Delphine, Romane & Elsa (2)

Suite imaginaire de ce billet. Je vais peut-être en faire un petit feuilleton. A quel rythme? Je ne sais pas. Cliquer sur les images pour les agrandir.

oppedette4.jpgEn fin d’après-midi, la chaleur de cet été sec et brûlant m’accable. Même le carrelage de la cuisine est moite. M’allonger au sol ne m’apporte aucun soulagement. Je regarde par la fenêtre fermée: pas un souffle sur les feuilles au-dessus des maisons, de l’autre côté de la rue. La rue? Désertée. Qui serait assez fou pour se brûler la tête, le bec et les ailes? Pas même une alouette. Ce n’est d’ailleurs pas leur saison. Elle s’envoleraient, haut, haut, avec leur chant si particulier qui les pousse de plus en plus haut à la verticale, et les courants thermiques ascendants les porteraient encore plus loin, là où l’air n’est plus que brûlure, et elles ne sauraient revenir.

Comment les trois inconnues ont-elles pu passer à l’heure de plus grande chaleur, à deux heures, et rire et tournoyer en parlant? Comment n’ont-elles pas pris feu dans l’instant? Les rires sont encore dans mes oreilles, et leurs prénoms aussi, qu’elles lançaient entre les murs comme des drapeaux. Elles sont là depuis trois jours. D’où viennent-elles? On ne les connaît pas dans le village. Il y a des locations d’été vers le haut, en bordure du Bois-Bleu, et d’autres après les grandes lavandes, passé la ligne de cyprès qui longe le ruisseau du Calavon, avant les gorges.

Un ruisseau, le Calavon, c’est vite dit. La crue de décembre 2008 en a fait un torrent d’une violence telle que la ville d’Apt en fut presque inondée et la route du bas, vers le parking, arrachée. Mais en été il ne subsiste souvent qu’un filet d’eau quand il n’est pas réduit à un tas de cailloux. Il prend sa source au pied de la montagne de Lure, mais assez bas, près de Banon, dans les collines derrière le village, et dispose de peu de réserve d’eau.

Penser aux trois inconnues me donne un élan. Je passe une chemisette sur mon jean et sors. Un mur de chaleur m’attend. Fermée, la maison garde un peu de sa fraîcheur matinale. Je descends la rue principale, direction les gorges, sous le village d’Oppedette. On sent les lavandes douces et âcres. La distillation a commencé dans la plaine près de Simiane et le parfum, porté par un vent de chaleur, vient jusqu’aux hauteurs du village dont l’origine remonte aux Celtes. La beauté du plateau d'Albion, à l'est du Vaucluse dans cette belle et sauvage Haute-Provence, a aussi attiré les Romains.
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Je descends vers le Calavon. Ses gorges profondes maintiennent une presque fraîcheur agréable. Je vais souvent me reposer ou méditer entre les hauts rochers, en particulier là où il y a cette bulle ronde, où j’improvise parfois un chant pour goûter la résonance.

Il faut passer quelques resserrements avant d’y arriver. Les pierres arrondies sont couvertes d’une fine écharpe de poussière beige et grise. Par endroit on passe sous des racines dont les arbres poussent à des mètres au-dessus de la tête. Enfin j’arrive. Je ne suis pas seul.

- Bonjour!

C’est l’une des inconnues. Visage clair, cheveux bouclés, elle est assise à mon endroit préféré.

- Bonjour.

Maintenant qu’elle est là je suis gêné. Je me connais: vif dans l’esprit, mais peu doué pour entreprendre une quelconque séduction. Je m’assieds de l’autre côté de la bulle, un peu de biais pour ne pas être en face d’elle. Mon regard peut fuir vers le lit asséché de la rivière.

- Vous venez d’Oppedette?

Je lui dis que oui, et lui demande si elle y habite. Elle ne répond pas. Pour rompre le silence dans lequel elle me laisse, j’ajoute:

- Quelle chaleur!

cavalon1.jpg- Vous trouvez? C’est un temps à papillons, regardez, il en vient même ici au frais. Je me demande ce qu’ils mangent dans ces gorges, je n’ai pas vu de fleurs.

- Il y en a au-dessus de nous.

Je lui montre les bordures d’herbes tachées de couleurs en haut des parois.

- Ah oui. Vous venez souvent ici?

- Oui, des fois, enfin, ça dépend.

Je ne vais pas commencer à lui dire mes secrets. Elle est directe, je ne sais comment réagir.

- Ca dépend de quoi?

Et bien, elle insiste. Soit. Je sens une poussée provocatrice.

- Ca dépend de vous. Si vous y êtes j’y viens!

Ouf!... Comment ai-je pu dire cela? Elle éclate de rire, un long rire où sa tête tourne de côté, puis vers l’arrière, et revient vers moi. Je me sens ridicule et tremblant de m’être ainsi avancé.

