12 novembre 2010

Rappaz: une grève de la faim n’est pas un chantage

Cela tient du miracle si Bernard Rappaz est encore en vie. Sa grève de la faim est longue, très longue. Il est probable que son corps ait déjà subi des altérations irrémédiables. Je lis dans certains commentaires que Rappaz fait du chantage en ne mangeant pas et que l’on ne peut obéir à un condamné simplement parce qu’il fait pression sur les autorités.


canna-f3--320wi.jpgBernard Rappaz vit comme une profonde injustice la condamnation concernant le chanvre. Il ne fallait pas tolérer cette culture faite ouvertement depuis des années en Valais et ailleurs, puis soudain crier au monstre en désignant Bernard. Nombreux sont ceux qui pensent que l’on veut faire un exemple pour illustrer le recul des autorités sur le sujet du cannabis depuis quelques années. Autorités dont on ne peut pas dire qu’elles brillent par le courage de leurs convictions pour la majorité d’entre elle. Enfin, ces derniers jours quelques politiciens sont remontés au créneau. La grève de la faim de Rappaz n’est déjà pas inutile.

Pour rappel: article sur la guerre perdue de la prohibition.

J’ai moi-même fait un jeûne de protestation de 33 jours quand j’ai été incarcéré sur une fausse accusation par une juge d’instruction pas nette dans sa tête et totalement incompétente. Etre l’objet d’une violence de l’Etat est très dur à supporter. Faire une grève de la faim ou un jeune de protestation comme je l’appelais, n’est pas un chantage: c’est un contrepoids. Un contrepoids à la violence subie. Et si l’on a le sentiment que la justice se moque de soi, on est prêt à aller au bout. C’est ce que j’aurais fait si la chambre d’accusation n’avait pas décidé de ma libération au bout de 33 jours.

A ceux qui pensent que Rappaz ne fait qu’un chantage, je dis: non, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. A ce point de grève de la faim, et même avant, je sais ce qui se passe. La barrière de l’autopréservation est franchie depuis longtemps. Il a déjà accepté sa mort, en espérant qu’elle serve non pas lui-même mais la cause qu’il défend, dont les centaines de malades que le chanvre a soulagés là où la médecine n’avait plus de solution.

Je repense à cette dame de la région du Jura, fibromyalgique avancée, qui avait retrouvé mobilité et sourire grâce au chanvre, et qui aujourd’hui est cloîtrée chez elle, sans bouger, un rictus à la place du sourire. Elle n’aura pas la possibilité d’exprimer quoi que ce soit quand Rappaz mourra.

Merci les juges.



PS: ici, un témoignage d’une malade.

16:22 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : bernard rappaz, cannabis, médecine, justice, grève faim, fibromyalgie, jeune | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Qu'il soit à usage médical ou récréatif, la prohibition du cannabis ne profite qu'aux trafiquants et à ceux qui font profession de les pourchasser. Les seuls qui trinquent sont les utilisateurs.

Libérez le Cannabis et Bernard Rappaz!

Écrit par : Azrael | 12 novembre 2010

La grève de la faim est un cri de désespoir face à une situation tellement intolérable qu'une personne est prête à s'autodétruire parce qu'elle n'est pas entendue. Tous ces charognards qui attendent non sans délectation la mort d'un homme me fait douter des valeurs qui ont cours actuellement dans mon pays. Quand l'ordre est plus important que la vie, le fascisme n'est pas loin.

Bravo pour votre prise de position.

Écrit par : Johann | 12 novembre 2010

"Etre l’objet d’une violence de l’Etat est très dur à supporter."
"La grève de la faim est un cri de désespoir face à une situation tellement intolérable qu'une personne est prête à s'autodétruire parce qu'elle n'est pas entendue."

Je ne peux que confirmer ces sentiments.

Écrit par : benpal | 13 novembre 2010

Complètement d'accord.

J'ai vu des commentaires, sur des articles de la Tribune, franchement dégueulasses et qui me font froid dans le dos.

De même que j'ai trouvé sordide le sondage effectué sur le fait qu'il faille nourrir ou pas Bernard Rappaz de force.

Un arrière goût de mise à mort collective.

