Le ver de terre amoureux d'une étoile

Je parlais hier des insectes susceptibles de finir dans notre assiette. Mais le ver de terre? Qui en parle? Qui lui rend hommage? Le Matin de dimanche dernier! Toute une page pour cet obscur travailleur de l’ombre. Petite incursion dans le monde des ténèbres.

lombric1.JPGDrôle de bête le lombric. Aveugle, sans poumons, c’est un grand tactile, un sensitif: il voit et respire par la peau. On serait tenté de dire qu’il est un intestin ondulant. Mais quel intestin élaboré! Il creuse, bataille, ramène des débris dans les galeries où des bactéries les prédigèrent, puis il les mange, les triture dans son ventre, pour enfin les éliminer dans des déjections qui sont l’or de la terre. Ni plus ni moins.

Dans un hectare de terre, on compte en moyenne 1 millions de lombrics. Ces lombrics produisent environ 100 tonnes de déjections qui sont le meilleur des engrais: azote, phosphore, potassium en abondance. Ces matières minérales sont directement assimilables par les racines des plantes. Autant dire que sans eux ce ne serait même pas la peine d’ajouter des engrais. Donc pour fertiliser les sols et produire de l’engrais naturel, le ver de terre est in-dis-pen-sa-ble. Sans lui la Terre serait un désert.

Et ce n’est pas tout. Il bosse, il creuse, fait des galeries, mélange les couches de terre. Un vrai labourage dont l’agriculture sans labour se sert pour préserver une qualité optimale des sols. Voici ce qu’en dit le site Terre du futur:


«Des cultures plus rentables, un temps de travail réduit de plus de moitié, une qualité des sols et de l’eau améliorés durablement, voici quelques-uns des avantages dont bénéficient les agriculteurs qui ont adopté la technique du sol vivant.

Le sol n'est pas travaillé et les cultures sont plantées directement à travers la couverture du sol. Non seulement la perte de substances nutritives dans l'atmosphère s'en trouve réduite, mais ceci entretient la structure du sol et l'écologie.

Maintien d'une couverture permanente de plantes vivantes ou mortes. Ceci protège le sol contre l'érosion et le compactage par la pluie, et entrave la pousse des mauvaises herbes. (...) L'agriculture sans labour peut augmenter les rendements de 20 à 50 pour cent.

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Et tout cela grâce à qui? Au lombric, mais oui. Au fait à quoi donc sert ce labourage par les lombrics? A aérer les sols et permettre à l’eau de pluie de s’infiltrer profondément sans couler en surface et éroder l’humus. Imaginons les dégâts que font sur la terre le passage du lourd tracteur qui écrase les galeries et de la charrue qui détruit des kilos de vers tout en perturbant le cycle bactérien? Cette agriculture-là déséquilibre les sols et érode (non, pas le roi Hérode, m’enfin...) le bon humus, exige de plus en plus de pesticides et engrais, du cher et du polluant quoi, que les petites exploitations ne peuvent se permettre. Les petits paysans vendent leurs terres, les grosses exploitations forcent encore plus les sols, suppriment les haies et arbustes qui abritent les oiseaux, qui oiseaux mangeaient les insectes parasites. Bref, si cette agriculture intensive a permis pendant un temps d’augmenter les productions pour nourrir plus de monde, on découvre après coup ses inconvénients.

Je ne lance pas la pierre: c’est parti d’une bonne intention et d’une nécessité alimentaire sur laquelle on ne se posait pas de question. Comme souvent, l’humain apprend après avoir essayé quelque chose, pas avant. C’est logique. Mais en nourrissant plus de monde, la population mondiale a augmenté de manière exponentielle, avec une consommation énergétique multipliée environ par 4 ces dernières décennies, sans parler des déchets devenus eux aussi une industrie et de l’infrastructure qui prend de plus en plus de place sur le milieu naturel. D’un autre côté le nombre permet de produire des biens en grande quantité de manière à en réduire le coût, en particulier dans la technologie (ordinateurs, voitures, etc), les transports, la culture et la reproduction par exemple de livres et manuels. Le nombre fait donc produire plus de richesses pour tous. De l’autre cette production en nombre suppose des ressources supplémentaires et un approvisionnement énergétique pour lesquels l’avenir à court terme (100 ans) n’est pas encore assuré.

Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. La difficulté est de trouver le juste milieu, entre les écolos alarmistes qui veulent tout contrôler et faire des lois coercitives, et les «bras baissés» qui pensent que tout se règlera tout seul, genre «Après moi le déluge». Entre la croissance infinie qui trouvera sa limite - car à un habitant par mètre carré, ce sera forcément la fin, et la décroissance qui nous appauvrirait tous. La pauvreté était bien plus grande au 16e siècle avec moins de population qu’aujourd’hui.

merle.noir.dico.2g.jpgComme toute espèce, les lombrics limitent leur croissance en fonction de la quantité de nourriture disponible. Ils devraient nous donner exemple: limiter notre nombre en fonction de ce que les sols peuvent naturellement produire. Mais nous ne le faisons pas: l’agriculture intensive favorise le surnombre et empêche la régulation naturelle de population que sont par exemple les famines. Les autres régulations possibles seront: la guerre, les épidémies, et les décisions autoritaires des Etats comme la limitation à un enfant par famille en Chine.

Où nous mène le ver de terre: à philosopher dès le matin sur l’avenir du monde et de l’humanité.

Autre particularité du lombric: il est hermaphrodite, à la fois mâle et femelle, avec des testicules et des ovaires. Pour se reproduire deux lombrics se mettent tête-bêche - tiens, cela me rappelle quelque chose chez les humains. Sauf que chez nous ce n’est pas pour se reproduire... Enfin, au moins les braves mâles ne subissent pas les assauts d’un  féminisme agressif! Je ne sais pas si le lombric est fidèle, mais avec cinq paires de coeurs on imagine sa puissance émotionnelle!

Et plus pragmatique: les lombrics sont une excellente réserve de viande, donc de protéines animales. Les merles le savent bien.

Magnifiques vers de terre. Fidèles travailleurs planétaires. Il ne manque qu’un poète pour vous chanter. Victor Hugo l’a un peu fait en mettant cette réplique dans la bouche de Ruy Blas:


" Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
" Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
" Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
" Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
" Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. "

 

Tiens, un joli ver...

Catégories : Environnement-Climat 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Pour se reproduire deux lombrics se mettent tête-bêche - tiens, cela me rappelle quelque chose chez les humains.".....

    MDR MDRRRRRR EXCELLENT!

    *Je ne sais pas si le lombric est fidèle, mais avec "cinq paires de coeurs" on imagine sa puissance émotionnelle!"

    LOLLLLL pour un seul "amour" ? :)))))))))

    Si par accident il se coupe en deux, il n'en meurt pas.. ils partent chacun de son côté. Je l'ai remarqué. De la division naitraient un mâle et une femelle? resteraient-ils hermaphrodites? That is the question!

  • c'est 2 X 3 = 6 et 3 X 3 = 9
    si vous collez le 6 et le 9 = 69
    c'est magique non ? ;-)

  • Un "philosophe" Van damme suisse ?! MDRRRRRR

    1+1 = 2 ou 1+1 ça fait 11! ça c'est beau! .))))))))))

  • moi j'ai vu des vers de terre qui se coupent en deux tout seul
    seulement le fait de les toucher ou de les prendre dans la main
    ex un vers de 15 cm se sépare l'avant 10 cm et l'arrière 5 cm
    l'avant continue de se déplacer comme çi rien ne s'était passé
    et l'arrière se tortille pendant quelque minutes et ne bouge plus.
    si quelqu'un a déjà remarqué ce phénomène?

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