L’entraîneuse ou la féminisation des noms des métiers

Je parcourrais le blog de Kissa, que je vous conseille (voir ici). Kissa qui nous fait le plaisir de poster de temps en temps ses commentaires sous différents blogs. Kissa fait remarquer par exemple l’importance de la sonorité dans une féminisation réussie et pointe les mots qui ne supportent pas la féminisation.

KissaBéog.jpgOn peut aussi se demander quels sont les critères pour féminiser en -e, -euse, -ice, -ère. Par exemple: conteur, chanteur, monteur, se féminisent en -euse. Pourquoi pas en ice, comme acteur -actrice, ce qui donnerait par exemple: monteur -montrice.

On peut aussi se demander pourquoi médecin ne devient pas médecine pour la femme qui exerce ce métier. On dit bien: laborantin - laborantine. Et pourquoi moniteur a donné monitrice plutôt que moniteuse?

Et que dire de cette phrase: « L’entraîneuse appela ses garçons: - Prenez vos boules, on va faire une triplette.» Déjà avec entraîneur cela sonne étrangement, mais avec entraîneuse cela fait directement maison close.


Voici quelques noms de métiers pour lesquels la féminisation n’est guère heureuse et nécessite de faire des exceptions, ou n’existe simplement pas:

Entraîneur - Entraîneuse

Cameraman - Camerawoman

Sapeur-pompier - Sapeuse pompière

Sage-femme homme - Sage-femme femme

Auteur - Autrice - Auteuse - Auteure

Ecrivain - Ecrivaine

Marin - Marine

Maître d’hôtel - Maîtresse d’hôtel (plus ambigu que maîtresse d’école)

Substitut du Procureur - Substitute du Procureur

Catégories : société 7 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Hommelibre, savoir que vous appréciez mon blog me fait très plaisir.

  • Cool, Kissa. Oui j'aime le bleu, le thème et l'état d'esprit de votre blog.

    Bon dimanche!

  • Big mother Michel Schneider

    "Plus délicate est la question de la différence des sexes dans ses rapports avec les marques linguistiques du genre. « J'accepte mon sexe », déclara il y a peu Jospin14. Personne ne lui repro¬chait un penchant pour le transsexualisme. On lui faisait sim¬plement observer que sa récente déclaration selon laquelle « il y aurait un candidat du PS à l'élection présidentielle » signi¬fiait un candidat et non une candidate. Vif émoi de l'intéressé, qui croyait avoir complu sinon aux femmes du moins aux fémi¬nistes en sexualisant par décret les noms de fonctions publiques. Il avait même, un jour où il voulait montrer aux femmes combien il acceptait le féminin, et aux socialistes comment il respectait la démocratie interne, risqué un hasar¬deux « successeuse1S ». Un autre jour, le jour des femmes, comme il y a celui de la musique, du patrimoine, de la culture scientifique, et bientôt, sûrement, des chiens et des chats, un jour donc de 1998, notre Premier ministre s'avisa de changer la langue. Pas toute la langue, ou pas encore, mais celle de l'État. Il fit publier au Journal officiel une circulaire enjoignant aux administrations de «recourir aux appellations féminines pour les noms de métier, de fonction, de grade ou de titre ». Sa justification ne laisse pas d'intriguer. « J'ai beaucoup de respect pour la langue française, mais il me paraît opportun de corriger des inégalités grammaticales qui ne sont que les traces d'une société disparue. » Un peu plus de respect lui aurait sans doute évité de confondre la grammaire et le dictionnaire et inspiré plutôt l'expression « inégalité lexicale ». Un peu plus de pensée l'aurait retenu de confondre une inégalité et une différence. Mais ce n'est rien. Jospin est tellement moderne qu'il est en avance sur son temps. La grammaire unisexe est pour bientôt : certaines impatientes refusent déjà la règle d'accord selon laquelle le sujet masculin l'emporte et proposent que l'on dise désormais : « les garçons et les filles sont également fortes en maths », ou que l'on écrive : « ma amie ». L'exposé des motifs est inquiétant d'à-peu-près historique et de mauvaise foi déma¬gogique : «La suppression de toute discrimination entre les sexes constitue [un principe général du droit] et l'un des moyens de parvenir à la réalisation concrète de cet objectif consiste à féminiser les appellations professionnelles16. » Si la première

