Analyse des affiches de la campagne (partie 3): le Terminator jubilatoire

Aujourd'hui: les affiches PDC, Solidarité, Sit et UDC. Cliquer sur les images pour les agrandir.

PDC-91.jpgLe PDC a choisi de montrer une image d’équilibre. Par le niveau à bulle, le message de ce parti est significatif: le projet ne balance ni d’un côté ni de l’autre. Le choix de cette image est immédiatement parlant. Le texte est centré, de même que le rappel de la date de votation sous la bulle: renforcement de cette image d’équilibre. Seul élément dynamique décentré, nécessaire pour éviter une impression trop statique: le logo PDC en haut à droite, penché.

Le texte propose des termes choisis: ce sont des «mesures» (terme technique et non affectif), «équilibrées», sûre», «solidaire» (termes affectifs doux). Des mots qui font mouche. Je ne sais si c’est la réalité mais le propos est rassurant et posé. Texte et image se renforcent mutuellement: bonne cohérence. Une des meilleures affiches en terme de communication. Manque peut-être d’un poil de vigueur.

 

 

Sol-9.jpgL’affiche de solidaritéS est un peu fouillis. L’objectif de flinguer les banques est réussi au travers du symbole UBS: l’affichette jaune sur la photo avec le détournement du sigle est très visible. Tenue par une dame à cheveux blancs visiblement très réjouie, cela fait mouche. Par contre l’image globale semble faire plus de place au groupe solidaritéS qu’à l’objectif des votations, avec justement cette photo montrant des militants en pleine auto-satisfaction et le logo-feuille qui capte beaucoup l’attention.

Le texte veut faire un lien entre les milliards versés à l’UBS et la diminution des prestations chômage. Il s’agit plus d’une déclaration de politique générale qu’une consigne précise, et ce malgré le texte du bas. En effet il n’est plus vraiment question de la révision de la loi mais du déséquilibre pointé de la société. Messages multiples. La multiplication des message n’est à mon avis pas des plus heureuses ici. Seuls les Verts l’ont réussie (voir partie 1). Au final, une affiche attractive mais dont l’efficacité en terme de communication ne me paraît pas garantie.

 

Sit-8.jpgL’affiche du syndicat Sit est jouissive! Tous ces engins de destruction à l’oeuvre qui s’en donnent à coeur joie, c’est déprimant et jubilatoire. On fait table rase. Terminator n’est pas loin. L’intention du message est très claire.

Le texte parle ici de saccage: terme très fort qui colle bien à l’image. L’affiche est outrancière car le projet de loi ne vise pas à faire table rase de l’assurance chômage. Mais cette outrance générale de l’image et du texte fait la force du message. On sait que c’est exagéré, on l’a bien compris, et le lecteur - qui n’est pas idiot - réajuste de lui-même. Donc on accepte le message. L’affiche la plus originale et audacieuse, dont le graphisme mi-BD mi-photo et en pleine page est très réussi.

 

 

 

UDC-92.jpgL’UDC a son style et son look. Pas vraiment original, pas d’image délivrant un message: le visuel sert le texte. Seul point percutant: l’impact fort des couleurs et la dynamique des bandeaux qui montent en haut et à droite. Grâce à cela l’affiche est bien vue. Comme quoi l’originalité n’est pas toujours utile pour crever l’écran.

Le texte n’est pas plus original: aucun élément affectif, seules les consignes comptent. A noter d’ailleurs que l’UDC est le seul parti à mentionner tous les objets en votation, objets qui ne semblent pas motiver les autres partis.

Au final une affiche qui passe bien et qui a le mérite de ne pas provoquer de réaction émotionnelle ou affective: c’est assez rare en politique, où l’émotion est abondamment utilisée pour renforcer le message.


 

 

Quelques mots justement sur le recours à l’émotion en politique. Vendre un parti, un projet, une idée, c’est comme vendre une voiture: le strict rationalisme n’est pas suffisant. Il faut autre chose. La voiture doit être d’enfer, plus grande que celle du voisin, rendre sexy, etc. Pareil pour une lessive. Une pub qui dirait uniquement que telle lessive lave le linge (ce qu’elle font toutes) n’offre aucun intérêt. Il faut qu’elle lave mieux, que l’on voit les petits oiseaux, le ciel bleu, le bonheur de bébé qui porte ensuite le linge lavé. Pareil pour les serviettes hygiéniques: on met en valeur la liberté, la rencontre amoureuse sans incident, la performance sportive. Ou même, assez extrême, l’envahissement et la noyade sous un flot de sang comme la pub Always ci-dessous.

Dans l’émotion la gauche est en tête: pas une affiche objective ou technique. De l’émotion, de la peur, de la colère. Le contenu se vend dans cet emballage, et à la limite l’emballage devient plus important que le contenu parce qu’il touche et remplit un besoin affectif. C’est le jeu.


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Commentaires

  • Bonsoir hommelibre.


    Comment 'va?


    Je suis étonné que vous ne connaissiez pas vos classiques un peu mieux...

    Le flot de sang est tiré du film de Kubrick: « The Shining ».

    http://www.youtube.com/watch?v=SlAmXGIbo84


    Tss-tss-tss!!! ;o)


    Bonne continuation.


    =:oB

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