que celle de la haine.

  • @ Anne
    "Pourquoi cette indulgence qui ne tient pas compte des victimes réelles ?"

    Attendez - les victimes? On parle bien des victimes réelles de Galliano n'est-ce pas? Et qui sont elles dans cette vidéo? On le voit frapper quelqu'un? Où bien on est en train en douceur de le rendre directement responsable de l'ensemble de l'holocauste, d'en faire un complice direct d'Hitler? Et qui est juge - l'Etat et la Justice française? C'est bien commode de lyncher un mec complètement bourré et absolument inoffensif, filmé à son insu et illégalement, pour faire oublier qu'on a laissé au pouvoir jusqu'à une époque toute récente et encensé des responsables qui avaient abondamment pourvu les camps en enfants juifs... Des gens qui avaient vraiment du sang sur les mains, et pas des vapeurs d'alcool dans le cerveau.
    Les méthodes en revanche, délation et choix d'un bouc émissaire, n'ont pas tellement changées.

  • Chose promise chose due hommelibre. Je viens de trouver la traduction des mots prononcés par le nabot:

    "j’aime Hitler. Les gens comme vous seraient morts aujourd’hui"

    Cela ne s'invente pas!

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