Le syndrome de l’étoile jaune

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être différent, et rejeté, classifié, étiqueté pour cette différence? Avez-vous déjà eu l'impression que votre tête, votre manière d'être, votre habillement, faisaient de vous un étranger, un exclu? Et avez-vous déjà constaté que le fait de penser différemment des autres dans un groupe donné n'engageait pas le dialogue mais plutôt le jugement et la stigmatisation?

EtoileJaunebelgique.jpgEtre l'étranger de l'autre: cela peut arriver à n'importe qui dans n'importe quel milieu. Etre l'étranger et en être rejeté. C'est la source même du racisme: stigmatiser la différence de l'autre.

Il y a eu des époques où cette stigmatisation était bien réelle, je veux dire visible. L’étoile jaune, cousue sur les habits servait à identifier rapidement les juifs et à se dire: «Bon, ce sont des juifs, pas d’importance, évitons-les». Cela a commencé au Moyen-âge. En 1269, Louis IX dit «Saint-Louis» ordonne que les juifs portent deux signes distinctifs jaunes, un de face et un dans le dos. Cela signifiait qu’ils étaient les mauvais, les parias de la «bonne» société.

Cela a-t-il changé? Oui, cela a changé de forme: aujourd’hui on n’impose pas d’étoile jaune au paria. Un jugement de valeur négatif suffit. Il y a partout des gens qui sont prêts à vous cataloguer, vous coller une étiquette, dire si vous êtes «bien» - donc si vous leur ressemblez - ou non.

Vous pouvez être le noir, le jaune, le juif, le communiste, le fasciste, l’homme, la femme, de l’autre: le mécanisme est de vous stigmatiser pour une appartenance choisie ou non par vous, et de vous dédaigner ou de vous rejeter à cause de cette appartenance. Le racisme, le sexisme, l'exclusion, le rejet dû au clivage des idées ou des appartenances politiques par exemple, en sont des symptômes. La cause du mal est ce syndrome, cette incapacité en entrer en dialogue avec ce qui nous est différent, qui se manifeste par une identification rapide, puis une classification et enfin un rejet de l'autre. En terme de physiologie de l'immunité, il y a le soi et le non-soi. Il est donc normal que l'autre, qui est un non-soi, nous demande un effort d'adaptation. Mais le rejeter parce qu'il est autre est une incapacité d'adaptation, momentanée ou durable, et un frein aux échanges donc à la croissance intérieure et à l'évolution.

Classiquement, on dira: «Vous êtes de gauche» ou «Vous être à droite», et l’on s’arrêtera là comme si tout était dit. Pas besoin d’aller plus loin: vous êtes fiché comme infréquentable. C'est très courant justement en politique. Le clivage habituel gauche-droite fait que deux personnes d'obédiences différentes ont de la peine à dialoguer sur le fond tant le rejet des idées et la stigmatisation de l'autre sont vivaces. Ce clivage interdit souvent tout dialogue sincère et respectueux. Vous êtes autre, jugé, catalogué comme tel, et donc on ne vous accorde plus l'intérêt et la valeur que l'on est en droit d'attendre entre humains. Rien qu'à cause de cela le clivage politique gauche-droite est détestable, et ses conséquences en sont une sclérose des sociétés, chacun s'ancrant fermement dans ses idées et rejetant tout apport de l'autre.
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C’est ce mécanisme de jugement que j’appelle le «Syndrome de l’étoile jaune». C’est comme si l’on vous collait une étoile jaune qui fait de vous quelque chose de déjà classé et cassé, de différent, et mis à l'écart parce que différent. C'est plus qu'une simple insulte: c'est un réel rejet de l'autre, de ce qu'il représente.

Moyennant quoi il n’y a plus de vrai dialogue, d’échange de point de vue, de pédagogie, d’ouverture. Il n’y a plus qu’un monde fermé et formé de clans opposés. Un monde où l’intelligence n’a plus cours. Pourquoi les chercheurs inventent-ils? Parce qu’il y a des moments où ils quittent les clans pour entrer dans l’extase partagée de la découverte. On peut trouver cela aussi par la communion que l’on ressent dans la musique ou la poésie.

Mais le reste du temps, la plupart des humains s’ingénient à vous coller une étoile jaune. Oh, je sais que c’est tentant. Un réflexe. Une protection. Une peur d’aller au-delà du connu. Besoin d’appartenir à une famille, un clan. C’est une facilité. J’y succombe aussi parfois, mais je lutte contre cet aveuglement.

Comment reconnaître quelqu’un atteint du «Syndrome de l’étoile jaune»? C’est quelqu’un qui vous dit: «Vous êtes de gauche» «de droite», «femme,», «homme», «noir,», «blanc», etc, et qui s’en contente comme si, à cause de votre appartenance, vous ne méritiez pas la peine qu’on s’intéresse à vous.

Attention: ce syndrome peut être contagieux. Et chacun peut, à tour de rôle être celui ou celle qui porte l'étoile jaune ou qui la fait porter à d'autres. Cela demande une hygiène mentale régulière pour ne pas être contaminé, une auto-observation de nature à modifier le contenu des pensées.

Catégories : société 9 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Comment reconnaître quelqu’un atteint du «Syndrome de l’étoile jaune»? C’est quelqu’un qui vous dit: «Vous êtes de gauche» «de droite», «femme,», «homme», «noir,», «blanc», etc, et qui s’en contente comme si, à cause de votre appartenance, vous ne méritiez pas la peine qu’on s’intéresse à vous."

