29 juin 2010

Arbitrage vidéo: les 4 mauvaises raisons de Sepp Blatter

Les deux grosses fautes d’arbitrage de dimanche au Mondial ont fait le tour d’internet. Ces fautes sont très visibles sur le ralenti à la télé. Personne n’est infaillible, pas même les arbitres.


foot-vidéo1.jpgIl est dit que sans ces fautes les équipes victorieuses auraient quand-même gagné, vu la différence de buts. Peut-être. Peut-être pas. On ne peut préjuger d’un fait qui n’a pas eu lieu, surtout quand ce fait repose sur une part d’aléatoire notoire. On fait peu de cas de l’atteinte au moral de l’équipe qui subit le préjudice, de son stress et de la possible désorganisation qui en découle.  On oublie la puissance que donne le sentiment d’avoir pris de l’avance et de dominer l’adversaire, fut-ce au prix d’un but litigieux.

L’aide vidéo à l’arbitrage est à nouveau mise en avant comme moyen de colmater certaines failles d’arbitrage. Sepp Blatter, président de la FIFA, n’en veut pas. Pour 4 mauvaises raisons.


1. «Vidéo ou pas, la décision finale reviendra toujours à un humain, alors pourquoi dessaisir l’arbitre de ses prérogatives?»

Mauvaise raison: en rugby l’arbitre n’est dessaisi de rien, il est simplement aidé par la vidéo quand il ne lui est pas possible de trancher par lui-même. Il a cette humilité de reconnaître ses limites. En foot l’arbitre est tout-puissant. Même quand il se trompe il a raison! Indéfendable, sauf à vouloir garder au foot cette toute-puissance qui va bien avec ce sport «populaire» de millionnaires.


2. «Recourir à des technologies modernes peut s’avérer très coûteux et donc pas applicables à l’échelle mondiale».

Mauvaise foi: comme le dit le président du FC Sion, Christian Constantin, «Avant on allait au match en char à boeufs: On a depuis inventé l’avion et on l’utilise. Pour la vidéo c’est pareil». Cet argument est d’autant plus de mauvaise foi que le nombre d’arbitres par match pour le mondial coûte cher, qu’on envisage d’en mettre davantage, et que les salaires des dirigeants de la FIFA - dont celui de M. Blatter - doivent coûter autrement cher.

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3. «Arrêter le jeu toutes les deux minutes n’aurait pas de sens».

Très mauvaise foi: en rugby, au tennis ou dans d’autres sports où l’arbitrage vidéo est autorisé, on n’arrête jamais le jeu toutes les deux minutes. Sepp Blatter ne peut l’ignorer. De plus on peut définir les situations où la vidéo serait utilisée, et comme certains le suggèrent ne le faire que dans les cas de buts litigieux. Soit une, maximum deux fois dans un match.


4. «Le foot doit pouvoir être pratiqué à l’identique quel que soit le lieu. L’équipe de jeunes d’un petit village reculé doit ainsi pouvoir appliquer les mêmes règles que les joueurs professionnels».


Mauvaise raison. Il ne s’agit pas de changer les règles mais d’ajouter un moyen de les contrôler. De plus l’équipe de jeunes d’un village reculé d’Auvergne ou les gamins des favellas ne bénéficient pas des mêmes conditions d’entraînement et de jeu que les professionnels, simplement par la différence de moyens financiers à disposition.


Dans les commentaires que j’ai lus ou entendus, presque tout le monde est d’accord qu’il s’agit essentiellement de contrôler les buts litigieux et les actions y ayant directement mené (hors-jeu ou faute de main par exemple).

Le choix des 8 décideurs du Board sont donc: soit donner aux arbitres un outil susceptible de diminuer le risque d’erreurs, soit de se prévaloir de son immobilisme et de laisser des injustices s’étaler en plein écran devant des centaines de millions de personnes.

Il semble que ces décideurs aient déjà choisi: faire prévaloir leur immobilisme auto-satisfait et laisser des fautes graves d’arbitrage se dérouler au vu et au su de tous. Dans la mesure où le foot touche autant de monde, c’est assez dérangeant.

14:40 Publié dans sport | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : foot, mondial, faute, arbitrage, vidéo, afrique du sud | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bien argumenté HommeLibre! Je crois surtout que Blatter et les 8 types du Board doivent abdiquer et laisser la place à d'autres, plus jeunes (peut-être) et dynamiques (surtout). Qu'ils prennent exemple sur le big boss de la FFF qui tire à juste titre sa révérence!!

Écrit par : Laurent | 29 juin 2010

Vous avez parfaitement raison, la vidéo devient nécessaire, non pas pour critiquer les arbitres mais pour les aider dans leurs décisions. Le tennis, le Foot américain, le hockey sur glace l'utilisent.
Un quidam m'avait répondu à ce même sujet que la vidéo n'était pas nécessaire car le foot est un jeu populaire.
Ben voyons ! Qui dit populaire devrait donc dire arbitraire et imprécis ?
Sepp n'en veut pas. Serait-ce que les intérêts financiers justifieraient de petites triches par ci par là ? Je n'ose y croire, mais son insistance à refuser pourrait le laisser croire.
Quoi qu'il en soit, Sepp n'a que 2 possibilités :
- Soit accepter la vidéo
- Soit la refuser et laisser ainsi la porte ouverte aux erreurs et aux matches truqués.

