Marine Le Pen et le FN: le nationalisme a-t-il de l’avenir? (1)

Comme je l’ai écrit ailleurs je pense qu’il faut argumenter sur les thèmes présentés par les formations politiques. Vouloir les combattre à coups d’émotions et d’anathèmes, comme avec Marine Le Pen, me paraît aujourd’hui inefficace. Je ne soutiens pas Madame Le Pen parce que je ne soutiens pas le nationalisme. Inutile donc de braire avec les ânes parce que je parle d’elle sans en faire un diable, mais seulement une dirigeante politique qui monte en puissance.

Je ne suis ni politologue ni historien mais citoyen pensant. Et dans ma très humble mesure j’aimerais apporter quelques réflexions et de possibles arguments au débat. Comme le sujet est un peu long, et par souci de clarté, je le ferai en deux ou trois billets.


nationalisme1.jpgLa notion de territoire

Initialement, ce n’est pas si grave d’être attaché à un territoire. C’est même naturel. Toutes les espèces en ont un. Le territoire doit être un espace propice au développement des espèces. De lui dépend leur survie. On constate une tendance naturelle à ce qu’un groupe ou une espèce s’installe sur un territoire si celui-ci lui convient. Il y a même une propension à se fixer dans un lieu et à y implanter des marques durables, comme des huttes puis des maisons de pierre, puis des lieux de rites. On pourrait nommer cette tendance le conservatisme, au sens de: préserver, gérer l’acquis, conserver ce qui est utile, rendre pérenne la vie sur ce territoire, jusqu’à l’aménager et le modeler selon nos besoins.

Mais les ressources d’un territoire peuvent s’épuiser, par changement climatique, concurrence avec d’autres espèces ou surpopulation. Avant l’apparition de l’agriculture et de l’élevage ce risque était grand. Il a fallu, pour assurer la survie, que des populations se déplacent vers d’autres territoires ou instaurent un nomadisme que l’on retrouve à petite échelle dans les transhumances.

Le déplacement de populations ne posait pas de problèmes majeur pour les hominidés quand ils ont colonisé des terres pour la première fois. Il n’y avait pas d’autres humains avant eux. Mais c’est une autre affaire quand des groupes sont déjà en place. Car le conservatisme, naturel et utile en terme d’économie et de développement de l’espèce, produit peu à peu, par habitude, par occupation durable d’un lieu, un double sentiment d’appartenance. D’une part l’appartenance du groupe au territoire avec installation de coutumes et d’une culture spécifique au territoire. Par exemple, la littérature romantique allemande est largement imprégnée des vastes forêts du nord de l’Europe et de l’eau omniprésente alors que la littérature arabe est imprégnée de feu et de sable. Et d’autre part l’appartenance du territoire au groupe, comme une propriété. Donc les premiers arrivants se sentent «chez eux».

De cela naît la notion d’identifié. Nous sommes identifiables par le lieu où nous vivons, sa langue, sa culture, ses croyances, ses coutumes. Cela produit un sentiment mutuel de reconnaissance avec les autres habitants du même lieu. Cette reconnaissance simplifie la vie: il y a des acquis communs, des présupposés établis, qui font que par exemple les mêmes mots ou les mêmes attitudes ont les mêmes sens. On se comprend plus vite, on se sent du même clan.

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L’étranger: chance et menace

Pour un groupe installé, tout nouveau venu est potentiellement une chance et une menace. Une chance quand il apporte un renouvellement de population dans un groupe en dénatalité ou à la génétique affaiblie par manque de croisements. Une chance aussi quand il apporte des connaissances, savoir-faire ou technologies nouvelles utiles au développement du groupe.

Mais aussi une menace quand l’étranger vient prendre une partie des ressources d’un territoire, ou y installer des croyances, une culture et une langue nouvelle. Une menace pour l’identité ou la survie. Tout arrivée d’étranger est une adaptation. Et je parle ici en cas d’arrivée pacifique. En cas de guerre, l’étranger balaie une population, ses marques d’identité et occupe ses territoires.

L’ouverture à l’étranger comme à un frère est donc initialement un danger potentiel qui demande un temps d’adaptation, comme des animaux qui vont se sentir et s’observer avant de s’accepter. Cette ouverture à l’étranger «comme à un frère» est d’ailleurs récente dans l’histoire humaine. Elle est véhiculée par un internationalisme. L’internationalisme religieux des grandes religions, l’internationalisme politique des empires, etc. Et aujourd’hui elle est démontrée par la science de la génétique: il n’y a pas de races, et par l’astrophysique: nous sommes tous Un, molécules et particules, des poussières d’étoiles.

 

nationalisme3.jpgAvantages de l'internationalisme

Cet internationalisme a favorisé quelque chose que la vie des clans et des petites structures avait probablement restreint: la mobilité et la libre circulation des personnes, des connaissances et des biens, que l’on pourrait nommer progressisme par rapport au conservatisme. Bien que sous l’internationalisme des empires cette libre circulation n’était pas totale, elle permettait quand même des mélanges de population, donc un renforcement génétique et culturel sous l’égide d’une structure politique ou spirituelle, et permettait aussi l’accroissement de la prospérité globale grâce à l’élargissement des zones d’échanges commerciaux (le marché), soit en direct, soit par le moyen de comptoirs, et accroissement des connaissances. Mais en même temps cet internationalisme bouscule les notions d'appartenance et d'identité, qui ne peuvent se diluer sans contrepartie au risque  d'un retour en arrière. La contrepartie peut être l'accroissement des richesses, ou une meilleure défense du territoire.

On est donc dans une double contrainte contradictoire: la tendance naturelle à s’approprier un territoire, à s’y fixer et à le défendre pour sa survie et pour préserver son appartenance et ses avantages (l’identité), et la nécessité de mobilité, d’échanges, de croisements, de déplacements, donc d’ouverture à l’autre, à l’étranger.

Dans ce deuxième cas, l’étranger est présenté comme un frère par les religions spirituelles ou un camarade dans les religions politiques. Mais ce mot de frère n’est là que pour vendre efficacement la nécessité de l’échange. Car sans échange: appauvrissement génétique et matériel, impossibilité de constituer de grandes structures (Etats, empires) pour assurer la défense du territoire. L’idéal de fraternité est l’interface scintillant d’une nécessité beaucoup plus pragmatique: la pérennité de l’espèce.


A suivre

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Commentaires

  • "... ouverture à l’étranger «comme à un frère» "

    Il ne s'agit pas de 1 etranger et 1 frere mais d'une nation hostile, the Nation of Islam, qui vient s'installer en Europe avec mosquees et minarets, voile et sharia, Kalachnikov et bagages.

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