Et s’il vous restait 6 mois à vivre?

Une amie me parlait d’un  homme atteint d’un cancer et pour qui le pronostic de vie est évalué par les médecins à 6 mois. Dans son cas le seul traitement possible serait une opération, dont les chances de réussite sont de 20%.

rêve013-2.jpgPour cet homme la vie va peut-être s’arrêter à la fin de l’année. Ou peut-être pas. Il arrive que le patient vive beaucoup plus longtemps que ce que les médecins pensent. C’est normal dans la mesure où ce pronostic vital est une estimation, pas une certitude absolue. Mais par leur expérience les médecins ont des raisons de chiffrer ainsi une durée. Au patient de l’accepter ou non, de se battre ou non, de prolonger sa vie ou non. Ou de se préparer au passage.

L’idée de sa propre mort est souvent mal vécue. Partir sans savoir où l’on va, ni si l’on va quelque part, il y a là quelque chose qui peut donner le vertige. L’a croyance en une vie après la mort (paradis, réincarnation) est peut-être de nature à apaiser le mourant ou le condamné médical.

Pourtant, partir en se disant que la vie continue sans nous: pourquoi pas? N’y a-t-il pas un manque d’humilité à vouloir survivre et à être peut-être immortel?

Car la vie après la mort, la vie éternelle en enfer ou au paradis, et même la réincarnation, promettent une survie sans fin. C’est l’immortalité. Vouloir être immortel: quelle prétention!

Celui qui sait le temps qui lui reste à vivre est peut-être en proie à la déprime. Or cela peut être considéré comme un avantage sur ceux qui ne savent pas. Car nous pouvons tous mourir d’une minute à l’autre. Dans la rue, sous vos yeux, un enfant peut être renversé et mortellement blessé. Une cheminée peut se détacher d’un toit et tuer quelqu’un. Une personne peut s’effondrer d’une crise cardiaque et ne plus se réveiller. Cela n’importe quand, ici et maintenant. Mais ne le sachant pas, on se permet peut-être de passer à côté de l’essentiel.

Celui qui sait quand il mourra peut décider d’aller chaque seconde à l’essentiel. Ou pas. Chaque décision, tout choix, est marqué d’une force particulière, celle de la conscience de l’échéance prochaine.

L’homme dont je parle oscille entre deux attitudes intérieures. Par moment il se dit: «A quoi bon faire quoi que ce soit puisque dans quelques mois je ne serai plus là?»

Et en même temps il vient de créer son auto-entreprise et fait des projets pour 2011 comme si de rien n’était.

La vie va dans un sens. A nous d’en faire le meilleur possible quoi qu’il advienne. Rien ne sert de pleurer sur son sort ou de sombrer dans la négation de sa propre valeur. Bien sûr, un accident, une maladie, une rupture, doivent être digérés. Il y a un temps normal, plus ou moins long, pour accuser le coup, accueillir sa souffrance, se reconnaître fragile, impuissant et démuni.

Chacun a son temps de digestion, de deuil ou de retrait du monde. On ne sait pas d’avance le temps de chacun. Mais tôt ou tard il faut repartir. Je me dis que tant qu’on est vivant il faut faire comme si tout continue - et d’ailleurs tout continue! Jusqu’à la dernière minute on peut avoir un projet. Cela ne dépend que de nous. La vie est à la fois une pulsion biologique du vivant et un acte de foi. Eteindre la foi dans la vie c’est éteindre ce qui nous fait humains.

Alors, si l’on connaît la durée qu’il nous reste de vie ou non, que l’on soit jeune ou pas, bien portant ou malade, il est toujours temps de décider de sa vie, du moins de ce qui peut en être décidé. Il est toujours temps de faire des projets et de vivre ses rêves. Personne ne sait à quoi il sert vraiment sur Terre. C’est parfois peu de chose qui fait exemple pour d’autres, sans même que nous en ayons conscience. Alors, laissons tomber l’exigence d’une utilité à sa propre existence, et peut-être même celle de sens. Une personne qui se dit: «Je n’ai plus que six mois à vivre, à quoi bon?» est comme dans l’exigence d’être utile ou que son action ait du sens - un sens qu’elle détermine elle-même. Ce faisant elle s’empêche de vivre et de laisser émerger des aspects de sa vie qu’elle n’aurait pas elle-même imaginé.

Faire ce qui nous semble juste et bon, voilà un riche programme. La vie n’est jamais finie tant qu’elle ne s’est pas arrêtée. Pour moi vivre mes rêves est depuis longtemps dans ma dynamique personnelle. Faire ce qui me semble juste aussi. Mes erreurs de vie sont la conséquence de choses faites qui n’étaient pas les plus justes intérieurement. Mais ce n’est pas grave: c’est l’apprentissage. Etre indépendant professionnellement, avoir pris des risque financiers qui m’ont pesé, cela a fait que je n’ai jamais eu un sentiment de totale sécurité. Mais cela ne m’a pas empêché de tenter d’aller au bout de mes rêves.

Et vous, que feriez-vous s’il vous restait six mois à vivre?