    C'est vrai qu'il ne faut pas s'arrêter à un catalogage aussi rapide. Pour comprendre l'autre, il faut prendre la peine de chercher à savoir ce qu'il cache sous la surface. Toutefois, il faut faire attention à ne pas tomber dans l'autre extrême, celui de refuser à l'individu le droit de constater une vérité. Par exemple dire que quelqu'un est une femme ou un noir ou un gauchiste n'a rien d'une parole raciste, c'est généralement une constatation. C'est ce qu'on en fait par la suite qui peut être tendancieux. Bref, il ne faut pas tomber dans l'autre excès du politiquement correct. A la fin, pour éviter de blesser, on n'a plus le droit de dire "noir" ou "femme".

  • J'aurais beaucoup de choses à dire sur le dispositif institutionnel de l'éducation spécialisée vaudoise, le Service de protection de la Jeunesse/SPJ (contre lequel j'ai gagné un procédure au Tribunal Cantonal vaudois / CH et ce que j'y vis depuis 10 ans : je pourrais " plagier " le titre de l'éminent pédo-psychiatre et psychanalyste BERNARD GOLSE :

    " Comment peut-on PUNIR un éducateur-spécialisé
    pour qu'il devienne psychotique ? "

    Les médias, par la voie de leurs rédacteurs en chef respectif ont tous délibéremment décider de taire ce qui m'est arrivé ! Et me l'ont écrit !

    Mais pour l'instant, je décide de ME TAIRE !

    (une publication est à l'étude)

  • La différence est souvent une richesse. Je suis taxée de rebelle, originale, excentrique, libertine, grande gueule aussi.....et j'en passe du plus loin que je me souvienne et j'assume parfaitement aujourd'hui à mon âge (non ca je le garde pour moi) ce que je suis, mes désirs, mes révoltes etc.... mais tu as raison HL parfois on se sent stigmatisé, rejeté et à un âge jeune j'ai essayé de rentrer dans des moules à penser et aussi respecter les modèles judéo-chrétiens....mais l'épanouissement personnel, les chemins de la connaissance et de l'acceptation de soit font qu'un jour on la porte avec fierté cette "étoile jaune".

  • Bonjour, Hommelibre.
    Il y a un fossé énorme entre les discours abstraits que l'on entend sur la différence, la tolérance, etc. et les comportements concrets des gens. Je pense, honnêtement, que le souci affiché par notre société de protéger les différences n'est pas sincère.
    L'énorme malaise du politiquement correct provient de ce manque de sincérité - on a tellement perdu le sens de la réalité qu'on ne sait plus où placer les limites. D'où les excès que Kad mentionne (vous prononcer le mot "femme", et immédiatement quelqu'un va en profiter pour dire que vous êtes misogyne; "étranger" > xénophobe; "noir" > raciste; etc.).
    Résultat, les gens intelligents et équilibrés n'osent plus rien dire, tant est grand le risque d'injure et de violence verbale. Mais cette distorsion liée au politiquement correct est encore bien bénigne par rapport au fond du problème. Le manque de sincérité des discours de notre société commence à apparaître au fur et à mesure que croît au sein de la population l'angoisse de l'avenir: l'ouverture, le respect des différences, apparaissent aujourd'hui comme des petites coquetteries que notre société pouvait se permettre quand tout allait bien. Ce vernis bon teint se craquelle de plus en plus. Nous vivons une époque stupide et dangereuse.
    "I have seen the future, brother. It is murder."

  • @hommelibre

    Or donc, le bon roi Saint-louis qui rendait la justice sous son chêne avait déjà inventé la signalisation des juifs, qui plus est méticuleux une signalisation avant et une signalisation arrière. Voilà encore une image iconique de mon enfance qui tombe. Avez-vous quelques références au sujet de ce roi pas si bon que ça.



    "de vous stigmatiser pour une appartenance choisie ou non par vous, et de vous dédaigner ou de vous rejeter à cause de cette appartenance."

    Je crois qu'il convient de faire la différence entre appartenance choisie et appartenance qui n'est pas choisie. Après tout chacun de nous doit supporter d'être différent s'il s'agit de son choix. Par contre lorsqu'il n'y a pas de choix (race) ou raisonnablement pas de choix (sexe) ou encore plus de choix (toxicomanie), il convient de parler d'étoile jaune.

  • @ CEDH:

    Concernant Louis IX et les signes distinctifs imposés aux juifs, voir ici:

    http://www.alainamiel.com/signedistinctifs/signesdistb.html

    et ici:

    http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=15360

    Louis IX a imposé la rouelle, ancêtre de l'étoile.


    J'entends bien la différence que vous soulignez entre appartenance choisie et non choisie. Je les ai liées car souvent, au final, les conséquences sont les mêmes. On peut penser aux persécutions religieuses contre les premiers chrétiens: la différence est choisie, et la conséquence est l'exclusion de ces personnes en tant que chrétiens. Le glissement ou élargissement sémantique de l'étoile jaune est applicable à mon avis, de par les conséquences.

  • Une démonstration hautement intéressante de la connerie et du fanatisme humains. Je ne le savais pas.
    En ce moment, pour autant que je le sache, dans les Territoires occupés par Israel, les plaques de voitures israéliennes sont différentes des plaques de voitures palestiniennes. Les Palestiniens ne doivent pas porter de signes distinctifs sur eux-même, mais c'est sans doute la prochaine étappe...

  • "En ce moment, pour autant que je le sache, dans les Territoires occupés par Israel, les plaques de voitures israéliennes sont différentes des plaques de voitures palestiniennes. Les Palestiniens ne doivent pas porter de signes distinctifs sur eux-même, mais c'est sans doute la prochaine étappe..."

    Oui c'est juste, un peu comme chez nous avec nos plaques Z quoi.

  • MDRRRRRR Giona, voilà qui est balancé à notre inépuisable raciste J.C Simonin!

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