Écrit par : Pascale | 13 novembre 2010

personnellement,
étant atteinte de fibromyalgie dont l'état ne veut pas reconnaitre l'invalidité alors que je suis cloitrée chez moi depuis maintenant 2 ans et 2 mois car j'ai énormément de mal à marcher avec les douleurs constantes qui me broient le corps,
je suis effectivement indignée par ce manque d'humanité venant de l'Etat rappelant en effet le temps des camps d'extermination où les handicapées étaient tués, sauf que là on nous laisse mourir seul dans notre coin, sachant que le "seul" produit pouvant diminuer un minimum les douleurs est en effet le canabis, sachant également que l'on nous donne de la morphine, de la kétamine (maintenant) dans les hôpitaux pour essayer pendant quelques heures d'un peu moins souffrir,
j'ai préférais la solution du canabis car personnellement je sais que le jour où ça ira mieux, si un jour ca arrive, je pourrais beaucoup plus facilement arrêter et avoir moins d'effets néfastes contrairement à la consommation de morphine ou kétamine ou l'on doit forcément augmenter les doses constamment pour que ca reste efficace ...
et pour ceux qui disent que c'est n'importe quoi,
pour qui se prennent-ils pour décider qu'une personne doit rester souffrir toute sa vie jusqu'au suicide (car de plus en plus de gens en arrive là) dans son coin et donc que sa vie n'a aucune valeur ???

courage à tous ceux et celles qui souffrent comme moi et n'en peuvent plus de ne plus dormir que 2/3 h par jours car même dormir est douloureux

Écrit par : cycy07 | 13 novembre 2010

@ cycy07: vous confirmez encore l'importance du cannabis médical. Merci pour ce témoignage. Tout cela est du n'importe quoi, surtout quand on pense que Rappaz a cultivé ouvertement en plein champs depuis des années et que l'Etat ne disait rien. Lamentable condamnation, lamentable affaire.

Écrit par : hommelibre | 13 novembre 2010

@ Pascale: oui, on dirait qu'ils attendent la mort de Rappaz pour vibrer 5 minutes et se conforter ensuite dans leur "bonne" conscience.

Écrit par : hommelibre | 13 novembre 2010

Merci à l'auteur de cet article qui reflète également mon opinion. Pourquoi la presse populaire n'a-t-elle pas mis en exergue les éléments qui y sont évoqués ? Pourquoi s'est-elle concentrée sur le facteur "chantage" sans pousser plus loin l'analyse ? En orientant ainsi une opinion publique facile à manipuler, elle donne une triste image d'elle-même et fait courir un risque mortel à Bernard RAPPAZ, sans peut-être même se rendre compte de sa part de responsabilité.
Désespérant ...

Écrit par : Merci à l'auteur de l'article, qui reflète mon opinion. Pourquoi la presse n'a-t-elle pas mis en exergue | 13 novembre 2010

Merci à l'auteur de cet article qui reflète également mon opinion. Pourquoi la presse populaire n'a-t-elle pas mis en exergue les éléments qui y sont évoqués ? Pourquoi s'est-elle concentrée sur le facteur "chantage" sans pousser plus loin l'analyse ? En orientant ainsi une opinion publique facile à manipuler, elle donne une triste image d'elle-même et fait courir un risque mortel à Bernard RAPPAZ, sans peut-être même se rendre compte de sa part de responsabilité.
Désespérant ...

Écrit par : hortensia | 13 novembre 2010

Si notre politique et nos politiciens n'ont même pas la décence d'accorder un sursis, un délai de réflexion dans une situation aussi extrême, ça me fait froid au dos. Le problème n'est pas de savoir si on doit nourrir Rappaz de force, le problème est de savoir si une plante aussi inoffensive que le cannabis justifie une peine aussi lourde. L'acte de Rappaz est un cri de désespoir, le seul moyen qui reste encore pour un être humain pour se soustraire à la force (et la violence) de l'Etat.

Tout le monde s'agite contre les lois inhumaines quand il s'agit de la lapidation d'une femme qui a "fauté". Mais la loi, c'est la loi, n'est-ce pas ? Les femmes savaient toutes avant de commettre leur crime quel sera le châtiment. Alors ou est le problème ?

Écrit par : benpal | 13 novembre 2010

Admettons qu'on nourrisse Rappaz de force. Pendant combien de temps maintiendra-t-on le gavage ? Jusqu'à la fin de sa peine de prison ?
Personne, personne n'aura le courage d'ordonner l'interruption de le nourrissement forcé avant le terme de sa peine, car ça reviendra à une exécution immédiate. Et je pense même que le code d'éthique des médecins et la loi rendraient cet acte punissable.

Écrit par : benpal | 13 novembre 2010

Admettons qu'on nourrisse Rappaz de force. Pendant combien de temps maintiendra-t-on le gavage ? Jusqu'à la fin de sa peine de prison ?
Personne, personne n'aura le courage d'ordonner l'interruption de le nourrissement forcé avant le terme de sa peine, car ça reviendra à une exécution immédiate. Et je pense même que le code d'éthique des médecins et la loi rendraient cet acte punissable.

Écrit par : benpal | 13 novembre 2010

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