Ethnique, ta mer

Autour de la Méditerranée, certaines maladies génétiques n’affectent que certaines populations, selon leur ethnie: la thalassémie par exemple. Les deux grandes maladies du bassin principalement sud et est de cette mer sont les exemples les plus connus de maladies génétiques ethniques.

celte7-PB-Pal6.jpgSuite à mon billet d’hier j’explore aujourd’hui le terme «ethnique» et ses multiples applications.

Wikipedia donne une définition simple et d'ethnie:

"Une ethnie ou un groupe ethnique est un groupe humain possédant un héritage socioculturel commun, comme une langue, une religion ou des traditions communes. Elle diffère du concept de race qui partage des caractéristiques biologiques et morphologiques liées à des ancêtres communs. Il est un concept important de l'ethnologie et de la sociologie. Le mot dérive du grec ancien εθνος qui signifie « peuple, nation »."

Le terme «ethnie» définit donc une population reliée par des valeurs, des balises culturelles, une religion ou des croyances, des pratiques de vie, des éléments génétiques dominants et sociologiques communs, ces populations ne recouvrant pas automatiquement une nation ou un Etat au sens moderne des termes.

L’ethnicité est d’abord une valeur positive, avant d’avoir pris des connotations péjorantes de discrimination et souffrantes d’exclusion. C’est au départ l’affirmation d’un ensemble de signes qui différencient une population d’une autre. Cette différenciation est initialement vécue comme positive car définissant une identité et une appartenance.

Il faut noter toutefois que depuis la nuit des temps, chaque ethnie se voit supérieure aux autres et stigmatisme celles qui ne lui ressemblent pas. C’est toute la question de l’altérité, de la différence, de la relation à l’autre quand il est Autre. Cette question traverse les ethnies, les nations, les groupes d’intérêts, les clans, les familles, etc. Elle n’a rien de spécifique aux ethnies et ne saurait être un fait de racisme en soi, sans quoi toute expression d’une différence serait un racisme implicite.

La notion d’ethnie se trouve dans de nombreux domaines:

ethnie4-womaninblueveil.jpg
Musique ethnique:

Musique traditionnelle, qu’elle soit récente ou ancienne. Musiques amérindienne, africaine, sibérienne, asiatique, celtique, grecque, lapone, aborigène, etc. La world musique est un composé de musique ethnique avec des courants plus récents et connus comme la pop.

En Grande-Bretagne, le carnaval de Notting Hill, à fin août, célèbre chaque année l’immigration ethnique et l’identité antillaise. La revendication identitaire et anti-raciste y est toujours marquée. Dans les années 70 il fut le théâtre d’affrontements violents entre jeunes et police.

L’ethnomusicologie s’est largement développée en Europe, avec des cours, concerts et publications régulières.


Ethnicité et maladie, maladies spécifiques à certaines ethnies:

- traitement ethnique des maladies de peau, soit un traitement de maladies spécifiques liées à l’ethnie;

- la fièvre Méditerranéenne Familiale ( FMF) est une maladie génétique caractérisée par des accès récurrents de fièvre, accompagnés de douleurs abdominales et/ou de douleurs thoraciques, et/ou de douleurs et gonflements articulaires. La maladie affecte en général les populations d’origine Méditerranéenne et du Moyen – Orient, notamment les Juifs ( surtout Sépharades) Turcs, Arabes, et Arméniens;

- la thalassémie. Maladie étudiée par Whipple et Bradford en 1932 se caractérisant par un certain nombre d'anémies survenant chez l'enfant et d'origine héréditaire. Cette pathologie, due à un défaut de synthèse de l’hémoglobine, se rencontre essentiellement dans les populations du bassin méditerranéen. Elle est transmise le plus souvent selon un mode autosomique récessif (il est nécessaire que les deux parents portent l'anomalie génétique sur un chromosome non sexuel pour que l'enfant présente l'affection) autrement dit le gène en cause doit être reçu du père et de la mère pour que l'enfant développe la maladie.

- on sait aussi que la réaction physiologique à l’alcool est différente selon l’appartenance: «Les alcool-déshydrogénases et les aldéhyde-déshydrogénases sont des enzymes hépatiques responsables du métabolisme de l'alcool. Certains gènes codant pour ces enzymes existent sous des formes différentes selon les ethnies. Par exemple, près de 50% des Asiatiques présentent un variant génique qui leur confère une aldéhyde-déshydrogénase inactive, incapable de métaboliser l'acétaldhédyde en acétate. Quand ils boivent de l'alcool, les porteurs de ce variant présentent très rapidement des signes d'intolérance.»

