17 janvier 2011

L’or volé des Ben Ali: coup de bluff ou réalité?

Gros titre sur internet ce matin: le quotidien Le Monde informe que Madame Trabelsi, épouse du président déchu Ben Ali, aurait fait emporter dans l’avion de sa fuite une tonne et demie d’or en lingots. L’information est choquante et la première lecture pousse le lecteur à condamner un peu plus ce couple de bandits.


tunisie6-Zine-el-Abidine-Ben-Ali-a-006.jpgEnquête des services secrets français

Toutefois cette information, bien que mise en avant en grande pompe, est doublement au conditionnel. D’abord dans le titre. «La famille Ben Ali se serait enfuie de Tunisie avec 1,5 tonne d'or». Puis dans le texte:

«C'est une supposition des services secrets français, qui essaient de comprendre comment s'est achevée la journée de vendredi 14 janvier, qui a vu le départ du président et de sa famille et la chute de son régime. Selon des informations collectées à Tunis, Leïla Trabelsi, la femme du président, se serait rendue à la Banque de Tunisie chercher des lingots d'or. Le gouverneur aurait refusé. Mme Ben Ali aurait appelé son mari, qui aurait d'abord lui aussi refusé, puis cédé. Elle a ensuite pris un vol pour Dubaï, selon les informations françaises, avant de repartir pour Djeddah.»

1,5 tonne d’or représentent 45 millions d’euros. De quoi voir venir. Cela pourrait être vrai. Voler le pays un peu plus, considérer la banque de Tunisie comme son bien privé, c’est dans la logique d’une prédatrice autoritaire. Mais pourquoi cela ne viendrait-il à la lumière que deux jours plus tard? Si c’est vrai il y a eu des témoins, témoins qui pouvaient parler plus rapidement après le départ de Ben Ali. S’ils ne l’ont pas dit avant - peut-être par crainte pour leur vie - pourquoi aller le raconter à des agents des services secrets? J’imagine la scène:

- Bonjour, nous sommes les services secrets français!

- Bonjour, soyez les bienvenus, je vais tout vous dire: la femme de Ben Ali est partie avec plein d’or de la banque.

- Vous en êtes certain?

- Oui, voilà même le reçu, dit l’employé de la banque en tendant un papier griffonné et illisible.

Et que viennent faire ici les services secrets français? Et pourquoi donner une telle info au conditionnel? Soit ils savent et peuvent le prouver, soit ils ne savent pas.

A moins que la France ne tente un coup de bluff pour se refaire une bonne image auprès des tunisiens, après avoir adopté une attitude pour le moins curieuse dans la crise de ces dernières semaines.

tunisie7-Sidi-Bouzid2.jpg
Intervention de Kadhafi?

De plus, toujours selon Le Monde, la Libye de Kadhafi aurait joué un rôle dans le départ du président déchu. La nature de ce rôle n’est pas précisée. Par contre on sait que Kadhafi soutenait hier ouvertement Ben Ali et regrettait son départ. Entre dictateurs on se soutient.

La même source indique que Ben Ali ne pensait pas devoir quitter le pays si vite. Il aurait enregistré une nouvelle allocution qui devait être diffusée. Quel en est le contenu? On ne le sait pas. Là encore, c’est assez curieux. Si les services secrets assurent qu’un tel enregistrement existe il doivent l’avoir vu. A ce niveau on ne se contente pas de la parole d’un technicien de studio ou de l’avis d’une secrétaire. On cherche des preuves et on les diffuse, de manière à étayer sa thèse.

Cette thèse est d’autant plus importante qu’elle montrerait que Ben Ali n’est pas parti de son plein gré mais a été poussé dehors. Et la seule force capable de le faire est l’armée. Cela confirmerait l’importance du rôle joué par celle-ci en faveur du peuple tunisien. Mais cela pose aussi des questions. Le général Ammar a été limogé pour avoir refusé de faire tirer sur la foule par son armée. Qui a pris la décision de faire partir Ben Ali? Des généraux initialement nommés par lui? Quel est leur intérêt? Pourquoi cela ne se dit-il pas? Il y a là une zone d’obscurité.

Est-ce un pragmatisme économique qui a poussé les militaires à chasser l’ancien président? En effet la Tunisie vit en partie sur le tourisme, et une instabilité durable ou un bain de sang suivi d’une reprise en main par un pouvoir encore durci par la crise aurait eu des conséquences très néfastes sur ce secteur, faisant perdre des rentrées de devises étrangères et augmentant les tensions internes.

Peut-être en saurons-nous davantage au fil des prochains jours. En attendant les zones d’ombres de ces journées décisives sont dérangeantes dans la mesure où l’on n’en connaît pas clairement les acteurs ni leurs intentions profondes.

Par contre on sait que l’acteur principal, le peuple tunisien, a joué une page majeure de son histoire, sans armes, avec sa seule détermination. Puisse son aspiration à une vraie démocratie se réaliser dans les mois à venir.

11:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trabelsi, tunisie, révolution, or volé, démocratie, kadhafi, ben ali, milice, chaos, dictature, police, liberté, arabe | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Les autorités francaises doivent aussi communiquer, la liste d'avoirs en actions dans nombreuses entreprises francaises du CAC 40, pourquoi ne le font pas ?, seulement le liquide et l'inmobilier ? ou c'est pour cela qu'ils l'on soutenu jusqu'a la fin . Faut arreter de prendre les gens pour des idiots, l'argent s'acommode trés bien des dictatures, mieux les provoque

Écrit par : Fernandez | 18 janvier 2011

Coup de bluff je ne penses pas. Maintenant c'est a la communauté international et aux banques de communiquer. Il est bien possible qu'ils aient des comptes en Suisse et dans ce cas, c'est aux dirigeant des pays européen de mettre pression sur les banques pour que les comptes soient rendu publics.

Écrit par : Trading or | 30 octobre 2011

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