Défense du libéralisme

Le Parti Socialiste Suisse a donc décidé, suite à son congrès de ce week-end, d’inscrire à son programme la rupture d’avec le capitalisme. Peu m’importe ses motivations, qu’elle soient un  retour à la pureté idéologique ou un opportunisme électoraliste. La question qui se pose est: quoi d’autre, quel système politico-économique serait possible en remplacement du capitalisme?

agriculture-biologique-en-ouganda_940x705.jpgLe capitalisme est probablement né il y a 10‘000 ans avec l’agriculture et l’élevage. Cette étape permettait de se libérer des aléas de la chasse ou de la cueillette. Il y avait à manger toute l’année grâce aux stocks de céréales et aux animaux de ferme. Une nouvelle sécurité alimentaire permettait une meilleure survie et expansion de l’espèce.

Le libéralisme est la forme politique, économique et culturelle sur laquelle s’appuie le capitalisme depuis deux siècles. Il est de bon ton aujourd’hui de vouer le libéralisme au gémonies et, à cause de certains dérèglements, de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain. Je suis impressionné de voir le nombre de dessins, d’articles, de livres faisant porter au libéralisme les maux de la terre. Il y a là une grande confusion. Il me paraît important de valoriser et de défendre le libéralisme qui fut, rappelons-le, une valeur de gauche au 19e siècle, valeur qui permit de briser la toute-puissance du clergé et les séquelles de l’Etat monarchique.

Les citations sont reprises du texte bien fait de Wikipedia sur le libéralisme.


1. Le libéralisme c’est la liberté de l’individu contre la toute-puissance du système (monarchique ou autre). Liberté de choisir sa vie, son métier, sa région, sa religion, sa philosophie de vie. Les libéraux s’opposent donc autant au pouvoir absolu du roi qu’au pouvoir absolu de l’Etat. En ce sens un vrai libéral ne pourra jamais soutenir un système collectiviste comme le communisme ou le national-socialisme, alors qu’il peut tout-à-fait défendre un certain contrôle sur l’activité économique et une répartition sociale des pouvoirs et des richesses la plus juste possible, ceci dans le but de préserver l’exercice de la liberté. La pauvreté ou les monopoles ne sont pas des choses qui favorisent la liberté.

«Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né d'une opposition à l'absolutisme et au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur le pouvoir du souverain. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir n'a le droit de violer. (…) Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s'oppose à l'assujettissement, d'où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu de jouir d'un maximum de liberté, notamment en matière économique.»
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2. Le libéralisme c’est la responsabilité individuelle. Chacun prend sa propre responsabilité aussi loin que possible. Liberté et responsabilité sont indissociables. On peut débattre sur ce qu’est la liberté et ses limites. On peut aussi constater qu’une totale liberté n’est pas possible. Par exemple, la liberté économique existe, mais n’est pas accessible à tous. Chacun peut créer son entreprise (rappelons qu’en Suisse libérale le 90% de l’activité économique est assurée par les PME) à condition d’en avoir les compétences, les idées, l’énergie. En système libéral on peut toujours partir de rien et réaliser quelque chose à la force de sa détermination. Dans ce domaine, la France, pays très étatique, presque soviétique, n’était pas très libérale au vu des difficultés que rencontraient les individus souhaitant créer leur propre entreprise. Cela a changé depuis le début 2010 avec le statut d’auto-entreprise. Par contre un employé dispose moins de liberté et de pouvoir sur son emploi. En contrepartie il a moins de responsabilités et de charges et peut revendiquer des congés payés là où l’indépendant ne compte plus ses heures.

Les différences de revenus en système libéral sont censées récompenser le mérite et la compétence. Les excès du libéralisme économique font malheureusement que la compétence ou le mérite ne sont plus vraiment les critères de récompense. Certains proposent aussi une limitation du différentiel entre les salaires les plus élevés et les moins élevés, de 1 à 10 par exemple. Actuellement, sans compter les PDG, l’écart est de 1 à plus de 200 en moyenne en France. Si l’on compte les PDG les mieux payés, le différentiel est vertigineux. On sait que les plus riches se sont encore enrichis et les plus pauvres se sont encore appauvris ces dernières années. Sans vouloir mettre tout le monde au même salaire ni cultiver une jalousie de classe, cette situation, ce différentiel, mérite une vraie réflexion dans la mesure où si un certain niveau d’inégalité ne menace pas la cohésion sociale (pour autant que l’on ait de quoi vivre, du respect, de la liberté), l’augmentation des inégalités est de nature à porter un grand nombre de personnes dans le désespoir ou vers la destruction du système.