Écrit par : Lambert | 29 juin 2010

Comme vous dites, l'arbitrage vidéo n'est qu'un outil. La décision finale revient toujours à l'arbitre. La seule différence c'est que les tricheurs ne pourront plus tenter de tromper l'arbitre. Par exemple dans le cas de Henry, si l'arbitre avait disposé de la vidéo, on aurait vu l'attaquant aller tout de suite vers l'arbitre et lui dire que l'autre équipe avait raison, qu'il a touché la balle de la main. Cela pour éviter de se prendre un carton rouge pour avoir tenté de dissimuler sa faute. Bref, ça forcerait les joueurs à devenir honnêtes ! Comme les pontes de la FIFA ou de l'UEFA ne connaissent pas la signification de ce mot, ça doit leur faire peur...

D'ailleurs je ne vois pas qui ça dérangerait en dehors des tricheurs. Les joueurs honnêtes sont les victimes du système actuel. Je suis sûr que pas un ne défend l'arbitrage sans aide vidéo.

Au sujet de l'argument selon lequel on doit pouvoir suivre les mêmes règles à tous les niveaux, il n'a d'autant moins de sens que l'UEFA propose de placer 2 arbitres supplémentaires derrière les buts et que la FIFA est prête à suivre. Il est évident que cette mesure ne peut concerner que les rencontres organisées par ces deux organisations et ne va certainement pas concerner les matches junior ou de ligue très inférieure. Donc, il est déjà proposé de différencier les règles. Alors pourquoi ne pas y aller franchement ?

Écrit par : Kad | 29 juin 2010

- Dans l'histoire du sport, il faut savoir que les sports de gentlemen se pratiquaient sans arbitre. On n'en avait pas besoin. L'honneur des compétiteurs voulait que chacun reconnaisse ses erreurs et sa défaite. Aujourd'hui, le seul sport dans lequel les arbitres ont un rôle très mineur est peut-être le curling.
- Plus tard, on a fait confiance à l'arbitre parce que c'est lui qui voyait le mieux l'action et qui dès lors était le mieux placé pour prendre de bonnes décisions. Force est d'admettre qu'aujourd'hui, avec les retransmissions télévisées, l'arbitre n'est plus le mieux placé. Au contraire, s'il n'a pas droit à la vidéo et ne doit se baser que sur ce qu'il a vu, il est moins bien placé que les téléspectateurs pour décider. Il n'est donc pas juste, dans ces conditions, que ce soit lui qui décide...
- Cela dit, les arbitres ne veulent pas se voir retirer leur pouvoir d'appréciation, et il faut reconnaître que certaines décisions nécessitent une appréciation. Pour ces décisions-là, l'arbitre ne peut pas être remplacé. Déterminer si un joueur simule ou si un geste est volontaire ou pas demeure une question d'appréciation. On peut multiplier les images et les angles de vue; mais au final, l'arbitre devra décider dans l'incertitude.
- En revanche, certaines décisions ne relèvent pas d'une question d'appréciation, mais de circonstances objectives aisément vérifiables. C'est le cas notamment des buts (le ballon a franchi la ligne) et des hors-jeu (tel joueur avait telle position relative à tel moment). Sur ces questions, qui sont souvent litigieuses, l'image résout l'entier du problème.
- Je pense que la FIFA acceptera cet été d'introduire la vidéo pour les hors-jeu et les buts.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 29 juin 2010

@ Kad:

En effet cette proposition d'ajouter des arbitre ne devrait pas concerner les ligues inférieures. Je ne vois pas des minimes jouers avec 5 arbitres! Donc en effet l'argument de Blatter sur ce point tient encore moins la route.

@ Michael:

Entièrement d'accord, seul l'arbitre doit garder l'appréciation de situations délicates comme l'aspect intentionnel d'un coup ou une simulation, et là le risque d'erreur, s'il n'est pas exclu, est beaucoup plus tolérable. Ces situations demandent à l'arbitre un sens aigu de l'observation et une certaine connaissance de l'humain.

Écrit par : hommelibre | 29 juin 2010

@ Michael:

Très intéressant cette notion de sport de gentlemen qui se pratiquait sans arbitre. La notion d'honneur n'est plus vraiment ce qu'elle était.

J'écoutais Domenech dire qu'il fallait gagner le 3e match pour l'honneur. Mais l'honneur il fallait le préserver avant, par l'intégrité des joueurs - par exemple de Henri contre l'Irlande. L'honneur est devenu une revanche sur la défaite, alors que c'est d'abord une valeur morale d'intégrité personnelle. Perdre en restant intègre, ce n'est pas perdre, et il n'y a pas besoin de revanche dans ce cas.

Écrit par : hommelibre | 29 juin 2010

"Aujourd'hui, le seul sport dans lequel les arbitres ont un rôle très mineur est peut-être le curling."

Il y a aussi la pétanque:

- Hé con, ta boule, elle a cinqueux centimètreux. La mienne à quatreux !
- Tu dis que des fadaises ! C'est justeux le contraireux ! Regarde bié !

Écrit par : Kad | 29 juin 2010

@ Kad: :o))

Au fait, qui mesure les distances dans un tournoi de pétanque: les joueurs ou un arbitre? Je n'ai jamais vu de tournoi et je ne sais pas comment ils se passent.

Écrit par : hommelibre | 29 juin 2010

J'ai toujours vu les joueurs décider entre eux. Mais je n'ai jamais vu de grands tournois, donc je ne sais pas.

Écrit par : Kad | 29 juin 2010

Il faut arrêter ce jeu point final

Écrit par : Ilyas | 30 juin 2010

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