22 novembre 2010

Cannabis ou alcool: faire le bon choix

Toute société dispose de substances psychotropes pour permettre à ses membres de changer d’état de conscience, d’oublier, de se détendre, de faire la fête, de se donner de énergie ou de vivre une expérience mystique. C’est l’opium dans certaines régions du monde, le kif, la mescaline, l’herbe, la coca dans d’autre, et aussi bien sûr l’alcool.


alcool2.jpgEntre l’herbe et l’alcool, laquelle est la plus répandue? Je pense l’alcool mais sans avoir les moyens de vérifier. En Europe l’alcool reste en tête des substances qui désinhibent ou rendent joyeux, mais le cannabis a pris une grande place. Il n’est pas exclu que celui-ci détrône un jour le vin et la bière.

De nombreuses études sont faites régulièrement sur l’effet de ces substances. On sait que rien n’est sans risque. Mais le risque de certaines substances est suffisamment gérable pour que les citoyens puissent consommer librement, selon le produit dominant dans leur culture particulière.

Dans le magazine Sciences Humaines de novembre un professeur de psychologie sociale, Laurent Bègue, auteur de «L’agression humaine» et d’études sur la relation entre violence et alcool, se demande pourquoi l’alcool rend violent. Voici trois extraits de son article.

Il faut d’abord savoir que:

«L’alcool est considéré comme la substance la plus fortement liée aux conduites agressives. Dans une recherche portant sur 9 300 criminels issus de 11 pays différents, il a par exemple été montré que 62 % des délinquants violents avaient bu avant de commettre une agression. Tous les types de violences sociales peuvent d’ailleurs être liés à l’alcool, chez l’auteur des faits comme chez la victime : les violences sexuelles, ou dans les services d’urgence hospitalière, dans l’armée, dans le domaine sportif (l’« alcooliganisme »), mais aussi les maltraitances d’enfants… En France, selon une récente étude, 6,5 % de la population a déjà participé à une bagarre dans un lieu public. Parmi ces sujets, 40 % avaient bu de l’alcool dans les deux heures qui avaient précédé les faits (1). Par ailleurs, les femmes consommant beaucoup d’alcool semblent plus fréquemment victimes de coups et blessures (2). L’agression est généralement constatée avant le pic d’alcoolémie. Au-delà, l’alcool rend plutôt somnolent.»
joint_cannabis_3.jpg
«Des recherches ont montré que l’alcool nous fait sentir plus séduisants qu’en temps normal, et même moralement supérieurs à autrui. Paradoxalement, les personnes alcoolisées mentionnent moins fréquemment des pronoms comme je, moi, moi-même, moi. Elles se valorisent, tout en se sentant moins responsables de leurs actions. Enfin, une personne déprimée qui boit de l’alcool sans parvenir à se distraire en même temps risque de renforcer l’humeur désagréable qu’elle cherchait pourtant à noyer, car l’alcool conforte les émotions qui dominent lorsque l’on en consomme. Ce phénomène est important pour expliquer les effets de l’alcool sur l’humeur.»

«Les effets de l’alcool sur l’agressivité résultent donc de plusieurs processus distincts. Deux grandes classes d’explication coexistent : l’explication pharmacologique, qui insiste sur les effets de l’alcool sur une partie de notre cerveau sous-tendant la « myopie alcoolique », et l’explication sociale-cognitive, qui met l’accent sur le rôle des représentations de l’alcool et de ses effets sur nos conduites.»

Les études montrent que la présence d’alcool est attestée dans 47% des homicides.

Pourquoi le titre de mon billet propose-t-il un choix alors qu’il est ici surtout question d0‘alcool? Parce que par exemple le cannabis n’a pas du tout la même influence, et que l’alcool sera préféré dans une société guerrière. En gros et très schématique, pour être cool il faut préférer l’herbe, pour être agressif il vaut mieux boire. Deux dernier extraits le montrent:

«Dans les agressions,
le rôle de l’alcool est plus important à lui seul que celui de toutes les autres substances psychotropes (c’est-à-dire agissant sur le cerveau) cumulées.»

«L’histoire recèle d’innombrables exemples où l’alcool fut utilisé afin de nourrir le courage. En France, le maréchal Pétain écrivait ces lignes après la Première Guerre mondiale : « Le vin a été, pour les combattants, le stimulant bienfaisant des forces physiques ; ainsi a-t-il largement concouru, à sa manière, à la victoire. »



Allez, santé!

