Bettencourt, l’argent et les vautours

Ah, comme les gens riches sont indispensables à la bonne marche et à la santé mentale d’une société. C’est vrai, quoi! Contre qui se défoulerait-on s’il n’y avait pas ces salauds de nantis? Comme l’a si bien démontré René Girard, toute société a besoin de boucs émissaires. Et en voilà un beau: la première fortune de France.

Tout cela est parti d'une affaire de famille autour de gros sous. Et l'on en arrive déjà à la trésorière à qui l'on demandait des enveloppes de papier kraft! Personnellement j'aurais planqué mes enveloppes afin qu'il n'y ait pas de témoins si j'avais été à la place de Mme Bettencourt. L’affaire a tous les ingrédients d’un feuilleton de l’été. Une famille très riche, des employés traîtres, des documents audio qui n’ont pas encore été authentifiés mais dont le contenu est répandu sur la place publique malgré l’illégalité du procédé d’enregistrement, une succession de révélations non vérifiées, mais dont la parution est réglée comme un défilé du 14 juillet. Et des premiers médias qui refusent d’entrer en matière mais un qui accepte l’affaire - qui va faire gonfler ses abonnés, comme quoi certains en tirent déjà les bénéfices, quels que seront les conclusions. Si tout cela est vrai, s’il y a eu des actions illicites, les délateurs seront encensés. Si c’est faux, certains auront quand-même fait leur petit beurre.

C’est bien délicat de se déterminer sur le contenu des supposées révélations et des intérêts ou intentions des uns et des autres. Cette affaire me rappelle celle dont a été victime en son temps Pierre Bérégovoy.

Béré1.jpgLe parcours ce cet ancien ouvrier est exemplaire et dramatique. Il commence à travailler à 16 ans en usine, puis devient cheminot, entre dans la Résistance, et s’engage très tôt dans le socialisme.

Compagnon fidèle de François Mitterrand, il monte les échelons politiques et devient Premier ministre en avril 1992. Il prononce son discours d’investiture sur le thème de la corruption. Et très vite on lui reproche d’avoir reçu d’un grand industriel un prêt pour l’achat de son appartement. Prêt à taux zéro. On le soupçonne donc lui-même de corruption.

Son année à la tête du gouvernement est pourrie par cette affaire, que personne n’a pu valider pourtant en terme de corruption. Lui qui se rêvait Président, il descend dans l’esprit de ses amis, en particulier des ouvriers qui le conspuent à chaque apparition publique.

Il mène péniblement la campagne des élections législatives en 1993, élections que la gauche perd: un désastre électoral sans pareil.

Une émission sur France 2 l'an dernier montrait les images de la fin du dernier Conseil des ministres. On voit Ségolène Royal pleurant comme une enfant pendant de longues minutes, et Mitterrand qui la soutient.

Puis Pierre Bérégovoy vient en dernier serrer la main du président, en deux secondes, sans qu’il reçoive de lui un seul mot de soutien ou de réconfort. Lâché par tous, il sombre dans la dépression, prend des médicaments. Seul, désespérément seul, s’accusant de la défaite et de tous les maux du monde. Et à part sa famille, personne pour le soutenir.
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On le trouve mort le soir du 1er mai, au bord d’un canal, une balle dans la tête. L’enquête conclut au suicide. Certains développent une théorie du complot, et affirment qu’il a été assassiné. Cette thèse s’est effritée au fil du temps, même s’il reste quelques zones d’ombres.

Terrible destin. Un homme qui s’estimait intègre, attaqué avec une violence terrible, et qui se défend mal. Un homme qui commence à douter de lui, qui devient le pestiféré après avoir été adulé. Les humains sont si versatiles. Il n’est pas le premier à être ainsi l’objet de la plus grande violence politique. On pense à Salengro, suicidé; à Dreyfus, condamné sur de fausses accusation, puis réhabilité. Les affaires sont certes différentes, mais on peut relever un dénominateur commun: l’acharnement contre ces hommes, en particulier par la presse.

Il ne faut rien croire sans vérification, et être très prudent avant d’accuser quelqu’un. La politique est une arène, tous les coups sont permis. Difficile à accepter.

