Vive l'Europe

J’écoutais hier une interview de Annie Lacroix-Riz, historienne et professeur d’histoire, auteur du livre: «Le choix de la défaite: les élites françaises dans les années 30». Elle analyse la décennie qui a mené à la deuxième guerre mondiale et à la défaite de la France en 1940.

Europe_envisat-stereo3_H1.jpgPour situer son propos et ce qu’il m’inspire, voici d’abord un extrait de la présentation du livre:

«Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés.»

La nouvelle édition de cet ouvrage est complétée des nombreux fonds d’archives, ouvrages et articles consultés depuis 2006.

Dans l’interview sur France-Inter elle explique également comment la République espagnole a été sacrifiée par la France et l’Angleterre, laissant le champ libre à la dictature franquiste.

A l’écoute de cet interview j’ai un peu mieux compris tout ce qu’il y avait de trouble dans cette page de l’histoire moderne, elle-même conséquence de toute une évolution liée à la première guerre mondiale et même au 19e siècle et avant.

Cela m’a rappelé combien l’Europe a été le théâtre de guerres depuis trop longtemps, et cette volonté des Etats d’imposer leur loi à d’autres ou de les conquérir par la force. Il faut se le rappeler, car c’est une raison majeure d’avoir voulu construire une Europe unie après la 2e guerre mondiale. Une Europe où les liens tissés et les intérêts communs feraient reculer les rivalités et les causes de conflits armés.
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On reproche parfois à l’Europe de n’être qu’un vaste marché économique. Deux choses à ce sujet. D’une part, l’enthousiasme des pères fondateurs était loin de faire de l’économie un but en soi, ni un but suffisant. Si actuellement on voit l’Europe surtout par rapport à l’Euro, au marché supra-national et à l’économie, c’est parce que c’est un passage visiblement obligé, dû en particulier à la chronologie qui a présidé à la construction européenne. D’autre part cette chronologie a commencé par l’établissement d’un marché commun, comme il en existait déjà un petit, le Bénélux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Le premier traité, dit de Bruxelles en 1948, et qui instaure une Union Occidentale, est d’ailleurs signé par les trois pays du Bénélux plus la France et la Grande-Bretagne.

Créer un espace de libre échange des biens était une première étape, probablement la première possible. On n’aurait pas pu créer une force militaire unifiée dans les années 1948-1950, ni même mettre en place une gouvernance économique unifiée, encore moins imaginer une gouvernance politique unifiée avec une fédération politique des Etats Unis d’Europe. Les mentalités n’étaient pas prêtes. Le premier pas de ce projet a été le traité de Paris de 1951, qui prévoyait la mise en commun de la production de l’acier et du charbon, soit la communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Cela n’était pas par hasard: ces deux matériaux servaient d’une part à l’industrie de guerre, mais aussi à la reconstruction européenne. Les exploiter en commun signifiait un renoncement à la guerre.

franco_y_adolf_hitler.jpgLe grand marché était donc la première étape, celle qui pouvait créer l’adhésion du plus grand nombre sans susciter de résistances insurmontables. De plus l’idée d’un grand marché était aussi d’augmenter la prospérité de tous. Il y a eu ensuite le développement d’institutions, en particulier à partir du Traité de Rome du 25 mars 1957. Il instituait la CEE, soit la Communauté Economique Européenne. Le mot «économique» est donc dans l’intitulé même de la communauté.

Toutefois ce traité instaurait des principes bien au-delà de l’économique, par exemple: non-discrimination entre les citoyens des pays signataires, la libre circulation, la mise en commun d’éléments de sécurité, de police et de justice. Il instituait également le Parlement Européen, la Commission Européenne, la Cour de Justice Européenne, entre autres.

Au début une partie de l’activité de ces institutions a passé au-dessus de la tête des citoyens. C’est la Commission de Bruxelles qui a été la plus perçue, et la plus critiquée. Elle a servi en particulier à unifier des choses aussi simples par exemple que les prises électriques, mais aussi à définir des politiques agricoles, etc. On l’a jugée autoritaire et cela a concouru à donner le sentiment d’une Europe non démocratique et éloignée des besoins des citoyens. Mais on ne pouvait se permettre de faire voter sur tout, car chacun aurait défendu ses propres intérêts et rien ne se serait fait. Peut-être cette Commission a-t-elle pris des décisions parfois contestables. Dans ce cas la montée en puissance du Parlement Européen permettra de corriger ce qui doit l’être.
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L’Europe devra aller tôt ou tard vers une gouvernance unique sur un certain nombre de domaine: Economie, Justice, Défense, par exemple. Sans quoi elle n’atteindra pas le niveau de crédit et de force dont elle a besoin pour jouer pleinement son rôle régulateur dans l’organisation du monde. C’est long à mettre en place parce que chaque pays a déjà une histoire et une organisation structurée.

Je trouve personnellement regrettable de voir autant de critiques et de résistances contre l’Europe, que ce soit en France, en Grande-Bretagne, en Pologne, et ailleurs. Les Etats-Unis d’Europe est une idée forte, très forte, qui contribuera je l’espère à améliorer les équilibres politiques mondiaux. Mais la culture de l’unité, qui doit inclure autant de diversité, est longue à enraciner. C’est normal.

Alors, suite à cet interview de l’historienne sur ce qu’a été l’Europe récente, et aujourd’hui à l’anniversaire de l’appel du 18 juin 40 par un De Gaulle qui devint plus tard un des piliers de la construction européenne, je ne peux m’empêcher de dire, et ce malgré les difficultés, les erreurs possibles et le temps que cela prend, et même s'il y a encore beaucoup à faire: vive l’Europe!

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Commentaires

  • vive l'europe ..elle reste à faire

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