Jacques Brel: «La Quête», de l’Homme de la Mancha




Marina R, qui réalise son rêve de chanter malgré un handicap:


Marina R - Chanson Vivre Libre | Téléthon 2009
envoyé par SolidariteINFO. - Clip, interview et concert.

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Commentaires

  • Nous sommes tous concernés, mais pas un commentaire, bizarre non? La mort, personne n'aime en parler il semblerait.

    Quand j'étais petite, je cogitais sans fin sur ce que vous abordez, que la vie continue sans nous. Je ne suis pas sûre que ce soit un manque d'humilité, j'ai l'impression que ce qui est difficile, ce n'est pas d'être mortel, mais c'est de pouvoir le concevoir. Ça me dérangeait de ne pouvoir l'imaginer, même avec beaucoup d'efforts. De la même manière que l'infini. Mais qu'est-ce que ça m'a pris la tête...

    Maintenant, je l'ai accepté, enfin je crois (à moins que ce soit une manière d'éviter la question ;-)..).

    Il n'y a qu'une chose dont je sois sûre, c'est qu'on ne sait jamais d'avance comment on sera face à la mort. Elle fait partie de ces événements qui bouleversent vos certitudes, vos éventuels principes, et balayent tout sur leur passage.

    J'admire profondément l'attitude de votre ami, qui souhaite se projeter dans l'avenir, peu importe le temps qui lui reste. Je trouve ça très courageux, un bel hymne à la vie.

    Malheureusement, souvent, quand des personnes apprennent leur migros data, elles ne sont plus en état de se projeter, ou parfois elles le font, mais dans le déni, pas dans l'action concrète.

    J'ai entendu ce verdict, au sujet d'amis déjà épuisés par des chimios successives, le temps qui reste quand une chimio de plus n'est pas envisageable, souvent parce que le corps ne la supporterait plus. Et là, six mois ça peut être très long, trop long.

    Mon père aussi. Condamné dans les six mois, aucun traitement possible. D'abord on pense six mois, c'est du temps, on a le temps encore. Et puis la maladie rend la vie infernale, une pauvre vie faite de douleur, de souffrance, de révolte et d'incompréhension. Et de peur aussi.

    Je ne veux pas dire que c'est toujours le cas. Je crois volontiers que certains peuvent voir venir, et vivre, leur mort avec sérénité.
    Bref, je ne veux pas voir les choses en noir ;-)

    Mais mourir, ça a l'air dur quand-même...

    :-B

  • Pascale,

    Il n'y a qu'un comm sous ce billet, en effet, j'en étais aussi un peu étonné. A moins que cela n'ait poussé à une méditation silencieuse. Ou à un évitement. Mais le seul comm, le vôtre, est un trésor. Merci. Merci aussi pour nuancer le billet, et pour rappeler que ce n'est pas toujours si simple.

    Quant à l'attitude devant la mort, c'est bien de garder cela à l'esprit: elle bouleverse et balaie nos certitudes.

    Merci encore.

  • Pourquoi je n'ai pas répondu à la question?

    Parce que je ne peux pas l'imaginer. A savoir que quand vous savez qu'il ne vous reste que 6 mois, vous savez aussi dans quel état vous êtes, vous avez une idée de ce qui vous attend.

    Or pour répondre à la question il est nécessaire d'avoir conscience du degré de liberté qui vous attend. Autrement c'est un exercice purement intellectuel.

    Serai-je encore en possession de mes moyens intellectuels et physiques? Serai-je diminué partiellement ou totalement?

    L'important est de vivre chaque jour comme si je vais mourir demain, sans aucun regret parce que j'ai mené ma vie là où je voulais la mener. Je l'ai déjà écrit:

    "La mort n'est pas la mort lorsque l'oeuvre de la vie est accompli." Ho-Chi-Minh.

    Ah, et pour avoir le temps d'accomplir son oeuvre, vivre sainement, sportivement, intellectuellement, et surtout, surtout savoir gérer son stress quand celui-ci se manifeste. Et avoir compris ce qu'était la vie. Pas besoin d'attendre les six derniers mois pour avoir des remises en questions et des certitudes. Chacun est responsable de sa vie après tout, responsable de chacun de ses choix (enfin dans une société de liberté... ce qui n'est malheureusement pas valable pour tous sur cette terre).

    Bon, ben j'espère en tout cas que vous n'êtes pas concerné directement par votre question et qu'elle est en l'état d'ordre purement intellectuel.

    Ah une dernière réponse à la question, et même si je devais me trainer à genoux, je planterais un arbre.

  • @ Johann: très intéressante réponse. L'exercice est virtuel, on pourrait donc le vivre en imagination. Mais la réalité concrète du corps et des circonstances dans lesquelles nous serions nous restent inconnues. Or il est très probable qu'elles conditionneraient notre pensée et notre capacité à décider du reste de notre vie.

    Je partage votre point de vue: il ne faut pas attendre pour vivre selon ses rêves ou son intime conviction. La citation d'Ho-Chi-Minh est pleine de sagesse.

    Au fait, non ce n'est pas de moi qu'il s'agit. Merci pour votre sollicitude.

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