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Commentaires

  • Ingrid Betancourt et liliane Bettencourt: une nouvelle race de femmes fatales.

  • Ah, Ingrid, quel talent!

    - Ingrid, est-ce que tu ... euh... non, c'est pas ça?

  • Très bon papier !

    Splendeurs et misères des courtisans ou plutôt le syndrome "kleenex" appliqué à la politique ...

    Toutefois ni Bérégovoy, ni même Woerth, ne peuvent être taxés d'avoir été des courtisans, il n'en demeure pas moins que la politique est cruelle et surtout qu'elle ne pardonne rien. Et ce sont parfois les plus purs qui trinquent.

    Je ne taxerai pas Woerth de "pur" sur tous les plans, lui qui se réjouissait d'être en possession des fichiers de clients volés chez HSBC à Genève par Falciani et qui ne s'est pas embarrassé d'en faire fiscalement usage, avant de les mettre à disposition d'autres pays.

    Alors Woerth, receleur ou arroseur arrosé ? Tous les deux probablement !

    Cordialement !

  • Jean, en effet Woerth a utilisé les listes de clients obtenues frauduleusement, et cela ne l'a pas dérangé. Il s'en vante même.

    Donc pour Bettencourt je n'en sais rien, et je me garderais bien de l'accabler tant que rien n'est clairement vérifié et validé, mais comme vous dites il n'est pas un "pur".

  • Bon. Maintenant, imaginons que Sarkozy soit lui-même à l'origine de ces "fuites". La police mène l'enquête et, au final, démontrer que tout est faux. Qu'arrive-t-il? Médiapart et tous les sites d'informations sont disqualifiés, ainsi que la presse de gauche. Sarkozy passe pour une victime. Il est réélu haut la main en 2012. D'une pierre trois coups.
    Ne nous a-t-on pas asséné que l'homme était un fin stratège politique?

  • Zorg, votre hypothèse est plus qu'originale, elle est décoiffante. Mais si elle est vraie, alors en effet, Sarkozy est un funambule de haut vol!

    Et vu le désamour d'avec les français et sa réélection réellement très compromise (remonter cela en 2 ans semble insurmontable) il faudrait en effet un ou plusieurs très gros coups pour retrouver des chances d'être réélu.

    Vous ouvrez des perspectives passionnantes avec cette idée!

  • Les dernières attaques de la part de la comptable commencent à se dégonfler!

    Mediapart se voyait déjà faire tomber Sarkozy, comme un autre journal fit à l'époque tomber Nixon. Mais n'est pas le Washinton Post qui veut.

    "Mme Thibout est ainsi revenue, pour partie, mercredi soir sur ses déclarations du 6 juillet au site Mediapart. Si elle confirme la scène de remise de 50 000 euros en espèces à ses employeurs, il n'est plus question du 26 mars 2007. Ce n'est pas la bonne date, convient-elle. Ce jour-là, d'après ses explications à Mediapart, son employeur Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt lui aurait demandé de retirer 150 000 euros en espèces pour les remettre à Eric Woerth en vue de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Elle se serait alors contentée de retirer 50 000 euros à la BNP. Lors de sa première audition par les enquêteurs, lundi soir, elle avait narré la scène mais évoqué une date approximative 'mars-avril 2007'.

    Quant aux remises d'enveloppes à Nicolas Sarkozy, décrit comme un visiteur des Bettencourt venu bénéficier de leurs largesses financières, lorsqu'il était maire de Neuilly, elle a affirmé aux enquêteurs : 'l'article de Mediapart me fait dire que j'aurais déclaré quelque chose concernant la campagne électorale de M. Balladur. C'est totalement faux. C'est de la romance de Mediapart. De même que je n'ai jamais dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy'."

    http://fr.news.yahoo.com/64/20100708/tpl-l-ex-comptable-s-est-partiellement-r-b4551a8.html

  • Vous voyez, Hommelibre, on s'en rapproche. Superbe manipulation.

  • J'ai pensé à vous en lisant cela, Zorg. Y aurait-il du devin en vous?

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