13:26 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : alcool, alcoolisme, cannabis, fumette, chanvre, herbe, vin, bière, agression, violence, sciences humaines, hooligan | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Compliment pour votre travail. Plus juste on meurt

Écrit par : absolom | 22 novembre 2010

Faire le bon choix entre alcool ou le cannabis. C'est pas juste un peu réducteur ? On pourrait rajouter, la télé, le chocolat, les médocs ou le tripotage de zizi ou même encore internet.

J'aimerais revenir sur l'introduction du billet qui promettait d'investiguer plus largement.
En effet, on constate dès l'aube de l'humanité cette recherche de l'altérité de conscience.
On voit même des animaux le faire récréativement comme les éléphants qui adorent l'ivresse que procure la consommation de fruits fermentés par la chaleur. Ou encore de manière permanente comme le koala qui a,dit-on pudiquement, un métabolisme lent, mais qui en fait est complétement "pété" toute la journée par les variétés d'eucalyptus qu'il consomme.

La question telle qu'énoncée tendrait presque à demander si l'on est plutôt éléphant ou koala pour souligner les réductions par clichés.

Pour avoir un avis éclairé sur les substances qui permettent de le faire. il serait bon d'approfondir la nature du besoin ?
Dans la culture humaine, et c'est intéressant, cela touche les origines religieux. Passer d'une conscience à l'autre était une spécialité des shamans pour voyager dans "l'autre monde". Champignons, lichens, résines, etc une multitudes de recettes ont été exploitées.Que ce soit par l'alcool ou par la pharmacopée, des civilisations entières ont utilisé ce genre d'expédients. Mais ce qui distinguent ce genre d'usages et la proposition d'usage récréatifs actuels; c'est que par le passé, cela prenait un sens cultuel et possédait un cadre naturellement établi.Cela fait partie de notre passé d'ailleurs, les celtes et les substances végétales et le vin pour la culture romaine.
Ces mêmes substances consommées hors contextes cosmogoniques ou sacré sont juste une recherche de fuir la faculté lucide qui devient trop pesante.
Comme je le disais, certains utilisent des médocs ou la télé.
Le problème avec ce genre d'usage est que les effets négatifs sur le corps ne sont pas compensés par des nutriments culturels d'énergie psychique. Le résultat est à la longue presque toujours la perte de sa verticalité et de sa volonté profonde.Parce que les effets sympas recherchés demandent toujours plus de substances pour se perpétuer.

Aujourd'hui, il est de bon ton de rationaliser, de rechercher des explications scientifiquement prouvées. De rabaisser une vision mystique ou spirituel. Tout est fait pour déraciner les facultés naturelles à l'extase. Justement, cela fait exploser les consommations de prozac, de shit ou d'alcool.Chaque drogues développant son propre mythe vaseux et infantile en compensation. Y a un hic je trouve. Un déséquilibre mal assumé.

Pour ce qui me concerne, un joint me rend mélancolique et dissocié. Je me retrouve à rire avec d'autre, alors que je sens à l'intérieur que je ne ris pas. Un verre de vin me fait voyager, s'il est bon par ses bouquets aromatisés et peut me rendre gentiment euphorique. En excès cela me fait dormir.
Ce que la vie a inventé qui peut m'emporter dans d'autres dimension et qui fait du bien à mon corps c'est le côté tantrique de l'amour.L'orgasme vécu dans une certaine ambiance psychique rénove l'énergie du corps, rend beau, rayonnant et positif.
Scientifiquement parlant,l'usage naturel du système nerveux autonome est ce qu'il y a de mieux ! Mais sans le cadre d'une culture ou d'un esprit c'est juste bon à nous ramener à se tortiller à ras le sol comme des vers de terre.

Chacun sa gestion de l'extase... ou de ses neurotransmetteurs ...

Écrit par : aoki | 22 novembre 2010

Merci pour ce développement aoki. Ce que vous amenez dépasse largement mon billet et mon intention. Je voulais orienter vers la lecture de cet article sur la violence liée à l'alcool, à un moment où le chanvre et son débat laissent un sentiment étrange relativement à l'incohérence dans le traitement de cette question.

C'est donc plus une provocation à sortir des attitudes habituelles où l'alcool est si banalisé, et à faire rebondir sur le cannabis qui est le miroir de nombreuses hypocrisies officielles.

Mais bien sûr, la dimension intérieure est généralement absente des expériences actuelles avec les substances psychotropes. Je ne le déplore pas, je le constate. C'est aussi la démocratie: reprendre et s'approprier le pouvoir autrefois dévolu aux chamanes. Il y a des pertes dans la transmission et dans la dimension spirituelle - connaissance de soi, mais le gain - et le risque - d'une expérience qui passe par soi.

Au final, l'extase est la flamme ou le graal. Cela méritera un prochain billet tant cette notion est également importante pour moi.