- Excusez-moi, mais je ne vous crois pas. Je sais que vous habitez à Oppedette. Je vous ai vu cet après-midi derrière votre fenêtre. Vous étiez penché sur votre ordinateur. Vous écriviez?

- J’essayais. Pas facile. La chaleur ralentit mon esprit.

- Je vous ai lu sur votre site. C’est sympa ce que vous écrivez.

- Merci. Mais, comment savez-vous?...

Elle ne répond rien mais j’entends encore son rire dans son silence. Puis elle reprend:

- Paul, je m’appelle Elsa. Je vous dois au moins mon prénom.
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Elsa. Sa robe à bretelles vert pâle et beige frissonne comme un sourire sur ses côtes et son ventre.

- C’est drôle de nous trouver là, tous les deux, dit-elle. Moi je vous connais un peu par vos écrits, et vous ne connaissez de moi qu’un rire et un prénom. Et une robe qui tourbillonne.

Le silence s’installe alors. Je ne sais que lui dire. Nous sommes presque proches et pourtant étrangers. J’écoute les cigales. Il y en a une tout près. Je prends son rythme et tape doucement des mains sur mes cuisses. Elle prend le rythme avec moi, et sa voix se mêle au rythme. J’aime ce moment. J’aime qu’elle soit là, quelque chose d’elle me va. Elle a fermé les yeux et je profite de la regarder. Son visage, menton et pommettes dessinées, front large, cou mince. Sa poitrine, petite, formes de dunes sous sa robe. Son bassin est bien posé au sol, et ses jambes courent comme des antilopes.

Moment qui pourrait durer, mais qu’elle interrompt avec presque une impatience dans le ton.

- Je souhaitais vous rencontrer. Dès que je vous ai vu derrière votre fenêtre. Maintenant que vous êtes là, je ne sais plus quoi faire. Rajouter des mots? A quoi bon. Je pourrais vous donner maintenant mon coeur et ma tête. Et mon corps. Là, tout de suite.

Elle s’arrête un peu, presque étonnée de son aveu, puis reprend.

- J’aime votre regard sur moi. Mais je crois que je vais attendre.

Elle se lève et me fais un signe en souriant.

- A plus tard.

Je ne sais que répondre. Je lui rends son signe et attends qu’elle disparaisse entre les rochers.

Et je reste encore longtemps, à écouter la cigale, à penser à Elsa.



(Crédit: 1: Photo Emile Taillefer. 2: lubman04. 3: Sebastiaan Briaire.

 

 

 

PS: Tripoli, fief du klan Kadhafi, preneur d’otage.

 

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Commentaires

  • Précision: les lieux sont vrais, sauf pour le Bois-Bleu. Les images correspondent aussi aux lieux.

  • Wahou,les photos sont magnifiques,ça me donne envie d'y aller!

  • Bonjour Hommelibre,

    Sympa le changement de ton de ce billet. J’ai bien en imaginant un homme recherchant la fraîcheur …. allongé sur le carrelage d’une cuisine ;o))

    (♦_♦)

  • Merci Loredana. Ah, le carrelage de la cuisine quand il fait très chaud...

    (☀‿☀)

  • Wep :) je continue....

  • Yo!

  • 2 divided the mbt responsibility between them,

    Dr Fillgrave from Barchester, & the gentleman at Silverbridge, divided the responsibility between them, & the nursery principles of Courcy Castle were again in vogue at Greshamsbury. So things went on for years, & those years were years of mbt shoes sorrow. They must not ascribe to our doctor's enemies the sufferings & disease, & deaths that occurred. The three frail tiny ones that died would probably have been taken had Lady Arabella been more tolerant of Dr Thorne. But the fact was, that they did die; & that the mother's heart then got the mbt shoes clearance better of the woman's pride, & Lady Arabella humbled herself before Dr Thorne. He humbled herself, or would have done so, had the doctor allowed her. But they, along with his eyes filled with tears, stopped the utterance of her apology, took her two hands in his, pressed them warmly, & discount mbt shoes assured her that his joy in returning would be great, for the love that they bore to all that belonged to Greshamsbury. & so the seven-and-sixpenny visits were recommenced; & the great triumph of Dr Fillgrave came to an finish. Great was the enjoyment in the Greshamsbury nursery when the mbt shoes sale second change took place. Among the doctor's attributes, not hitherto mentioned, was an aptitude for the society of babies. They delighted to speak to babies, & to play with them. They would carryover them on his back, five or three at a time, roll with them on the ground, race with them in the garden, invent games for them, contrive amusements in circumstances which appeared adverse to all manner of delight; &, above all, his physic was not so disagreeable as that which came from Silverbridge. They had a great theory as to the happiness of children; & though they was not disposed altogether to throw over the precepts of Solomon--always bargaining that they ought to, under no circumstances, be himself the executioner--he argued that the principal duty which a parent owed to a kid was to make him happy.

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