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    proposition est vraie, la seconde semble relever de l'illusion nominaliste, et reste à démontrer. D n'est pas évident que l'objectif souhaitable d'une parité de fait en politique passe par une sexualisation de la citoyenneté, ni que celle-ci s'accom-pagne de rectifications grammaticales prescrites par le pouvoir politique. Mais l'irrésistible féminisation du français est en marche, et avec elle l'irrésistible maternisation de la société. Après l'État policier, militaire, éducateur, industriel, assureur, et même organisateur de parades et producteur de télévision, l'État linguiste entre en scène. D confond évidemment au pas-sage les noms de métiers (où les formes féminines sont depuis toujours en usage) et les noms de fonctions, grades ou titres (qui doivent être clairement distingués de la personne). Surtout, cette confusion en révèle une autre : tout le système symbolique repose précisément sur la distinction entre une fonction et la personne qui l'incarne, à l'image fondatrice de la fonction pater¬nelle qui ne se réduit pas au père en personne. Les mots ne sont pas les choses, ni les personnes les fonctions. Entre les uns et les autres n'existent que des liens de convention admise au sein d'un même espace symbolique. Comment faire comprendre à ces linguistes de cabinets ministériels que le lan¬gage est par essence arbitraire, pouvoir d'abstraction, et qu'aucun son ne désigne naturellement ou gouvernementale-ment un objet de la réalité ? On leur conseillera, sans illu¬sions, de lire Borges qui illustre ainsi l'impossibilité de dési¬gner chaque individu de manière singulière : ce n'est pas le même chien vu à 5 h 15 mn et à 5 h 30 mn : il a changé et vieilli17. Enfin, le pouvoir confond le genre grammatical et le genre sexuel. En grammaire, c'est le féminin qui est le genre marqué ; le masculin, non marqué, désigne indifféremment les hommes et les femmes. La féminisation des noms de fonc¬tions risque donc d'aboutir à l'inverse de ce qu'elle vise et d'éta¬blir dans la langue une discrimination qui n'y était pas. Dire par exemple une auteure pourrait faire croire que l'écrivain en question est considéré comme appartenant d'abord au féminin et ensuite à la littérature. Restera, pour parachever la parité lin¬guistique avec le socialisme réel, à modifier l'article premier de notre Constitution. Il dit : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits18. » Si l'on veut aller plus loin dans « la suppression de toute discrimination entre les sexes », puisqu'il n'est pas au pouvoir de l'État de supprimer les sexes

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    eux-mêmes, je suggère de le modifier ainsi : « Les hommes et les femmes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Et, si l'on ne recule pas devant quelque discrimination positive, ajouter : mais les femmes sont plus égales que les hommes parce qu'elles ont été trop longtemps moins libres. Pour finir, on remar¬quera que l'on s'est gardé d'imposer l'appellation « Madame la maire », à l'instar de Madame la ministre », sans doute en raison d'une fâcheuse homophonie qui eût dévoilé le matriarcat régressif que recèlent ces changements de symboles.
    Mais, à nouveau, quelle légitimité l'État avait-il pour tou-cher au français, refondre le lexique, réformer la grammaire, normer nos conversations ? On évoque à ce propos Vaugelas et ses Remarques sur la langue française (1647) ; mais il légifé¬rait sur le bon usage en écrivain et n'engageait aucun pouvoir. On dira encore que l'ordonnance de Vûlers-Cotterêts, un siècle auparavant, fondait une très ancienne intervention étatique en matière de langue19. Mais ce texte, très court, ne dispose rien quant au contenu du français, et se borne à en étendre l'emploi officiel dans ce qu'était alors la France. L'État peut légitime¬ment dire quelle langue l'État doit parler : le français20, mais il ne saurait dire comment il faut le parler. L'emploi institutionnel d'une langue est un attribut de la souveraineté, son usage et ses formes (morphologiques par création de vocables féminins) ou sémantiques (règles générales de formation du féminin) relèvent de la liberté individuelle21.

    "En grammaire, c'est le féminin qui est le genre marqué ; le masculin, non marqué, désigne indifféremment les hommes et les femmes. l'important c'est cette phrase !!!!!

  • Bonjour Hommelibre, on note que cette question récurrente reçoit des traitements parfois bizarre. Les gens ne savent plus comment parler.

    Je me permets ici de rappeler un article de mon blog (et les comm' intéressants de Kissa ainsi que d'autres internautes) :

    http://civitas.blog.tdg.ch/archive/2009/09/14/feminiser-les-noms-de-profession.html#comments

    -Sage-femme se dit indifféremment pour un homme ou une femme car "femme" désignen la parturiente et celui qui aide à l'accouchement.
    - Maîtresse ne remplace pas nécessairement Maître lorsqu'il désigne une femme (en plus de l'école ou de l'hôtel, une avocate sera interpellée par "Maître x ou y ")

  • tout ça pour dire que la féminisation des noms de métiers n'a pas lieu d'être
    parce ce faisant le non de fonction devient genré. alors qu'étant masculin il était non genré.

  • Merci Micheline de rappeler votre billet, et l'intéressant débat qui l'a suivi. Pour ce qui est de sage-femme les avis divergent. Dans le site orientation.ch, on parle de sage-femme et d'homme sage-femme:

    http://www.berufsberatung.ch/dyn/1109.aspx?id=243 .

    En France j'ai aussi lu sur des documents officiels sage-femme homme.

    Pour Maître, en effet, et cela fait partie des nombreuses exceptions qui émaillent la féminisation des noms de métiers. Il semble bien qu'il ne peut y avoir de règle unique et absolue.

  • C'est bien là où le bât blesse. Des termes sont inventé par le pouvoir administratif - et politique (on se souvient de Maire/Mairesse). Le malaise dans le langage courant vient du fait qu'on ne respecte souvent pas le dico, les règles d'accord, comme si certains tenants du pouvoir se situaient au-dessus.

    Merci Hommelibre pour cette piqûre de rappel!

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