3. Le libéralisme c’est la liberté d’expression, de choix politique, de critiquer, d’adhérer ou non, de développer sa propre culture.

«Au sens large, le libéralisme prône une société fondée sur la liberté d'expression des individus dans le respect du droit du pluralisme et du libre échange des idées.»


Liberté.jpg4. Le libéralisme n’est pas un régime exclusif. On peut y développer différentes visions de la société, de la plus individualiste à une vision franchement sociale. Mais on n’y trouve pas la propriété collective des moyens de production (qui signifie qu’en réalité rien n’appartient à personne, diluant l’initiative et la responsabilité individuelles) et produisant à terme une nouvelle classe dirigeante dont la seule manière de subsister est d’imposer un régime politique, économique et culturel autoritaire. L’appauvrissement en est la conséquence.


Rompre avec le capitalisme, cela suppose aussi de rompre avec le libéralisme, c’est-à-dire avec la liberté. On voit déjà les programmes politiques de la gauche communiste en France vouloir développer la collectivisation de l’économie. On sait que cela ne marche pas, mais on sait où cela mène. Rappelons-nous quand-même que dans les régimes socialistes de l’ex-URSS, les opposants partaient au Goulag ou disparaissaient, les magasins étaient presque vides (dépendance extrême à l’égard de l’Etat-patron), la liberté d’expression n’existait pas, l’économie était très limitée, la nomenclatura dirigeait les populations contre leur volonté (Prague, Budapest), l’art était uniforme, etc.

Le libéralisme, et même le capitalisme, ne sont pas les ennemis. N’étant qu’un petit indépendant ramant comme la majorité des gens je ne défends aucun magot en disant cela. L’ennemi c’est l’abus, l’excès, qui est comme une maladie. On ne soigne pas un malade en le trucidant. Encore une fois, la critique contre le libéralisme ne doit pas faire oublier tout ce qu’on lui doit. Ce régime est perfectible, mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain à cause de ses imperfections. Nous ne sommes en fait pas encore assez libéraux pour assurer la réalisation de l’idéal libéral. Le libéralisme suppose pour fonctionner la loyauté, le sens du bien commun, de l’entraide (pour éviter de dépendre de l’Etat), bref une forte dose de conscience pour assurer que la liberté et la responsabilité individuelles soient possibles. On en est loin. Ce qui se passe dans l’égoïsme qui prévaut aujourd’hui n’est plus du libéralisme, car le vrai libéralisme est un idéal du vivre ensemble, et une conscience supérieure de la valeur humaine et de la civilisation.

Ce qui manque le plus au libéralisme aujourd’hui, c’est de retrouver cette conscience.

Catégories : Politique 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Même les communistes chinois ont adopté le capitalisme ...

  • Tout cela serait bien beau si les gens étaient raisonnables mais le libéralisme sans contrôle c'est l'exploitation de l'homme par l'homme. Autant dans le domaine politique cela a un sens autant dans le domaine économique c'est n'importe quoi. Le libéralisme économique est la négation même de la démocratie.

    http://www.lepost.fr/article/2010/10/03/2247262_tout-democrate-ne-peut-etre-qu-anticapitaliste.html

  • Le capitalisme chinois coiffé du communisme politique, c'est sûrement un monstre à 5 têtes! La surexploitation d'un petit nombre sur le "reste" sans liberté ni méritocratie, en somme!