Merci encore d'avoir repris mon propos délibérément ras des pâquerettes et de l'avoir transporté sur la montagne sacrée...

Bien à vous aoki. Vos contributions sont précieuses.

Écrit par : hommelibre | 22 novembre 2010

je ne trouve pas incoherent la difference de traitment entre chanvre et alcool. pourquoi ne pas légaliser le chanvre dans notre société ?

parce qu'il y a déjà le probleme de l'alcool. Legaliser la fumette, c'est ajouter legalement un probleme. Oui, le chanvre rend plus doux dans la plus part des cas.Il y a cependant des accés de violence et passage à l'acte. Il n'en reste pas moins vrai que d'autres problemes surgissent comme l'accroissement de la fréquence des accident de voiture, de travail....

plutot que de parler d'hypocrisie je parlerai de pragmatisme.

vous l'aurez compris, je suis contre la pratique.

Écrit par : alain | 23 novembre 2010

voici mon témoignage

www.stopchut.com

vivre libre

Écrit par : stopchut | 23 novembre 2010

Merci à alain et stopchut. Le débat suppose des partisans et des opposants. L'important est de pouvoir dialoguer et de s'écouter mutuellement.

Alain, je comprends le fait qu'il y a déjà le pbm de l'alcool à gérer et qu'il n'est pas petit. Faut-il en rajouter un, si je comprends bien votre position? Cet argument se tient.

D'un autre côté cela doit-il faire partie de la liberté individuelle plutôt que d'une législation collective? Moi j'opte plutôt pour la liberté individuelle. Mais je comprends que l'on ne veuille pas rajouter une couche de plus aux choses susceptibles de causer du tort - et comme toute substance psychotrope le cannabis n'est pas inoffensif.

Écrit par : hommelibre | 23 novembre 2010

@ aoki:

" On voit même des animaux le faire récréativement comme les éléphants qui adorent l'ivresse que procure la consommation de fruits fermentés par la chaleur. "


Il me semble avoir lu que l'exemple des éléphants saouls que vous citez, Aoki, est une légende urbaine, ou plutôt une légende de savane!

Je n'ai plus l'article en tête, mais il laissait entendre que la masse corporelle d'un éléphant est telle qu'il lui faudrait manger une quantité de fruits fermentés quasiment létale pour ressentir les effets de l'alcool... alcool contenu en quantité limitée dans lesdits fruits.


Bonne soirée.


=:oB

Écrit par : L'avis de Brian | 23 novembre 2010

@ L'avis de Brian

Oui, c'est bien possible.
J'avais lu pourtant une news dans un média tout à fait respecté que des éléphants saouls avaient dévasté un village en Inde. Mais de nos jours tout est possible. Mais l'histoire se dit aussi pour certains singes qui n'ont pas la même taille que les pachydermes.
C'est un article de wikipédia qui mentionne cet argument de masse corporelle.
Pour les Koalas cela semble fiable. Des biologiste animaliers en Tasmanie m'ont fait ce commentaire en parlant de leurs protégés.

Bonne soirée aussi

Écrit par : aoki | 23 novembre 2010

J'ai retrouvé une séquence que j'ai vu il y a longtemps. Ils semblent bien ivres. A moins que ce soit truqué et qu'il y ait d'autres causes.

http://www.youtube.com/watch?v=Pp0Tv3ViulE&feature=related

Écrit par : hommelibre | 23 novembre 2010

@ hommelibre et aoki:


Il y a plusieurs vidéos d'animaux éméchés sur YouTube, effectivement. Mais on peut se demander dans quelles conditions elles ont été tournées.

Par exemple dans celle dont vous mettez le lien, j'ai l'impression que les séquences avec les marabouts (oiseaux ressemblants à des cigognes déplumées) et avec les deux babouins près du tronc mort, ont été tournées dans un parc animalier; le "mur" du fond, de couleur ocre foncé, me semble artificiel... Mais je peux me tromper...

Pour le reste, cela semble plausible, notemment en ce qui concerne la chenille!!! ;o) Reste à savoir si ces animaux ont absorbé l'alcool à travers des fruits pourris ou "grâce" à une main (humaine) bien intentionnée (sic!)???

Plus sérieusement, je doute qu'un éléphant ou qu'une girafe puisse devenir ivre mort(e) en avalant quelques (demi-douzaines?) de fruits trop mûrs. Question de masse corporelle. Qu'en serait-il pour un homme ou une femme qui mangerait un de ces fruits? Coma éthylique instantané?!? Coool!!! Un bon truc pour écourter les apéros géants, et du coup éviter les nuisances!


Bonne nuit.


=:oB

Écrit par : L'avis de Brian | 24 novembre 2010

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