- il existe même une association multiethnique pour l’intégration des personnes handicapées. «Les personnes handicapées issues de l’immigration et celles des différentes communautés ethnoculturelles, doivent souvent faire face à des multiples défis, notamment : les barrières liées à la déficience et aux incapacités, les barrières linguistiques et culturelles, la méconnaissance des ressources et du système des services publics et même à des situations de discrimination.»

Ne devrait-on pas mettre en oeuvre une recherche médicale spécifique pour les personnes atteintes des maladies génétiques ethniques sous prétexte que cela aurait un voisinage avec une forme de racisme?


ethnie3.jpgIl existe également un marketing ethnique:

«L’ethnomarketing est une approche qui consiste à segmenter le marché local ou international en s’appuyant sur l’homogénéité d’une souche ethnique d’un groupe de consommateurs. Ainsi proposera-t-on des produits adaptés aux caractéristiques physiques et culturelles des consommateurs agrégés par souches ethniques. ... Par ailleurs, les implications managériales liées à l’ethnicité des produits sont importantes et devront permettre aux entreprises d’intégrer et de mettre en place des stratégies d’ethnomarketing, tout en prenant garde de ne pas se développer en favorisant un repli communautaire naissant au sein de la société.»

L’expansion des restaurants et commerces halal en France, des produits locaux d’Asie en Angleterre, sont des manifestations du commerce ethnique.


On trouve également: l’artisanat ethnique, art ethnique, décoration ethnique, vêtements ethniques, bijoux ethniques,


Toutes ces applications ethniques ne suscitent pas de réprobation ou de suspicion de racisme. On peut parler ethnie, faire une statistique des musiques ethniques dans le monde et leur influence sur la musique occidentale, parler de maladie ethniques.

Mais il est interdit de parler d’ethnie et de criminalité. Pourquoi? Par crainte de la stigmatisation et du racisme qui pourrait en découler.

Mais cet interdit est en soi une stigmatisation en creux, un racisme larvé, et une discrimination - fut-elle positive - reste une dévaluation de la personne. On voit que l’interdit français sur les statistiques ethniques dans les prisons est un leurre: des études et des chiffres existent, les gens les connaissent, et ces chiffres deviennent d’autant plus exaspérants qu’ils sont interdits. C’est d’ailleurs plus paradoxal puisque la loi reconnaît, comme je le mentionnais hier, que l’identification à une ethnie est «reconnaissable à leur origine»:

«Les victimes des délits inspirés de motifs racistes ou religieux sont : soit une personne (physique ou morale) isolément désignée, soit un groupe de personnes reconnaissables à leur origine ou à leur appartenance (ou leur non-appartenance) à une ethnie,...».

En résumé: différencier des ethnies est normal, les ressortissants des différentes ethnies le font eux-même et revendiquent souvent leur appartenance et leur différence. On peut d’ailleurs imaginer qu’il faut des milliers d’années pour gommer la trace des ethnies dans une nation. Mais incriminer une ethnie dans une activité illicite n’est pas normal, c’est un racisme. Dire des des Basques ou des irakiens qu’ils sont tous des terroristes est totalement inacceptable.

D’accord avec cela.

Mais en quoi des statistiques ethniques dans les prisons seraient-elles automatiquement du racisme? A-t-on peur de voir la réalité? Comment traiter un problème si on refuse de le voir? Le fait qu’une origine ethnique soit surreprésentée dans les prisons ne signifie en aucun cas que toute l’ethnie soit criminelle, et devrait nous inciter à réfléchir au pourquoi afin de trouver des solutions adaptées.
ethnie2.gif
SOS Racisme peut faire l’autruche. Mais en ce faisant elle contribue à aggraver le problème qu’elle prétend soigner. Je crois au contraire qu’il faut parler, dire les choses, sans stigmatiser. Quitte à passer pour ceci ou cela, peu importe, la réalité prime sur les préjugés et la peur de parler.

Un commentaire de légensontétranges me faisait remarquer hier la chose suivante:

«....mais c'est bien le même blog où les hommes crient à l'injustice à cause d'amalgames divers...pourtant, les 9/10 au moins des violeurs sont des hommes, il convient donc de se méfier de tous....et de soupçonner d'office les hommes d'être des violeurs en cas de suspicion....simplement parcequ'ils sont des hommes et qu'il est largement prouvé que ce sont majoritairement les hommes qui violent....
Même logique, HommeLibre, même logique....»