  • Joli texte, bien soigné et tout. Mais à mon avis vous passez à côté d'une chose très importante et même décisive concernant le libéralisme économique:

    Si le libéralisme, comme vous le dîtes, peut être un super concept sur le papier, dans la pratique il est désormais en situation d'échec. Il a fallu récemment que les états interviennent pour secourir les banques. Le système financier est gardé en vie sous perfusion et injection de milliards des contribuables. On ne peut en tout cas pas soutenir que ce principe du laisser-faire soit donc idéal puisqu'on ne laisse justement pas faire, on, en tant qu'état intervient pour éviter que tout le tintouin ne se casse la gueule. Et on ne peut bientôt plus se le permettre car tous les pays sont déjà très à excessivement endettés. De gré ou de force, il va donc falloir trouver autre chose.

    Pour beaucoup d'autres aspects, sinon, je suis d'accord avec vous concernant la liberté d'expression, d'entreprendre, etc.

  • @ kikoo et tutti:

    Oui il y a problème. Le nier serait dépourvu de sens. En effet les entreprises phares du système tiennent sous perfusion et cela n'est pas normal. Pas normal qu'elles ne puissent être pérennes. Pas normal que l'argent public paie les erreurs privées. D'accord, on limite les dégâts, mais à voir que tout cela recommence on se demande s'il ne faut pas tous les laisser tomber. Mais cela suppose encore plus de chômage pour ceux qui n'ont déjà pas grand chose.

    Le laisser-faire n'est pas idéal, il donne la preuve de son incapacité à se gérer.

    Jes68 plus haut donne un lien qui vaut la lecture, d'un billet où il fait quelques propositions. Celle qui m'interpelle le plus:

    "Instituer une réelle séparation entre l'argent et la gestion des entreprises. comme il a séparation des pouvoirs législatifs, executifs et judiciaires. Peut être en interdisant l'accès des investisseurs aux conseils d'administrations."

    Pour toute évolution je souhaite en préalable que tout ce qu'il y a de bon dans le libéralisme soit réaffirmé fortement.

  • @ hommelibre:

    " Le capitalisme est probablement né il y a 10‘000 ans avec l’agriculture et l’élevage. Cette étape permettait de se libérer des aléas de la chasse ou de la cueillette. Il y avait à manger toute l’année grâce aux stocks de céréales et aux animaux de ferme. Une nouvelle sécurité alimentaire permettait une meilleure survie et expansion de l’espèce. "


    Je ne suis pas spécialiste en histoire néolithique, mais il me semble que vous confondez certaines notions... Certes, établir une définition précise du Capitalisme est ardu; est-ce:

    - la propriété privée des moyens de production,
    - la recherche du profit et de sa justification,
    - la liberté des échanges économiques et de la concurrence économique au sein du marché ; on parlera donc d'économie de marché,
    - l'importance du capital, les possibilités de l'échanger (spécialement en bourse), de l'accumuler et de spéculer,
    - la rémunération du travail par un salaire.


    Bref, cela reste à préciser.

    Néanmoins, d'après ce que j'ai pu entendre ou lire, l’agriculture et l’élevage se sont développés dans des groupes humains où la notion de partage, de mise en commun des biens (habitats, outils, ressources,...) était primordiale. Les notions de propriété privée, de profit, au sens où on les entends aujourd'hui, en étaient totalement absentes.

    Il faudrait donc parler de sociétés collectivistes, et non de (proto-)capitalisme.

    C'est peut-être triste à dire, mais le concept d'individu "capitalistiquement" autonome n'existait pas (existe-t-il aujourd'hui??); l'agriculture et l'élevage ne sont pas les fruits d'individus isolés. Un humain seul n'avait d'ailleurs pas la moindre chance de survivre très longtemps, quand bien même eut-il accumulé des outils et des biens à foison.


    Des liens vers deux séries de l'émission "Histoire Vivante", abordant l'hisoire de l'agriculture, et plus particulièrement celle du passage des sociétés de chasseurs-cueilleurs à celles de sociétés de production.

    Histoire d'Agriculture:
    http://www.rsr.ch/la-1ere/programmes/histoire-vivante/archives/?serie=1961128&q=agriculture

    La mise en place de l'autorité:
    http://www.rsr.ch/la-1ere/programmes/histoire-vivante/archives/?serie=2071344&date=20100607


    Passionnant!! À écouter en faisant son repassage!! ;o)



    Au plaisir,


    =:oB

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