J’entends bien le risque que ce commentaire souligne: celui de faire une généralité, chose contre quoi je lutte.

Je dois reconnaître qu’en effet 9/10 des violeurs sont des hommes. Aussi douloureux cela soit-il de penser que les hommes peuvent très majoritairement commettre ce crime, cela doit être dit et regardé en face si l’on veut un jour que cela évolue. De même, dans la maltraitance aux enfants et les fausses accusations où les femmes sont majoritairement auteures, ce doit être douloureux à reconnaître. Mais refuser ces réalités n’apporte aucune solution.

Il n’y a pas pour autant à en faire une stigmatisation généralisée. De même, une statistique ethnique dans les prisons ne doit en aucun cas avoir pour effet de généraliser la tendance délictueuse à l’ensemble d’une ethnie ou d’une communauté. Elle doit mener à une compréhension de la situation et à des réponses adaptées. En l’occurrence, la pauvreté fait partie des causes, mais aussi la haine du colon et du blanc - très alimentée par un certain rap beur. Il n’y a pas que des raisons sociologiques classiques mais aussi politiques. La haine du colon ne sert à rien sinon à faire mal et se faire mal. Et puis, elle devrait aussi se tourner contre les turcs dont les ancêtres ont durablement colonisé le Maghreb, ou - pour les ressortissants berbères - contre les arabes qui ont colonisé et avalé leur pays et culture. Et l’Europe de l’ouest peut aussi se tourner contre les colons arabes qui ont occupé l’Espagne et une partie de la France pendant des siècles au Moyen-âge.

Je pense que dans 20 ou 30 ans, la question de l’immigration sera moins brûlante en France. Les générations issues de l’immigration récente verront que leur intérêt est dans le respect et non dans l’affrontement. Beaucoup l’ont déjà compris. Pour certains cela prendra plus de temps, mais cela viendra. Et viendra d’autant plus vite si, sans stigmatisation, les adultes français de toutes tendances politiques leur tiendront le même langage cohérent: refus de la violence et de la criminalité, refus du racisme anti-blanc, importance de l’intégration pour leur propre avenir. Car plus que celui de la France, c'est leur propre avenir qui est en jeu.








P: Pensée pour l’otage suisse en Libye Max Göldi. 21 mois de rétention.

Catégories : société 2 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • C'est un vrai bonheur de vous lire.

  • Etant tombé sur un commentaire de M. Laufer me concernant, et n'ayant plus la possibilité de réagir chez lui, je le fais ici.

    Dans son billet sur Eric Zemmour, M. Laufer me prête la position suivante:

    "L'homme libre, comme Zemmour, ont une lecture "raciste" de la réalité, c'est-à-dire que ce sont les races, ou les ethnies ou les religions ou les nationalités, qui doivent être compris comme étant les principales lignes de division de la société. C'est très bien de dire qu'il y a tant de noirs ou d'arabes dans les prisons, ça pose un homme, ça fait très fier à bras des plateaux. Mais il faut surtout poser la question suivante : à quelle conclusion ce chiffre doit-il nous amener ? Ou aussi : en quoi est-ce important de savoir la composition ethnique d'une population carcérale, si ce n'est pour stigmatiser, écrémer, ou séléctionner la société selon ces chiffres ?"

    http://portrait.blog.24heures.ch/archive/2010/04/23/dignitas-et-les-50-urnes.html

    Or je ne vois pas où M. Laufer a lu que je pense que la notion de race est la ligne de division principale de la société. M. Laufer ne m'a pas bien lu. Je soutiens que l'on ne doit pas fermer la parole à l'analyse sociologique, qui doit prendre en compte de nombreux critères. En l'occurrence, la guerre menée à la société française par certains jeunes issus de l'immigration récente est fondée sur l'ethnie. J'ai récemment insisté sur cet aspect parce que son refus est d'une hypocrisie crasse.

    Je pense que les lignes de division sont multiples, croisées, parfois superposées et qu'il s'en crée de nouvelles - idéologiques par exemple. Ainsi, on peut être riche ou pauvre et marxiste. Les adhérences qui créent les communautés de nations, de pensée, d'intérêts, etc, sont nombreuses.

Les commentaires sont fermés.